THE IRON DUKE
Avril 2013, mes pas m'amènent au hasard d'une marche digestive de Knightbridge à Coven Garden vers Hyde Park.
Appelé très simplement le "number one London" Apsley House face à Hyde Park Corner, nous plonge dans le calme mélancolique d'une rêverie historique.
Voici l'un des trois témoignages londonien du célèbre architecte décorateur Robert Adam.
Cette modeste maison fut construite entre 1771 et 1778.
La maison Apsley de Robert Adam
La campagne y avait alors son empreinte , le Baron Apsley qui lui donna son nom , ne reconnaitrait pas son bien . Pas plus que Sir Adam qui l'a conçu et la décora car les modifications de 1812 furent très importantes.
La transformation de la maison fut complète, un agrandissement latéral, une nouvelle facade , un nouveau revêtement de pierre .
L'architecte Benjamin Wyatt y laisse son empreinte, la maison est à la hauteur de son nouveau propriétaire Arthur Wellesley, 1er duc de Wellington surnommé en son temps "the Iron Duke".
Il nous faut aussi évoquer comme changement d'environnement, la transformation radicale effectuée en 1962 par Ernest Marples en créant le grand sens giratoire autour de Marbles Arch et Hyde Park Corner ...
" Il transforma cette zone agréable en scène de dévastation "( in Johnson's life of London 2011 ) suivant les termes de Boris Johnson actuel maire de Londres .
Une série de maisons anciennes disparaissait ainsi dans la tourmente, notamment la maison de Lionel Rothschild, lieu historique ou fut signé en 1875 l'accord entre le premier ministre Benjamin Disraeli et la banque Rothshild pour le paiement des avoirs du Khédive d'Egypte sur le canal de Suez
1900 avec les anciennes maisons adjacentes
Fuyant l'agitation de la circulation, quittant les groupes de piétons convergent vers le Corner si célèbre, l'entrée dans le hall d'Apsley House nous plonge dans le calme des pénombres aux senteurs d'encaustique. La grande entrée se referme par de lourdes portes contenant le silence d'une maison paisible.
Les différents salons ( salons de dessins et la galerie Waterloo) et la salle à manger regorgent de tableaux importants (Le Corrège, Vélasquez, Murillo, Rubens, Vandyck donné par le Roi d'Espagne Ferdinand VII) et d'objets d'art ( l'extraordinaire milieu de table en argent et vermeil offert par la Régence Portuguaise ) La "Wellington collection" est importante par la qualité de ses objets d'art.
La France et l'Empire s'y magnifient en adversaire miroir d'une Angleterre célébrant sa puissance.
La Salle à manger où se déroulait les commémorations de Waterloo
Francophile et voyageur , Arthur Wellesley, futur duc de Wellington commença une brillante carrière d'officier en remportant d'éclatants succès dans le Deccan lors des batailles contre les Marathes et le chef de guerre Dundiat Waghaux . Connu pour être le vainqueur de Napoléon à Waterloo, ses succès contre les Français au Portugual en Espagne puis dans le sud de la France le font nommer ambassadeur du Royaume à Paris en 1814 . Il montrera lors du Congrès de Vienne sa francophilie en défendant avec énergie dans un français parfait ,la position de la France dans l'équilibre des puissances européennes.
Warterloo voit son triomphe, le duc de Wellington devient inséparable de Napoléon , sa fascination pour l'Empereur est immense.
Apsley House en témoigne avec force. Il suffit pour cela de se tenir au pied du colossal marbre de Canova placé dans l'escalier.
Commandé par Napoléon , Antonio Canova se lança le défi romain d'une statue héroique extrait d'un seul morceau de marbre en taille directe: Napoléon en Mars Pacificateur de 3,45 m de haut, bloc de carrare monlythe à l'exception du bras gauche qui est rapporté le vêtement cachant la liaison. . Un déhanchement gréco-romain rapproche cette statue par sa pose et ses attributs , la victoire et le sceptre , des fragments de statues colossales romaines ainsi que de la statue d'Auguste au Capitole , le torse athlétique se rapproche du David des Offices .
La victoire ailée ( Niké dominant un Orbe) semble avoir été modelé par Canova lui même mais fut réalisé en bronze par Francesco et Luigi Righetti.
Mars pacificateur et non pas "propugnator "car son glaive est posé sur le tronc d'arbre contre la jambe droite du Dieu. Pose souveraine avec la tête légèrement inclinée, le colosse Napoléon idéalisé et nu déplu souverainement à l'Empereur qui relégua la statue sous une bâche dans la salle des Hommes Illustres au Louvre .
Pour Antonio Canova qui s'était lancé dans la "sculpture la plus parfaite du siècle" aux dires de François Cacault ambassadeur à Rome, la déception fut grande.
Exécuté entre 1802 et 1806 , la statue n'arriva à Paris qu'en 1811. L'image de l'Empereur n'était plus l'Impérator divinisé mais plutôt celle du Législateur , l'année 1811 étant l'année de l'entrée en vigueur du Code pénal et du Code d'instruction criminelle. Vivan Denon qui avait visité l' atelier romain et louait auprès de Napoléon la grandeur de l'oeuvre ne pu rien y changer.
La statue fut achetée par le gouvernement Anglais en 1816 et le Prince Régent , le futur George IV , l'offrit au duc de Wellington pour services rendus. En 1811, une copie en bronze a été fondue par les frères Righetti.
Depuis 1859, elle est dans la cour du Palais de l'Académie , La Pinacothèque de Brera à Milan.
Milan
La statue de marbre fut installée à la place qu'elle occupe aujourd'hui au pied de l'escalier. d'Apsley House. Pesant plusieurs tonnes, il fut construit sous le sol du palier une colonne de soutien en briques et pierres. L'hommage colossal à l'ennemi défait ne se comprend que par cette fascination militaire qu'exerçait Napoléon parmi les experts en art de la tactique et de la stratégie.
Deux beaux portraits de Napoléon et de Joséphine, copies de Gérard exécuté par Robert Lefevre, sont aussi beaucoup plus que des trophées de guerre à l'instar des drapeaux français qui silencieusement ornent les galeries comme à l'interieur de Saint louis des Invalides.
L'ambassadeur Wellington fut à Paris en charmante compagnie car mal marié ( ancien mariage de convenance et d'honneur avec Lady Catherine Pakenham avec qui il n'avait rien en commun ) il ne désirait de ses campagnes militaireou ses postes diplomatiques que vivre en célibataire courtisé.
Les françaises lui firent un excellent accueil et l'on parlait de lui comme de "la nouvelle religion "( en anglais dans le texte) .
Harriet Arbuthnot and the Duchess of Wellington
Est ce sa fascination pour l'Empereur ? ou la séduction militaire exercé sur les jolies femmes ?
Mlle George et Giuseppina Grassini par Elisabeth Vigier Lebrun
Arthur Wellesley accompagna publiquement l'ancienne maitresse du Premier Consul, la superbe chanteuse d'Opéra Giuseppina Grassini avec qui il eut une relation passionnée. Ainsi que l'actrice Mlle George , aussi ancienne maitresse de Napoléon qui eu ,dit-on, ce mot fameux
"le duc était de loin le plus vigoureux !"
Wellington fut moqué de ces succès féminins car il était de notoriété publique qu'il eut des admiratrices très dévouées: Lady Jersey, lady Shelley, Harriet Arbuthnot ; bien que la relation entre Madame Arbuthnot et Wellington semble une "calomnie" de l'écrivain Charles Greville qui voulait se venger de Wellington qui avait été en 1820 l'amant de sa mère, Lady Charlotte Greville!
Mais sa plus grande admiration de coeur et d'âme fut pour sa belle fille Lady Douro dont le portrait fut bien mis en évidence dans un salon d' Apsley House.
Wellington bien qu'ayant eu une vie sentimentale riche et mouvementée aurait souvent dit au soir de sa vie : "aucune femme ne m'a jamais aimé, pas une pendant toute ma vie". Il y eu une véritable "Wellingtonmania" lors de sa seconde carrière diplomatique et politique jusqu'à sa mort en 1852 . Il fut peint, sculpté et honoré mais se plaignait néanmoins " Mon destin fut de passer mon jeune âge à acquérir une notoriété et ma vieillesse à poser pour des sculpteurs et peintres qui vont pouvoir en tirer avantages "
Il gardait sur son bureau des gravures de lui même à envoyer à ses admirateurs qui lui écrivaient des centaines de lettres, il y eu de nombreux colifichets ou "produits dérivés" à son image , comme pour l'Empereur en France.
Apsley House fut transformée pour sa partie d'apparat en musée et ouvert au public en 1952 pour le centenaire de la mort du premier duc de Wellington. Elle appartient toujours à la famille Wellesley. Le huitième duc de Wellington et sa famille occupent encore occasionnellement les appartements privés du dernier étage.
Apsley House est aujourd'hui sous la responsabilité de l'English Héritage qui entretient et restaure ce joyaux calme et peu visité par les touristes plus nombreux devant le Hard Rock café ouvert à proximité.
File d'attente pour rentrer au Hard Rock café Avril 2013
SARGEANT
Signé en bas à droite , des l'entrée, le nom s'affiche en rouge: Bruce Sargeant.
L'extraordinaire volume des peintures décorant l'immense vaisseau Abercrombie and Fitch au 26 avenue des Champs Elysée est un defi à la peinture décorative .
Sur un fond de sombre verdure neutre , un nombre impressionnant de personnages occupe l'espace volontairement sans perspective, sans ouverture, créant un franc vis à vis avec le spectateur pour augmenter le choc frontal avec la peinture.
Peinture à l'huile, grasse, violente et brutale dans sa touche et sa matière, sa couleur et son sujet. Des gymnastes , des sportifs , des travailleurs, des hommes , jeunes, musculeux secs et durs, aux carnations de cendre ou le sang n'afflue qu'aux articulations et pommettes, le front bas , le regard pesant, exhibant leurs deltoïdes, pectoraux , abdominaux et autres bourrelets inguinaux très découpés. Scènes sombres accentuant le contraste avec ces corps qui semblent écorchés par le pinceau.
La décoration est essentiellement composée de toiles peintes marouflées sur toutes les surfaces planes visibles, bandeaux, murs , limon et plafond des cages d'escalier ; New York ,Londres, Paris, Milan ,Bruxelles sont du même modèle.
Réalisée par Bruce Sargeant, peintre qui d'après sa biographie est mort d'un étrange accident de catch en 1938.
Il serait l'oncle du peintre américain Mark Beard .
Un ouvrage est consacré à son oeuvre : " Bruce Sargeant et son cercle"
Les vies entremêlées du peintre avec ses ancêtres et mentors , oncle et amis sont une source très riche d'informations dans une très audacieuse biographie fourmillant de détails, photos, reproductions de tableaux comme de coupures de presse.On peut y lire ce bref portrait:
'In his short but productive life, Sargeant clung to his faith in the figure, and exalted the body.' His paintings, many of which revel in the musculature of athletes, are suffused with the Homeric romanticism that fueled the work of such contemporaries as novelist D.H. Lawrence and composer Benjamin Britten. They are resolutely masculine, shirtless or in undershirts, with nary a woman to interrupt his reverie -- or ours."
( Dans sa courte mais prolifique vie, Sargeant s'accrochait à sa foi dans la figure humaine et exaltait le corps. Ses peintures, dont beaucoup se délectent de la musculature des athlètes, sont imprégnées du romantisme homérique qui a alimenté le travail de ses contemporains tels que le romancier DH Lawrence et le compositeur Benjamin Britten. Ils sont résolument masculins, torse nu ou en maillot de corps, avec parfois une femme pour interrompre sa rêverie ou la nôtre.)
La légende de cette photographie nous "renseigne":
"Bruce Sargeant dans son atelier avec un modèle non identifié , circa 1930"
Bruce Sargeant n'existe en réalité qu'en avatar de Mark Beard . Il travaille dans son atelier de Hell's Kitchen à New york, un style et des sujets très figuratifs qui sont une déclinaison de la peinture de l'Amérique heureuse des années trente. D'Howard Pyle à Norman Rockwell mélangé avec le réalisme de l'Ash Can School ou du groupe des huit, la touche de Bruce Sargeant nette et forte fait des incursions dans un traitement pictural plutôt contemporain pour ses carnations qui n'aurait pas été renié par Lucian Freud.
Mark Beard de conclure son étude sur cet oncle fictif par une confession: "I come from this artist family, there's a whole mess of them that runs through everything, so I decided we needed a gay one.'
«Je viens de cette famille d'artistes , il y a un tel mélange désordonné entre toutes ces influences que j'ai décidé que nous avions besoin d'un peintre gay".
La particularité de Mark Beard est d'accèder à la peinture via les mêmes subterfuges qu'un Pessoa en littérature, par le jeu des masques et des pseudonymes . Il crée des identités fictives correspondant à ses styles de peinture , il applique à la lettre la reconnaissance demandée par les galeristes et critiques d'Art: un homme, un style . Picasso disait que le style est un moule, lorsque vous le tenez, vous pouvez sortir des gauffres toutes votre vie.....
Mark Beard décline sa palette en un groupe de peintres ayant des styles différents mais des connexions biographiques...l'un est le professeur de l'autre, l'autre est l'ami ou le rival de l'un, leurs nationalités diffèrent mais les influences convergent. Voici donc pour les monographies à pourvoir, les actuels masques de Mark Beard:
Bruce Sargeant (1898–1938)
Hippolyte-Alexandre Michallon (1849–1930),
Edith Thayer Cromwell (1893–1962),
Brechtholdt Streeruwitz (1890–1973),
Peter Coulter (1948)
Les photos travaillées pour les biographies imaginées font disparaitre le peintre Mark Beard qui n'a aucun visage. Anonyme dans sa foule de clones masqués il disparait aussi pour Abercrombie and Fitch qui n'utiliseront maintenant que des reproductions photographiques pour la décoration des nouvelles boutiques dans le monde.
Des chemises blanches immaculées aux foulards dans les cheveux des jeunes filles, la peinture de Bruce Sargeant pour l'enseigne de la cinquième avenue à New York était claire et lumineuse, les couples s'adonnaient aux exercices de plein air, tennis ,vélo, course à pied dans un élan de bonne santé et d'air pur. Le plafond des gymnastes , avec ses raccourcis, est une brillante réussite d'impact décoratif comme d'adéquation avec l'image des vêtements vendus par Fitch.
A Paris, il en est tout autrement. la peinture est beaucoup plus violente dans sa touche comme dans ses tons, les jeunes filles ont disparu pour laisser place à un aéropage de mâles entre eux , préfigurant une lutte sodomite violente dans l'arêne plus que d'un art de vivre avec des vêtements en coton.
Paris
New York
Les photographies à l'intérieur des magasins Abercrombie étant interdites par une étrange politique de management, les illustrations sont rares. Il est bien regrettable de ne pas pouvoir montrer ici les peintures des Champs Elysées représentant une lutte beaucoup plus grecque que romaine avec comme élément démonstratif aussi bien que décoratif, une ligne rouge vermillon entourant les corps, tranchant sur le fond comme les scarifications de peinture rouge sur les visages d'argile d'Olivier de Sagazan.
Etude de lutte : les versions parisiennes sont plus sombres avec une ligne rouge plus forte sur un fond très sombre.
Les peintres:
Le dessin de Mark Beard est classique dans sa technique et très empreint des années trente dans ses hachures comme dans la ligne de forme. Voici dans ses déclinaisons de styles avec signatures d'avatars toutesla palette d'inspiration comme l'humour de l'art contemporain. La grande visibilité des décors commandés par la marque Abercrombie ne saurait faire oublier l'éclectisme du personnage qui, de la sculpture au dessin s'affirme comme un peintre prolixe au talent affirmé.
Peinture et dessins de femme signé Mark Beard
Hippolyte-Alexandre Michallon peintre à fort relent animalier français ...alias Mark Beard.
Les visites chez Poughéon ou Ducos de la Haille sont sensibles dans le traitement comme dans la symbolique.


