AMAURY de CAMBOLAS Blog peintres deco

24 juillet 2016

RUS IN URBE

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Lorsque le regard erre au travers de la fenêtre, mon oeil suit les pourtours de la masse verte qui recouvre la ville. Alors que les moutonnement d’arbres viennent se briser sur les San Remo Appartement, la vue saisissante me surprend à dépasser l’évidence de Central Park.

Comment se fait-il que l’on ai laissé en pleine ville, un parc de verdure d’une telle ampleur?
Alors que la ville s’étend en hauteur, circonscrite par les limites des rives d’une ile de près de 58 Kilomètres carré, qui? pourquoi et comment s’est constituée cette « campagne dans la ville »?



La ville monde générant ses propres maladies dû elle même créer l’antidote. Mais cela ne fut pas sans une volonté ferme qui outrepassait les élaborations d’une organisation rationnelle pour structurer l’effervescence de sa génération quasi spontanée. Devant l’accélération de la croissance anarchique de la ville dans la dernière décennie du dix huitième siècle, les responsables de l’administration de l’Etat de New York adoptèrent un plan pour réguler la répartition des populations nouvelles dans les constructions nécessaires à leurs établissement .

 

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Le Grid sans le parc central

Ce fut le « Commissionnairs’Plan » adopté en 1811 qui avait pour ambition d’organiser la ville nouvelle en plan hippodamien. Reprenant les grands principes mise en oeuvre dans l’antiquité, par Hippodamos, père de l’urbanisme grec allié aux bornages des Etrusques. La ville serait dessinée avec un plan à angles droits reprenant le principe du « cardo Maximus » la voie axiale nord sud découpée en rues perpendiculaires. Grille rationnelle pour une occupation de l’espace la plus fonctionnelle.
 L’arrivée massive de centaine de milliers de migrants en provenance d’Europe, l’établissement d’une multitude de commerces et petites fabriques, l’activité débordante du traffic portuaire devaient être régulés. Mais la grande trouée verte de Central Park ne figurait pas dans ce schéma d’implantation que constitue le Commisionairs’Plan.


Il fut décidé de créer seize « cardo maximus » soit 16 avenues nord sud tranchées par 155 rues délimitant des parcelles de 2 hectares.
 La ville commencée au sud devait vers le nord se policer pour remédier aux maladies sociales naissantes qui firent de New York en 1850 « Un cloaque de toutes les dépravations de la nature humaine » comme l’écrivit Thomas Jefferson.
La misère sociale et sanitaire d’une surpopulation avalée par l’industrie aux conditions brutales laissait libre cour à la criminalité et à la délinquance qui généraient dans leurs sillages, alcoolisme chronique, maladies contagieuses et abandon d’enfants. Tout cela paupérisant la masse sans espoir d’inverser la tendance.
Il fallut la volonté hygiéniste de certains, très inspirés des principes anglais pour imaginer l’élaboration d’un parc allant beaucoup plus loin que les carrés de verdure existant déjà dans la ville. Bien que l’opposition au projet fut rude car selon une large frange de responsables, il n’était ni nécessaire ni judicieux d’établir un grand poumon vert sur une ile aussi étroite et aussi bien ventilée par l’East et l’Hudson River. Il existait déjà par ailleurs les espaces de verdure de Madison square, de Washington square et Gramercy Park.
 Mais le grand cimetière boisé de Brooklyn appelé judicieusement « Green Park » attirait de plus en plus de population pour jouir de ses grandes pelouses. Les familles s’y rassemblaient pour des « pick-nick » nombreux et cela devint un haut lieu de promenade très prisé, ce qui plaida fortement pour l’utilité d’un parc au nord de l’ile de Manhattan.

Un mouvement très actif pro« Parc central » s’organisa autour du poète et éditorialiste William Cullan Bryant, bientôt relayé par le journaliste Frederic Law Olmsted par ailleur fervent connaisseur du travail du grand paysagiste anglais Sir Richard Paxton.
 En 1850, lors d’un voyage en Angleterre, Andrew Jackson Downing paysagiste américain déjà reconnu embaucha un jeune architecte anglais pour venir travailler avec lui à New York. Le jeune Calvert Bowyer Vaux n’en cru pas sa chance, lui qui était en admiration devant le travail de son ainé.

Andrew J.Downing rejoint Bryant, Olmsted dans le mouvement en faveur du parc central. Leurs déterminations fortes surent convaincre et le mouvement arriva assez vite à ses fins.
La municipalité acheta en 1853 les terres de la quasi totalité du futur parc compris entre les 59 ème et 106 ème rues et les cinquième et huitième avenues puis confia le projet à Andrew Jackson Downing.
Mais malheureusement celui-ci mourut dans un accident de bateau à vapeur sur l’Hudson River. La compétition pour l’élaboration d’un parc paysagé fut donc à nouveau ouverte. Calvert Bowyer Vaux bien qu’ayant élaboré un plan cohérent n’avait pas l’entregent pour voir aboutir son projet. Un ingénieur civil du nom d’ Egbert Viele, fut nommé en remplacement de Downing. Il présenta un projet que Vaux jugea effroyable.
 Pour empêcher ce désastre, Vaux s’allia avec Olmsted pour présenter un projet intitulé « Grennsward ». Le parc y était pensé comme une entité propre laissant la ville à ses pourtours. Sa taille et son esprit constituait une innovation qui ne laisse pas de surprendre encore aujourd’hui. Il est tout à fait remarquable tant il y est difficile de voir où l’oeuvre d’art finit et où le projet social commence.
 Le génie architectural de Vaux, les connaissances pratiques des impératifs particuliers liés au terrain ainsi que la connaissances des méandres politiques d’Olmsted purent convaincre l’administration d’adopter leur projet. Les travaux commencèrent donc en 1858.

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L'installation du Parc dans une ville encore en devenir. Notez le Mall et les réservoirs.

Il fallut assainir de nombreux marais, dégager à l’explosif de grande quantité de rocher, amener des millions de mètre cube de terre et planter des dizaines de milliers d’arbres bien évidement. Les populations résidents dans des villages de fortunes occupant les friches avec leurs troupeaux furent expropriés. Le chantier dura presque vingt ans  .
D’une distance de quatre kilomètres de long et près de neuf cents mètres de large, le parc ne se visite pas en une seule journée. Il y a bon nombre de circuit intermédiaire avec lacis de chemins, de petites places et clairières. La partie centrale est constituée d’un lac de grande proportion délimitant un parc plus architecturé au sud qu’au nord où l’aspect plus sauvage est entretenu par moins d’intervention paysagère comme d’entretien courant.
La conception d’Olmsted et Vaux permet au marcheur flâneur d’échapper à la ville grâce à une série de chemins, d’allées et de ponts qui évitent toutes intersections avec les nécessaire routes traversant le parc qui ne doit pas constituer un handicap aux communications urbaines.
Nous pouvons y gouter une promenade architecturée dans une verdure qui constitue un aparté au temps aussi bien qu’au mouvement incessant d’une ville de huit millions d’habitants.

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           Calvert Vaux                       Jacob  Wrey Mould                Frederick Law Olmsted   

           

Rentrons par la porte du Sud Ouest à l’intersection de la 60 ème rue et de la cinquième avenue et marchons vers le Nord pour aboutir quelques heures plus tard à Harlem au pied du Malcom X boulevard.
La Scholars' Gate est l’une des vingts portes du parc qui ne se trouve enclos que par de simples murets de pierre. Ici pas de grilles, mais ces petit murs sont quelques fois trompeurs car la déclivité du terrain peut cacher une différence de niveau impressionnante. Une grande installation provisoire d’Isa Gensken nous y accueille, c’est la voie commune du flux de visiteurs.

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les Orchidées géantes d' Isa Gensken

Le parc est bien domestiqué, les allées goudronnées nous emmènent vers les bâtiments du Zoo datant de 1930 et de l’ancienne armurerie de 1847 appelée l'Arsenal. Ces constructions n’ont rien à voir avec le projet initial. Une ambiance de kermesse chic y règne, nous traversons le tout sans s’arrêter pour franchir le porche de la trop célèbre horloge musicale Delacorte qui amuse tant les grands enfants avec ces animaux musiciens tournant autour du pilier à cloche.

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Clock comics strip


Trois sculpteurs furent associés à cette ronde d’hippopotame jouant du tambour, de pingouins siffleurs et autres golargol jouant tous les quarts d’heure un air de jardin d’enfants.
La première incursion dans l’univers Greensward se situe peu après en passant sous l’arche Denesmouth. La conception romantique se dégage des sculptures de la pierre du nouveau Brunswick en une claie ajourée de dix trèfles à quatre feuilles sur le parapet supérieur.
 Le pont, beaucoup plus large que long laisse passer la 65ème rue. Le visiteur s’engouffre ainsi dans une zone d’ombre, l’arche intégrée au paysage est un passage légèrement en pente vers l’intérieur du parc. Il y avait quatre lampes monumentales de bronze sur les piles carrés encadrant le parapet .Trois ayant été volés la seule restante est conservée en lieu sûr. Des copies pourraient y être réinstallées bientôt, ce qui redonnerait l’aspect original dans toute sa conception au plus vieux pont de Calvert Vaux.

 

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Desmouth Arch


 Les petits sentiers se croisent sous les arbres, le jardin se déploie devant le visiteur qui passe devant les monstres de schiste datant du paléozoïque. Les stries sur la surface de la roche sont  caractéristiques de l’inlandsis laurentidien sorte calotte glaciaire couvrant le continent nord américain il y a vingt mille ans. Les rochers furent très exploités pour fournir de la pierre à bâtir, la roche peut descendre à plus de trente mètres de profondeur dans certain endroit. Nous passons un petit belvédère qui assoupit dans la verdure repose sur un gros rocher qui fut habilement préservé comme un promontoire.

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 Effleurement de rocher

Les paysages furent entièrement remodelés; il ne reste plus rien de l’aspect initial, naturel qui était plutôt rustre et peu engageant avant qu’une armée de jardiniers terrassiers n’ interviennent.
Notre déambulation suit l’axe principal, la grand avenue sous les ormes qui constitue la promenade amenant les visiteurs vers le lac. Pour rejoindre ce « Mall » il nous faut passer sous le Willowdell Arch de Calvert Vaux datant de 1861. Pont de brique de Philadelphie à chainons de pierres, il laisse passer la 67 ème rue.

 

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La Willowdell Arch et le chien Balto

Sur un rocher trône le chien Balto qui constitue une étape photographique importante pour les amoureux des chiens, si nombreux aux Etat Unis. L’héroïque husky qui parcouru plus de mille kilomètres dans le blizzard pour amener dans la ville de Nome en Alaska, un sérum anti-diphtéries durant la grande épidémie de 1925. Le chien de bronze bien patiné par ses admirateurs fut sculpté par Frederick George Richard Roth, il trône les deux pattes avant bien posées et la langue à jamais pendante!  
Le grand Mall s’ouvre sur une série de statues sur socles reprenant l’esthétisme assez traditionnel des parcs européens donnant même une touche française dans une conception anglaise globale. Une vision romantique de jardins bosquets avec trouées et massifs avec des courbes et des sinuosités. Ici avec le Mall, la conception se rapproche de Le Nôtre avec sa perspective et ses statues. Olmsted et Vaux ont pris le parti didactique des grands hommes. Un Shakespeare d’imagination par John Quincy Ward inauguré en 1872; puis en face trône un Christophe Colomb par Jeronimo Suñol datant de 1894 ce sculpteur n’étant pas à son coup d’essai puisqu’il est également l’auteur du Colomb de la Plaza de Colon à Madrid.  Les grands auteurs ne sont pas oubliés avec les amis et compatriotes écossais Sir Walter Scott et Robert Burns, poète et dramaturge qui ont leurs places dans la « Literary Walk » imaginé par Olmsted. Ces deux statues datant de 1880 représentent les écrivains assis, inspirés, la plume à la main, habillés presque à l’antique.

 

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Scott vs Burns       


 Elles sont l’oeuvre du même sculpteur écossais Sir John Steel.Celui là même qui réalisa la statue du poète Burns à Edimbourg dont cette version semble une déclinaison. Si l’aimable Walter Scott semble épargné grâce à un formalisme très conventionnel rendant cette sculpture lourde et passablement ennuyeuse, la pose maniérée du travailleur de rimes cherchant sa muse rend le pauvre Burns totalement ridicule .

Avant les grand ormes qui s’ouvrent en encadrement du Mall, il faut bifurquer vers le sentier allant vers le Sheep Meadow ( la prairie aux moutons) pour admirer l’Indian Runner tout en tension et nervosité. Réalisé en 1869 par J.Q.A. Ward qui fréquenta les tribus Dakotas,cette sculpture nous montre un jeune indien tenant un petit arc contre lui. La pose pleine d’énergie contenue est celle du pisteur près à bondir sur quelque animal avec son chien à ses côtés. Il est donc à noter que le chien domestique et chasseur fut en cours dans l’ouest américain chez les « Natives ». La base de bronze montre sur son côté outre la signature de Ward, la mention du fondeur « Bronze by L.A. Amouroux NY » qui fut certainement d’ascendance française.