Pose et traitement d'influence année Trente par Edith Thayer Cromwell (ETC) ...alias Mark beard

Pointillisme et couleurs franches.
Still life with peppers signé ETC
"Funeral" Etude 1 et "Funeral procession".
"Lobster " et "Horse Skull" " Phantom" expressioniste par Brechtholdt Streeruwitz.....alias Mark Beard
"Ghost of King Leopolds" et "15 minutes of shame ", incursion dans l'humour de l'art contemporain par Peter Coulder .....alias Mark Beard
Scupltures et peintures signé Bruce Sargeant ........alias MB.
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Abercrombie & Fitch
"Les passions consuméristes font de l'acquisition d'un vêtement une nouvelle identité qui revèle au jour ce que l'on désire être dans la panoplie des sous modèles représentés. Au delà des indications d'époque et de géographie, le vêtement dans un sens large est un outil de langage , son utilisation symbolique en montre une complexité de syntaxe et de grammaire que la mode joue à conjuguer."
Les vêtements constituent une forme d'expression. Une expression qui doit être libre comme la parole peut l'être, doit ou devrait être. Une limitation , une restriction de cette liberté de parole est une restriction de ce que l'on peut penser. Une restriction de l'expression personnelle que la mode apporte, est perçue comme une restriction de ce qu'on peut être.
Le code social donne des directives fortes, la bourgeoisie a ses codes, le prolétariat, la contre culture et les délocalisés aussi et cela peut être transnational comme international. L'uniforme militaire, scolaire, religieux ou bureaucratique est perçu comme un asservissement volontaire ou non et donc une restriction de la personnalité, de son unicité, l'uniforme est aussi un uniforme de la pensée, une pensée venue de la hiérarchie. c'est donc renoncer à son droit à la pensée que d'accepter cette uniformisation vestimentaire .
la mode Teenage contre l'uniforme
L'uniforme scolaire disparait à peu près partout en Europe et aux Etat Unis dans les années 68-75 car il symbolisait plus que tout autre le contrôle de la pensée et l'étouffement de la créativité, de la personnalité. Une recherche effrénée de marqueurs sociaux s'en suivit. La position centrale d'une sorte de rébellion contre-culturelle aux codes petits bourgeois calqués sur la recherche de personnalité, d'émancipation provoque chez une grande partie de la population en devenir, jeune et perméable aux sollicitations, une consommation de vêtement qui ne s'accélère qu'au rythme de l'offre qui se renouvelle sans cesse dans une nouveauté toujours obsolète.
De l'uniforme scolaire puis militaire puis technocratique l'homme était dans une sous consommation , un complet ,une chemise une cravate. La femme était mieux à même d'égayer sa toilette mais suivant le code de l'âge qui lui faisait franchir des étapes des possibles et des interdits vestimentaires. Les grandes tendances de la mode se surexposent, s'accumulent dans la forte direction d'une "libération" fictive mais vécue intensément. L'industrie du vêtement s'emballe vers des hauteurs jamais atteintes.
Abercrombie Paris
Fitch Milan
Gap, Zara, H&N, Ralph Lauren, Abercrombie and Fitch proposent chaque année des collections que les populations achètent pour se démarquer de l'année précédente. L'uniforme revient par la marque qui procède à une collectivisation de l'apparence en donnant l'illusion de la personnalité. Le sigle, le logo-type doit être vu et reconnu, sa taille, sa place son importance ne cesse de grandir pour devenir l'essentiel du polo de Ralph Lauren par exemple, dévoré par son sigle comme un homme sandwich.
L'Appolon londonien comme acéphalité.
De la vénus de Milo aux Kouros comme objet de désirs.
"L'économie contemporaine du luxe et ses sous produits de masse cible une jeunesse engagée dans une consommation concurrentielle exacerbée par un marketing très persuasif. Jeune, cool, libre et sympa, la "rébellion" contre le système étant devenu le système lui même, il n'y a plus qu'a être à la mode pour se "démarquer" en affichant ses marques."
Contre & Sous Culture(s) par O.B.Dulax
Une marque va plus loin, plus fort en innovant dans le marketing "polysensoriel". Les produits ne sont que la partie accessible, matérielle, le sésame d'une entrée dans une "communauté". Communauté créée de toute pièce par un marketing "tribal" qui se divise en autant de "gay-marketing" que de d"'éros-marketing" en sexualisant le rapport à l'objet acheté, en exacerbant les sens du consommateur par une "look policy" dévastatrice.
Abercrombie and Fitch (marque de vêtement américaine qui en 2011, affichait une capitalisation boursière supérieure à 6 milliards de dollars) révolutionne le magasin de vêtement . Un magasin sans vitine, sans lumière, avec une musique électro à fort volume, un grand nombre de vendeurs, vendeuses jeunes et beaux et dansants, un service d'ordre extérieur pour gérer les flux. "Un voyage sensoriel" un rêve éveillé , un film comme le décrit Michael S. Jeffries, PDG de la compagnie .
Des jeunes filles qui se déhanchent en vous souriant malicieucement, de grands garçons au torse nu, sculpté comme des kouros, visage franc et souriant prèt à vous enlacer sur demande pour une photo. Une musique sans parole rythmée en "loop" hypnothiques. (plus forte à New York qu'à Paris !) Des plafonniers directionnels de lumière tamisée créant des clairières lumineuses dans un environnement sombre et foisonnant de présentoirs, plantes vertes et statues d'homme nus, c'est le concept de la boite de nuit, entre monde de bruits, de lumières, de désirs.
Les foules se pressent, les adolescentes rêvent devant les vendeurs demi nus qui sollicitent les consommateurs gay. Les jeunes filles fraiches à la beauté naturelle , peu maquillées par contrat , dansent et chaloupent en des postures de perverses Lolita ingénues, par contrat toujours.
Le parfum de la maison A&F ( lilas frais) est vaporisé toutes les heures, la musique et les sourires vous consolent de deux heures de file d'attente... l'érotisation de l'ambiance est une stratégie qui fonctione au regard de la circulation incessante de groupes de jeunes surexcités, frôlements, déhanchements, photos interdites.
L'achat compulsif et iraisonné prend le pas sur toute réflexion.
Savile Row rebellion . avril 2012
Des messieurs impeccablement vêtus accompagnés de dames élégantes se sont réunis devant le magasin phare Abercrombie & Fitch à Londres pour protester contre l'ouverture d'un magasin sur Savile Row, la rue commerçante de Londres qui a longtemps été le centre de la grande couture britannique. Les manifestants portaient des pancartes où l' on pouvait lire "Give Three Piece A Chance." Jeu de mot typiquement anglais en référence aux injonctions des années Lennon.
La manifestation était organisée par The Chap, un magazine de haute tenue....vestimentaire.
La manifestation était organisée par The Chap, un magazine de haute tenue....vestimentaire.
Manifeste de Temple et Darkwood , riche en enseignements sur l'art de lutter contre les standards de la sous-culture américano-sportive du laisser faire cool.
Un petit livre qui concentre et rationnalise les composantes de la lutte du civilisé élégant.
Pour ceux qui n'aurait pas les moyens de cette fuite en avant il y a la régression naturiste avec le mouvement "No Shirt"
:
Les rebellions contre l'incroyable puissance developpée par le marketing efficace d'Abercrombie se teinte ici d'humour parodique avec l'invasion d'une centaine d'hommes torses nus dans la boutique de la cinquième avenue ...les vendeurs sont demi nus mais pas l'acheteur qui lui doit porter une chemise...
d'où le dialogue ..."Monsieur, mettez une chemise vous ne pouvez pas être torse nu ici!
"Bien je comprends , vous vendez des chemises, je voudrais donc en acheter une."
"Non monsieur, pour acheter ici vous devez vous habiller!
"Mais oui je comprends , comme je n'ai pas de chemise je voudrais en acheter une pour pouvoir donc rester ici faire des achats ..."
"Non, monsieur je vous dis....."
visionnez la vidéo ici
et ici
Grande composition décorative .
Bruce Sargeant existe.
VIE ENCLOSE

Ici toute une vie invisible est enclose
Qui n’a laissé voir d’elle et d’un muet tourment
Que ce que laisse voir une eau d’aspect dormant
Où la lune mélancoliquement se pose.
L’eau songe ; elle miroite ; et l’on dirait un ciel,
Tant elle s’orne d’étoiles silencieuses.
Ô leurre de ce miroir artificiel !
Apparence ! Sérénités fallacieuses !