 

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 The Indian Runner et L' Eagles and Prey


  L’aigle fondant sur sa proie associe également la chasse et la France en la personne du sculpteur animalier Christophe Fratin. Deux aigles aux ailes déployées trônent sur un bouquetin agonisant. Le jeu des ailes croisées est élégant, le traitement est assez réaliste même si les plumes semblent assez baroques d’aspect. Ce bronze« Eagles and Prey » réalisé en 1850 fut installé en 1863, un peu à l’écart du Mall à l’intersection des chemins menant vers Sleep Meadow et Hecksher Ballfields.
Cette partie du parc regroupe l’essentiel des sculptures classiques qui s’organisent à l’entrée du Mall et à sa sortie près du Naumburg Bandshell construit en 1923 par l’architecte Jacob Wrey Mould qui fut l’associé de Calvert Vaux pour la création du par et notamment de la « Bethesa Terrace » Le Grand Mall est comme une nef de cathédrale dont les branches formeraient la voute, le transept est la perpendiculaire du public venant écouter les concerts classiques devant le Bandshell et le choeur est représentée par la Bethesda, la fontaine et le lac.

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 The Mall

Les bancs si caractéristiques, en enfilade ininterrompue sont une création de Vaux qui voulait encadrer les arbres , les ordonner en bosquets poétiques pour le promeneur contemplatif. Le manque d’entretien et les dégradations du temps firent qu’ils disparurent complètement. Ceux existant aujourd’hui proviennent du Conservatoire du parc Central, une association privée qui réunit des fonds pour restaurer et réhabiliter le parc dans sa version historique après des années de négligence et décrépitude. Les grands ormes plantés pour la plus part en 1919 ont eu aussi bien souffert. Ils étaient menacés de disparition par le graphiose ou maladie hollandaise de l’orme, une maladie fongide qui dessèche les arbres. Ce sont actuellement les plus beaux spécimens restant dans l’état de New York et c’est ainsi qu’ils sont choyés, étudiés, surveillés, inspectés et traités avec une vigilance constante. Une série de grand hommes trônent sous leurs feuillages. Trois bustes de bronze célébrant le génie de la musique et de la poésie:  Schiller par C. L.Richter datant de 1859, Beethoven par Henry Baerer de 1884 et Victor Herbert par Edmond T. Quinn de 1927.

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Pour accéder la Bethesda Terrace, coeur de cette cathédrale virtuelle, Vaux dessina une double entrée en escaliers descendants.
Le premier escalier descendant passe sous un grand porche  avec une salle péryptère très décorée qui s’ouvre sur une large terrasse en pavement de brique rouge au milieu de laquelle se trouve une grande fontaine néo classique.  Le deuxième escalier descendant se situe sur le parapet et amène en double volée à la terrasse.

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Bethesda Terrace

Dessiné par Calvert Vaux et l’excentrique Jacob Wray Mould, cette place se projette comme étant une des rives du lac, montrant deux faces contraires, antagonistes et complémentaires. Une rive architecturée, organisée avec ordonnance de sculptures et confrontation des matériaux dans leurs matière et couleurs : la « sandstone » beige et la brique rose de Philadelphie. L’autre rive est appelée « Ramble »  quinze hectares de jardin sauvage que l’on doit considérer comme « naturel ».


Jésus monta à Jérusalem.
Or, à Jérusalem, près de la porte des Brebis, il y a une piscine qui s'appelle en hébreu Béthesda, et qui a cinq portiques.
Sous ces portiques étaient couchés un grand nombre de malades, d'aveugles, de boiteux et de paralytiques. Ils attendaient le bouillonnement de l'eau.
Car un ange du Seigneur descendait à certains temps dans la piscine, et agitait l'eau. Et celui qui y descendait le premier après l'agitation de l'eau, était guéri de son infirmité quelle qu'elle fut.
Là se trouvait un homme malade depuis trente huit ans.
Jésus l'ayant vu gisant et sachant qu'il était malade depuis longtemps, lui dit:
"Veux-tu être guéri?" Le malade lui répondit: "Seigneur, je n'ai personne pour me jeter dans la piscine dès que l'eau est agitée, et pendant que j'y vais, un autre descend avant moi."
Jésus lui dit " Lève-toi, prends ton grabat et marche."
Et à l'instant cet homme fut guéri;
Jean 5:2

Jacob Wray Mould né en Angleterre, dont ses comptemporains soulignaient l’excentricité toute artistique et la bizarrerie de caractère, avait étudié en profondeur l’art néo-Mauresque de l’Alhambra ainsi le travail d’Andrea Pisano réalisé pour la cathédrale San Maria del Fiore de Florence. Il collabora avec le maitre de la polychromie Owen Jones, l’auteur de la célèbre Grammaire de l’Ornement de 1856, pour la chambre Turque de Buckingham Palace.

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 J. W. Mould


Mould arrivé à New York en 1852 était architecte, dessinateur, designer, illustrateur, musicien et linguiste ( il traduisit des livrets d’opéra!) réalisa l’ensemble des sujets décoratifs présents sur la Bethesda dont il dessina les motifs orientalisants des carrelages des plafonds, les treillages italianisant et notamment les incroyables bas-reliefs floraux des cotés d’escaliers. Entrelacs d’inspiration préraphaélite chargés d’innombrables détails et d’animaux cachés que son ami Dante Gabriel Rossetti devait apprécier. L’historien de l’architecture Davis van  Zanten définissait Mould comme étant« The closest thing to a bohemien,many-talented artist New York possessed during the 1850s and 1860s »

 

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Angel of Waters


L’Ange du Seigneur trône sur la fontaine miraculeuse parsemée de plantes aquatiques. Si l’ensemble fut dessiné par le trio Olmsted, Vaux, Mould, l’ « Angel of Water » statue de deux mètres quarante datant de 1868 est l’oeuvre d’Emma Stebbins, la première femme a avoir reçue une commande publique de la ville.

Les ailes sont bien déployées à l’horizontale pour recevoir leurs pigeons moqueurs, les quatre angelots sous la vasque représentent la tempérance, la santé la pureté et la paix. Une controverse s’ensuivit du choix d’Emma Stebbins pour la réalisation de l’Ange des Eaux. En effet son frère, le Colonel Henry Stebbins n’était autre que le président du bureau de la commission du Plan pour la création du parc. Emma Stebbins vivait à Rome dans le petit cercle autour de la célèbre actrice Charlotte Curshman qui réunissait plusieurs artistes féminines expatriées pratiquant la sculpture néo classique comme Louisa Lander, Harriet Hosmer, Anne Whitney, Edmonia Lewis, Margaret Foley, Florence Freeman et Vinnie Ream. Elles vivaient seules ou en groupe, émancipées et pratiquant les amours saphiques. Le groupe fut immortalisé par Henry James dans son livre « William Wetmore and His Friends » comme étant le « White Marmorean Flock » que l’on pourrait traduire par le troupeau blanc marmoréen!  Il n’en reste pas moins qu’Emma Stebbins était une « sculpteur » accomplie .

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La construction de la terrasse autour de 1860


Extrêmement populaire, la terrasse est représentée dans de nombreux films et romans. Lieu de rendez-vous et pour beaucoup aboutissement de la visite du parc alors que celui-ci se prolonge dans une configuration de plus en plus oublieuse de la ville dont les bruits atténués finissent par disparaitre dans l’épaisseur des sous bois. Le lac pourvoit en canot pour la promenade à partir de la Loeb Boathouse et durant les hivers glacés servait de patinoire extrêmement réputée. Malheureusement le patinage y est interdit depuis quelques années pour des raisons de sécurité. Le patinage extérieur se pratiquant de nos jours sur les bassins Lasker au nord du parc, mais malheureusement dans un cadre beaucoup moins idyllique.
Le chemin partant de la terrasse en longeant le lac, nous amène via le pont appelé « Trefoil Arch » dont l’ouverture trilobé est d’un médiévisme affirmé donnant une signature aux ouvrage de Calvert Vaux vers le Conservatoire aquatique qui est une partie du parc assez transformée par rapport aux intentions initiales de Vaux et Olmsted.

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Trefoild Arch


 Facilement accessible depuis le carrefour Cinquième avenue et 53eme rue , il ne reste aujourd’hui du Conservatoire qu’un bassin très agréable durant les beaux jours, très prisé des enfants qui peuvent, comme aux Jardins des Tuileries ou du Luxembourg y louer des bateaux à voiles, à la différence que ceux-ci sont maintenant avec un petit moteur électrique, ce qui permet, à l’aide d’une télécommande, de diriger la baume et le safran.
 La Boat-house date de 1954, on y peut se restaurer et flâner en regardant les enfants jouer.
Deux grandes sculptures bien postérieures au Plan ont; au fil des années, gagnées en notoriété auprès du public même si leurs factures semblent à des années lumières de l’esthétisme élaborée du Mall. Participant à une sorte de « Disneylandisation » des esprits, les représentations infantiles régressives de Lobber  et Creeft sont néanmoins amusantes dans leur gigantisme et matériaux inaltérable. Voilà des sculptures datant de 1956 pour le portrait d’Hans Christian Andersen et 1959 pour Alice aux pays des Merveilles faites pour le selfie, la photo d’enfants grimpant sans risques sur le gros champignon d’Alice alors que certain au même moment risquait leur vie en bravant les interdits sur les sculptures animalières féroces d’Auguste Cain à l’entrée Castiglione des Jardins des Tuileries.
José de Creeft espagnol émigré à Paris pensionnaire du Bateau Lavoir en 1905, expérimentant dans les années 1925 différentes techniques allant de la taille directe ou de l’assemblage jusqu’au « ready made » vaut mieux que son oeuvre américaine la plus célèbre qui ne fut qu’une commande de George T. Delacorte. Editeur de « Pulps » de « funnies » et autre « comic strip »  Delacorte offrit comme sa cloche dansante, Alice in Wonderland aux enfants du Parc, popularisant ainsi le concept des « grands enfants » qui collent aux américains.

 

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 Bronze poli

 

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Le centre du parc était, de façon traditionnelle dans l’élaboration des jardins, une zone de protection des sources pour la consommation des villes. Le  « Croton water system » de 1842 détermina l’emplacement des réservoirs d’eau douce nécessaires. Le système se vit plusieurs fois modifié ainsi que l’atteste les travaux de 1930 qui transformèrent le premier réservoir remplacé par la « Great Lawn » la grande prairie du centre au niveau du Metropolitan Museum et devant le fameux Chateau du Belvedère, folie victorienne de Vaux et Mould. Petit château romantique en grosse pierre,construit sur un éperon affleurant, ses terrasses et balcons offrent une vue magnifique sur le Ramble et la grande pelouse. Il est depuis 1919 un centre météorologique.

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The Belvédère


Les chemins remontant vers le Nord croise la 79 eme rue qui est la deuxième coupe transversale traversant le parc. Glade Arch nous permet de pas croiser de voiture. Cet ouvrage de Calvert Vaux est de conception plus classique avec ses balustrades et ses voussures assez sages il n’y a que le chainage en pointe qui lui donne du caractère. Ramassé sur lui même, sa largeur donne un obscur passage qui laisse le marcheur se découper en ombre sur la lumière.

 

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Glade Arch


Laissons le Metropolitain Museum visible sur notre droite, pour un autre sujet d’autant plus que la première réalisation signé Mould et Vaux ne présentait qu’une jolie construction néo gothique en brique, de taille modeste, entièrement transformée en 1890 par le grand Richard Morris Hunt
Puis le Metropolitan s’agrandit considérablement dans les années 1970 et 1980 en déclenchant à chaque fois controverse et interrogations.

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Greywacks Arch


Considéré par beaucoup comme un vrai chef d’oeuvre, la Greywacks Arch de J. W. Mould date de 1863. Elle présente une arche en pointe barrant un bandeau sur lequel courre une très élégante balustre. L’alternance des moellons de couleur sur la partie inférieure, crème pour la Greywack, rose pour la pierre de Passaic donne un rythme qui est en accord avec celui des lignes des arches très travaillées; l’une en horizontale brisée pour la partie supérieure,l’autre en belle courbe ventrue coulant sur des sortes de pieds enroulés soutenant le parement intérieur comme l’arche extérieure de façade.

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Great Lawn


Avant d’atteindre la grand prairie que l’on peut situer comme le centre géographique du parc si l’on ne prend pas en compte le grand Réservoir qui par son ampleur délimite une partie sud et une partie nord bien séparées; il nous fut nous arrêter au pied de l’obélisque colossal seul représentant de son espèce sur le continent américain. 