Sous la blanche surface immobile, cette eau
Souffre ; d’anciens chagrins la font glacée et noire ;
Qu’on imagine, sous de l’herbe, un vieux tombeau
De qui le mort, mal mort, garderait la mémoire.
Ô mémoire, par qui même les clairs instants
Sont douloureux et comme assombris d’une vase ;
L’eau se dore de ciel ; le chœur des roseaux jase ;
Mais le manque de joie a duré trop longtemps.
Et cette eau qu’est mon âme, en vain pacifiée,
Frémit d’une douleur qu’on dirait un secret,
Voix suprême d’une race qui disparaît,
Et plainte, au fond de l’eau, d’une cloche noyée !
Les vies encloses , Epilogue 1896 . Georges Rodenbach
Les besoins de la vie en ce lieu sans ressource
De mon esprit errant avait borné la course
Quand par des secours généreux
Dont nul des vôtres n'est avare
Vous avez ,dans l'ombre , comme eux
Ranimé ce pauvre Lazare
Objet de vos bontés , Marquis, je vais encore
Vers le Pinde une fois reprendre mon essor
Y cueillir des roses nouvelles
Dignes des bouquets de Parny
Vous offrir la première et les autres aux belles
dont vous êtes le favori .
Olympe Bénazet ( 1802-1879)
Le soir descend ; il est imminent ; il approche,
Emblème de la mort que trop on oubliait ;
– On était trop vaillant, on était trop quiet ! –
Mais le soir doucement nous en fait le reproche
Car il est comme le précurseur de la mort !
Ah ! comment s’en sauver, quel moyen qu’on l’élude,
Et qu’on s’illusionne et qu’on le croie en tort
Et qu’on échappe à ce qu’il a de certitude,
Le temps de se reprendre au leurre du miroir :
Fenêtre où s’envoler, tournant le dos au soir !
Le temps de se reprendre au mensonge des lampes.
L’ombre s’aggrave ; tout s’oriente déjà
Vers la nuit ; seul un lis plus longtemps émergea ;
Mais, là, tous ces drapeaux qui meurent à nos hampes !
Tous ces cygnes que l’ombre incorpore ! Ces ors
Se dédorant sur les lambris et sur les plinthes
À mesure que les ténèbres du dehors
Couvrent de crêpe un vieux portrait aux lèvres peintes !
Les bibelots pensifs abdiquent sans effort
(Tristes un peu de se sentir des urnes closes)
À l’ombre qui leur fait une petite mort,
Et mon âme s’incline à l’exemple des choses.
Les vies encloses , VI Le soir dans les vitres 1896 Georges Rodenbach
Promenade en Mayenne. Décembre 2012
LA LEÇON D'ASSY
L'Hiver des Alpes
Ces atomes de feu qui sur la neige brillent,
ces étincelles d'or, d'azur et de cristal
dont l'hiver, au soleil, d'un lustre oriental
pare ses cheveux blancs que les vents éparpillent;
Ce beau coton du ciel de quoi les monts s'habillent,
ce pavé transparent fait du second métal,
et cet air net et sain, propre à l'esprit vital,
sont si doux à mes yeux que d'aise ils en pétillent
Cette saison me plait, j'en aime la froideur;
sa robe d'innocence et de pure candeur
couvre en quelque façon les crimes de la terre.
Aussi l'olympien la voit d'un front humain,
sa colère l'épargne, et jamais le tonnerre
pour désoler ses jours ne partit de sa main.
Saint Amand -1634
Quittant le plat de la vallée de Sallanches, la route serpente vers Passy, village à flanc de montagne face au massif du Mont Blanc, point de départ pour le plateau d'Assy dominée par la chaîne des Fiz, comprenant l'Aiguille Rouge, l'Aiguille de Varen et la Pointe de Platé qui surplombe le désert du même nom.
Un plateau en Haute Savoie est une dénomination administrative d’un ensemble très en pente, contraire à la définition géographique de « plateau ».
Le plateau d'Assy n'est pas seulement l'excursion par les chemins de traverses des curieux de la montagne mais était aussi la destination de nombreux curistes qui allaient respirer dans les Sanatoriums de l'entre deux guerres, l'air raréfié propice aux tuberculeux.
Les populations souffrantes dans leurs corps pouvaient aussi soigner leurs âmes grâce à l'installation en ces lieux d'une église remarquable.
Notre Dame de Toute Grâce du plateau d'Assy.
Le chanoine Deverny, aumonier des curistes, décida et surpervisa la construction qui s'étendit de 1938 à 1946.
Cette église d'altitude fut consacrée en 1951, la décoration y fut achevée en 1961 puis classée Monument Historique en 2004 .
le Père marie Couturier y fut désigné conseiller artistique.
L'architecte Maurice Novarina édifiera une église que l'on pourrait qualifier de style savoyard car inspirée des rudes chalets de montagne; la façade triangulaire présente un auvent de cinq mètres de profondeur soutenu par six piliers de stature colossale.
Le grès vert de Taveyannaz du gros oeuvre accentue la rudesse du batiment qui majestueux et rugueux comme la roche environnante semble indestructible.
Seul le long campanile de vingt huit mètres de haut l'élève et nous rappelle l'Italie si proche.
Il est en restauration actuellement.
Cette étonnante église rentre dans l'histoire de l'Art par plusieurs portes.
Elle se situe dans le renouveau de l'art sacré du vingtième siècle et enseigne ce qu'il est coutume d'appeler maintenant la "Leçon d'Assy".
Le Père Dominicain Marie Alain Couturier, co-directeur avec le Père Pie Regamey de la célèbre revue Art Sacré ( 1954-1957) y appliqua sa vision nouvelle en rupture avec ses maitres des "Ateliers d'Art Sacré " animés par les figures charismatiques de Maurice Denis , Georges Desroullières et Georges Rouault.
Le renouveau d'Après guerre prend donc son origine dans une rupture avec les idées du renouveau d'Avant guerre.
Le renouveau des églises de l'entre deux guerres animé par ces célèbres Ateliers ( M. Denis, G.Desrouillière) se proposait de rompre avec le style issu de Saint Sulpice qui décliné jusqu'à l'écoeurement ne correspondaient qu'à des redites sans âmes et sans esprit.
Leurs réflexions critiques portaient sur ce "lourd sentimentalisme" des églises de leur temps que Paul Claudel en 1919 considerait comme une décadence " Pour qui ose les regarder, les églises modernes ont l'interêt et le pathétique d'une confession chargée. Leur laideur, c'est l'ostension à l'extérieur de tous nos péchés et tous nos défauts"
(lettre à Alexandre Cingria sur les causes de la décadence de l'art sacré1919 in "La decadence de l'art sacré" A. Cingria Paris Al'Art CAtholique 1930)
Les églises Saint-Nicaise de Reims 1923, Saint louis de Vincennes( 1914 -1927) sont d'excellents exemples d'une réussite alliant renouveau de la forme dans une continuité ravivée par les possibilités des nouveaux materiaux comme le béton armé, les charpentes métalliques. l'iconographie fut pensée et crée dans une volonté aussi bien décorative que catéchétique.
Reims et Paris
Céramiques, peintures et sculptures sont réalisés par des maitres affirmant leurs croyances religieuses.
Paris 12eme
Que l'on songe à la religiosité animant la construction de l'église du Saint Esprit , avenue Daumesnil à Paris avec sa coupole de 33 mètres de haut et 22 mètres de diamètre, construite en pierre et en béton armé, grandement inspirée de la coupole de Sainte Sophie à Istanbul.
Les peintures sont omniprésentes sur les piliers, chapelles et coupoles , les techniques utilisées par Maurice Denis ou Jean Dupas sont innovantes comme l'utilisation intensive et avant gardiste du Stic B pour avoir un aspect "a fresco" sur le béton lisse. Le Stic B est une peinture brevetée utilisée initialement pour le traitement de surface et non pour la décoration.
L'iconographie déployée sans rupture brutale, en se dégageant de la cosse primitive des formes usuelles, créer un langage autonome d'une modernité forte . Malheureusement ce procédé ne peut perdurer car il est très difficile sinon impossible à décliner de façon intensive sans s'abâtardir. Les artistes des Ateliers d'Art Sacré comme les architectes de l'entre deux guerre se gardèrent d'entrer trop avant dans les méandres mystérieux de l'Abstraction naissante.
Les interrogations et discussions allant bon train concernant l'introduction de l'art moderne dans les édifices religieux, la question posée était :
Est-ce une intégration ou une profanation?
Après la guerre, le Père Marie Couturier et le Père Regamey (ancien attaché au département des peintures du musée du Louvre, artiste et dominicain) répondent à cette question, ils proposent un renouvellement esthétique radical en élaborant une nouvelle vision de l'art d'église. le Père Marie Couturier, théoricien de l'Art, s'inscrit dans un champ nouveau du dialogue entre les oeuvres inspirées et les fidèles. Le père Pie Regamey considèrant que tout art peut incarner le sacré, fait sienne cette opinion de Jacques Maritain :
"Il serait vain de chercher une technique ou un style ou un système de règles ou un mode d'opérer qui seraient ceux de l'art chrétien. L'art qui germe et qui grandit dans une humanité chrétienne peut en admettre une infinité"
(Jacques Maritain " Art et scolastique" 1920)
C'est ainsi qu'ils prennent le "pari du Génie " et déclarent que tout artiste vrai est un "inspiré". Il n'est donc nul besoin d'être "croyant" pour réaliser des oeuvres "inspirées" appartenant au champ de l'art sacré.
En 1950, dans un article retentissant de la revue Art Sacré intitulé "Aux grands hommes, les grandes oeuvres" Le Père Couturier amorce ce deuxième renouveau qui amenera non seulement une dynamique forte mais aussi une controverse importante que Rome devra trancher dans son concile.
L'église Notre Dame de toute Grâce du plateau d'Assy en fut le point de départ et la figure emblématique.
La décoration y fut donc confiée à des artistes modernes qui un à un rassemblés dans cette entreprise transforme cette église de montagne en une sorte de manifeste.
F. Leger, J Bazaine, M. Chagall, H.Matisse, G Braque, P. Bonnard, G Rouault, G Richier, J Lurcat, M. Brianchon, A. Hebert Stevens, P. Bercot ainsi que le Père Marie Couturier lui même qui réalisa des vitraux d'après ses propres peintures.
Ce renouveau des années cinquante est illustré parfaitement par des églises comme la chapelle de dominicains de Vence datant de 1951, décoré par Matisse qui déclara " malgrès toutes ses imperfections, je la considère comme mon chef d'oeuvre"
L'église du Sacré Coeur d'Audincourt de 1951 près de Montbelliard fut décoré par Fernand Léger et J Bazaine. Comme le souligne son marchand, Kahnweiler, en parlant à Brassaï : " La plus belle chose que Léger ait jamais faite est certainement les vitraux d'Audincourt. Je trouve assez extraordinaire que cette œuvre religieuse, d'un peintre communiste et athée, ne choque point le sentiment religieux ".
Père M.A. Couturier et Le Corbusier
Notre Dame du Haut de Ronchamp construite par Le Corbusier se situe dans cette même mouvance. C'est par ce choix d'architecte que la modernité s'exprime en s'affranchissant des directions incarnés par Dom Bellot architecte batisseur d'église, Moine bénédictin de la congrégation de Solesmes, qui "innovait dans la tradition" comme le montre avec élégance ses nombreuses réalisations internationales.
En 1948-1950, la question de l’intégration de l’abstraction s’est posée dans le Doubs, avec les premiers vitraux abstraits créés par Alfred Manessier pour l’église Saint-Michel des Bréseux.
Mais c’est en 1950, à l’occasion de l’exposition"Libri e oggetti d’arte religiosi," organisée à Rome par le père Régamey, que l’opposition très vive se cristallise car il s'agit d'une initiative française face à la grande exposition d'art Sacré organisée pour l'Année Sainte par la "Pontificia Insigne Accademia di Belle Arti e Letteratura dei Virtuosi al Pantheon" (Académie des Virtuoses du Panthéon)Académie qui se donne comme but de promouvoir le potentiel spirituel des arts.
Présentant des lithographies sur le thème de Pâques, Manessier y est accusé d'hérésie totale, son travail est rejetté par les instances vaticanes, le Père Regamey s'emploi à le défendre dans une série d'articles ou la question de l'oeuvre d'art "religieux" ou "sacré" quelque soit l'imprécision des définitions, ne doit pas s'en tenir au "sujet" mais au "thème" qui lui est spirituel. Il retourne l'argument des détracteurs de l'abstrait en se servant de la même encyclique "Mediator Dei" qui affirmait ,en rejetant également le "réalisme" et le "symbolisme", que l'oeuvre d'art sacré ne devait pas avoir besoin d'explication verbale ou écrite.
Vitraux de Manessier
Le père Regamey expliqua que certaines scènes religieuses peintes pouvaient apparaitre pour les fidèles comme de vrais rébus difficile à déchiffrer, alors que les peintures abstaites ou "non figuratives" permettaient une approche du sacré plus immédiate grâce à l'interaction de l'inspiration du peintre et de la sensibilité du spectateur.
Un long questionnement concernant l'intégration de l'art comptenporain dans l'Art d'église fut mené avec au coeur du problème l' interrogation profonde d'avoir la nécéssité d'utiliser des praticiens croyants pour réaliser à l'instar des icônes, non pas des oeuvres mais des actes de foi, des "prières" peintes ou sculptées.
Interrogations sur l'oeuvre et sa destination, sa fonction dans le bâtiment église qui représente la matérialisation d'une foi et d'une espérance donnée et reçue par l'ensemble des fidèles. Ce qui est la fonction catéchisé du" monde des formes" de la représentation du monde par l'Homme.
Tract d'Angers
La controverse ne commencait qu'à peine, car vint le "tract d'Angers" qui polarisa la bataille sur Notre Dame de Toute Grâce d'Assy.
Lors d'une conférence donné en 1951 à Angers dans le Maine & Loire, le chanoine Devemy, fondateur du projet d'Assy et baptisseur d'église se voit attaqué très violement par un tract distribué par un groupe de catholique animée par le Docteur Pierre Lemaire. L'église d'Assy y est stipendié et particulièrement la sculpture du christ en croix qui pour ces catholiques est un outrage.
Laissant de coté la porte en bronze du tabernacle de Braque, les carreaux blanc peint au trait de Matisse, le flou du baptistère de Chagall, le visage de la vierge en mosaique de Fernand Leger ou même les tapisseries si peu religieuses de jean Lurcat, la polémique se focalise sur la figure du christ de Germaine Richier, seul représenté sur le tract.
Tapisserie de Jean Lurcat dans le choeur.
Chapelle des fonts baptismaux " la traversée de la mer Rouge" céramique de M. Chagall
Saint François de Sales par P. Bonnard
Saint Dominique céramique de H. Matisse, tabernacle G.Braque.
Vous trouverez de bien meilleures et complètes reproductions grâce à ICI. canablog
Le christ de Germaine Richier
Germaine Richier, élève de Bourdelle aux ateliers de la Grande Chaumière avait comme collègue Alberto Giacometti. Elle présente avec celui-ci un travail ayant de nombreuses convergences d'esprit, aussi fortes et profondes que leurs divergences de notoriété actuelle.
La controverse s'enflamme lorsque Monseigneur Cesbron l'évèque d'Annecy décide de retirer le christ scandale en avril 1951. Placé initialement dans le chœur derrière l'autel central, il fut relegué pendant dix huit ans au purgatoire.
Le CCIF (comité catholique des intellectuels français) y accorda un intérêt certain : un premier article de Stanislas Fumet montre le bien fondé de la décision épiscopale d'Annecy de retirer le christ, bien que le travail de Germaine Richier lui semble digne d'interêt. Quelque temps après, un second article infirme le précédent en soulignant que ‘"Le Christ d’Assy est un Christ d’Église"’ La mise au point de Rome peu de temps après (par l’instruction du Saint-Office du 30 juin 1952) tranche et marque une fois encore la difficulté du temps entre l’Église et les beaux-arts .
Paul-Louis Rinuy, maître de conférences à l'université Paris X- Nanterre nous explique dans sa conférence sur "Le renouveau de l'art sacré dans les années 1945-1960 et la " querelle de l'art sacré " 'in "L'enseignement du fait religieux les 5,6 et 7 novembre 2002")
Que ce christ en croix, présenté comme un simple " moignon sculpté " est écrit par Gabriel Marcel comme " un rameau rachitique et couvert d'une espèce de moisissure " qui n'est que " le fruit mort d'une cérébralité desséchée ".
Que Madeleine Ochsé, quelques années plus tard, ironise sur ce qui est à ses yeux " une simple ébauche ", " un tronçon pourri qui a renoncé à sa forme humaine et ouvert pour nous ses grands bras déchiquetés ". Une formule qu'on trouve dans un article de Mgr Costantini, secrétaire de la Congrégation De propaganda fide, paru le 10 juin 1951 dans L'Osservatore Romano, condense l'ensemble de ces critiques : " Ce Christ est une image caricaturale qu'on veut faire passer pour un crucifix, une insulte à la majesté de Dieu, un scandale pour la piété des fidèles ".
En revanche Bernard Dorival, conservateur du Musée d'art moderne, dans son article " L'Église d'Assy ou la résurrection de l'art sacré ", fait l'éloge du Christ de Germaine Richier, " douloureux et grandiose, dont les bras, démesurément ouverts, inspirent confiance et respect, et dont l'expressionnisme pathétique se double d'une noble plasticité. " il affirme son propos sans exagération en concluant " Il est sans doute la première image pas trop indigne de son objet que la sculpture nous ait donnée depuis la fin du Moyen-Âge " " La véritable expression de ce crucifix [...] ne saurait être perçue qu'à la faveur d'une suffisante compréhension du langage plastique employé par l'artiste ", écrit, par exemple, Léon Degand. Et le Père Régamey de conclure : " Faute de comprendre ce (nouveau) langage plastique, on n'y voit qu'une déformation sacrilège ".
La réalité est qu'aujourd'hui, le christ revenu dans l'église en 1969 est encore puissamment révulsif par sa forme et sa matière et cela malgrès notre apprentissage de l'oeil dû à la proximité des oeuvres très médiatisés d'A. Giacometti dont la parenté est évidente.
Michel Durand dans un article publié dans : Art "Accueillir ce que dit l'artiste." 2008 (cf enmanquedeglise.com/article-20946038.html) ose un parrallèle éclairant avec le triptyque de Grünwald, on y voit le Christ couvert de pustules vertes : c'est le mal des ardents.
"Les malades atteints de cette maladie étaient soignés par les Antonins, commanditaires de ce retable installé dans la chapelle des malades qui venaient prier un Christ, atteint de la même maladie qu'eux. De même, après la guerre, pour Germaine Richier, il n'est plus possible de représenter le Christ avec un visage d'homme et elle représente le corps du Christ comme une véritable écorce d'un tronc noueux, manifestant les souffrances. Résumant les passages d'Isaïe 52 -53 qu'on relit pendant la semaine sainte : « Il n'avait même plus visage humain, personne, rien de beau pour attirer notre regard, rejeté de tous ».
Et Michel Durand de conclure par ce beau passage " Maurice Zundel dans La Passion de Dunkerque, en 1988, à l'occasion d'une exposition consacrée à des artistes contemporains auteurs d'œuvres sur le thème de La Passion, estime que dans le problème du mal, il faut penser que Dieu ne peut intervenir, mais qu'il en est la première victime ; s'il n'y avait pas dans l'homme une valeur infinie, le problème du mal ne se poserait pas. Cette valeur c'est la présence silencieuse de Dieu. Dieu ne peut rien perdre de son intégrité. Le mal qui frappe l'homme l'atteint lui-même. On peut dire que s'il y a une agonie, Dieu agonise en elle, s'il y a une solitude déchirée, Dieu souffre en elle, s'il y a un crime, Dieu en est ensanglanté. Le Mal n'a une telle dimension que parce que Dieu en est le premier frappé." ((cf enmanquedeglise.com/article-20946038.html
Cette controverse s'alimentant de contestation plus profonde de la part des coureurs de fond de la fuite en avant, on vit même une interrogation sur la place et la forme des églises dans la ville ...la querelle prenant une tournure plus "politique" à l'aube des grands boulversements de Vatican II. La liturgie comme l'architecture devant être transformées, adaptées, passant ainsi sans transition pour certain du Ab æterno (depuis l'éternité) à l'Ab agendo ( hors d'état hors d'usage) pour correspondre à une époque emportée par le tourbillon d'une "modernité " née de la fin guerre.
Notre Dame du Haut 1955 Le Corbusier
Dans sa thèse universitaire l'historien Pierre Lebrun travaille sur la remise en cause du modèle paroissial et de l’église monumentale dans le cadre du mouvement oecuménique et conciliaire. L’église-monument-oeuvre d’art allant vers l’asile de silence et de recueillement.
"Au milieu des années 60, dans un numéro spécialement consacré à l’architecture religieuse, L’Architecture Française revient sur la nécessité de conférer aux églises en cours d’édification dans les cités en construction, des formes architecturales qui répondent aux conditions nouvelles de l’urbanisme. Le père François Russo, dans un article consacré à la construction des églises en France, estime qu’une architecture religieuse fonctionnelle est en cours d’élaboration. Selon lui, celle-ci se caractérise par son austérité et sa capacité à s’émanciper de toute imitation de l’ancien.
Ses dimensions sont modestes puisque l’on estime alors qu’au-delà d’un rayon de 600 mètres un lieu de culte est inefficace et qu’il est nécessaire de limiter la capacité des églises à 600 ou 800 places afin de permettre une participation active des fidèles au culte"
Sachez retrouver la "maison d'église" Notre Dame de Pentecôte sur l'esplanade de la Défense....
"Au milieu des années soixante, sous l’influence de l’esprit de réforme et d’ouverture qui souffle lors de Vatican II, le clergé se sent maintenant encouragé à chercher des pistes nouvelles en matière de conception d’églises. Il semble désormais acquis que les lieux de culte à édifier dans les cités nouvelles et les grands ensembles doivent bannir toute recherche de monumentalité."
Exposition Dhimmitude à la Paroisse.la Défense 2012
L'esprit d'une époque maniant la volonté d'aller vers un renouveau qui serai un jalon vers un futur paré de toutes les vertus d'un modernisme salvateur provoque des cul de sac . La restauration nécéssaire de Notre Dame Saint Lô dans la Manche en est un exemple.La vision moderniste du père Regamey, présent sur tous les fronts, amena a des choix qui aujourd'hui nous paraisse des occasions ratées de retrouver le chemin vers l'avenir déroulé sous nos pieds par notre passé fortement identitaire.
Après les combats de la Libération en 1944, la Manche voyait l'église de sa préfecture détruit à plus de 50 % , la nef a ciel ouvert découverte de sa couverture , ses voûtes et la façade effondrée suite au bombardement de la tour nord par l'artillerie allemande. Seuls la tour sud sans sa flèche, ainsi que le chœur et les bas côtés, restaient à peu près intacts. Il fut entreprit une restauration de grande ampleur :
"La restauration de l'église (1944-1974) fut longue et difficile en raison d'un changement radical dans le parti pris de restauration au cours du chantier. Après les premiers travaux d'urgence, l'architecte des Monuments historiques Louis Barbier prépare un projet de reconstruction à l'identique de la façade ouest en récupérant la plus grande partie des pierres taillées d'origine. Mais en 1947, sur proposition du révérend père Régamey, alors directeur de l'influente revue Art sacré, il est remplacé par Yves-Marie Froidevaux, qui propose en 1953 le principe de garder la ruine de la façade ouest et d'en faire un mémorial contre la guerre. Mais ce projet fut combattu localement: le conseil municipal ne donna jamais son accord et ne participa pas financièrement à la restauration imposée.
Un mur pignon aveugle « cicatrisant » en schiste vert du Nord-Cotentin fut construit en retrait de la façade disparue et les pierres de l'ancienne façade furent dispersées dans divers dépôts lapidaires quand elles ne servirent pas aux remblais nécessaires à la reconstruction de la ville... Confronté à des difficultés techniques imprévues (la taille de la pierre) et à des difficultés financières récurrentes, Yves-Marie Froidevaux n'achèvera son œuvre qu'en 1972 avec l'installation de trois portes historiées en bronze atténuant ainsi la sévérité de l'ensemble qui fait regretter la disparition de la façade historique."( source Wikimanche)
En 1994, à l'occasion du 50e anniversaire, l'artiste peintre Bruno Dufour-Coppolani, dressa une toile peinte provisoire représentant l'élévation de la façade disparue devant la béance voulue par l'architecte restaurateur...
Où en sommes nous de l'art Sacré aujourd'hui ? Quelles interrogations et controverses animent encore cette question?
L'oecuménisme extra chrétien et la volonté de d'effacement pour acceuillir "l'autre" laissent la puissance des images à la Publicité, fille naturelle de la Propagande ou à l'iconographie éxogène .
L'art catholique romain est un convalescent fragile, laissant aux maigres budgets des parroisses de maigres possibilitées de briller.
L'église Notre Dame de Toute Grâce du plateau d'Assy témoigne d'une incursion inouïe par les grands noms de l'art de la fin du vingtième siècle, dans la représentation sacrée occidentale.
Une bréche ouvrant un futur qui se cherche encore dans sa propre interrogation.
La célébrité des uns assurant la pérénnité d'un lieux déserté par les curistes, les bons pères ont glissés l'art profane dans les habits de l'art sacré, espérant peut être en un rituel animé de la formule dites lors de sacrifices et ex-voto antiques
"Do ut des "
" Je donne pour que tu donnes"
AMOR FATI
,
LES AMOURS DE L'EMPEREUR
Les derniers travaux de l'Opéra Garnier furent un gigantesque programme de restauration, commencé l'année 2000, par la façade principale dont les ors, les marbres et les pierres furent nettoyés, les statues colossales furent descendues puis restaurées, consolidées et redorées. Les deux façades latérales subirent elles aussi successivement de grands travaux de restauration.
La restauration intérieure fut également de grande ampleur comme le montre le grand foyer restitué en 2004 dans ses dispositions d'origine. Les peintures et dorures furent rénovées ainsi que les peintures décoratives des voussures. Tentures, meubles et banquettes absentes depuis l'incendie de 1928 furent restitués ainsi que les candélabres et bras de cristal pour retrouver une physionomie et une utilisation conforme au projet initial.
Ces travaux extérieurs et intérieurs sont une célébration du génie de Charles Garnier. Ils nous font voir en détail la somptueuse prolifération de signe décoratif qui se liant les un aux autres provoque derrière l'accumulation trop vite perçue négativement par le néophyte, une ordonnance, une déclinaison qui ayant intégré un millénaire de culture et d'art créait un style propre où tout les éléments sont lisibles en vision générale comme en détail. L'opéra est un art total liant musique, chant, théâtre, peinture et costumes pour une féerie, un rêve éveillé qui est pour certain le précipité de la vraie poésie de l'existence qui nous élève vers un nirvana ou plutôt devrions-nous dire un Wahalla .
Bache productive, esthétisme citadin comtemporain
Le touriste comme le piéton parisien avait pu voir durant plus d'une année les grandes bâches publicitaires qui couvraient la façade latérale du Pavillon de l'Empereur. Cette grande rampe circulaire construite pour que Napoléon III puisse accéder en fiacre directement à l'Opéra, cet accueil triomphant où les aigles sur deux colonnes rostrales en granite d'Aberdeen d'Henri Jacquemar rivalisent avec les cariatides de Louis Elias Robert ( le sculpteur du Palais de L'industrie évoqué dans un précédant article) encadrant la porte surplombée de l'aigle en bronze, symbole de l'Empire Français, travail remarquable du sculpteur animalier Pierre louis Rouillard.
Ce pavillon de l'Empereur ne servit jamais car le désastre de Sedan mit fin à ce rêve, l'Opéra ne fut inauguré qu'en 1875 alors que Louis Napoléon Bonaparte en exil en Angleterre meurt en 1873 sans avoir pu voir la fin des travaux de son Opéra ni même de son avenue qui ne fut terminée qu'en 1879.
La défaite Française et la capitulation provoquèrent l'arrêt brutal des travaux, notamment ceux concernant le pavillon de l'Empereur où étaient visibles " plusieurs pierres d'appareillage non épannelées" comme nous l'indique plusieurs écrit concernant les façades.
Ces pierres étaient très visibles avant les grandes bâches qui masquèrent les travaux de restauration. Il s'agissait des deux groupes d'angelot surmontant les fenêtres situées au centre et à droite au premier niveau de la rotonde, les pierres des chapiteaux des pilastres encadrant les fenêtres étaient également brutes. Il est à noter au vu des photographies que la fenêtre du centre était plus avancée, car les fleurs et feuilles d'acanthe du fronton en demi-ovale étaient terminées .
Pendant longtemps je suis passé sous ces fenêtres, témoignage émouvant du savoir-faire du sculpteur de façade haussmanienne qui de la pierre brute avec son ciseau faisait émerger les formes classiques en taille directe digne héritage des techniques de Phidias ou Praxitèle. Les blocs informes allaient se transformer en chapiteaux corinthiens par la magie d'un anonyme sur balançoire. Sur cette façade didactique nous pouvions voir les deux étapes, l'avant et l'après, ce qui était un merveilleux moyen d'imaginer la somme de travail effectué sur les façades parisiennes.
Détail de la fenêtre de doite avec ses bloc non épannelés.
Il m'a cependant toujours paru très étrange qu'à l'annonce de la chute de l'Empire, il n'y ait eu que ces deux fenêtres inachevées. Que le sculpteur fut descendu de sa balancelle avec ses outils et sans terminer l'ouvrage fut rentré chez lui. Mais enfin cela était dit et écrit dans les descriptions des façades de l'Opéra et visible sur les murs pour qui savait regarder.
Les actuels travaux de rénovation prirent fin après plusieurs années de bâches et d'échafaudages. Quelle ne fut pas ma surprise constatant que le travail sur le pavillon de l'Empereur avait été terminé!
Les poutis avaient leur jambes et leur avant-bras, les motifs floraux circonvolutionnaient, les chapiteaux avaient émergés! La fin de l'Empire, témoignage visible sur cette façade historique, était gommé, annulé, oublié…J'en étais déçu et attristé surtout lorsque en parlant autour de moi je m'aperçus que personne ne semblait avoir en mémoire ces blocs à section rectangulaire sortant de la façade, tout en félicitant intérieurement le tailleur de pierre actuel ayant un savoir faire digne des "grands anciens". Il a su terminer l'ouvrage mais aussi transformer cette facade unique qui en sa version inachevée témoignait de l'Histoire jusqu'à nous... Cela "faisait partie de l'oeuvre" comme la déontologie de la restauration des oeuvres d'Art nous l'enseigne.
Etat actuel 2012
Qui en avait pris la décision? qui avait été consulté? qui avait effectué l'ouvrage? …autant de questions sans réponses.
Les travaux de l'Opéra furent effectivement arrêtés après la capitulation de 70, notamment les intérieurs comme la rotonde du Glacier et la galerie du Fumoir mais l'incendie de la salle de l'Opéra de la rue Le Pelletier en octobre 1873 relança les travaux pour terminer les parties inachevées avec une enveloppe de six millions neuf cent mille francs. Il y eut donc deux inaugurations la première en 1867 pour la façade principale la seconde en 1875 pour enfin l'ensemble du joyau.
Les deux angelots de façade sur la rotonde de l'Empereur furent ils oubliés?
En 1903 fut inauguré à la base de la rotonde un monument à la gloire de Charles Garnier mort en 1898.
Il existe une photographie antérieure à ce petit monument comportant le buste de Garnier par Carpeaux et allégories. Les grilles sont absentes, l'espace bien dégagé donne une impression de vide et de calme. La façade nous montre les trois fenêtres avec leurs décorations …achevés!
Avant 1903 (cliquez pour agrandir)
Les anges et les chapiteaux sont sculptés. Une autre photographie montre sans nul doute possible, les façades achevées avec le monument de 1903 ainsi que la barrière fermant l'ensemble. Cette façade fut donc terminée et les blocs visibles encore il y a peu n'étaient certes pas un témoignage de la terrible année 1870.
Les pierres furent-elles si dégradées qu'on entreprit de les changer..avant-guerre? après-guerre? Puisqu'on ne les sculpta pas, que l'appareillage brut fut laissé, sans qu'aucun ne juge bon de finir la taille?
1905 ?
1925/1930 ?
Carte postale colorisée 1905/1910 ?
Agrandissement de la carte postale
Le mystère est à élucider et j'invite toute personne ayant des informations sur ce sujet à les laisser en commentaires.Des informations concernant aussi bien les anges et les chapiteaux inachevés que les lampadaires des rampes intérieures qui ont bien besoin des ces luminaires pour se dérouler et finir en majesté comme leurs dessins les y engagent. Ils sont visibles sur certaines photos, cruellement manquant sur d'autres. Aujourd'hui ils ne toujours pas revenus, ce qui laisse les rampes vides et inachevées. Aussi bien les rampes extérieures que les intérieures qui se terminent par des arrondis de pierre incompréhensible sans leurs candélabres à branches et globes.
Digression:
Etoile du matin, Etoile du soir. Le rythme des vingt deux femmes dénudées porteuses de lumières vous regardant de leurs piedestals dans un contraposto lascif qui accentue leur formes pleines, leur bustes volontaires a de quoi troubler encore le passant.
Etoile du soir avec une lune dans les cheveux, Etoile du matin avec son soleil, les sculptures de Louis Ferdinand Chabaud déclenchèrent un scandale, une "procession pornographique" de statues de femmes nues toutes semblables réalisées par galvanoplastie sur deux modèles de l'artiste.
Jean Marc Héry cite dans sa conférence "Chabaud Garnier Histoire d'une amitié" la réponse de Charles Garnier à ses détracteurs, publiée dans son ouvrage "Notre Opéra". Garnier se justifie du procédé répétitif dicté par des soucis d'économie ainsi que de l'accusation d'outrage à la moralité:
« C’est parce que ces éléments sont pour ainsi dire inertes et qu’il n’y a aucune raison pour qu’ils soient diversifiés. Une succession de colonnes, de pilastres, de candélabres et même de sphynx peut fort bien se produire sans que l’on éprouve le désir d’en voir changer les formes particulières. Tant que ces éléments ont la même destination et concourent au même but, rien ne milite en faveur de leur diversité […] La répétition ne peut être admise que lorsque les objets répétés ne peuvent changer de nature et d’aspect ; elle doit être rejetée toutes les fois que les objets répétés ne peuvent être identiques sans violer les lois naturelles. Et bien lorsque l’on met à la queue-leu-leu une vingtaine de statues toutes semblables, on viole ces lois ; quel que soit l’office que ces statues aient à remplir, elles devront le remplir régulièrement comme but, mais diversement comme moyen, sous peine de ressembler à une rangée de soldats faisant l’exercice […] J’aurais donc dû, pour agir suivant la logique, la vérité et le bon goût, au lieu de mettre partout sur la balustrade les deux figures de Chabaud, toutes se répétant à l’infini, placer des statues de même allure générale, mais de tournures différentes. J’aurais dû en somme, au lieu de faire faire deux modèles dissemblables, en commander vingt-deux, c’est-à-dire autant qu’il y a de piédestaux. »
« quant à l’inconvenance de ces figures, inconvenance qui leur a été reprochée par bien des gens qui peut-être ont plus de pudeur pour les statues que pour les personnes, il y a eu au fond quelque chose de vrai dans l’accusation ; mais cela ne tenait aucunement à l’immodestie des sculptures en elles-mêmes, qui sont fort chastes dans leur nudité ; mais seulement et encore à la répétition de ces sculptures. Une femme toute nue peut fort bien, si elle est traitée avec délicatesse et retenue, représenter la virginité tout aussi bien qu’une statue couverte de voiles ; mais il faut que cette statue soit, pour ainsi dire, isolée, et dans un entourage virginal. »
Effectivement le trouble de la procession fonctionne toujours car même en accélérant le pas, la farandole érotique des nombrils cyclopéens vous regardent comme un oeil pinéal.
Etoile du Soir
Etoile du Matin vers 1870
DRAMATEN
Le théâtre dramatique Royal ( Kungliga Dramatiska Teatern ou Dramaten) est un joyau Art Nouveau situé à Nybroplan au centre de Stockholm.
Construit en 1908 par le célèbre Fredrik Lilljekvist, cette étonnante construction située sur le front de mer, éclate de tout ses ors au soleil couchant de la Baltique.
Printemps 2012
Le Théatre Royal eu la chance d'avoir des directeurs de légende comme les frères Olof et Gustaf Molander, Alf Stöberg , Ingmar Bergmann ainsi que son ami Erland Josephson, tout deux mort récemment ( 2007 et 2012).
Ingmar Bergmann, Liv Ullman, Erland Josephson.
La réalisation de ce théâtre assez spectaculaire déchaîna des controverses. Par son coût exorbitant et la magnificence des ses décorations, Lilljevkist fut l'objet de critiques acerbes notamment de la part de son confrère ayant une vision pour le moins antagoniste; Carl Westman promoteur du style Romantique national suédois qui puisent ses sources au mouvement Art & Craft anglais.
Le Théatre Royal fut d'abord par son plan un édifice de type Néo Baroque mais la profusion ornementale de motifs végétaux ainsi que les nombreuses sculptures sont par leurs factures très audacieusement Art Nouveau.
Carl Milles, ancien élève de Rodin qui eu une carrière américaine, a réalisé nombre des sculptures extérieurs ainsi que les statues intérieures.
La taille du théâtre est très modeste comparée au travail de Charles Garnier mais la sensation de luxe et préciosité des matériaux est la même lorsque que l'on pénètre dans la salle d'entrée . Le bois et le cuivre doré sont alliés aux marbres de couleurs et granits sourds.; de grandes frises de lyres ligaturées de fleurs en bandeaux se détachent sur un fond blanc.
Le plafond très travaillé est un marbre ciselé d'une légèreté que les luminaires tombants compensent. les kiosques d'Acajou sombres reprennent très subtilement en rythme les doubles portes intérieures des trois entrées.
La configuration intérieure de l'entrée donne sur un mur plein n'offrant aucune perspective, les spectateurs devant se répartir sur les deux escaliers latéraux. Pour pallier à cet inconvenient de taille, il a été commandé au peintre Oscar Björck une grande vue de jardin ouvrant l'espace .
Oscar Gustaf Björck (1860–1929)
Björck réalisa une remarquable composition en évanescence de feuillage et lumière dorée qui se décomposent en plans successifs alliant les tons de vert très élaborés avec des ombres finement bleutées . La délicatesse de la touche donne à ce travail de peinture décorative une douceur de lointain que les lumières tamisent encore, laissant les bronzes dorés prendre le pas sur les taches de lumières peintes.
Oscar Björck fut l'ami du grand peintre Danois P S Krøyer qui anima la communauté de Skagens, presqu'île des confins qui l'été baigne la mer d'une lumière que les peintres ont recherchés avec ivresse. Les peintres suèdois ont voyagés en France et en Italie, ils ont enrichie leurs connaissances tout en conservant le génie propre de leur école baigné de lumière.
P S Krøyer et Joaquim Batista Sorolla se sont-ils rencontrés ? Les techniques et gestes incisifs pour capter le soleil sur les tissus blancs emportés par le vent sont troublant de similitude.
Le grand Salon d'entre-acte à l'étage offre un espace insoupçonné. Lorsque les spectateurs émergeant des étroits couloirs desservant la salle de spectacle, redressent la tête, l'oeil est aspiré par un volume de grande ampleur. Un appareillage de brèche grise orné de bronze architecture le salon en ouvertures multiples avec coursives et balcons. Très habilement conçu, cette "salle de bal" ne doit pas être meublée. Les aménagements actuels le prouve.
Le grand salon d'entre acte avec le portrait du Roi Gustav III
Deux grands paysages très audacieux en couleurs, l'un au soleil du crépuscule l'autre à l'aube, se font face à l'étage. Réalisé par deux peintres injustement méconnu en France , Alfred Bergström et Gottfrid Kallstenius, membres éminents de l'Académie royale des arts de Suède appelée en suédois" Kungliga Akademien för de fria konsterna "ou plus simplement Konstakademien, sont absolument sidérant de technique et maestria, ils explosent de fraîcheur et de chaleur en créant un cycle solaire que le plafond de Carl Larsson fige dans une vision onirique de songe éveillé.
Alfred Bergström (1869 1930)
Gottfrid Kallstenius (1861 1943)
Carl Larsson qui ne doit pas être réduit à ses merveilleuses aquarelles toutes de finesse et de poésie, est un incroyable peintre qui touche au symbolisme synthétique dans la lignée de Gauguin.
Carl Larsson (1853 1919)
Le plafond central ne lasse pas de surprendre. Dans un ciel étoilé, une déesse nue aux voiles transparents se fait couronner de laurier en plein vol par un guerrier également nu. Enchevêtrement de corps en suspension, couples d'Adam et Eve enlacés et lutte d'hommes aux couteaux sous le regard de deux personnages aux costumes anachroniques. Un centurion romain face à un gentilhomme à tricorne montrant du doigt quelque chose (? ) Aucune explications et sujet très ésotérique.
La toile qui s'intitule "Dramats Födelse" contraste avec le classicisme de la représentation du Roi Gustav III , par Gustaf Cederstöm, peintre de sujets historiques et militaires.
Les peintures intérieures de la salle de spectacle ont été réalisés par le Prince Eugène, Duc de Närke, qui a la particularité d'être le dernier fils du Roi Oscar II descendant d'Eugène de Beauharnais, fils de notre Joséphine.
Prince Eugen Napoleon Nicolaus de Sweden et Norway, Duke of Närke (1865 1947)
Le Prince fut un peintre reconnu, ayant étudié à Paris, collectionneur et mécène, en 1903 il fit construire sa résidence Waldemarsudde sur l'ile de Djurgaden au centre de Stockholm. Il y fut inhumé près du rivage devant la maison qui est devenu musée national.
On peut y decouvrir ses grandes collections d'art scandinave de 1880 à 1940. Le musée possède de très beaux jardins au bord de mer.
LES PIERRES DE TOURNOËL
Il y a des phoenix qui existent par la volonté des hommes.
Ceux qui malgré eux, arrivés par de secrets ressorts se trouvent choisis par des lieux dont il semble que le destin ne soit pas ce auquel tout semble les conduire, c’est à dire à une mort programmée, ils vont vers une éclatante renaissance.
Érigé sur un éperon au coeur du Puy-de-Dôme, le château de Tournoël domine la Limagne.
Jaillissant des rochers, l’eau pure de Volvic irrigue les terres boisées qui l’entourent tandis que le vent sifflant dans les courtines entre les chenaux abrase les pierres du donjon carré des Comtes d’Auvergne.
Le château fut pris par Philippe Auguste en 1213 et réuni au domaine royal.
Alphonse de Poitier, frère de Saint Louis, y fit bâtir un donjon circulaire pourvu de deux chemins de ronde superposés avec des défenses annexes. Ce n’est qu’au XIVéme siècle que les deux donjons furent réunis par une muraille. Dans la cour ainsi créée, Antoine de la Roche éleva dans la seconde moitié du XVeme siècle, des bâtiments d’habitation de style flamboyant.
Le château continua sont expansion grâce à Jean d’Albon ( 1509 1540) qui ériga le grand portail et la tour des « miches » ouvrage avancé qui doit son nom aux bossages arrondis en lave.
Les Apchons succédèrent aux Albon en 1575. Jean d’Apchon combattant pour la cause royale, fut tué en 1590 par les ligueurs qui occupèrent le château, qui fut repris par Henri IV peu après.
Gaston d’Orléans lors de sa tentative armée contre Richelieu, repris le château en 1632.
Fracas des batailles et utilité des constructions défensives, Tournoël n’est pas un aimable lieu de villégiature pour noble oisif, il porte dans sa chair de pierre les tourments et les idéaux des hommes habillés de fer qui ont construit la France.
La grande salle à ciel ouvert, avec sa cheminée éteinte.
Au XIXeme siècle, il est livré aux écorcheurs qui arrachent ses pierres pour construire en contrebas les faubourg de Volvic.
Les toits ruissellent, le vent fait son oeuvre, en 1840 le toit de la grande salle s’effondre ainsi que celui des chambres.
Tournoël devient un vaisseau fantôme que ne renierait pas le Hollandais volant.
En 1920, voulant arrêter sa dispersion, un gardien y est installé par la famille Chabrol propriétaire de cette majestueuse ruine que les cicatrices et esquarres défigurent de plantes parasites.
Folie d’un homme touché par l’esprit des lieux, le château de Tournoël revient au Monde en la personne de Monsieur Aguttes qui depuis le début des années 2000 entreprend une restauration de grande ampleur.
Commissaire priseur prestigieux, il y engage des moyens considérables.
En témoigne cette énumération des travaux à lire sur le site du Château:
« 2001 : réfection de l’enduit du donjon carré, remise en état d’origine des pièces qui avaient été transformées en logement de gardien. Dallage de la chambre du Châtelain et de la chapelle des vassaux.
2002 : Enduit des courtines de la première cour, dallage de la grande salle du donjon carré. Installation des premières portes (toutes celles d'origine avaient été volées)
2003 : Pavage de la première cour.
En 2003 et 2004 Début des travaux de couverture de la grande salle et de la chambre de la châtelaine, reprise et couverture de la Tour Nord. Restauration des peintures de l’oratoire. Nouvelles portes à plis de serviettes reprenant exactement le décor de celui de la porte de la chapelle. 2004 : Fin des travaux commencés en 2003. Réfection du chemin de ronde (isolation, dallage), Installation du plafond de la chambre du Châtelain et de la « chambre du côté de bise », dallage de la cour d’honneur. Début de la création d’un jardin dans la première cour.
Les travaux importants ont été effectués avec l’aide de la DRAC d’Auvergne (Ministère de la Culture), du département du Puy de Dôme, de l’Europe (projet FEDER)
2005 Les projets : actuellement sont dressés les plans de toutes les fenêtres et la remise en place des celles-ci est prévue fin 2005 et début 2006. Les bâtis seront conformes à l’époque de la fenêtre sur laquelle il sera posé. Dans l’ensemble cela correspondra au XVéme siècle. Les fenêtres seront garnies de vitraux.. Un plafond est posé au premier étage au dessus de la chambre du Châtelain et un sol de tomettes est installé. Réfection de la partie haute de la tour d'escalier de la cour d'honneur ; maçonnerie, charpente et toiture. En octobre plantation d’un verger composé d’espèces disparues dans la partie basse de l’enceinte. »

2011-2012
Depuis cinq ans les travaux de décoration intérieur réchauffe le grand squelette d’un sang neuf vivifiant ..
Le château n’est pas habité mais est à nouveau habitable ...Il se visite et il y a chaque année plus de choses à voir et à sentir .. L’esprit du lieux « le Genius loci » se renforce au son de la grande girouette de fer qui tourne comme une crémaillère pour faire sortir le passé glorieux des limbes du Léthé dans lequel il baignait.
Monsieur Aguttes, à qui la chance a sourit en une deuxième rencontre qui se rapproche du mariage du ciel et de l’enfer, de la belle et la bête, lance une jeune femme longiligne et gracieuse à l’assaut de ces mètres carrés nus dans le ventre de cette énorme masse de lave blessée.
Murielle Delaet, Décoratrice et peintre, accepta une aventure que son parcours ne laissait pas présager. De la Caraïbe au Quebec, elle travaille maintenant à Paris dans un raffinement de décoration intérieure très urbain.
Mais Tournoël lui parle et les vents du Puy de Dôme lui murmurant peut être les mêmes refrains envoûtants que ceux de la pointe du Vauclin, elle y excelle pour le plus grand bonheur de Claude Aguttes.
Elle conçoit et réalise en parfaite concordance de vue avec son commanditaire, les peintures décoratives qui dans un respect historique scrupuleux retrouvent leurs fonctions premières, l’habillage des surfaces intérieures, la douce nacre étant la réponse naturelle aux rugositées de la coquille d’Huitre .
Certaines de ces peinture ne sont là que pour n’être pas vues, d’autres se doivent d’être lue comme un livre d’enluminure. Tout le paradoxe vient de la subtile insertion du décor dans l’architecture pour que ne se voit plus l’un sans l’autre, faisant disparaitre le second dans le premier pour les lier dans leur perception.
De l’humble appareillage de pierres jusqu’au grand décor héraldique, Murielle Delaet avec ses équipes réalise la vision du maitre d’ouvrage qui face aux difficultés et interrogations réagit vite et fait confiance, ce qui libère les forces créatrices propre à braver le froid, la neige qui transformaient certain séjour en voyage dans le temps, car seuls devant la plaine enneigée les peintres décorateurs devaient peindre en mitaine, chapeautés, emmitouflés dans une élégante mise moyenâgeuse.
Cyrille Laroche digne de ses grands ancêtres. Murielle Delaet et sa capeline.
Outre de nombreuses réalisations dans différentes partie du château, il en est à remarquer deux particulièrement réussies:
La grande Salle fut l’enjeux d’un grand parti pris décoratif qui lance le grand plafond de solives et poutres peintes comme un déroulé de tapisserie. Les murs sont scandés de piles en lave grise sur lesquels des tringles forgées retiennent des voilages légers faisant reculer les murs.
La grande salle
Le bestiaire fantastique n’a pas de redite, l’oeil se retourne dans les circonvolutions de la frise qui découvre sa fantaisie. La grande cheminée brûle d’un feu digne des « Visiteurs du Soir » attisé par la main de Jules Berry.
Le plafond de la grande salle et sa cheminée.
La chambre Héraldique est architecturée de panneaux bleus vibrant d’un semi aux armes de Tournoël, le faisceau de carreaux d’arbalète. Les poutres taillées dans des grumes centenaires sont ornées de blasons gigantesques chantant les noms des valeureux occupants: Bertrant de Tournoël, Les Comtes d’Auvergne , la famille de Dampierre, la famille de Maulmont , la Maison Laroche ....
La frise reprend les blasons des collatéraux et alliances . Grand décor didactique à lire la tête levée .Grands signes qui vous regardent depuis les siècles inscrit dans la pierre, ils sont les dieux tutélaires de notre frémissant sentiment épique qui s’attache aux temps chevaleresques.
Murs de semi et livre héraldique
Murielle Delaet et son équipe Cyrille Laroche
Franck Wambre Amaury de Cambolas
Comme le bon docteur Carvalho rencontra Villandry, L’énigmatique Baron Osiris la Malmaison, L’alchimique Jacques Garcia le Champs de Bataille. N’ayant plus de soleil à offusquer, il est heureux que le prométhéen Claude Aguttes fut choisit par Tournoël comme sa verve l’explique sans détour. ICI
L’entreprise est colossale à la mesure de l’énergie nécessaire mais le but est si haut qu’il excède la finalité affichée par les entrepreneurs tant le bénéfice moral dépasse notre condition.
Comme le manque de l’être aimé est un vide si fort que sa présence ne peut combler, les phoenix architecturaux sont la matérialisation d’une disparition qui nous fait nous sentir orphelin dans un monde ouvert à tout les possibles.
LA CATHÉDRALE MÉTROPOLITAINE
¡¡¡ DESNUDARON A CATEDRAL !!! "
La nouvelle fut ressentie avec un choc immense ..
La cathédrale de San Salvador, capitale d'El Salvador avait habitué ses fidèles comme tous les salvadoriens ainsi que les touristes du monde entier à sa nouvelle physionomie ..
Depuis vingt quatre ans que les azulejos colorés décoraient sa façade monumentale, beaucoup avaient oublié ou même n' imaginaient pas quel vaisseau de béton elle avait pu être pendant vingt ans …. Masse non terminée, d'une structure anguleuse et rébarbative qui rappelait le sang des dix huit manifestants ruisselant sur les marches du porche d'entrée le 9 mai 1979, le sang de Monseigneur Oscar Romero, Évèque de San Salvador assassiné en pleine messe le 24 mars 1980 … La cathédrale ne fut terminée qu'en 1999 puis consacrée en 2001.
Jean Paul II y est venu deux fois, en 1983 et 1996... Barack Obama plus récemment .
En 1997, la façade monumentale fut décorée de 2700 azulejos de 25 cm de côté, représentant une grande scène très colorée appelée "La armoria de mi pueblo". Élaborée pendant un an par Fernando Llort, artiste salvadorien de renommée internationale, la composition très vive et imagée encadre le gigantesque arc en plein cintre qui constitue avec le portail monumental la seule ouverture de la façade au deux tours aveugles.
La cathédrale devint l'attraction du centre historique de San Salvador. L'essentiel des publications touristiques montre ainsi sa façade colorée ayant dans son aspect de mosaïque narrative établit le lien entre la décoration salvadorienne à forte connotation indienne et l'art chrétien traditionnel.
Mais soudain en décembre 2011... sans concertations, sans explications, un grand voile blanc obstrua la façade et la destruction commença …
Consternation et supplications .. Les tentatives de récupération des "tesselles" géantes pour les réutiliser furent vaines malgré les bonnes paroles.. tout fut détruit …
Certains blogs évoquent Bamyan ….les "Indignés" de cette destruction se rassemblèrent sur Face Book ..Fernando Llort , sa famille ses proches manifestèrent bruyamment ...la population aussi..
Mais les échaffaudages résonnèrent des coups de burin et marteaux et sans état d'âme particulier derrière leur bache blanche, ils travaillèrent. La composition monumentale fut détruite comme un vulgaire carrelage de salle de bain.