Après avoir franchi la Greywacke Arch émergeant des arbre sur un promontoire, le cadeau de 220 tonnes de granite rose repose a l'écart sur un socle pourvu de curieux crabes.  Haut de 21 mètres cet obélisque de Thoutmosis III venait d’Héliopolis et fut  d'abord offert par Mehemet Ali à l’Angleterre. Les obélisques allant par paire, la couronne britannique renonça au deuxième tant les difficultés de transport furent périlleuse pour arriver à ériger en 1878 le premier obélisque sur le quai Victoria de la Tamise où il se trouve toujours. Le deuxième fut donc proposée à la France qui préféra ceux de Karnak et n’en amena qu’un seul placé place la Concorde  (l’autre fut officiellement « rendu » à l’Egypte par le président Mitterrand).
 Ismael Pacha proposa alors à la ville de New York le dernier obélisque d’Héliopolis. La ville accepta et réussit au prix d’un incroyable voyage à placer ce gigantesque bloc dans Central Park en 1881.

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Egyptian Needle and Crab


 Il n’existe que vingt deux obélisques pharaoniques dans le monde. Leurs histoires seraient intéressantes à découvrir. Leurs voyages à étudier. Il en reste cinq en place en Egypte, un seul à Londres, un seul à Paris, un seul à Istanbul, un seul à New York et treize à Rome!!
Ils sont généralement assez mis en valeur, ce qui ne laisse pas de surprendre ici. Mais pourquoi diable, avoir été le cacher dans les arbres après tant de difficultés pour le faire venir?

Nous voilà donc marchant vers le grand réservoir en longeant la grande prairie ou les joueurs de frisbee du Sheep Meadow laissent ici la place aux équipes de Base Ball. La grande prairie fut nous l’avons dit l’ancien bassin de 1842 ( couplé avec le système Croton ) de préservation des eaux douces fonctionnant en parallèle du grand réservoir d’Olmsted et Vaux qui fut mis en fonction dès 1862.
Il fut asséché en 1930 pendant la grande crise financière au moment où la ville en faillite laissa le parc totalement à l’abandon. L’ancien réservoir devient pendant quelques années ce que les New Yorkais de l’époque appelait « HooverVille ». Censé être responsable du Crash boursier, les victimes massives de la crise se rassemblèrent petit à petit dans le parc en un gigantesque bidon ville de travailleurs pauvres.


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Le reservoir assèché, le début des installations.

 La nature devient ici moins domestiquée, les fourrés plus denses. Les chemins se concentrent en un seul passage à l’est longeant la grande retenue d’eau où il ne serait pas incongru de voir des voiles blanches. Mais tout sport nautique y est proscrit car le Jackeline kennedy Onassis Réservoir est une réserve d’eau, de faune et de tranquillité . Ses berges sont inaccessibles protégées par une grille qui ne fut pas aussi élégante qu’aujourd’hui, les hautes barrières faites d’industriels grillages ont heureusement disparues, la vue y était emprisonnée comme en témoigne de longs passages du film de John Schlesinger, Marathon Man . Les adeptes de la courses à pied en font le tour aujourd’hui à l’inverse des aiguilles d’une montre, leur flux est régulé.

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Les grilles du réservoir       


 Mais l’aspect de campagne tranquille ne fut pas toujours en cours le long de ses berges. La criminalité endémique dans les années d’après guerre rendirent le parc extrêmement dangereux et pas seulement la nuit ( où il est toujours déconseillé de s’y « promener ») Le manque d’entretien, les déchets, les tags étaient les marques les plus évidente d’une dérive dont les images du métro datant des années soixante dix témoignent. Le touriste européen d’aujourd’hui ne soupçonne pas le dépaysement d’hier.

Le parc servit à de nombreux rassemblements d’Agit-pro  pacifiste contre la guerre du Vietnam, de nombreux concerts y furent organisés rassemblant des milliers de spectateurs. L’état de délabrement du parc, non entretenu, couvert de graffiti sur ses constructions, avec la great Lawn devenue comme le Sheep meadow des grands espaces de terre battues soulevant poussière l’été et boue l’hiver commençait à ressembler à celui de la grande dépression des années trente avant la réhabilitation entreprise par l'architecte Robert Moses pendant le New Deal.

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Urban Stress

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Trash Country


 Depuis le milieu des années quatre vingt dix la ville s’est transformée grâce à une politique volontariste menée par Rudolph Giuliani et William Bratton . Les berges aujourd’hui sont saines et propres, des cormorans côtoient les tortues d’eaux douces. Les jeunes filles « joggent » en solitaires.
Arrivé au bout du grand lac, la perspective est saisissante.Le paysage n’est plus urbain, la ville s’est effacée. La partie Nord du réservoir reprend l’ordonnance du jardin sportif avec ses grands espaces dédiés aux clubs comme le Recreation Center et les centres de Tennis.  Les aménagements de sentiers et bosquets semblent plus lâches qu’au sud, l’entretien aussi.

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 L'écaillé et L'arbre tatoué

Après le North Meadow le terrain s’accidente jusqu’à la « Ravine » et le « Loch », voilà les profondeurs touffues du parc qui enfin s’échappe complètement de l’élaboration ordonnée du sud .Calvert Vaux et Olmsted ont voulu récréer un endroit sauvage ressemblant aux forêts des Adirondacks au nord de l’état. Les dernière cimes de gratte-ciel sont devenues invisibles, les bois sont denses et la pente ardue. Les rochers, les cascades d’eau fraiche sont le fruit des architectes paysagistes. Au temps de la criminalité galopante voilà un redoutable endroit pour prendre le maquis ou faire des embuscades. Peu fréquenté encore, cette partie du parc offre un réel échappatoire vers une réalité à la Walden ou la vie dans les bois.

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 Walden ?


Il faut bien revenir vers la ville qui réapparait avec un nouveau paysage. Le Conservatory Garden est un jardin dans le jardin . Il est tout à fait postérieur aux plan d’Olmsted et Vaux. Une serre avait été construite à cet endroit en 1898, on y entreposait aussi le bois issu de la taille des arbres du parc. Les serres et entrepôts furent détruits en 1934. Puis sous l’impulsion du Haussmann américain Robert Moses, il y fut créer d’après les plans du paysagiste Gilmore D.Clark, un jardin en trois parties, très dessinés, d’une conception « à la Française » cultivant de nombreuses variétés de plantes et de fleurs dont les tulipes et les chrysanthèmes qui colorent les parterres au printemps et à l’automne.

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The Conservatory Garden

Des allées de pommiers ombragent les visiteurs encore aujourd’hui peu nombreux. L’énorme grille ouvrant sur la cinquième avenue est celle du Chateau Vanderbilt qui fut le plus bel hôtel particulier de l’avenue prestigieuse, malheureusement aujourd’hui démoli. Il n'en reste que la somptueuse grille dessinée par George Brown Post l’architecte, créateur du grand manoir, elle fut forgée à Paris avec tout le savoir faire français.
Le jardin clos comporte en symétrie deux espaces de végétation en parterre circulaire dont le centre est occupé par une fontaine. Deux groupes de sculptures assez étonnantes y ont été installées. Hommage aux jeux d'eau peuplés d'harmonieuses fées.

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Secret Garden


 Au sud, dans un cercle de verdure rythmé par des sycomores se trouve «  le jardin secret » du bassin des nénuphars dédié à la romancière, auteure dû dit « Secret Garden »:  Frances Hodgson Burnett. Charmante sculpture de 1936 réalisée par Bessie Potter Vonnoh, montrant deux Nymphes (où peut être deux Nappées) dont l’une accroupie joue de la flute traversière. La deuxième fontaine également dan un jardin circulaire, est une danse, une cavalcade pleine de mouvement donnée par la famille Untermyer en 1947.
Trois femmes dansent vivement sur ma margelle d’une grande vasque à jet d’eau central , riant aux éclats, elles se tiennent les mains en faisant une ronde. Oeuvre du sculpteur allemand Walter Schott, la facture en est très Art Nouveau, les robes fines s’envolent en accentuant l’impression de mouvement.

 

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Wet Dance


Laissé complétement à l’abandon dans les années soixante dix. Le jardin n’existait plus. L’environnement délétère d’une déliquescence d’Harlem avait raison de cette partie du parc.
Une grande campagne de réhabilitation d’après les plans historiques fut mené sous la direction du paysagiste Lynden Miller et plus généralement du Central Park Conservancy dirigé par Elisabeth Barlow Rogers . Le jardin rouvrit ses portes en 1987 et est depuis aujourd’hui magnifiquement entretenu. Situé à l’écart des zones touristiques, il est peu fréquenté par la foule, il reste un parc calme et débonnaire débordant de variété horticole.
La partie la plus au nord du parc est occupé à l’Ouest par les « North Wood » qui sont une  prolongation de l’ambiance très authentique du Lock et de la Ravine. Olmsted et Vaux ont conservé en l’état un vieux fort carré datant des fortifications de la Guerre de 1812. Appelé le Blockhouse n°1, il est situé sur un promontoire et s’inscrit comme une ruine romantique utile à leurs projets. 

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Harlem Meer

Un ultime plan d’eau occupe la partie Est du parc. L’Harlem Meer, un découpage en haricot cintre ses berges. Il est actuellement un circuit de promenade assez proche de la ville mais néanmoins très agréable avec ses gros rocher surplombant le petit lac rempli de vie. Il y a bon nombre de hérons et oiseaux mais surtout une belle variété de poissons comme les pomoxis ou de perches jaunes. Le projet de Vaux et Olmsted permit par leur travaux d’excavation une retenue  d’eau tout en drainant les marécages qui empêchait la circulation, vers l’East River. Totalement défiguré après la seconde guerre mondiale par des berges bétonnées. Laissé à l’abandon dans les années soixante dix . L’endroit fut entièrement réhabilité en curant le plan d’eau qui regorgeait d’immondices et de sédiments (26 milles mètre cube furent retiré) La construction tout en subtilité du Dana Discovery Center est une réussite d’intégration dans la logique esthétique du Projet Olmsted et Vaux.

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La porte du Sud appelée Pionner’s Gate est à l’exact opposé de la Scholar’s Gate par nous où étions entré au Sud. Nous avons toujours la cinquième avenue sur notre droite mais nous sommes quatre kilomètre plus loin.
Les grandes orchidées ont laissées la place au curieux mais fort touchant mémorial dédié au grand Duke Ellington. La statue du musicien les bras ballants qui semble consterné près de son piano de concert ouvert est juchée à plus de sept mètres de haut sur une plateforme circulaire soutenue par trois colonnes triples ayant chacune trois cariatides africaines nues.

 

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The Duke


Le Duke Ellington circle, oeuvre du sculpteur Robert Graham fut érigé en 199, elle donne maintenant son nom à cette place qui s’appelait autrefois le Frawley Circle.
Nous voici donc à Harlem, sur le fameux Malcom X boulevard au terme de notre marche architecturale parmi la verdure du Greenwald plan de Frederick Law Olmsted et Calvert Vaux, deux artistes majeurs de l’écologie volontariste que bien des mégapoles du monde n’ont pas eu la chance d’avoir.

Olmsted fervent admirateur des parcs anglais voyait le but a atteindre avec l’audace et la spontanéité des bâtisseurs, Calvert Vaux forgé par une conception forte de l’harmonie, du beau, de l’agréable était subordonné à son jugement d’artiste total. Leur alliance donna ainsi la plus grande entreprise de Land-Art que l’Amérique pu connaitre.



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X  Blvd

 

Quelques liens extrêments interréssants pour une approche plus approndie:

Mas  NYC 10 Architectural Walk  in Manhattan de Morrone & Postal 2009

Central Park story by R.Trout

The Croton System

Ephemeral New York

Beyond Central Park

Central Park Conservancy

The Greenward Fondation

et pour laisser l'imagination flotter:

La Conspiration de Central Park

 

 

 

 

 

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29 mai 2016

CITÉ GRAND RUE Genève


La Rue

 
Deux vieilles causent à l’angle d’un mur,
elles font des gestes avec leurs mains sèches
à mitaines noires,
un petit chat blanc frotte en ronronnant
son beau poil luisant à leurs jupes rêches
et on voit branler leurs mentons pointus.
 
Une femme attend vers la laiterie,
une autre à la fontaine où son seau se remplit ;
des laveuses lavent leur linge :
elles rient, le seau grince,
on entend leurs rires et grincer le seau
dans le bruit de l’eau ;
des hommes entrent boire à la Croix-Fédérale,
le pasteur passe, le régent ;
et les petites filles rentrent de l’école
avec leurs cheveux moussus de soleil
et leurs mollets maigres.