La seule explication fut donnée par Tatiana Molina architecte de la Molina Real Estates Service, l'agence qui s'occupait de la rénovation de la cathédrale. Les carreaux vernissés selon elle, seraient endommagés et pourraient tomber, la colle n'étant plus assez forte pour les tenir ….Mais personne ne nous dit combien de carreaux serait tombés et si effectivement il y avait une fragilité.
Ceci n'explique pourtant pas la décision de les enlever dans leur totalité et de les détruire …
L'évèque de San Salvador , Monseigneur José Luis Escobar Alas présenta ses excuses à l'artiste et à sa famille mais ne fournit pas plus d'explications…"Nous pensions en parler à la famille de l'artiste avant la rénovation..Mais nous ne l'avons pas fait .."
Juan Pablo Llort déclara que leur peine était très grande et que personne ne les avait consulté ou même prévenu…Les architectes ainsi que l'évêché reconnaissent n'avoir pas demandé de permission au Ministre de la Culture ni au Maire , une violation de procédure qui pourrait faire l'objet de poursuites… Le secretériat à la Culture condamne ainsi que le gouvernement cet acte de vandalisme à l'encontre du pays .."Esta acción viola la ‘Ley Especial de Protección de Patrimonio Cultural"
Pour finir dans l'outrage et le dénigrement, William Recinos, Curé de la cathédrale, explique que la mosaïque a été enlevée car elle allait jurer avec la statue du Divin sauveur réalisé par Camilo Bonilla. Statue qui allait être installée sur le toit de la cathédrale ..une explication qui n'en est pas une , de plus contestée par l'évêque.
Le coût de la mosaïque fut prit en charge par une souscription privée venant des paroissiens, elle appartenait donc aux fidèles …La décision de la détruire fut non seulement une insulte à l'artiste Fernando Llort mais aussi une agression sans nom pour les fidèles…La façade de la cathédrale était pour beaucoup la cathédrale elle même ..elle appartenait au patrimoine Salvadorien et sa disparition est une perte irréparable que Fernando Llort a proposé de réparer ..une coalition pour la reconstruction voit le jour.
Fernando Llort a toutes les épreuves et dessins préparatoires et peut au prix coutant, comme José Maria Sert pour la cathédrale de Vic, reprendre son ouvrage et faire renaitre l'oeuvre disparue.
Fernando Llort devant sa maquette.
Plan de montage ...
1997 préparation au sol pour l'élaboration du rangement pour le montage du décor.
Calage des carreaux
Ci dessous le mur de la cathédrale actuellement ...réminiscence du béton des années de guerre ...
Un Tapiès de douleur pour un peuple dèjà éprouvé...
Pourquoi ont ils fait ça?
L'archevèque José Escobar Alas s'expliquera en janvier dernier dans une conférence de presse où préssé de questions, il expliquera les raisons qui ont amené cette destruction si controversée.
Une campagne de restauration et rénovation fut décidée pour l'intérieur et l'extérieur de la cathédrale. Lorsqu'il fut temps de nettoyer la mosaique extérieur, il est apparu, selon ses dires, que les carreaux n'étaient plus solidaires du murs et tombaient facilement. Les couleurs et la surface des carreaux étaient abimés par les intempéries et le soleil.
Il semblait difficile d'après les architectes de remplacer les carreaux car les couleurs étant passées, les nouveaux carreaux seraient par trop visibles. Les ingénieurs et architectes arrivèrent à le convaincre qu'une restauration était impossible ... Il prit la décision malheureuse de la "démonter" c'est à dire dans les faits de la détruire ..outre ses excuses à la famille et à l'artiste, l'archevèque proposa à Fernando Llort un mur intérieur pour créer une réplique de son oeuvre .... Llort pour une alcôve alors qu'il créa pour la façade!
Maladresse et incompréhension, naïveté et précipitation:
Maladresse de ses déclarations, de ses propositions.
Imcompréhension de l'art "populaire" de Fernando Llort et de l'impact affectif sur la population.
Naïveté face aux architectes et ingénieurs choisissant la solution facile et rentable .
Précipitation car pas de concertation et d'avis extérieur.
Apoyando en silencio...
Photo de manlio Argenta
MADELEINE & IRÉNE
Le succès fut foudroyant. A l'ouverture fin août de la première boutique Ladurée au 864 Madison Avenue à New York , la foule se pressait sur les trottoirs comme à un vernissage .
A 9 heure du matin, les regards interloqués des vendeurs travaillant dans les boutiques adjacentes en disait long sur le phénomène.
Madeleine Castaing qui régnait sur le bon gout, au coin de la rue Jacob et de la rue Bonaparte, ne s'imaginait pas que l'univers intime de sa chambre, allié au "jeté décoré" de sa boutique fait, dit on de ses propres mains (qu'elle avait d'ailleurs fort belles) allait devenir une grammaire décorative pour la vente à emporter des magasins Ladurée.
L'histoire apocryphe raconte qu'en un week-end aidé de bénévoles et de sa vendeuse qui avait l'âge d'avoir été sa nourrice, Madeleine Castaing créa un décor de perles et de denticules à main levée, rythmé par des panneaux vert tendre à champs gris que l'on retrouve aussi dans sa chambre, avec ses médaillons de plâtre donnant une réminiscence d'un Wedgwood revisité.
Madeleine's bedroom, photograph by Rene Stoeltie, copyright 2007
Elle traça parait-il elle même, avec un bambou muni d'une craie, les ellipses de perles du plafond. La maison Ladurée en 2002 eu le bon gout de conserver ce décor, en le restituant d'après un relevé fidèle, pour l'espace de vente à emporter. La solution la plus sage pour éviter de rentrer dans le concert de critique concernant la disparition d'un certain esprit Saint Germain . L'écume des pages, la célèbre librairie était à ce moment là menacée par un marchand de chemise et voilà l'antre de la dame au ruban qui disparait ! mais l'esprit y demeura, dû moins dans l'intention.
Angle Jacob Bonaparte Paris
C'est ainsi qu'une partie du décor des boutiques Ladurée emmène la touche "Madeleine Castaing " dans le monde entier, de Dublin à Tokyo de Zurich à Istanbul , la voici aujourd'hui dans l'Upper East Side .
Mardi 30 Août 2011 à 10 heure du matin.
La diva y fut bien accueillie mais sa venue devait en croiser une autre qui bien que bruyamment annoncée ne fut pas au rendez vous . Irène dont la planète entière suivait la croissance depuis les eaux caraïbes était attendue à Manhattan.
Les commerces de proximité fermés pour l'occasion
Le principe de précaution ne laissant aucune autorité au repos, les commerçants se lancèrent dans une surenchère de protections devant l'ouragan qui devait déferler le week-end tel Gloria de sinistre mémoire quelques années plus tôt.
Mesures préventives...
Irène ne vint pas, préférant laisser le voile de sa traine inonder de pluies tropicales l'ile de Manhattan, pour concentrer ses vents sur le New Jersey. La ville fut néanmoins vidée des ses promeneurs et la circulation disparut ..les métro et les bus arrêtés, les commerces et restaurants furent fermés (même l'enseigne Mac Donald de Time Square) par manque de personnel. La ville silencieuse entra en parenthèse. Nous fumes des rares à travailler ce jour là. Ce qui fut exceptionnel, ce dimanche c'était de voir la ville se transformer en sous préfecture de province vide et calme avec de rares passants se regardant à peine, pour ne pas à avoir se saluer.
La décoration Madeleine Castaing fut donc au rendez-vous et la pluie son baptême. La société Tulip SA animée par Désirée Engelen est actuellement la seule à détenir le secret du vert poudré, des ocres grises aux patines sophistiquées, des colliers de perles surplombants les marbres des meubles vente..
Désirée Engelen CO Tulip Deco SA
D'autres s'y sont essayés, mais les nuances colorées sur les fonds mat de calcites talqués n'y chatoyaient pas autant avec les conditionnements précieux des pâtisseries fines.
Ladurée Paris of New York
L'équipe Tulipdeco américaine s'est enrichie de nouveaux membres: Alan Carrol peintre de Brooklyn et Sabina Guerrero, senlisienne d'adoption, encadrés par l'excellence du Studio Boum-design Inc de New York, bien connu sur Madison Ave.
Alan carrol, Amaury de Cambolas, Sabina Guerrero . NYC Aout 2011
Le New York Time célèbre l'évènement avec un portrait d'Elisabeth Holder, gérante et" partner of the company".
cliquez sur l'image pour lire l'article
PEINTURES BAUGEOISES
Baugé charmante petite ville de caractère cachée dans le Maine et Loire comme le marcassin dans sa bauge.
Nous sommes restés un mois au château de Baugé.
Le château de Baugé est un pavillon de chasse de superbe dimension .
Construit par celui que l'on appellera le Bon Roi René, il fut achevé en 1465 sur les ruines d'une forteresse plus ancienne appartenant à Foulques III Nerra , comte d'Anjou.
L'architecte Guillaume Robin en dessina les plans , la construction de moellons de calcaire et de grès dans une combinaison de style médiéval et renaissance donne à l'édifice une élégance de forme, une légèreté, un rythme de façade qui le font percevoir aujourd'hui comme un chef d'oeuvre architectural .
René d'Anjou, né à Angers en 1409 et mort à Aix en Provence en 1480, fut un personnage des plus étonnant . Roi de Naples, Comte de Guise, Duc de Bar, Duc d'Anjou et Comte de Provence, il fut pair de France et fondateur de l'ordre du Croissant. Il est inhumé dans la cathédrale Saint Maurice d'Angers.
Défenseur des arts et des lettres , il rédigea plusieurs ouvrages comme le "Traité de la forme et devis comme on fait les tournois" de 1452 , le "Mortifiement de vaine plaisance " en 1455 puis le célèbre " Livre du cœur d'amour épris" en 1457.
Le corps central du château est encadré par deux ailes ayant à charge de desservir les salles de réception et les appartements, L' escalier d'honneur, en pierre et à large dalles présentées en "vis", s'appuie sur une colonne centrale se terminant en palmier. Le voute à huit clefs est ornés de blasons et symboles encore très lisibles aujourd'hui.
La distribution primitive des salles et appartements n'existe plus . Les transformations successives , les périodes de délabrement alternant avec de nombreux propriétaires ont permis au château de survivre mais les traces du Roi René y sont malheureusement quasi inexistantes .Deux cheminées dont une dans les combles … l'oratoire et une salle d'étuve, petit réduit pour bain de vapeur, semblent seuls avoir connu René d'Anjou.
Au XIX° siècle, le château revient au Département qui y installe le siège de la Mairie ainsi que la gendarmerie . Des locaux de fonction sont aménagés, travestissant davantage les aménagements intérieurs. Puis au début du XX° siècle, le château accueille une salle de Justice, les gendarmes partent et les pompiers arrivent . Les travaux de restauration des façades redonnent aux ouvertures, meneaux et fioritures et le Musée du Baugeois s'y installe …
Le chateau lui même ne sera ouvert à la visite qu'en 2003 après avoir été entièrement repensé.
Le parcours scenographié, didactique, ludique , festif, convivial et moderne ( cf :le site du chateau ) participe aux aménagements en cours dans les réhabilitations de châteaux n'ayant plus de contenu à présenter aux visiteurs ..
Après le départ de la mairie, des juges et des pompiers…du théâtre de poche qui y avait trouvé refuge .. du Musée fermé aujourd'hui puis des locaux municipaux .L'intérieur vidé et nu laisse la place en 2003 à un "parcours découverte" comme cela à été fait au château de Suscinio sur la presqu'île de Rhuiz (site du Chateau de Suscinio) qui est l'exact antithèse du concept de restitution à la "Champ de Bataille" en Normandie.(site du Chateau du Champs de Bataille )
Alerté par la directrice du château , l'active et charmante Isabelle Coulon, La mairie de Baugé, consciente de son patrimoine, accepta d'améliorer le parcours de visite en réponse aux attentes des visiteurs, en lançant un appel d'offre pour la "Restitution de la chambre du Roi René".
L'Atelier Cambolas présenta son projet en temps et en heure et fut retenu.
Comment d'une salle d'exposition annexe , ancienne chambre de fonction réhabilitée avec faux plafond et placo-plâtre , faire une "chambre restituée" du quinzième siècle avec meubles tentures et décor ? Comment arriver à transfigurer l'espace et donner d'une manière crédible le sentiment d'une présence que même les murs ont du mal à évoquer ? Comment toucher même de façon minime, par la peinture et le mobilier, le concept exigeant d'une "demeure de l'esprit" si bien illustré par R.Camus. La scénographie didactique et festive ne procède pas de cet esprit …mais l'appel d'offre de la Mairie de Baugé, sous le haute patronage de la Conservation d'Anjou avec le conservateur principal en conseiller scientifique nous y amène et le cahier des charges fut remarquablement pensé.
La chambre qui ne comporte qu'une seule fenêtre décentrée est un passage de visite vers l'oratoire du roi René.
La petite chapelle avec ses vitraux du XIX°siècle.
le Projet avec force d'échantillons et maquettes fut élaboré par l'atelier d' Aline et d' Amaury de Cambolas. La réalisation en fut confiée au bon soin de peintres décorateurs talentueux, comme Murielle Delaet qui allie sens pratique, sens des couleurs et dextérité, Cyrille Laroche, le technicien pragmatique qui accumule une expérience que son entregent ne fera pas mentir ainsi qu' Amaury de Cambolas, votre serviteur.
Ils purent en quatre semaines, à partir des dégagements opérés par les services techniques dirigés par monsieur jacky Bellessor, laisser la place aux lit de chêne, cathèdre et somptueux lutrin de l'ébéniste Jean-luc Tancoigne , aux tentures du tapissier décorateur Bruno Moine, ….. au livres du relieur Marc Poupelin, aux calligraphies de Bruno Coulon ……. puis aux visiteurs émerveillés qui semblent rentrer dans l'intimité du maitre des lieux .
voici en images les phases de transformation. 
Etat initial.
la pièce avant intervention des services techniques
la pièce dégagée du faux plafond. Les poutres seront sablées.
La cheminée construite en BA15 et siporex par le service technique . Reprise d'enduit sur les murs pour enlever la planéité moderne par Cyrille Laroche
Réalisation d'un mortier traditionnel, sable et chaux, pour les entre-poutres.
Murielle Delaet sur pont roulant. Chaux teinté avec un filet rouge abrasé.
Peinture des murs avec de la chaux beige.
Traçage des champs en réserves.
Panneaux à la chaux bleue patinés pour recevoir les pochoirs fleurdelysés.
Réalisation d'un appreillage de faux tuffeau . Dessin du calepinage , enduit et sable puis patine à la chaux.