Charles-Ferdinand Ramuz 1938

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Voici deux enfants insouciants sautillant il y a peu, de pavé en pavé dans la rue de la Cité. Vivant des heures tendres sans effroi des ombres qui les entourent, ils sont intemporels comme les pierres. Combien d’enfants passèrent ici même dans une constante déambulation. Allant de l’Hôtel de Ville vers le Rhône, le chemin est le même. Les murs et fenêtres ont changés comme les visages. Mais ce sont toujours des murs et des visages qui en lieu et place depuis des siècles d’existence font de cette rue un parcours lumineux qui nous enveloppe en toute conscience du paysage  dans lequel nous évoluons. Ces pavés arpentés l’hiver, l’été, seul où en groupe sont pour nous le point d’ancrage de nos voyages genèvois.

Principauté ecclésiastique, la ville est gouvernée par un évêque qui en plus d’exercer un magistère spirituel, occupe une seigneurie temporelle relevant en droit du Saint Empire Romain germanique. Comme dans bien des villes européennes son autorité se voit partagée à la fin du XIIIémé siècle par une assemblée regroupant les membres de la communauté civile, formant une « Landsgemeinde »
Syndics, petits et grands conseils, organisant l’administration urbaine mais aussi la politique intérieure et extérieure en collaboration et quelque fois en opposition avec l’Evêque.
Le centre névralgique en était le périmètre inchangé aujourd’hui, formé par la cathédrale Saint Pierre et l’Hôtel de ville pavoisé des armes alliant une partie de l’aigle à deux têtes de l’Empire et une des clés croisées des armes de l’évêché.

 

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La rue de la Cité, prolongement de la Grand Rue descend vers la ville, vers le Rhône et son ile face au Léman.
Les défenses extérieures formant un glacis impénétrable enserrent la ville vers le lac. La ville prospère de son commerce et de ses foires doit se défendre des volontés expansionnistes du Royaume de Savoie comme du duché de Bourgogne si proches.

Genève « clé de la Suisse » est une réalité donnant à la cité libre des alliés solides parmi les cantons suisses.Créant en 1477 avec Berne et Fribourg, une « Combourgeoisie ». Les villes organisèrent une alliance avec signature de traités d’assistance militaire face aux envahisseurs qui apprirent à leurs dépends la valeur des guerriers suisses.

Lorsque de l’Hôtel de ville, face au marché couvert, nous empruntons la rue de la grand rue qui serpente parmi d’anciennes maisons, les sédiments d’une longue histoire accumulée sont visibles. En témoigne la maison Tavel à la naissance de la Grand Rue, au croisement des axes de la ville haute où s’exerçait le pouvoir. Issu d’une illustre famille, Guy Tavel fut un des principaux artisans de la naissance du pouvoir politique des citoyens face à l’autorité de l’évêque, seigneur de la ville. La maison aujourd’hui Musée d’Histoire urbaine, se visite, des grandes caves ouvertes sur la rue pour les échanges commerciaux d’alors jusqu’à la tourelle d’angle offrant une vue sur le lac.

La Grand Rue expose un souci d’élégance comme de véracité qui préside à la conservation d’une physionomie plus qu’historique. Les antiquaires et galeries cachent dans leurs vitrines ombragées des ouvrages livrés aux amateurs. Un bouquiniste regroupe papiers anciens et éditions rares. Un excellent restaurant "Aux Antiquaires"gardant tout le charme des vieilles institutions participe par son aspect discret à la beauté du lieu ou pavés inégaux résonnent du pas des marcheurs.

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La flânerie nous renseigne grâce à la politesse faite aux célèbres habitants de la rue. Le grand Jean-Jacques y vit le jour en juin 1712. La maison est toujours là derrière sa façade remaniée. Celui qui vanta le système fédéraliste «  le seul qui réunisse les avantages des grands et des petits états » est une gloire que la ville célèbre par son « parcours Rousseau en 7 étapes »»

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C’est au numéro 19 que le jeune André Ernest Modeste Gréty vint s’installer pour y composer son premier Opéra dont la première se tint à Génève en 1766.
 Le jeune homme à l’aube d’une carrière florissante à Paris y rencontra le vieux Voltaire avec qui il se lia d’amitié. Protégé de Napoléon, comblé d’honneur il se retira à Montmorency dans l’ancienne propreté de Jean Jacques Rousseau

Michel Simon qui de 1924 à 1975 enchanta le cinéma français y fit ses premières armes en fils de charcutier déballant la pente en culottes courtes vers le Rhône.

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 S’il y commença sa vie au numéro 27 c’est au 28 que Borges, vieil écrivain, jeune marié, couronné de gloire, choisi d’y finir son existence multiple où de Buenos Aires à Madrid, passant de Barcelone à Paris, il rayonna sur les lettres internationales par son réalisme magique et sa poésie érudite.

« De toutes les villes du monde,de toutes les patries intimes qu’un homme cherche à mériter au cours de ses voyages, Genève me semble la plus propice au bonheur. Je lui dois d’avoir découvert, à partir de 1914, le français, le latin, l’allemand, l’expressionnisme, Schopenhauer, la doctrine de Bouddha, le taoïsme, Conrad, Lafcadio Hearn et la nostalgie de Buenos Aires. Et aussi l’amour, l’amitié, l’humiliation et la tentation du suicide. Dans le souvenir tout est agréable, même l’épreuve »
Atlas (1984 ) Ed Gallimard 1988

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« Au centre de l’Europe, parmi les terres hautes de l’Europe, monte une tour de raison et de foi solide. Les cantons, maintenant sont vingt-deux. Celui de Genève, le dernier, est l’une de mes patries.
Demain, ils seront toute la planète.
Si mes paroles s’éloignent de la vérité, puissent elles être prophétiques. »
Les Conjurés (1985) Gallimard 1988


Six mois de vie consacrée à la Grand rue permit à Nicolaï Karamzine, de venir jusqu’a nous. Ecrivain et poète, conseiller du Tsar Alexandre Ier, Karamazine fut plus qu’un historien, il fut historiographe  et reçu ce qui n’est pas peu dire, le surnom de « Tite Live de la Russie »Voilà pourquoi il se devait d’aller jusqu’à notre connaissance déficiente!

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Serpentant dans sa pente de Grand rue, elle devient par un insensible passage rue de la cité où l’inclinaison plonge en ligne droite vers les eaux du rivage. L’angle du passage de l’une à l’autre se voit greffée d’une perpendiculaire de grand renon. La rue de la Tertasse .

 Ce nom n’est pas là par hasard, en effet il vient de tartasse, qui désignait un ouvrage de maçonnerie défensif, un mur de fortification comportant en remblai un grand nombre de pierre de récupération.

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 La rue de la Tertasse forme le coin de l’imposant Hôtel Particulier des Saussure, noble famille genevoise qui donna de grands noms scientifiques.

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 Horace Bénedict détermina, en le démontrant, l’Orogenèse alpine ce qui rangea le Neptunisme de Gottlob Werner au rang des théories sans fondements. L’orogenèse est une science géologique déterminant le processus de formation des montagnes ( compression de la croute terrestre ) alors que le neptunisme l’explique par l’assèchement d’un océan primordial. Horace Bénédict de Saussure fut longtemps considéré comme le père de l’alpinisme en ayant vaincu le Mont Blanc mais c’est un peu vite oublier Jacques Balmant dit » Balmant des Alpes » dont les exploits sont admirablement racontés par Alexandre Dumas dans ses « Impressions de Voyage en Suisse »
 Un autre grand nom fut Ferdinand de Saussure, le précurseur du structuralisme en linguistique. Il est considéré comme le père de la sémiologie qui est, comme chacun sait, l’étude des signes linguistiques.

Concentrant ses recherches de spécialiste des langues indo européennes, il introduit la distinction entre signifiant et signifié et met en forme une science qui « étudie la vie des signes au sein de la vie sociale » ( Cours de linguistique générale  1916 )

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 La famille Saussure habite encore ce somptueux hôtel particulier où le talent décoratif de l’atelier Reese s’exerce de manière récurrente depuis plus d’un an. Les équipes se succèdent dans un lieu exceptionnel qui s’enrichi à chaque intervention de peinture décorative. Les fenêtres s’ouvrent sur la place de Neuve où trône le Grand Théâtre et le Musée Rath ainsi que sur les frondaisons du parc des Bastions.

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Les défenses et bastions, Rue de la Tertasse et de la Treille  Maquette Magnin 1850


Cette partie de la ville en contre bas de ses hauts murs enserrant la ville haute avait une porte défensive appelée Porte Neuve. Une architecture complexe à la Vauban protégeait la cité. En détournant les eaux du Rhône, les murailles et les douves ainsi inondées formaient une défense impressionnante qui fut le garant de la cité. En 1846, la démolition des bastions changea la physionomie de la ville qui pu s’étendre ailleurs que sur le lac. Le Bastion de l’Oie fermait les rues de la tertasse, de la Corraterie et de la Treille.

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C’est donc en contre bas de cette somptueuse maison Saussure que se déroula un des plus haut fait de la nation genevoise. La Nuit de L’Escalade qui encore aujourd’hui du fond de ce début du 17eme siècle réuni les habitants chaque 12 décembre pour des festivités et commémorations est un des fondements de l’identité genevoise.
La grande Fontaine, clôturant la rue de la Cité donnant sur la rue de la Confédération, érigée en 1857 est un bel hommage à ce fait d’armes qui fut aussi la dernière grande peur des âges anciens, une ville ouverte aux "gens d’armes" tuant, pillant et ravagent par le feu et le fer une cité endormie. Cette fontaine d’eau aujoud'hui « recyclée et non potable » ne semble plus vraiment comprise par une certaine population qui lui donne le nom de fontaine « Bel Air ».

 

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La fontaine de l'Escalade


La bataille de l’Escalade est une des dernières tentatives du Duché de Savoie pour annexer la ville libre de Genève.
Tout avait été minutieusement préparé. La troupe du Duc Charles Emmanuel Ier de Savoie est massée incognito dans la plaine de PlainPalais, environ deux milles soldats venus du Piemont, d’Espagne et de Savoie qui sans se faire remarquer, en remontant le cours de l’Arve sont prêts à rentrer en pleine nuit dans la ville haute assoupie.
La nuit est sans lune, froide avec du brouillard. L’opération fut minutieusement préparée. Trois cents hommes d’élites fortement armés et déterminés devront à l’aide d’échelles coulissantes, franchir sans bruit, les sept mètres du mur au pied de la Tertasse et de la Treille pour ouvrir les lourdes portes de la Porte Neuve .

Les soldats avancent couvert par les bruits d’eau des moulins tournant. Leurs cuirasses ont été peintes en noir, nul reflet, nul cliquetis ne doit faire sonner l’alarme. Un grand nombre de fagot ont été prévus pour combler les fossés devant les murs à franchir. Des relevés ayant été fait par des espions, les échelles coulissantes sont à la bonne hauteur.

 Les hommes s’élancent à deux heures du matin et franchissent la muraille sans faiblir. Ils passent l’obstacle, la ville est à eux, il suffit d’ouvrir la Porte Neuve de l’intérieur.
 Les gardes genevois sont en sous effectif. Le plan méticuleusement préparé semble ne pas pouvoir échouer, pourtant un bruit attire deux sentinelles qui font face à la troupe nocturne . Ils sont tués mais une des sentinelles tire un coup d’arquebuse et l’alerte est donnée.
 Le tocsin rythme une mêlée furieuse où Savoyard et Genevois s’affrontent sans quartiers. François de Brunaulieu le chef picard des Savoyards est tué très rapidement ce qui désorganise la troupe. Toutes les cloches de la ville sonnent et la populations courent aux armes.
Les combats font rage autour de la Porte Neuve que certain sont sur le point d’ouvrir. Voyant l’imminence du désastre, Un Lorrain du nom d’Isaac Mercier coupe la corde de la herse qui ne peut plus dès lors être ouverte. La porte est sauvée.

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 Le bastion de l’Oie déclenche un feu nourri de ses arquebuses et bombardes sur les grappes humaines massée sur les échelles apposées aux murs. Les troupes du Duc de Savoie entendant les déflagrations se précipitent croyant la Porte Neuve ouverte mais seule la mitraille les accueilles. Les Savoyards ayant franchit les murs sont acculés par des forces de plus en plus nombreuses dans lesquelle des femmes s’illustreront avec vaillance . Ils sont tués ou projetés en bas de la muraille, la ville est sauvée.

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 Le  "Cé qu’è lainô" est l’hymne du canton de Genève. Hymne de la République .

Ce chant écrit dès 1603 par un auteur anonyme raconte cet évènement glorieux en arpitan genevois.

Cé qu'è lainô, le Maitre dé bataille,
Que se moqué et se ri dé canaille,
À bin fai vi, pè on desande nai,
Qu'il étivé patron dé Genevouai.

Celui qui est en haut, le Maître des batailles,
Qui se moque et se rit des canailles
A bien fait voir, par une nuit de samedi,
Qu'il était patron des Genevois.

I son vegnu le doze de dessanbro,
Pè onna nai asse naire que d'ancro;
Y étivé l' an mil si san et dou,
Qu' i veniron par là ou pou trè tou.

Ils sont venus le douze de décembre,
Par une nuit aussi noire que d'encre;
C'était l'an mil six cent et deux,
Qu'ils vinrent par là un peu trop tôt.

Petis et grans, ossis an sevegnance:
Pè on matin d' onna bella demanze,
Et pè on zeur qu' y fassive bin frai,
Sans le bon Di, nos étivon to prai!

Petits et grands, ayez en souvenance
Par un matin d'un beau dimanche,
Et par un jour où il faisait bien froid,
Sans le bon Dieu, nous étions tous pris!

Dedian sa man il y tin la victoire,
À lui solet en démure la gloire.
À to zamai son Sain Non sai begni!
Amen, amen, ainsi, ainsi soit-y!

Dedans sa main il tient la victoire,
À lui seul en demeure la gloire.
À tout jamais son Saint Nom soit béni,
Amen, amen, ainsi, ainsi soit-il!

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 La fin de la rue la cité compte une bien curieuse maison. A l’angle de deux façades décalée, se trouve une étrange disposition d’étage reposant sur une sorte de mat à section rectangulaire de grande hauteur posée sur une borne de pierre. De quel enchainement de causes à effets cette bizarrerie architecturale a-t-elle pu voir le jour? Passant et repassant sous cet étrange portique, nous finissons par ne plus le voir. Alors que cette poutre solitaire a bien des questions à formuler et nos réponses sont maigres.
Pourquoi n’avoir construit qu’un dernier étage en comblant l’angle?  Et cela, pour une toute petit fenêtre montrant le peu d’apparat de cette construction certainement utilitaire. Ne serait-ce pas une extraordinaire survivance d’un reste de dispositif ancien partiellement transformé, partiellement conservé. Pourrait-il s’agir  ’une partie de ce que l’on appelait des « Haut Bancs »? La partie du Haut banc étant conservé et aménagé avec la disparition dans sa partie haute de ce que l’on appelait le Dôme?

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Rue de la Cité


Au XVI eme siècle, le commerce et les foires prirent beaucoup d’ampleur. Il fut alors aménagé des boutiques de bois en avant des immeubles des rues basses qui était protégées pas des avant-corps sur piliers appelés Hauts Bancs. Il est ainsi rapporté par le professeur Louis Binz : « « Les hauts Bancs s’ouvrant côtés des façades des maisons, acheteurs et marchandises se trouvaient ainsi à l’abri. Hauts bancs et dômes ne furent démolis qu’au début dut XIXeme siècle »
 .Genève et les Suisses «  L.Binz & A. Berchtold Ed cantonale Genève 1991

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Dômes et Hauts Bancs

Il existe dans la grand rue une étonnante construction sur la partie haute d’un bel immeuble qui ressemble à ce que pourrai être un dôme « aménagé » ayant une construction dans l’espace autrefois libre. Ce n’est que supposition car il n’y a qu’une ressemblance de forme pour étayer cette idée. Mais quel plan aurait décidé de cette arche avec balcon, ayant dans sa partie haute deux fenêtres bien mal situées.

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L’aspect de Genève ne se laisse découvrir qu’en arpentant la vieille ville qui regorge de trésors discrets. L’histoire de l’Europe s’y trouve en certain point concentré pour éclairer ce sentiment naturel d’appartenance que certain peuvent ressentir devant une chaine cerclée aux bornes de pierre ou devant la cuve creusée d’un bloc de granit devenue fontaine coulant sans entraves.

 

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17 avril 2016

SERT ET LES NATIONS

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« Je partirai d’une idée très simple: ce qui sépare et ce qui unit les hommes »

C’est en ces termes que José Maria Sert expliqua en septembre 1934 au journal de Genève ainsi qu'à l’écrivain Jean Martin, son projet de peinture monumentale pour la salle du Conseil de la toute nouvelle Société des Nations dont le siège venait de sortir de terre dans le parc de l’Ariana à Genève.
L’immense bâtiment réalisé entre 1929 et 1937 par un collège d’architectes Italien, Suisse, Français et Hongrois, constitué respectivement de Carlo Broggi, Julien Flegenheimer, Camille Lefèvre et Joseph Vago se vit pourvu de donation venant du monde entier.

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 La création de la société des Nations au lendemain de la grande guerre qui avait ravagé les peules, était l'espoir d’un âge de paix internationale. Le gouvernement de la République espagnole proposa par l’entremise de l’écrivain diplomate Salvador de Madariaga, le très admiré Sert qui déjà était au travail pour la décoration du grand hall du Rockefeller Center de New York. L’Espagne ne pouvait que souscrire avec enthousiasme au projet d’organisation des états car ce que l’on appelait «l' Ecole Espagnole » venait tout droit de l’Université de Salamanque qui fut dès le XVI ème siècle sous l’égide du dominicain Francisco de Vittoria, les concepteurs et théoriciens du droit international en formulant la notion d « Orbis » c’est à dire en avalisant la notion d’un monde constitué d’entités politiques devant se réguler par la loi.

Sert, peintre international et monumental ne pouvait qu’être à la mesure du projet. Le français Joseph Avenol, secrétaire général de la SDN en 1933, fit le voyage en Espagne accompagné de plusieurs des architectes. Ayant visité la cathédrale de Vich, le grand oeuvre de Sert, il écrivit à son adjoint, Pablo Azcarate: «  J’avais assurément très souvent entendu parler de Sert: Je ne connaissais pas ses oeuvres…En faisant la découverte des oeuvres de Sert, dont je ressens encore la puissante impression, j’ai éprouvé une grande inquiétude. Je me suis demandé si, en attribuant seulement une salle de commissions à la générosité du Gouvernement espagnol, nous ne commettrions pas une erreur irréparable. De tout ce que nous connaissons parmi les dons annoncé, rien n’égale de bien loin la grandeur et le génie de Sert. Dans l’ensemble du Palais, reléguer dans une salle de commission, même,dans l’une des plus grandes, une oeuvre de cette puissance, c’est déséquilibrer complètement la décoration. De l’avis des deux architectes et le mien, cette oeuvre doit être mise au tout premier plan et, j’ajouterai, devenir le centre de la décoration »

 

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Après quelques tergiversations quant au "centre de la décoration" à savoir la galerie des Pas Perdus ou alors la salle du Conseil , c'est celle ci qui fut finalement retenue. Sert signa un contrat en 1935 qui l’engageait à réaliser une oeuvre de 435 m2. Il s'agissait  pour lui de faire de cette Salle du Conseil un tableau à part entière : «  No realizo un cuadro para una salo sino que hago de una sala un cuadro  » ( "je ne réalise pas un tableau pour une pièce mais d'une pièce fait un tableau" in M.Castillo 1947)

L’immensité de la tache était à sa mesure car il réalisait au même moment les gigantesques toiles commandées par John D Rockefeller pour le General Electric Building de New York. Sert, comme la famille Tiepolo en son temps, travaille vite. Il réalise des « Bocetos » ( ou Bocettos en Italien) c’est à dire des esquisses peinte assez poussées qu’il assemble dans des maquettes en trois dimensions.
 Un métrage très précis des lieux à décorer lui permet de peindre sur toile à Paris. Puis ces toiles sont envoyées et marouflées in situ soit sur les murs directement soit sur des panneaux de bois fixés aux murs. C’est ainsi que travailleur infatigable, il s’entoure d’assistant pour tous les travaux préparatoires comme pour les mises en place des personnages d’après ses maquettes préalablement  mises aux carreaux. Le premier d’une équipe de six à sept peintres et le plus fidèle de ses collaborateurs fut Luis Massot, catalan comme lui, qui restera à ses côtés jusqu’en 1945.

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Salle du Conseil Genève


Sert n’utilise pas de modèles vivants. Ce ne semble pas dans son caractère que de vouloir diriger une cohorte d’homme et de femme nus en composition plus ou moins fantastique sinon héroïque. Il utilise plutôt le mannequin articulé qu’il assemble en groupe pour ensuite par les photographier, les dessiner puis peindre ses compositions. Il peint avec un mélange de glacis et vernis contenant du sépia, de la Terre de Cassel, de l’Ombre Brulée et du Brun Van Dyck. Les fonds  sont d’or ou d’argent verni. Cependant les rehauts de couleur ne sont pas rares, comme en témoigne magnifiquement le rouge carmin des tentures du salon de Maurice de Wendel visible à Carnavalet. Sert eu plusieurs ateliers à Paris, le premier rue Barbey de Jouy, fut aussi sa résidence. Il organisa un grand espace de travail, rue de la villa Ségur dans un bâtiment d’angle de grande proportion  d'à peu près 30 mètres de long pour 10 de large, subdivisé en deux niveaux de tailles inégales. Le rez de chaussée très clair et luxueux pouvait servir de salle d’exposition et de réception. Le sol de marbre et les formes très sobres donnaient une modernité que l’on ne retrouvait pas dans son appartement du 252 de la rue de Rivoli où une accumulation très dix neuvièmiste de collectionneur règnait.

 

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Atelier de la rue de la Villa Ségur


L’étage supérieur est «  Santa Sanctorum ».  Personne n’y était autorisé, seul ses assistants pouvaient y pénétrer. Porte infranchissable même pour ses amis intimes et même, dit-on à sa propre épouse que se fut Misia ou Roussy.  L’atelier est un lieu secret ou toute élaboration doit se faire dans la concentration et le zèle du perfectionniste. Sert travaille les corps, les visages en salis d’or, se gardant des lumières pour les faire venir de l’extérieur de la toile, en réverbération .

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Salle Francisco de Vitoria  1938


« Lo que separan y lo que une a los hombres » est une composition intégrée à la salle du conseil, c’est à dire qu’elle couvre les murs et plafond en participant à l’architecture. Elle devient architecture en intégrant les deux couleurs dominantes des murs et des mezzanines. Le gris chaud et le laiton de couverture des balcons et mains courantes des escaliers. La grande composition de rideaux s’ouvrant sur de faux ronds de bosses rythme les allégories qui s’entremêlent. Six rideaux aux angles retenus, découvrant sept grisailles de grandes tailles.
Sert reprend des compositions déjà visibles au Rockefeller Center, il créé des variantes mais son propos est le même. L’optimisme sous tend les figures symboliques qui célèbrent les plus hautes aspirations vers la paix, le progrès, la concorde entre les nations pour le bonheur du genre humain. Les grisailles placées aux angles sont des allégories représentant: L’intelligence, la Justice, la Force et la Loi, qui s’entremêlent avec une trilogie:  l’évocation de la Paix située au milieu du mur central puis de part et d'autre: La mort de la Paix et la renaissance de la Paix.

Les lourds rideaux de couleur or présentent les forces en présence pour l’élaboration du monde nouveau. L’espérance, le progrès de la science, le progrès social, le progrès technique et inséré dans la trilogie de la paix, les vainqueurs et les vaincus. Sert montre bien par cette disposition sur le mur central que les vaincus et les vainqueurs sont partis prenantes pour l’édification de la paix future.

Le prix Nobel de la Paix de 1933, Sir Norman Angell déclarant dans son discours « les vainqueurs sont aussi des perdants » montre la justesse du propos, incitant ainsi les peuples à se concerter pour terminer les conflits dans la concorde. Car les vaincus ne le sont que trop pour ne pas leur donner des envies de revanche. Les « réparations de guerre » devant être prises dans un tout autre esprit que la vengeance amenant la ponction destructrice de richesse. Malheureusement, il fallut un autre conflit mondial pour mettre en pratique cette évidence, mise en place avec la reconstruction américaine du Japon et de l’Allemagne de 1945 car trois ans après la réalisation de ces peintures, l’Europe explosait de nouveau le monde.

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Les vainqueurs, l'Evocation de la Paix, les vaincus


Le plafond est une des pièces majeures du propos élaboré par Sert. Le cahier des charges signé avec la République le 11 septembre 1935 stipulait bien « qu’au plafond serait représenté le Maitre Francisco de Vitoria montrant la voie aux juristes qui élaborèrent les règles du droit international »
Sert dans une colossale étoile de bras musculeux montre les cinq parties du monde formant la clef de voute allégorique du propos. Les géants se tiennent sur des hauts murs entourés d’une foule écoutant dans un désordre exalté, la leçon de Salamanque dont on voit le clocher de la cathédrale s’élever dans l’or du ciel. Comme pour la commande de Rockefeller, les géants sont présents au plafond pour faire paraitre le ciel plus haut et symbolisant la puissance de ces idées, ils nous aspirent vers une identification bénéfique.