Passage d'entrée avant le faux tuffeau puis avec appareillage de pierre.

Faux tuffeau: sable, enduit, lait de chaux. La couleur jaune des fenêtres sert de fond pour la peinture du faux chêne.

Huisseries en faux chêne réalisé par Cyrille Laroche.
Peinture aux pochoirs des fleurs de lys, légèrement dorées et abrasées .
Pochoirs de motifs croisés en plinthe.
Le mur est subdivisé en panneaux encadrés de rouge: ce sont les armes d'Anjou . Séparé par un filet brun, les fleurs de lys sont sans bordure au milieu du panneau mais avec un grand lambel rouge: ce sont les armes d'Anjou Sicile . Cette représentation se retrouve sur le mur du Tombeau de Louis II d'Anjou, père de René d'Anjou dans la cathédrale Saint Maurice .
La chambre est le témoignage de la puissance de la famille d'Anjou , les murs sont architecturés par des bannières verticales comportant les symboles et armoiries des possessions de René d'Anjou .
Elaboration des six bannières. peintes in situ.
Différentes étapes de réalisationdes bannières
L'équipe en pas de deux.
Les symboles du Roi René sont, pour sa vie heureuse avant le décès de Jeanne de Laval , la cassolette enflammées, ornée du phylactère "Dardent Désir" . Chaufferette que l'on retrouve sur les colonnes de son tombeau à Angers. Pour sa vie de veuf éploré, il s'agit du "bâton écôté", arbre sans sève auquel on a tranché les branches. Des restes de ces représentations peintes sont encore visibles sur plafond de bois d'une abside de l'Abbaye Saint Martin d'Angers.
Murielle Delaet & Amaury de Cambolas
Les écus suspendus aux arbres sont des représentations traditionnelles en Anjou. Pratique venant certainement des joutes équestres ..il semble que le chevalier ayant accroché son bouclier à une branche était défié par un touché de lance délicat fait par un tiers ce qui le voyait ainsi désigné comme adversaire . On trouve en Anjou des représentations peintes d'arbres avec blasons au manoir de Jeanne de Laval ainsi qu'au manoir de Belligan .
Les essences d'arbres comme le pin, le micocoulier et l'arbre d'Eden sont reconnaissables avec audace .
Bar et Aragon
Hongrie et Anjou Sicile
Anjou et Jérusalem
Les bannières sont peintes sur une toile de lin écru, elles présentes les différents blasons du roi René: Le duché de Hongrie, le duché d'Anjou, le duché de Sicile, le duché de Bar, le duché d'Aragon qui composés ensemble peuvent se lire comme suit:
Coupé, le chef tiercé en pal, en 1 fascé de gueules et d'argent, en 2 d'azur semé de lys d'or et au lambel de gueules, en 3 d'argent à la croix potencée d'or, cantonnée de quatre croisettes du même et la pointe partie d'azur semé de lys d'or et à la bordure de gueules, et d'azur semé de croisettes d'or et aux deux bars d'or. Sur le tout, d'or aux quatre pals de gueules.
les Armoiries complètes de 1432 se retrouvent sur le manteau de cheminée.
Casolette et motif en papier plié ( ornement décoratif fréquemment utilisé en bordure) .
Les bannières furent terminées à l'atelier par une experte en travaux de précision ..couture des galons et oeillets.
Camille Cerna à l'ouvrage.
La chambre du Roi restitué.
Le lit près du feu entouré des bannières à chauffrettes "Dardent désir".
Le lutrin et la cathèdre avec au fond le passage pour l'oratoire privé .
Jean-luc Tancoigne avec son estrade de dernière minute. L'aigle du lutrin inspiré de celui de l'abbaye de Solemne.
Le velours de Bruno Moine. les livres reliés par Marc Poupelin
La calligraphie d'une page du "coeur d'amour épris" par Bruno Coulon , enluminé par Béatrice Balloy.
De gauche à droite :M.Bruno Coulon, M.Marc Poupelin, Madame la directrice du château de Baugé Isabelle Coulon, Monsieur Philippe Chalopin maire de Baugé, M.Bruno Moine, M.Jean Luc Tancoigne, Monsieur Guy Massin Legoff conseiller scientifique, M.Cyrille Laroche, M. Amaury de Cambolas
L'INAUGURATION
L'ouverture de la chambre du Roi René fut célébrée avec faste par monsieur le Maire. De nombreuses personnalités angevines se sont jointes à la visite commentée par ses soins puis au cocktail rafraichissant donné sous un grand soleil dans le square Jean Renard devant le bouquetier ceinturant le chateau de son odeur de paradis.
Et en soupirant, je dis : « Ah, très doux Dieu du paradis, J'ai peur qu'Amour n' ait dérobé Mon coeur et ne l'ait emporté avec lui....
"Le Coeur d'amour épris" , 1457 Biblio Nat.
PEINTURES ANGEVINES
La cathédrale Saint Maurice d'Angers située au sommet d'un rocher de schiste, domine la Maine de ses flèches de soixante quinze mètres. Construite au XIIe siècle, elle est connue pour cette particularité architecturale appelée ogive Pantagenêt ainsi que pour ses vitraux du maitre verrier André Robin, chef-d'oeuvre du XVe siècle.
En 1980, On y découvrit des peintures murales exceptionnelles.
Travée 1 : sondages, peintures encore sous badigeon.
Travée 2 : sondages et travaux de dégagement commencés
Travées 3 & 4 &5: Cycle Saint Maurille
Travée 5 : Partie basse :Tombeau de Louis II d'anjou
Travée 6 ; Sacraire de René d'Anjou ( détruit)
Travée 7: Tombeau de René d'Anjou Reste de peinture
Datant du XIIIe et XVe siècle, "la mise au jour des peintures du choeur est un rameau supplémentaire porté au somptueux bouquet que la cathédrale apporte sur l'autel de l'histoire de l'art occidental ".
Une campagne de sondage stratigraphique fut entreprise et permis de retrouver non seulement les peintures restant du mausolée détruit de René d'Anjou mais aussi un ensemble très impressionnant devant encadrer le tombeau de Louis II dans le bas de la cinquième travée.
En 1984 les sondages révélèrent aussi de nombreuses peintures dans les parties hautes des murs, ces peintures sont connues aujourd'hui sous le nom de "Cycle peint de la cathédrale d'Angers" et mettent en scène des épisodes de la vie de Saint Maurille , évêque d'Angers, mort en 426.
Cet ensemble de peinture fut dégagé et consolidé lors de campagne d'étude en 1986 et 1991. Seule la première travée n'est pas encore dégagée et les sondages effectués montrent que les peintures y sont normalement présentes , c'est donc bien l'intégralité des murs du choeur qui était peint et cela sur une hauteur de près de trois mètres.
Le choeur avec ses hautes boiseries coupant les travées.
Nous avons donc trois ensembles majeurs de peintures datant du XIIIe et du XVe siècle redécouverts .Cet ensemble d'une ampleur extraordinaire à été étudié très en détail par le Laboratoire de Recherche des Monuments Historique (LRMH).
Relevé de Beauxin en 1783
Relevé du tombeau de René d'Anjou (seul la partie haute et les peintures sur les colonnes sont visibles aujourd'hui)
Les tombeaux de la famille d'Anjou étaient connus de longue date, tout particulièrement celui de René d'Anjou que les Angevins connaissent sous le nom du Roi René .
Le choeur de la cathédrale construit en 1274 fut remanié pour recevoir les sépultures de la famille d'Anjou, les tombeaux pour certains très modestes furent disposés dans les différentes travées du choeur les corps disposé dans des caveaux le long de la muraille. Ils s'y trouvent encore. Mais furent peu à peu négligés puis oubliés sauf le dernier d'entre eux, le mausolée du Roi René qui occupait la septième travée avec à ses cotés le sacraire .
Le mausolée dont de bonnes descriptions et relevés existe, sorte de chapelle sculptée à compartiments et en ogives présentant René d'Anjou couché auprès d'Isabelle de Lorraine ainsi que ses nombreuses sculptures annexes et peintures notamment celle monumentale du Roi mort sur son trône fut longtemps visible . Le Roi portant sceptre et couronne trône en cadavre décharné, représentation de la mort égalitaire terrestre, sorte de "vanité" didactique pour l'édification des chrétiens.Trois versions furent peintes sur toile: la première en 1472 renouvelé après un incendie en 1533 puis en 1783. La cathédrale fut saccagée par les Huguenots en 1562 , le tombeau du Roi René y subit les premiers outrages. ( "La ville et la cité furent prises par les Huguenots. Ils firent d'horrible ravage et profanèrent la cathédrale. Leurs chevaux y couchaient, ils y buvaient et y mangeaient eux mêmes et y avaient transporté de la paille et des couchettes pour y coucher; aussi ils y faisaient leurs ordures. Ils rompirent les figures du Roi René et de sa femme Isabelle de Lorraine…." Bibliothèque d'Angers manuscrit N°895 TII Note de M .Grille.
Les stalles du choeur nouvellement installées en 1699 masquait le reliquaire mais pas le tombeau du Roi René. La conscience et la perception d'une nécropole princière s'estompit. Seul le bon Roi René, figure de l'Anjou, eu son tombeau honoré.
Entre les boiseries et le mur du choeur.
En 1779, il fut décidé de déplacer le mausolée sans toucher aux dépouilles, pour la construction du nouveau choeur à la "Romaine".
Le 10 janvier 1783, les travaux du choeur commencèrent, on détruisit les stalles anciennes, le jubé et l'on démonta le mausolée qui fut replacé à l'écart dans la nef , on détruisit par la même occasion sans remords, le sacraire .
Les boiseries dessinées en 1757 par Jacques Gaultier, sculpteur de Mayenne, furent construites par les menuisiers M.Fouqué et J.Duforest.
Formidable charpente tenue par des madriers à un mètre de la muraille, elles encerclent les nouvelles stalles richement décorées, le trône épiscopal, les portes du trésor et de la sacristie.
Les sculptures, trophées et crédences furent terminés par le sculpteur Louis David en 1785 .
Deuxième outrage pour le tombeau du roi René dont on ne voit plus que le haut des peintures sur voussure au-dessus de la corniche imposantes des nouvelles boiseries.
Le troisième outrage eu lieu en 1793 pendant la Révolution ou le mausolée de la nef fut saccagé à la masse , les statues et gisants de marbre furent brisés puis revendus pour en faire des piétements de cheminées.
Inhumés dans les caveaux du choeur, les dépouilles princières de
Louis Ier d'Anjou mort en 1384
Henri de Blois † 1400
Charles prince de Tarente † 1404
Marie de Blois † 1404
Louis II duc d'Anjou † 1417
Louis III duc d'Anjou † 1434
Yolande d'Aragon † 1442
Isabelle de Lorraine † 1453
René d'Anjou † 1480
Marguerite d'Anjou Reine d'Angleterre †1482
René second fils de René d'Anjou et d'Isabelle de Lorraine †
Jeanne de Laval seconde épouse de René d'Anjou † 1498
furent oubliés.
Mais pas le mausolée du Roi René .
Dans une lettre écrite à Victor Pavie le 2 janvier 1840, le sculpteur David d'Angers écrivait qu'il serait très heureux de refaire les statues de René d'Anjou et d'Isabelle de Lorraine, qu'il offrait son temps et son travail s'il l'on pouvait subvenir aux matériaux.Il réitéra son offre en 1842 et 1845 mais il ne fut pas possible de réunir l'argent et il mourut sans voir son voeux exaucé.
L'existence des tombes de la septième travée étaient toujours connu. Des travaux entreprit en 1895 en confirma l'emplacement. Les sépultures furent découvertes par des ouvriers travaillant dans le choeur. Elles furent ouvertes, les dépouilles étudiées avant d'être à nouveau inhumées avec cérémonie .
Les très intéressants opuscules de Louis de Farcy "les Sépultures princières à la Cathédrale d'Angers " comme " Ouverture à la cathédrale d'Angers des sépultures René d’Anjou, d’Isabelle de Lorraine et de l’évêque d’Ulger, les 15, 16 et 17 juin. Angers : Lachèse, 1897" témoigne d'un véritable interêt et d'un suspense archéologique.
Emblème du Roi René : la chauffrette enflammée avec le phylactère " Dardant Désir".
Les dernières études effectuées derrière les boiseries en 1980 sur les restes du mausolée de René d'Anjou ouvre donc un nouveau chapitre archéologique :
Les peintures du tombeau de Jules II et le "Cycle Peint "ne sont pas visibles du public. L'espace entre le murs et l'arrière des boiseries est exiguë et peu éclairé, les risques de frottement des visiteurs sur la couche picturale trop importants.
Une porte monumentale cachée derrière l'autel secondaire du choeur permet de passer derrière la boiserie . Sur la gauche dans ce qui correspond à la cinquième travée du plan de Louis de Farcy se trouve les restes des peintures datées de 1417 qui encadraient le tombeau de Jules II.
Tombeau modeste comme le décrit Peirsec "...Au derrière du grand autel sont les tombeaux de Louys le second et Yolande d'Aragon sans aucune figure et statue, n'y ayant que deux grandes chasses de bois costé contre muraille, enfermées d'une barrière de boys. Il n'y a autre chose à remarquer sinon qu'au bout de ces chasses est despeint sur la muraille un gendarme, revestu d'une cotte armoyée des armes de Beauveu tenant en ses main un guidon où sont dépeintes les armes de Louis II et de Yolande sa femme et tient icelluy un genou à terre...." Bibliothèque de Carpentras MS N°782 page 496
La septième et sixième travée correspondant au tombeau et sacraire (Reliquaire) de René d'Anjou construit de 1444 à 1472. Ne sont visible que quelques traces du semis fleurdelysés sur fond bleu. Sur les colonnes, certaine chaufferettes enflammées sont encore conservées, les blasons peints du roi René ainsi que des restes du décor de fleur de lys sur le haut des arcades sont visibles au dessus des stalles .
Le cycle de peinture du treizième siècle illustrant la vie de Saint Maurille courre à mi hauteur des murs, de la première à la cinquième travée au dessus du tombeau de Louis II. Il faut, à l'aide d'une échelle, accéder à une coursive de fortune installée pour les travaux et l'étude des peintures. L'impression est saisissante, les peintures semblent en parfait état.
Porte du choeur et vue des parties hautes extérieures et intérieures.
Les peintures encadrant le monument de Louis II d'Anjou sont un plaidoyer pour la puissance de la famille d'Anjou. Deux chevaliers genou à terre sont peint, l'un avec bannière l'autre avec épée. Ils encadrent un espace couvert de représentation héraldique de grand format : La croix de Jérusalem ,les fleurs de lys d'Anjou sur fond azur entourées d'une bordure de gueule, les fleurs de lys avec lambel des armes Anjou Sicile.
Chevalier à l'épée et quartier de Louis II
Les chevaliers identifiés par leur armes appartiennent à la famille de Beauvau. Les visages sont peints sur de petites plaques de métal fixés au mur, ce qui leur donnent beaucoup de lisibilité par rapport à l'ensemble assez dégradé. Le semis de fleur de lys réalisé au pochoir est finement élaboré.
Les fleurs de lys présentent de nombreuses traces d'or ce qui nous montre la qualité du mausolée disparu.