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Plafond "La solidarité des peuples "ou "la Leçon de Salamanque"

Les grands idéaux de Sert furent malheureusement fort malmenés bien avant la conflagration mondiale de 1939. Il acheva ses toiles en mai 1936 à Paris puis les compositions furent envoyées à Genève pour y être installées. L’inauguration était programmée comme une étape radieuse dans son parcours plein de succès, il était un peintre comblé lorsqu’il appris le déclenchement de la guerre civile espagnole en juillet. Puis trois semaines après, on lui rapporta la destruction de la cathédrale de Vich par les révolutionnaires rouges extrémistes qui saccagèrent et incendièrent la ville. La cathédrale brûla et s’effondra avec ses trésors et son grand oeuvre qu’il mit plus de 17 ans à réaliser. Cet ensemble de peintures, cette première commande auxquelles il était si attaché fut irémédiablement détruite mais après la guerre, infatigable travailleur, il se lança de nouveau dans ce gigantesque chantier  pour restituer à la cathédral sont décor. Il termina ce travail épuisé à la veille de sa mort. La cathédrale repeinte fut resplendissante pour ses funérailles.

Deux des scènes allégoriques du Palais de la SDN sont des reprises, avec des variantes du projet «  Les Triomphes de l’Humanité » réalisé à New York, la même année.  Le Progrès industriel et La Paix se retrouve dans la composition de Genève sous les noms respectifs de «  Progrès technique » et de « L’Espérance »

Paul Claudel interroge la composition du "Progrès Technique" peinte à Genève :
 «  Et plus loin quelle est cette roue gigantesque, ou plutôt ce fragment de roue à engrenage, que toute une colonne d’esclaves, associée au joug d’une paire de boeufs, tire, à mon avis, plutôt que vers le scap’s heap, vers le lieu d’ajustage définitif sinon un appel à ce temps où la loi du rythme collectif succèdera à la cruauté d’un effort anarchique? »

L’effort anarchique est souligné par le manque d’alignement des boeufs qui semblent sur le point de refuser la charge. La Locomotive à vapeur toute fumée dehors s’élance en partie haute comme pour souligner le rythme collectif des pistons. Il y a une variante de taille par rapport au « Progrès industriel » de New York où la locomotive est perpendiculaire à la scène de traction qui est là, beaucoup plus ordonnée car ce sont des chevaux alignés qui tirent le char. Le premier dessin gardé en esquisse des travaux du G E building montre à la place de la locomotive, une rangée d’usines crachant ses fumées. C’est d’après J. Frémontier à la demande de John Rockfeller qui investissait dans les chemins de fer que Sert a remplacé les usines par le train.
La version genevoise est plus dynamique plus aérienne, si tenté qu’une machine à vapeur puisse l’être. La composition s’inscrivant dans le même format, il est intéressant de comparer l’effet produit par ce changement de direction.


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Le Progrès Technique  vue d'ensemble et détail - Genève

 

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Le progrès Industriel
New York

 

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L’Espérance Genève

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La Paix   New York

La composition du GE Building seul sur un pignon, n’est pas en continuité comme à Genève. La masse humaine et chevaline donne une large assise de tonalité plus forte au passage de la locomotive qui semble aller plus lentement. La partie en balcon de la machine regroupe une série d’hommes torses nus brandissant leur bras en acclamation. Le progrès croise en hauteur sur le pont la masse musculaire qui tout à son effort ne voit pas la nuée de vapeur. La composition de Genève plus violente, laisse une "Louison" en furie écraser la masse sombre de l’obscurantisme technique.
L’Espérance de Genève est l’une des compositions les plus remarquée de l’ensemble. La scène s’articule sur un demi cercle tenu dans la partie inférieure, par une foule de femmes accueillant des hommes revenant du front puis la composition s’élève grâce aux canons pointés vers le ciel dont les fûts convergents soutiennent une mère portant son enfant en triomphe.
 Tout aspire l’oeil vers cet équilibre montrant la fragile progéniture représentant l’avenir. La scène encadrée par le réalisme du lourd rideau tombant sur la porte est une réussite complète, et se joue de la difficulté à insérer dans un espace réduit cette élévation en perpective.
Appelé "La Paix" à New York, cette même scène fut donc peinte antérieurement avec des variantes minimes. Parmi les hommes revenant sans doute du front, les casques n’apparaissent que dans la version suisse et les canons tirant en l'air le sont également . Il est étonnant de voir cette version sans casques ni tirs . Les deux versions présentent parmi les femmes en fichu un énigmatique personnage qui semble être un adolescent portant des fusils factices fait de bois. Légèrement dissemblable sur les versions, il regarde de coté et semble important pour la scène mais aucune explication n’en été donné.
La version américaine présente des drapeaux dans le lointain que l’on ne retrouve pas dans la version suisse où, en revanche un groupe d’homme dans la partie supérieure fait basculer au prix de lourds efforts, un canon dans le vide. L’espérance de la paix passe par le désarmement.
Les deux compositions reprises pour le chantier de Genève indiquent que Sert devait être particulierement satisfait de ces dessins. Il y a en effet une puissante évocation visuelle, grandiose et héroïque à la hauteur de l’idée première. C’est peut-on le dire, une peinture « engagée » que Sert livre en pleine tourmente. La guerre l’éloignera de l’Europe, il retourna travailler à NewYork pour réaliser une deuxième commande de John Rockefeller puis dès 1941 se lancera dans la re-création des peintures de la cathédrale de Vich. Inaugurée le 15 novembre 1945, par une cérémonie officielle et grandiose, José Maria Sert meurt quelques jours après, à Barcelone, le 27 novembre 1945. Il est enterré dans le cloitre de la cathédrale.

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RIP

La Société des Nations tint son dernier conseil en 1939. Le 10 janvier 1946 l’organisation des Nations Unies s’installe à New York. Le 1er Aout 1946 la SDN est dissoute et le Palais des Nations devint une représentation européenne de l’ONU regroupant de nombreuses assemblées et instances:
    Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA)
    Bureau de la coordination des affaires humanitaires
    Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED)
    Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO)
    Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI)
    Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco)


Le gouvernement Espagnol fit en novembre 2008, un nouveau présent de taille au Grand Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies. Il offrit la décoration du plafond de la salle des droits humains et l’alliance des civilisations plus communément appelée Salle de conférence XX.

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Les Mousses de Barcelo


Miguel Barcelo réalisa sur les 200 m2 de coupole une peinture stalactite de couleurs mélangées traitant de la décrépitude en intérieur. Ne représentant qu’elle même la couleur s’échappe de la voute en écharpes vers les spectateurs. La couleur de la voute varie dit-on lorsque l’on change de point de vue, ce qui est sans doute la moindre des choses pour une oeuvre en relief.

Quant à la postérité, Sert sera, certainement plus que Barcelo, conforme au vers de Paul Valery qui se réjouissait que les fruits aient passés la promesse des fleurs

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José Maria Sert 1912

portrait par Jacques Emile Blanche

 

Bibliographie:

Arturo Colorado Castellary " Les peintures Murales de José maria Sert dans la salle Francisco de Vitoria" Nations Unies NY 1985

Jo Fremontier " José maria Sert La rencontre de l'extravagance et de la demesure " edition de l'Amateur 2008

Alberto del Castillo  "José Maria Sert Su vida y su Obra" Argos 1947

 

 

Remerciements:

Les photographies de la salle du Conseil ont été réalisées par notre amie Cécile Crochet, peintre décoratrice qui a travaillée au Palais des Nations .

 

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12 janvier 2016

Adrienne S. ou le livre enchanté.

 

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Dans un basculement de manège imitant les chevaux de bois, le cerf à l’oeil rond semble sous hypnose ..Mourenka maitresse chatte, dans son pourpoint bleu le domine en cavalière émérite …La petite Darenka au triste fichu noué sur ses boucles auburn semble doucement résignée.
Le paysage de montagne laisse apparaitre quelques cimes glacées derrière de grand épicéas sans neige.
Un ensemble de pierreries volent dans leurs halos de blanc reflet: ..Saphirs rubis diamants émeraudes ou améthystes…elles volent en nombre à chaque coup de sabot. A chaque coup de ce sabot magique que l’on ne voit pas, les pierres précieuses apparaissent dans une étincelle jaune…
Le vieux Kokovania isolé dans son Isba attendait comme chaque hiver le fameux et invisible cerf au sabot d’argent …Cette fois la petite chatte Mourenka était là pour lui…
Signé en bas à gauche par un sage « A.S. » cette image colorée traverse les consciences et surgie des limbes des souvenirs du premier âge.
 L’enfance bercée au son des contes, fixe son regard sur la large page et tandis que l’histoire s’envole dans l’oubli, l’image s’imprime irrémédiablement.

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Adrienne au yeux clair était une fée retirée en Sologne à Saint Gervais Laforêt, elle vivait dans une maison entouré d’animaux domestiques et travaillait exclusivement pour Flammarion qui lui commandait des dessins et peintures pour les grands livres de contes pour enfant qui étaient les « beaux livres » que l’on offrait après la guerre dans cette France prospère qui gardait l’âme de la civilisation occidentale si malmenée qu’elle finie par être considérée comme obsolète.

Adrienne Ségur était né à Athènes en novembre 1901, fille de l’écrivain, conteur romancier Nicolaos Episcopopoulos qui de 1880 à 1930 publia en grec de nombreux contes fantastiques terrifiants chargés de références aux passions charnelles et à la volupté.. Installé à Paris, il est naturalisé sous le nom de Nicolas Ségur et continue en français une oeuvre abondante sous les encouragements de son ami Anatole France.
La jeune fille commença avant la guerre à Paris, une carrière de dessinatrice sous le nom d’Adrienne Novel. Elle écrit et illustre des histoires simples et douces pour les plus petits utilisant un trait simple. Quittant les images graphiques noir et blanc assez épurées, elle passe à la couleur  aquarellée mais cesse toute publication pendant l'ocupation. Puis à la libération, prend son envol et illustre d’une manière foisonnante, luxuriante les grands contes européens dans de beaux livres diffusés dans toutes l’Europe.
Mais Flammarion n’ayant pas d’édition populaire bon marché, son travail néanmoins reconnu n’atteint pas le niveau de célébrité qu’on connu et connaisse encore les illustrateurs tel que Carl Larsson ou Arthur Rakham.

Dès les années trente, elle dessine en noir et blanc une série de vignette pour « Le pays des trente six mille volontés » d’André Maurois, mais son imaginaire l’amène à écrire et illustrer les aventures d’un gentil personnage que les tout petits enfants d’avant guerre feuilletteront en attendant l'age de lire Tintin. Les  « aventures de Cotonnet" alternent alors couleurs simples et illustrations graphique  en noir et blanc très marquées par l’époque.
En 1934 elle présente les « Contes de Perrault » en signant ses vignettes d’un simple A placé dans carré. Elle innove par son format allongé, sa mise en page dépouillée, ses dessins au trait surs et directs. Ce grand livre fut publié par les éditions Sudel, une Société universitaire très versée dans les sciences de l’éducation et l’outil pédagogique qui existe toujours

Le milieu littéraire et intellectuel lui est très proche par son père, auteur de nombreux romans. Il rédige également des critiques littéraires et frequente le milieu de l'édition.  Ses livres sont toujours centrés sur ses préoccupations premières qu'il n'a pas abandonné. La Grèce antique et l’amour charnel dans le couple l'occupe pleinement. Les titres très évocateurs de ses romans: Les proies de Vénus ( 1929) Le Paradis des hommes ( 1930) L’anneau sensuel ( 1930) L’impure ( 1931) La Chair (1931)  Le lit conjugal ( 1933) Mystère charnel (1934) Fantôme de volupté (1934)  etc …etc…sont aux antipodes du charmant petit monsieur Cotonnet et du petit ours brun Misha.

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  En écrivant et dessinant  "Cotonnet aviateur" ou "Cotonnet en Amérique" Adrienne Ségur semble prendre refuge dans le satin de l’enfance, échappatoire d’une jeune femme certainement très sollicitée dans sa vie sociale naissante. Elle fera le choix d’épouser un homme de dix ans son ainé, ayant une personnalité toute particulière.
Elle rencontre et épouse en 1932 Mounir Hafez poête égyptien, philosophe et scientifique.

Mounir Hafez suit les cours de Louis Massignon au Collège de France et commence à publier ses poèmes. Il voyage entre Le Caire et Paris jusqu'à la révolution Nassérienne où il se fixe définitivement à Paris. Il fut reconnu comme l'un des grands spécialistes de la mystique musulmane Soufi. Sa biographie est riche en colloques et publications, il est « un maitre et disciple dans le soufisme » mais il n’est nulle part fait mention de son épouse, car à l’inverse de son  truculent beau père, la vie intérieure semble n’avoir été que le seul objet de ses travaux. Il aurait fréquenté Maurice Blanchot, George Bataille et Emil Cioran sans qu’il nous soit possible de trouver de plus amples renseignements. Sa vie et son mariage sont à l’égal de la biographie d’Adrienne Ségur, un vaste champ de questionnement ou le « secret discret » cher à Michel Lieris, semble en avoir été le fil conducteur.