Passage entre la boiserie et les murs peints sur la coursive.
Les peintures réalisées sur la partie supérieur des murs, à trois mètres de hauteur, sont datées des années 1270-1280, elles sont exécutées directement sur les pierres dont la trame et les irrégularités sont visibles sous la couche picturale. Il ne s'agit pas de fresques et même pas de peintures sur badigeon, il n'y a pas d'enduit ou de préparation, si ce n'est une mince couche de blanc de plomb mêlé à quelques particules de minium révélées par les coupes stratigraphiques .
Ce procédé inhabituel n'est pas unique, on le retrouve à Toulouse dans la chapelle des Jacobins , à la Saint Chapelle ou encore sur les restes de la chapelle Saint-Etienne de l'abbaye de Westminster datant de 1300. Le blanc de plomb est connu dans les anciens traités de Peinture comme pouvant servir de liant et de siccatif pour les préparations à l'huile .
Les pigments se superposent en plusieurs couches. L'étude des prélèvement de la couche picturale par le LRMH (analyse par chromatographie gazeuse couplée à la spectrométrie de masse ) a montré des composés relativement plus élaborés que ceux observés dans les époques antérieures. La présence de vert au cuivre, de minium, de vermillon, de résinate de cuivre, d'ocre jaune et de noir de charbon ainsi que des laques rouges est attestés. Le liant est ici à base d'huile de lin.
Pour une approche plus poussée concernant l'état des connaissances techniques résultant de l'étude du LRMH, l'on se doit de lire le passionnant article de Marie-Pasquine Subes-Picot paru dans la Revue de l'art N°97 daté de 1992 " Peinture sur pierre: note sur la technique des peintures du XIIIe siècles découvertes à la cathédrale d'Angers" .
Au cours du quatorzième siècle, la peinture à l'huile remplace peu à peu la "Tempura" ou tempera , technique ayant l'oeuf comme liant.
Dans le cas de peintures murales gothique, la peinture à l'huile cohabite avec la fresque qui était le mode d'exécution privilégié du monde Romain et Roman.
Nous avons donc ici à Saint Maurice, un des exemples les plus anciens et les plus conséquent (soixante mètre carré) de peinture murale peinte à l'huile . La peinture à l'huile va connaitre un grand essor pour la peinture de chevalet, en Europe du nord grâce à Jan Van Eyck en 1430 .
Saint Maurille en Evèque .
Les peintures des cinq premières travées du choeur représentent en une vingtaine de scène, la vie du saint évêque Maurille. Prêcheur brisant les idoles païennes du temple Prisciacus à Challonnes sur Loire, prodiguant soins et guérisons ( miracle de la Possonnière) affirmant fortement foi et piété en Anjou. Maurille acquière ainsi une renommé de sainteté. Ayant échoué à guérir un enfant malade, le bon évêque parti pour l'Angleterre comme simple moine ; il fut ramené par les habitants d'Angers qui ne pouvaient se passer de leur illustre Saint, il ressuscita donc l'enfant mort cause de ses remords et tourments....
(lire ici la vie mouvementé de Saint Maurille).
Réssurection de l'enfant mort "re-né" , cinquième travée.
Les couleurs sont d'une extrordinaire fraicheur, les détails et motifs ornementaux d'une grande habilité. L'alternance des fonds rouge clair et vert sombre donne un rythme, une dynamique ponctuée par de subtiles tonalités de mauve, de bleu et d'orangé. Les visages sont stylisés avec grâce et finement rehaussés de rose aux joues. L'impression de légèreté est étonnante pour une composition monumentale. Les différentes scènes présentées dans une suite d'arcatures architecturées de couleurs vives, sont circonscrites par de larges frises de palmettes et de grecques .
Ce fut une joie sans pareille de pouvoir découvrir ce trésor caché grâce à la gentillesse et l'entregent de monsieur Etienne Vaquet, conservateur des antiquités et objets d'art du Maine-et-Loire.
Qu'il en soit vivement remercié ici.
Septième travée: sur les pierres, les marques d'outils de taille sont bien visibles .
THE CULT OF BEAUTY

"Pavonia" de F.Leigton 1858
Le culte de la beauté, voilà une idée iconoclaste qui devrait séduire certaines personnes revendiquant la transgression car si l'on en croit Jean Clair, ancien directeur de Beaubourg et du Musée Picasso: "Notre époque vit dans la haine du beau et dans la délectation de l'avilissement " .
Le mouvement "Aesthetic" anglais de 1860 est une recherche constante irrigant tous les formes de création art-istique et art-isanale ainsi que littéraire. Nous ne connaissont ce mouvement appelé en France "Esthétisme" que par sa forme tardive qui arriva sur le continent dans les années 1890 .
"Proud Maisie" de Frederick Sandys
La réaction naturelle aux dérives du naturalisme amena de nombreux peintres, architectes et écrivains ainsi qu'une part non négligeable d'esprits cultivés appelés "esthètes" à se rassembler dans une recherche d'un Art nouveau dégagé des idées convenues et de la morale dominante. Recherche de l'art pour l'art, de l'émotion artistique, du beau , de l'impact décoratif et l'ambiance esthétique créée par le raftinement et la subtilité des déclinaisons jusque dans les objets de la vie courante.
L'art nouveau Français procédera de la même démarche totalisante voulant être le paradigme décoratif de l'époque qui devint depuis un style inimitable et presque inégalé.

Le Victoria and Albert Museum de Londres propose une splendide exposition très élégamment scénographiée, ce qui est la moindre des choses lorsque l'on présente des réalisations cristallisant une recherche effrénée du "beau" !
Les oeuvres de Frederic Leighton , d'Albert Moore, d'Edward William Godwin, de james McNeils Whistler donnent par leurs importances, le niveau extraordinaire de ce mouvement qui fut une réussite exemplaire avant de sombrer sous les coups de boutoir d'une presse satirique et la chute d'un esthète emblématique : Oscar Wilde.

" Promegranate"1862 William Morris
Nous attirerons tout particulièrement l'attention des amateurs de décoration intérieure, sur le travail de William Morris auteur de remarquables papiers peints, sur les aquarelles de George Aitchison et les paons d' Albert Moore pour la Drawning room de Berkeley square .

Cette exposition est organisée avec le concours du V&A de Londres, du Fine Arts Museum de San Francisco et du Musée d'Orsay .
Lequel musée d'Orsay la proposera pour l'émerveillement du public néophyte du 12 septembre 2011 jusqu'au 15 Janvier 2012.
HALL 30 NYC