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M. Hafez


 Adrienne Segur fut responsable des pages enfants du Figaro juste avant la déclaration de guerre. Entre 1936 et 1939, elle y dessina les illustrations d’une rubrique qui semble bien surprenante  aujourd'hui pour un quotidien d’information plus proche de la politique que du divertissement.
Le couple Ségur aurait été inquiété pendant l’occupation, peut-être même arrêté comme espion. Nous n’avons pu recueillir plus de précisions concernant cet évènement qui généralement n’est pas passé sous silence.

Le rythme des publications s’accélère après la guerre avec, dès 1946 «  L‘ours PaFu raconte … » puis en 47 « Un tout petit cochon s’en allait à l’école » suivi d’une présentation d’Alice au pays des Merveilles.
Le traitement proprement-dit, des images change pour devenir beaucoup plus luxuriant, plus onirique et non plus réellement descriptif. Une grande image en couleur résumant non seulement, le conte en y présentant les protagonistes mais aussi l’esprit en un au-delà de l’histoire pour la forcer à entrer dans un merveilleux plus fantastique. Les animaux sont parés de couronne, d’habits de cour. Les poses et traitements des pelages sont très réalistes tout en ayant un certain maniérisme propre aux fées et princes charmants. S’agit-il de belles images? s’agit-il d’art?   Assurément il ne s'agit pas de cela .  Il s’agit d’"images de suggestion " liées à une narration.

Les images de suggestion ont une puissance visuelle qui agissent d'une manière interne et silencieuse sur le spectateur.

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"Le Briquet " Conte D'Andersen.

 

La démarche et le travail de l’illustrateur pour enfant est-elle comparable à celle de l’artiste peintre? Nous pouvons aisément considérer que si les procédés liés à la représentation sont du même ordre. Le travail sur le plan, avec l’utilisation du dessin et de la couleur relève du même mécanisme. Celui ci faisant appel aussi bien à la sensibilité qu’à l’intelligence dans un but d’ordonnance, donnant au spectateur un effet intelligible de captation et production d’émotion. Mais l’image associé aux contes ou histoires fantastiques pour l’enfance est loin des procédés cognitifs de l’adulte.

 

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"Blondine, Bonne-Biche et Beau-Minon " Contesse de Ségur


 L’enfant n’évalue pas complètement la différence entre lui et les animaux ce qui l’amène sans encombre vers les représentations anthropomorphiques des contes. Il ne s’agit pas ici de rentrer dans l’aspect thérapeutique des contes comme l’expose Bruno Bettelheim ou Pierre Péju mais plutôt comme le montrait Georges Jean, poète essayiste, professeur qui s’est consacré au mental de l’enfance; à la dimension « magique » du conte. Il procède entièrement de l’imaginaire des enfants en effectuant un travail d'interprétation du réel, ce qui leurs permets une circulation entre le monde intérieur et le monde extérieur.

La puissance des images est l’outil distingué permettant pour la prime enfance de travailler un matériau brut. Ce qui fut théorisé par les chercheurs américains Anthony Manzo et V. Lengenza. Leurs travaux leur permit de mettre au point en 1975 la PPF ou "Picture Potency Formula".

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Feuille d'évaluation de la PPF

Il s’agit avec cette formule d’évaluer les potentialités d’une image pouvant favoriser l’expression, le langage, le développement des pré-scolaires comme des moins de sept ans. Après une série de test où de nombreux enfants sont questionnés sur leur vision de l'image, une graduation est proposée pour donner une mesure de PPF. Une graduation allant de "High language stimulation value" à "Low value" avec de nombreuses strates intermédiaires.
Les enfants ont une vision kaléidoscopique des images et surtout des images complexes. Certains illustrateurs et éditeurs estiment que la simplification du graphisme comme de l’utilisation unique du noir-gris-blanc avec toutes les déformations possibles de dessin, laisseraient plus de liberté interprétative à l’enfant. Il n’en pas du tout certain. A cet âge, il est bien possible qu’une image vide ne provoque que du vide. L’image complexe semble porter en elle beaucoup plus de stimuli.

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"Les sept princes corbeaux"  Conte de Grimm

 

La vision kaléidoscopique procède par segment discernable pendant la "lecture" de l'image. Le nombre des parties discernables augmente la fixation du regard sur ces mêmes parties. Même si la proportion des éléments lus décroît quand s’accroit le nombre d’éléments lisibles: nombre de personnages, précision du dessin ( costumes accessoires etc..) paysage avec détails d’arrière plan et couleurs élaborées;  la fréquence des retours sur l’image est plus profitable à l’enfant, en ce sens que plus une image donne à lire plus elle est susceptible de découpages variés de ses éléments « Grafico-sémantiques »

Voilà une sollicitation visuelle qui ne peut qu’encourager le développement de l’imaginaire et du formulé par le langage, d’un énoncé, car le tout jeune spectateur n’a pas en regardant une image une relation immédiate avec le réel, cela vient avec son développement aux alentours de l’âge de sept ans où le statut analogique de l’image se dévoile. Une photo, une peinture abstraite ou les nuages, représentent toujours quelque chose pour celui qui regarde. Il y voit des formes même cachées. L’historien d’art, Ersnt Gombrich dans son ouvrage «  Psychologie de la représentation picturale » nous montre l’importance de nos images dans le processus d’éducation.
« Toute image relève d’un univers de représentation symbolique qui répond à des conventions, à des usages socio-culturels, à des traditions ethniques historiquements datées. »

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"La tortue d'Urashima" Contes Populaires Japonais

Voilà en quoi la luxuriance des illustrations d’Adrienne Ségur est un solidifiant civilisationnel pour la France et l’Europe. En créant, par exemple des images stylistiquement européennes de contes japonais comme « La tortue d’Urashima » illustrant ainsi les contes populaires russes comme l’étonnant « Kuz’ma Skorobogaty et la renarde » ainsi que le romantique « Finist, le beau Sokol » . Adrienne Ségur ouvre le monde aux enfants par de grandes représentations contenant tout l’imaginaire des voyages. Elle fixe pour la vie, une poétique dont l’effluve nostalgique revient à l’âge adulte par la simple contemplation de ces pages colorées.
Lieu de « peletonnage » dans une sécurité familiale, le moment de l'histoire raconté aux enfants est primordiale. Ils scrutent encore et encore l’image qui s’imprime à jamais; le tout s’associant à une représentation du monde puisant dans nos identités propres. Le travail d’Adrienne Ségur devrait être puissamment redécouvert car répondant aux aspirations de notre époque.

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"Poucette" Conte d'Andersen


Le grand " Livre des Bêtes Enchantées" parut en 1956 et se situe à l’acmé de cette période de réclusion et de travail intense d'après guerre. Retirée en Sologne, Adrienne Ségur ne s’arrêtera de peindre qu’à l’aube des années soixante-dix quand l’arthrose brisa le geste créateur.
Les livres pour enfants ont beaucoup changés. Pourtant les contes de Grimm, d’Andersen, de Colette ou de Lewis Carol sont évidemment encore à lire aux enfants. Ils n’ont pas épuisés leurs enseignements bénéfiques surtout s’ils sont accompagnés de ces images foisonnantes de mystère et de poésie intemporelle comme la magie des rêves d’enfants.

 

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Adrienne Ségur s’est éteinte sans bruit au Plessis Robinson en 1981

 

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Mounir Hafez son mari poursuivra ses travaux et recherches jusqu’en 1997. Il meurt le 1er Janvier 1998.

 

 

 

 

PS :

 


Voilà une image avec un fort contraste …Voyez vous l’enfant dans cette image?

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Si oui, sachez que des chercheurs de l’université de Cardiff après une étude sérieuse ont déterminés que si vous pouvez voir cet enfant, vous avez de fortes chances de souffrir de troubles psychotiques.

En effet sur les deux groupes sélectionnés, la majorité de ceux voyant l’enfant venait d’une unité de soins psychiatriques.

Le groupe de « sain d’esprit » étant majoritairement des non-noyants.

Voyez-vous l’enfant?

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A retrouver sur le site medisite "acteur de votre santé" que nous remercions.

 

Les photographies d'Adrienne Ségur sont d'Erwin Blumenfeld  (1936)

 

 

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27 septembre 2015

Caché en son VEXIN

Nymphes, divinités dont le pouvoir conduit
Les racines des bois et le cours des fontaines,
Qui nourrissez les airs de fécondes haleines,
Et des sources que Pan entretient toujours pleines
Aux champs menez la vie à grands flots et sans bruit,

Comme la nuit répand le sommeil dans nos veines;
Dieux des monts et des bois, dieux nommés ou cachés,
De qui le charme vient à tous lieux solitaires,
Et toi, dieu des bergers à ces lieux attachés,
Pan, qui dans les forêts m’entr’ouvris tes mystères:

Maurice de Guérin - Glaucus 1840

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Par la porte étroite, le vent nous enveloppe dans un tressaillement d’épiderme. Les génies du lieu savent au détour d’un passage provoquer d’intérieurs transports. Une sensation fugitive liée à la claire conscience du temps fait soudainement parler les pierres et les arbres. Cet écho intime résonne à la vue d’un moellon moussu, d’une allée sous les frondaisons .

Que de ces près l’émail plaît à mon coeur!
Que de ces bois l’ombrage m’intéresse!
Quand je quittai cette onde enchanteresse,
L’hiver régnait dans toute sa fureur.

Et cependant mes yeux demandaient ce rivage;
Et cependant d’ennuis, de chagrins dévorés,
Au milieu des palais, d’hommes froid entouré,
Je regrettais partout mes amis du village,
Mais le printemps rends mes champs & mes beaux jours.

François René de Chateaubriand Tableaux de la Nature. - L’amour de la campagne -1784

 

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Les terrasses et perspectives des jardins du château de Villette suivent l’ordonnance des villas romaines axées Nord Ouest, la lumière y est favorable à l’émotion, le cadre porte à la rêverie aux « Tableaux de la Nature » cher à Chateaubriand

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La « Rivière » que son Neptune venu du château Royal de Saint Ouen ordonne, coule face au salon octogonal du château. Celui ci domine les parterres de ses terrasses datant de la maison forte du XVI° siècle transformée en 1668, par Jean Dyel, en une villégiature d’agrément concentré du génie des deux Mansart.


 Les « Rivières » sont des rêves de domination. La nature domestiquée dans l’ordonnance de la haute civilisation. Coulant de bassins et vasques, les fontaines jaillissantes peuplés de nymphes, naïades des écumes chantant en coeur avec les nappées des prairies et forêts. Ce dispositif joue un rôle essentiel d’animation: «  Elle est bouillonnante au creuset de la source » animent les espaliers en dévers, les plans juxtaposés, les lits dirigés d’une eau sauvage. L’eau de source cascade jusqu’au bassin en fer à cheval daté du XVII°siècle soit plus ancien que celui du défunt Marly.
Les Rivières ont bien souvent disparues, les génies aquatiques les ont désertés dilapidées par les exfiltrations ravageuses, les fuites ruinant les bassins non étanches. La rivière de Marly, la plus belle et la plus connue, ne vécue que vingt ans.Terminée en 1704 elle fut démolie sur ordre du cardinal Fleury en 1728 «  pour ne pas la réparer » La  Rivière de Brunoy subit ainsi le même sort lors de la Révolution, le château et ses bassins furent détruits. Reste par bonheur à Saint Cloud, la grande cascade d’Antoine Le Pautre construite en 1664 qui coule toujours sur son dénivelé datant du château de Monsieur. La belle cascade du Champs de Bataille s’en inspire par ses sculptures et ornements, elle est un renouveau dans le déclin du genre.

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 Cachée dans ses petits bois, encerclée de route et autrefois de chemin de fer, la Rivière de Villette s’est tarie. Les bassins aux masques de lions venant du château de Choisy sont muets. Les mousses ne sont plus irriguées, les cascades ne chantonnent plus pour les beautés de pierre qui perdent leurs visages un peu plus chaque année; la Rivière attend son printemps.

 

la rivière en 1960


 La promenade dans les allées de feuilles dorées débouche sur des clairières où silencieuses des statues blessées nous attendent. Les sphinges des petits passages sur les canaux donnant sur les pièces d’eau latérales, elles mêmes gardées par de grand sphinx commandés en 1710 pour le château de Marly sont la proie des injures du temps et de l’oubli. Mais sait-on que le Phoenix est toujours à l’oeuvre en se réincarnant aussi dans les pierres qui donc peuvent renaitre comme feuilles au printemps?.