L'entrée du RCA Building a heureusement gardé ses peintures originales de José Maria Sert: " le Triomphe de l'humanité" .
Commandée en 1932 par John D Rockfeller pour le grand complexe éponyme de New York, cette série de peintures réalisées sur toiles à Paris puis marouflées in situ est un tour de force à plus d'un titre.
D'abord technique : Ajustées et marouflées sur des panneaux de bois puis retouchées, les toiles sont recouvertes de feuilles d'argent puis protégées de l'oxydation par un vernis. JM Sert a utilisé un glacis au vernis dilué à l'essence de pin. Les couleurs vont du sépia à l'ombre brulée …dégradés et modelés utilisent la luminosité du fond pour créer les volumes.
Cette technique propre à J.M. Sert montre pour la première fois des rehauts de blanc utilisés par touches très discrètement.
Puis deuxième tour de force: l'ampleur de la commande et la complète suprématie de Sert sur ses "concurrents" !
Les peintres sollicités pour participer au projet étaient les plus représentatifs des années trente . John D. Rockfeller demanda ainsi à Henri Matisse,Pablo Picasso , Franck Brangwyn et Diego de Rivera.
Toile de Franck Brangwyn.
Le discret et talentueux Frank Brangwyn réalisa en 1934 un décor très intéressant intitulé " Man's ultimate destiny". Cette peinture toujours en place fut réalisée en accord avec la technique de Sert , c'est à dire en sépia monochrome sur fond légèrement doré. Cette composition est signée, ce qui n'est pas le cas pour les décors de Sert.
Mais rien n'y fait, ce travail est complètement occulté par celui de Sert et ignoré par les visiteurs qui ne peuvent même pas trouver son nom dans le guide touristique donné à l'entrée du Rockfeller center "Tour of the rock, Rise to the top".
Même le site Gonyc.com ( go new york city) affiche sans complexe une photo du travail de Brangwyn avec une légende attribuant la paternité de l'oeuvre à Sert!
Lobby plafond: la ronde des avions.
Le muraliste Diego de Rivera, à qui fut attribué le mur d'accueil du lobby central, position privilégiée s'il en fut, se vit choisi pour ses qualités artistiques et non pas pour ses opinions politiques divergentes de celles de son commanditaire qui montrait par ce choix, une grand ouverture d'esprit et même une certaine tolérance irénique .
La fresque, car c'est bien d'un travail fait sur le mur et sur l'enduit de plâtre frais dont il s'agit, fut détruite sur ordre de John D Rockfeller le samedi 9 février 1934 à midi.
Rivera s'affranchissant de ses maquettes et projets réalisa une fresque communiste avec Lénine et drapeaux rouge bien loin de "l'homme à la croisée de sa route" montrant l'évolution du travail et la mécanisation comme progrès …exit Rivera et commande supplémentaire pour José maria Sert qui n'eut pas à évincer ses deux autres concurrents qui déclinèrent l'offre, ne voulant pas mettre leurs peintures dans un "lieu de passage"!
La paix et Le progrès industriel.
Le progrès industriel, la médecine, l'abolition de l'esclavage, la paix, sont la première série de 4,76 m x7 m livrée en 1933 ." Le progrès américain " est le thème des peintures du hall dont le panneau d'accueil fait 11,50m de long sur 4,64 de haut ..l'ensemble du plafond comme les remontées latérales des deux escaliers sont décorés les thèmes se succèdant avec des tailles impressionnantes : Le Temps, le Feu, la Lumière,la Fraternité. Puis "la guerre et la paix"" Le soleil et le feu pris au soleil" …La dernière commande de Sert est terminée et livrée à la fin de l'année 1939 ce qui coïncida avec la fin de l'ensemble des travaux de construction des six blocks du désormais célèbre Rockfeller center .
Pendant la construction et l'installation des décors peints, Edward Trumbull, un peintre, muraliste et décorateur, coordonna l'ensemble des thèmes de couleurs et supervisa la cohérence décorative.
Les marbres devaient être en accord de tonalité avec les peintures comme avec les cuivres et laitons des rampes et luminaires. Edward Trumbull fut un ami de Frank Brangwyn et connaissait Sert depuis ses premières réalisations New yorkaises pour W. Waldorff ou Harrisson Williams à Long Island.
Il est maitre en concordance et harmonie de couleur, il connait toutes les difficultés et subtilités des agencements de décors.
Et pour cause..
Les peintures du trop fameux Chrysler Building en témoignent . Réalisée par Edward Trumbull sur toiles en 1930, cette incroyable peinture est un patchwork dense et colorée, où comme sur le plafond du GE building, l'on retrouve des avions en mouvement, des foules de travailleurs ."Transport and Human Endeavor" que l'on peut traduire par" l'effort humain et les transports" est le titre de l'oeuvre et s'inscrit dans une subtilité de ton qui concorde avec les murs de marbre rouge du Maroc aux dessins hallucinants comme avec le jaune de Sienne du sol.
Le christ offrant son dos aux douleurs de l'humanité.
Harmonie telle que le décor est intégré dans un ensemble qui le rend lisible avec attention, il se découvre à la vision petit a petit car le plafond assez bas, ne laisse voir la figure christique de dos avec une représentation en plan du building allant de la porte principale jusqu'au "Desk" d'accueil qu'en levant bien la tête! Richesse des détails, couleurs et maitrise technique autant qu'artistique, cette peinture est d'une modernité déconcertante ..un pari fou, une allégorie sans limite un fourmillement qui rejoint le colossal épuré de José maria Sert.
Peinture et signature d'E.Trumbull 1930
Les deux ensembles décoratifs qui comptent et compteront de plus en plus comme des joyaux Art Deco sont bien sur à la merci des outrages du temps et des hommes. La société bien connue "Evergreen" spécialisée dans la peinture décorative et les restaurations fut amener à intervenir en 2009 . Nettoyage des vernis jaunis et obscurcissant les visages, rafraichissement des tonalités en enlevant le vernis outrageusement mis en 1970 ! ..Jeffrey Greene ,le président d'Evergreene, fit de nombreuses recherches et essais pour déterminer une technique de dé-vernissage indolore ..il fut même essayé des abrasions à la brosse à dent électrique ..les produits solvants étant à proscrire !
Deux restaurateurs derrière leur résille .
La technique employée fut celle de l'abrasion à la pierre d'Agathe pour brunir les ors ..après de légères pressions, le vernis cède et part en paillette … technique très simple mais longue !
Vernis oxydé
Deux ans de travaux très discrets derrière des bâches ….. Les vernis nettoyés, il y eu de nombreuses petites retouches sur des parties abîmés . Les plafonds furent aussi l'objet de toutes les attentions , un plancher amovible fut nécessaire pour y travailler.
Une attention toute particulière fut apportée à la toile "le progrès américain" qui recouvrait les installations électriques des ascenseurs.
"C'était comme si nous avions allumé les lumières " déclara Monsieur Greene lorsque les restaurations furent terminées !
Retouches sur les toiles de Franck Brangwyn.
Les campagnes de travaux d'Evergreene sont impressionnantes tout comme la variété et la magnificence d'intérieurs américains insoupçonnées.
Le lobby du Chrysler Building.
Jeffrey Greene fit de même pour le lobby du Chrysler building ..une grande campagne de nettoyage et restauration fut menée à bien, de nombreux rajouts (encore des années soixante dix) rampes d'éclairages, boitiers de sécurité, furent enlevées. Ainsi les peintures d'Edward Trumbull une fois retouchées, retrouvèrent leur intégrité.
Abercrombie & Fitch V° avenue, escalier et plafond.
Il existe une grande tradition de peinture décorative aux État-Unis.
Le siècle innovateur et conquérant correspondant avec l'apothéose d'un style utilisant beaucoup les ressources du genre, la décoration intérieure n'a pas peur des grands ensembles figuratifs allant volontiers du didactique à l'allégorique. La décoration intérieur de ce temple de la forme ,de la beauté, de la jeunesse ouvert sur la cinquième avenue est représentatif d'un gout pictural ayant pour racines les peintures de l'"Amérique heureuse" du deuxième quart du XX éme siècle.
Peinture sur toile marouflée "les gymnastes"; impossible d'obtenir le nom de l'auteur!
Le "concept store " Abercrombie & Fitch arrive à Paris et s'installe dans l'ancien immeuble de la Thaï Airways sur les Champs Élysées.
Il leur sera facile de recruter sur casting les plus beaux employés, de mettre la musique à fort volume dans un environnement tamisé...Mais espérons qu'ils veuillent rivaliser avec les peintures décoratives de la boutique de New York plus qu'avec le magasin de Londres dont les murs sont bêtement peint en noir.
Champs Élysée Paris ouverture Début 2011?
DES NOUVELLES DU RIVAGE
La Résidence d'été de la mère du dernier Khédive d'Egypte est en travaux depuis deux ans.
Entièrement bâché, le bâtiment se découvre en août 2010 pour l'occasion de l'année Istanbul capitale "Européenne " de la culture 2010. Les travaux ne sont pas fini comme nous avons pu le constater. Le ministère des affaires étrangères égyptien avec le Gürsoy grup a entreprit de somptueux travaux de rénovation pour l'un des bâtiments emblématique du patrimoine "Art Deco" d'Istanbul, devenu aujourd'hui le siège du consulat égyptien.
Situé sur les rivages de Bebek, sa façade imposante est très reconnaissable; le mélange des styles, les formes et composition architecturale laissent assez perplexe. La façade symétrique révèle les dispositions intérieures traditionnelles entre semanlik et haremlik ( partie des hommes et partie des femmes) séparés par un avant corps à deux tourelles ajourées. La façade est rythmée par un jeu de bow-window surplombés par des loggias et balcons; le tout coiffé par un imposant toit à pans coupés. Ce bâtiment, construit sur l'emplacement d'un Yali en bois, est un mystère architectural.
En effet, les différentes parties semblent avoir été réalisées en plusieurs étapes et peut être par plusieurs architectes. La façade sur rue est agrémentée de petites tours avec une très forte influence Art Nouveau contrastant avec le classicisme de la façade ayant une végétation "art Deco" assez réaliste sur les grilles et corniches extérieures. La mère du Khédive, la Princesse Emine Ibrahim Hamisultan adorait les fleurs et l'art moderne ,une photo la représenterait dit-on devant une reproduction florale d'Alphonse Mucha.
Les grilles d'enceinte ainsi que les portails sont d'un travail remarquable de composition florale naturaliste dans le style liberty italien . La rampe de l'escalier principale extrêmement ouvragée est un pure chef d'oeuvre. Les tiges et fleurs d'Iris s'entremêlent avec de longues feuilles de couleurs .
Le motif floral se retrouve aussi sur les corniches du rez de chaussée, sur les piles de soutènements en métal ainsi que sur les contresmarches. Les motifs plus abstraits des fenêtres sur rue sont assez différents; ce qui laisse supposer une deuxième phase de construction correspondant à des aménagements pouvant modifier les arrivées de lumière naturelle qui ne semblaient pas satisfaisantes.
Les courbes faîtières très impressionnantes, sorte de col de cygne, têtes de mouettes? Postées en génies protecteurs cardinaux. Cette décoration ne figurent sur aucune des anciennes photographies, et nous n'avons pas réussi à trouver des documents montrant un état datant de la construction du Palais en 1907. Les différents articles de la presse turque assurent que le palais a été restauré suivant toutes les précautions des monuments historiques aussi bien pour l'extérieur que l'intérieur (Presse).La désastreuse parabole défigurant le corps central a été heureusement supprimée.
Etat avant travaux avec une parabole géante sur le corps central. 2007
Les peintures et les revêtement sont entièrement refait, la rénovation est complète. L'intérieur est aussi en totale restructuration. Les derniers travaux dataient de 1984 et avaient paré au plus pressé.

Façade sur rue. État avant travaux ( 2006) en haut . État actuel Novembre 2010
On attribut le plus souvent la paternité de l'ouvrage au génial D'Aronco, mais en dehors de tout document preuve cela est fantaisiste et sans fondements, il est certainement plus crédible de soutenir la thèse (assez étayée) qui consiste à voir ici le travail d'Antonio Lasciac, architecte d'origine autrichienne qui devint italien et travailla au Caire pour le Khédive et la famille royale. Il existerait une certaine affinité entre le palais de Bebek et le palais Daïra Djelal Pacha au Caire.
La façade sur rue, qui semble postérieure avec ses petites tours, pourrait avoir été réalisée par un architecte turc car les éléments de décoration en fer à cheval encadrant les fenêtres se retrouvent sur certaines maisons de quartiers d'Arnavüköy. Le travail des fenêtres est néanmoins remarquable de stylisation Art Nouveau.
Le mobilier intérieur fut réalisé par la société Carlo Buggati . De nombreuses pièces réalisées sur commande furent achetées par Lascia pour le Khédive . Ce mobilier extraordinaire fut malheureusement dispersés. Des copies de bonne facture furent réalisées pour remeubler les salons en 1984 .
Le Khédive se fit construire sur les hauteurs de Çubuklu, après Kanlica, une résidence imposante avec une tour sémaphore ayant une vue splendide sur le Bosphore.
C'était, dit-on, pour prendre un café au clair de lune avec sa seconde épouse, une ravissante comtesse hongroise au doux nom de May Torok von Szendro, avec qui le Khédive vécut une passion forte ..Il s'émancipa de sa première femme qui resta confinée dans le harem tenu par sa mère.
Il parcourra l'Europe avec sa Comtesse mariée en secret et convertie sous le nom de Princess Djavidan Hanem. Elle se présentait habillée en homme dans les réceptions officielles turques car le protocole interdisait une présence féminine du Palais. Elle raconte dans ses mémoires qu'un soir oubliant qu'elle était supposée être un homme, le khédive lui dit ,en français, à la grande surprise de son entourage "Mon amour, comment te sens tu ? n'es tu pas fatiguée?".
Le couple divorça en 1913. Ayant rencontré chez Maxim's à Paris, une jeune femme de vingt ans, sensuelle et ronde, outrageusement maquillée qui suivant la rumeur vendait ses charmes. Le Khédive amoureux parti pour l'Egypte avec sa nouvelle conquête qui dit-on l'espionna pour le compte du gouvernement français!
La comtesse May garda son nom turc et finit ses jours entre Vienne et Berlin, travailla comme interprète pour le gouvernement provisoire français d'Innsbrück en 1945 puis termina paisiblement sa vie mouvementée en 1968.
Balcon belvédère du palais du khédive
Aujourd'hui transformée en Hôtel, ce deuxième palais sur les hauteurs de Çubuklu, présente un jardin somptueux avec une remarquable fontaine dans la cour. Ce bâtiment d'influence Art Deco, du moins pour son intérieur, est couramment attribué à l'architecte Delfo Seminati, ce qui pour certain serait abusif. Il s'agirait d'une autre réalisation d'Antonio Lasciac.
Le grand architecte italien Raimondo D'Aronco a beaucoup travaillé pour Istanbul, créant ainsi un patrimoine aujourd'hui reconnu, en témoigne la réédition du catalogue d'une exposition confidentielle de 2006 appellé "Osmali Mimari" D'Aronco 1893-1909 Istanbul Projeleri . c'est à dire Un "architecte Ottoman "D'Aronco (1893-1909) Projets pour Istanbul chez Arastirmalari Ensuitüsü édition 2010.
Raimondo D'Aronco (ici pour en savoir plus )
Mais deux de ses réalisations les plus remarquées sont aujourd'hui dans un état bien lamentable ..la formidable Casa Botter d'Istikla Caddessi, premier témoignage 1900 qui photographiée en 2007 présentait un aspect désolé, son état ne s'est pas amélioré en 2010. Impensable que cet immeuble ne soit pas sauvé tant son importance pour Istanbul est grande!

Casa Botter Istiklal caddesi Beyoglu
Il en va de même de la " nouvelle Ambassade d'Italie" à Tarabya construite en 1906 , qui devrait être traitée avec autant de soin que la villa Majorelle de Nancy.
Aquarelle de La villa de Tarabya
Son aspect dégradé et son délabrement n'arrachent pas un regard aux visiteurs passant si près en bateau lors de leur "Bosphorus cruises". Le toit en auvent sur la terrasse semble en dangereuse posture. Les éléments décoratifs sont aussi en très mauvais état . Qu'en est il de l'intérieur ?...Cela fait peine à voir .
Le climat n'est pas favorable aux maisons du rivage et les destructions furent malheureusement nombreuses comme le très particulier et si regretté Yali de Nazime Sultan à Kuruçesme construit en 1902 par D'Aronco et détruit (pour quelles raisons?) en 1923 alors qu'il avait recueilli le parlement turc après l'incendie du Palais de Cirangan en 1910….
Yali de Nazime Sultan- R D'Aronco 1902
La nouvelle ambassade italienne de Tarabya fut un modèle de l'esprit qui animait les architectes étrangers venus à Istanbul sur la demande du Sultan après le tremblement de terre du début du siècle . Inspiré par le "Genius loci" Viennois qui cherche à redécouvrir les traditions populaires et réaffirmer une identité nationale en travaillant avec les concepts les plus modernes de l'architecture, cet "esprit du lieu" donne un intéressant syncrétisme entre les traditions Ottomanes et le style européen du siècle naissant.
Ce travail qui regroupe des italiens comme D'Aronco, Montani, Barborini..( Yildiz saray, fontaine de Tophane, Casa Botter, maison Huber ...etc etc …..) des Français comme M.A Bourgeois, léon Parvillée, Adolphe Maillard et Alexandre Vallaury (Kiosque d'Abülmecid , Ecole de médecine militaire d'Haydarpacha) ou le Prussien Jasmund (gare de Sirkeci) intensifia la prise de conscience d'un patrimoine Ottoman et créa un renouveau de l'architecture turque avec la naissance du "style national turc" ayant pour chef de file Kemaleddin Bey (1870-1927) et Vedat Tek (1873-1942) dont on ne mentionnera que la superbe maison construite pour lui et sa famille à Nisantachi et qui, elle, est très bien restaurée.
LE SILENCE DE MALMAISON

Ma veille continue au milieu de la nuit
la plus terrestre, sous un ciel qui penche et fuit
comme la voile d'un navire sans mâture.

Elle ne guérit pas le mal essentiel,
Celui que laisse à l'âme une absence de ciel
Quant aux lèvres des fleurs montent les sèves chaudes
Ah! cette nuit trop longue est vraiment d'ici-bas
Et la terre en gésine est tendre sous mes pas
Dans le coeur j'ai déjà tous ses parfums en fraude

Il faut veiller malgré le vertige naissant
Malgré le vent d'avril qui souffle sur le sang
Et malgré l'ombre douce et jeteuse de charme…
Quelqu'un doit revenir aux premières clartés;
Mais si je tombe avant qu'il ne m'ait accosté
J'ai les yeux assez grands pour contenir mes larmes.
***
Le château de Malmaison - façade côté jardin

Le 27 septembre 1800, l'architecte Pierre - François Fontaine note dans son journal :
"nous sommes forcés
d'élever en pierre des piedsdroits extérieurement sur les trumeaux.Cela ne gâte pas les façades qui n'ont rien de remarquables.
ces piedsdroits d'ailleurs porteront des statues,des vases et orneront un peu cette vilaine maison"
La façade sur jardin se voit donc agrémentée de quatre statues de marbre ayant décoré les jardins de Marly jusqu'à la Révolution:
"Pomone" de François Barrois,"L'air "de Philippe Bertrand, une "compagne de Diane" d'Anselme Flamen ainsi que "Flore" de René Frémin . Ces oeuvres du XVIII° sont actuellement au Musée du Louvre.
Les quatre vases de marbre blancs placés au centre de la façade provenaient sans doute aussi du château de Marly. Ils furent déplacés en 1879 pour décorer le bassin central du jardin des Tuileries.
Façade côté cour.
Dès 1800 les pieds droits de la façade cour reçurent pour décoration huit statues antiques du palais du Louvre. En 1827, le château fut vendu au banquier suédois, Jonas Hagerman, les meubles et le reste de la bibliothèque furent mis aux enchères dans la cour du château . Les statues antiques de la façade sont alors restituées au Louvre. D'important travaux furent entreprit par Hagerman . Il ne pu éviter la démolition de la grande galerie ainsi que du bâtiment des cuisines en très mauvais état. Une nouvelle façade de consolidation fut appliquée sur le bâtiment ainsi que de nouvelles statues.
Les quatre continents et les quatre saisons, statues de terre cuite non signées, furent placées sur la cour .
les quatre continents encadrant le pavillon d'entrée eux même encadrés par les quatre saisons.
Vers 1930, soit un siècle après, la façade reçu un nouveau crépi .
les statues de terre cuite furent remplacées aux mêmes places par des copies en ciment.
L'aspect général de la façade est assez proche de celui du béton moderne.
Depuis ce jour les terres cuites sont en silence dans les sous-sol du château .
Invisibles aux visiteurs, elles résistent à leurs dégradations inévitables par la lenteur des jours et le silence des nuits.
Une saison manque. Personne ne peut dire aujourd'hui où se trouve la huitième statue de terre cuite.
"Ton absence est un vide que ta présence ne peut combler "
L'hiver.
La copie de façade avec son brûle parfum
***
Plus que le vent d'hiver dans l'attente donne froid
Et me fait souvenir de mon âme à l'étroit
Quand tout le ciel se refermait sur la fenêtre
d'où je guettais quelqu'un de chaud comme un vivant
Qui revînt de très loin et se fît reconnaître
Pour que le bonheur eût les mêmes qu'avant.

Bruissement de cils, oh! ces ailes battantes
d'anges que je sentais par la grâce d'amour
Sur mon visage au bord des maternelles pentes
Où glissent les enfants qui souffrent trop le jour.
Il a fallu pour que je vive et les oublie
Ton souffle au goût mêlé de soleil et de pluie.
Luc Estang
"Le mystère apprivoisé "
Robert Lafond - 1943













































































































































































































































































































