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Seuls les grands vases de pierre du au ciseau du sculpteur Bertin commandés par le Roi pour les balustres de l’Orangerie de Versailles résistent encore en témoins muets d’une époque révolue. Les quatre vases de bronze rythmant la descente vers les jardins ne sont présent actuellement que par les empreintes de leurs larmes de vert de gris imprimées sur la pierre. Reviendront-ils?

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Dans le fracas des travaux, cris, interpellations d’un peuple de travailleurs, ouvriers d’une troisième renaissance, les salons du château font entendre à ceux qui l’écoutent d’autres bruits et musiques. Pierre Cousin, receveur des finances de Normandie, Conseiller privé de Louis le Grand, adjoint de Colbert à l’administration des bâtiments du Royaume, embellit et transforme les intérieurs du château; construit sur les plan de François Mansart au dix-septième siècle par la famille Dyel qui possédait quarante mille hectares de terre ainsi qu’une des Antilles.

La cour pavée en deux temps mais pour son plus grand bien, laisse apparaitre une modeste façade trompeuse. Le bâtiment parait plus petit qu’il n’est à contrario des constructions magnifiées du dix neuvième siècle où le génie de l’architecture du paraitre privilégiait la forme au contenu. Le château pourvu de cinq fenêtres sur ses cotés s’inscrit dans un carré et non dans le rectangle trompeur d’une façade d’apparat. Le perron à double révolution est orné de sa rampe d’origine datant du grand siècle.

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Vases de bronze venant du château de Marly    ( photo ~ 1970)

Le grand vestibule donne l’ampleur des salons dont il distribue les circulations. L’escalier dont la remarquable stéréotomie de départ montre le génie de François Mansart est d’une discrétion tel que les regards sont happés par la perspective du grand salon octogonal ouvrant sur l’axe du Neptune triomphant de la grande perspective extérieure. Les dessus de portes sont signés par François Boucher et Huquier, les boiseries de chêne de Hollande ainsi que les fontaines de pierre de la salle à manger datant de 1748 réalisées par François Martin sont en tout point remarquables. Les transformations et déperditions ne se sont pas attaqués à l’âme des salons.

Le temps des Grouchy résonne encore des jeux d’enfants de Sophie, Emmanuel, Charlotte et d’Henri-François. L’ainé des fils devait lors des ses passages dans la maison familiale laisser une odeur de cavalerie, faire résonner ses talons de bottes, faire sonner le bout de son sabre sur les pierres du vestibule d’entrée. Emmanuel de Grouchy, grand cavalier injustement lié à son retard auprès de l’Empereur pour avoir poursuivit une cavalerie prussienne fantôme à Waterloo, était le premier fils du Marquis de Grouchy premier du nom qui hérita du domaine par sa mère.
Emmanuel, forte personnalité et vaillant guerrier, Marquis, Comte d’Empire, Maréchal et pair de France, fut blessé plus d’une vingtaine de fois dans les batailles glorieuses de l’Empereur à qui il tenait tête. Ses campagnes ainsi que son nom sont gravés sur l’arc du Triomphe de l’Empire.

Sa soeur ainée Sophie dit  « Grouchette » littéraire et sensuelle, intellectuelle et active, est connue aujourd’hui comme madame de Condorcet a qui elle fut bien mariée malgré la différence d’âge, car elle oeuvra pour sa postérité et publia ses oeuvres. L’extraordinaire savant dont le laboratoire était installé dans l’aile de gauche face à la chapelle fut une victime de la sanglante et inique politique de la Révolution.

«  Pendant la terreur, Condorcet, on le sait, du s’enfuir de paris. Il s’était déguisé en paysan. Il partit à pieds et marcha aussi longtemps qu’il le pût, droit devant lui. Au bout de quelques heures, exténué de fatigue, il entra dans une auberge et demanda à la femme qui la tenait de lui servir une omelette. L’aubergiste trouva ce paysan assez singulier. Il avait des attaches bien fines….un visage qui ne reflétait pas la campagne.Méfiante, elle lui posa la question: « combien d’oeufs? » Condorcet savait tout. Le calcul intégral n’avait pas de secret pour lui, Ni la physique. Ni la philosophie.Ni l’économie politique. Il avait réfléchi sur tous lesproblèmes. Tout conçu. Tout prévu. Et l’instruction publique obligatoire et les droits de l’homme. Et même le danger de la surpopulation et la nécessité de la limitation des naissances. Il était l’un des maitres de l’Encyclopédie. Secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences. Membre de l’Académie française. Le maximum de connaissance. Le maximum de réflexion. Mais jamais, non jamais il ne s’était demandé combien il fallait d’oeufs pour faire une omelette ? Au hasard, il répondit « douze » La bonne femme- qui était « sans culotte » ( comme la duchesse de Coigny qui est à l’origine de ce sobriquet) alla tout droit au comité de Salut public le plus proche pour dénoncer un cy-devant costumé en paysan…Condorcet fut arrêté. Jeté en prison. il s’y suicida pour éviter la guillotine, avec un poison que lui avait donné son beau-frère Cabanis et qui était caché dans le chaton d’une bague. »

Wladimir d’Ormesson- sept 1973-  Revue des Deux Mondes


Marie-Georges Cabanis, médecin et philosophe avait en effet épousé Charlotte Félicité la dernière fille de la famille Grouchy. Sophie de Condorcet fut une brillante personnalité. Elle anima un salon ou l’esprit libre, les idées nouvelles des penseurs les plus brillants de l’époque avaient la parole. Belle et sensuelle, elle se maria dans la chapelle de Villette en ayant son amant le marquis de La Fayette comme témoin. Elle éclaira le Saint Simonisme d’un jour nouveau en voulant concevoir dans l’éther un être parfait avec le comte de Saint Simon. Ils embarquèrent pour se faire dans une montgolfière, mais leur union n’eut pas de fruits.
Elle fut la grande amie d’Aimée de Coigny ( la « sans culotte » précédemment citée) tout autant brillante et intellectuelle, grande amie de Talleyrand, mariée au Duc de Fleury, elle divorce et reprend son nom, arrêtée et emprisonnée le 16 mars 1794 sous l’inculpation «  d’aristocrate puante ».  Elle devint pendant quatre mois à la prison de Saint Lazare « la jeune captive » d’André Chénier. Muse inspirante par sa grâce et sa beauté les derniers poèmes de l’une des plus cruelles victime de Robespierre, André Chénier poète guillotiné à 31 ans.


Je ne suis qu'au printemps, je veux voir la moisson ;
Et comme le soleil, de saison en saison,
Je veux achever mon année.
Brillante sur ma tige et l'honneur du jardin,
Je n'ai vu luire encor que les feux du matin ;
Je veux achever ma journée.

Ô mort ! tu peux attendre ; éloigne, éloigne-toi ;
Va consoler les coeurs que la honte, l'effroi,
Le pâle désespoir dévore.
Pour moi Palès encore a des asiles verts,
Les Amours des baisers, les Muses des concerts.
Je ne veux point mourir encore.


  André Chenier - La jeune captive - 1794



Aimé de Coigny sera sauvée en soudoyant pour cent louis un indicateur qui enlèvera son nom de la liste des condamnés à mort. La chute de Robespierre amenera sa libération.
Elle fut une amie d’enfance de Sophie et pourtant lui enleva son grand amour, le beau et oisif Mailla Garat qui inspira aux deux femmes des lettres d’une torride sensualité montrant toute la puissance du désir féminin lorsqu’il peut s’exprimer. Cette fière et belle indomptable et future « merveilleuse » répondit à Napoléon qui lui demanda en public :

« Madame de Coigny, aimez-vous toujours autant les hommes ? »

« Oui, sire, surtout lorsqu’ils sont bien élevés ».


La beauté et l’attrait d’Aimée devait du temps des séjours à Villette tourner la tête de bien des hommes de la maison. Le grand miroir du salon nous parle de ces aventures dont l’on peut imaginer ayant comme protagonistes Emmanuel l’ardent cavalier de deux ans plus jeune que Grouchette...  Mais entré à l’école d’artillerie de Strasbourg en 1780,  il peut tout aussi bien s’agir d’ Henri-François appelé « le chevalier » qui ne fut jamais marié mais eut deux fils qu’il reconnu en leur donnant son nom

le G de grouchy


Le miroir porte d’une main alerte «  m grouchy est un coquin  V aimée » l’inscription est gravée au diamant à mi hauteur en travers. Toujours visible aujourd’hui, l’on peut imaginer une vengeance avec affront public après une « taquinerie » amoureuse de celui qui aurait outrepassé son désir sur l’instant…Surprise à la toilette ? Baisers volés entre deux portes? attouchement sur une déjà « sans culotte »?


« La beauté de traits n’a qu’une beauté, la beauté d’expression a autant de beautés que de sentiments.Tous ceux d’Aimée se reflétaient sur son visage et passaient dans ses attitudes. Le charme même de son corps était fait aussi de pensée. Et cette pensée profonde, variée, imprévue, hardie en ses examens, soudaine en ses ripostes, redoutable dans ses ironies, irrésistible dans sa gaîté, tirait de sa mobilité même un charme de plus et paraissait toujours nouvelle. Il y avait en elle trop de femmes pour qu’on se défendît contre toutes : qui résistait à l’une cédait à l’autre. Voilà le secret de l’empire exercé par elle et par celles qui lui ressemblent. Cette surabondance, si elle multipliait les séductions de son corps et les activités de son intelligence, précipitait aussi les mouvements de son cœur. Et, comme aucune passion ne tient ses promesses et que la lie de chaque joie épuisée donne la soif d’autres joies, l’amour de l’amour avait fait, disait-on, à travers la diversité des expériences, l’unité de sa vie. »
Une vie d’amour – Aimée de Coigny et ses mémoires inédits E.Lamy Revues des Deux Mondes Tome 8 1902


« La nature semblait s’être plu à la combler de tous ses dons. Son visage était enchanteur, son regard brûlant, sa taille celle qu’on donne à Vénus ;… le goût et l’esprit de la duchesse de Fleury brillaient par-dessus tout. »       Madame Vigée-Lebrun-Souvenirs- 1828

La vie mouvementé des Grouchy pendant la révolution, laisse le domaine vide et sans soin, il est restitué à la famille après Thermidor. Mais il ne sera plus qu' habité par le vieux Marquis sombre et rigide et son fils Henri qui gère tant bien que mal le domaine. Sophie habitera à proximité à Meulan dans la maison des Annonciades qu’elle nommera « la Maisonnette » . La rupture entre les deux amies se situe durant cette période ou comble de la duplicité Mailla Garat amenera à la « Maisonnette » Aimée de Coigny déjà son amante. Celle-ci y laissera son écritoire avec les lettres de Garat que Sophie ne pourra s’empêcher de lire à son grand désespoir .

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"Ton front croule et coulent les larmes, les années sont passées sur cette chair meurtrie"

En 1818,  Emmanuel, exilé par la Restauration, retiré à Philadelphie est contraint de vendre le domaine. Les archives furent versées intégralement aux Archives de Seine et Oise, constituant le fond Grouchy. Ensemble homogène unique avec facturier datant du XVeme siècle .
Après cette période de stabilité, une grande période de laisser aller par des propriétaires éphémères vit le parc se dégrader pour même disparaitre. De 1900 à 1945, les jardins lentement disparurent, victimes de choix aberrant comme le projet de réunion des deux pièces d’eau. Puis la Comtesse de la Barthe Thermes qui, même issue d’une antique lignée ne sut, ne put conserver l’intégrité des jardins ni des bâtiments. La couverture des cuisines, buanderies, les batiments de gauche dans la cour d'entrée furent dénaturés en 1910 par un toit mansardé pourvus de grosses et lourdes fenêtres. Cela est d'autant plus regrettable que la chapelle qui lui fait face, a vu son toit détruit par une bombe en 1944 et fut restitué à l’identique.

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L’étang de l’ouest fut asséché et planté, puis laissé en jachère. De grands arbres furent plantés autour des terrasses dénaturant les perpectives. Les branches de grands résineux ombraient les fenêtres des salons ou toutes vues étaient bannies. La Rivière disparue dans les herbes folles et la futaie malingre. Les bassins étaient abandonnés depuis cent ans. Le baron et la Baronne Robert Gérard achetèrent le domaine après la guerre. Ils entreprirent une salutaire rénovation. Restituant les plans d’eau, restaurant les bâtiments sans toutefois aller jusqu’à replacer les balustres qui couronnaient l’ensemble du château et dont il n’existe plus aujourd'hui, pour juger de leurs élégances que celles du corps central sur jardin. A la mort du Baron Gérard en 1998, le domaine fut de nouveau vendu en 1999.

Olivia Hsu Decker, américaine d’origine chinoise ayant fait fortune dans l’immobilier avec sa société Decker Bullock à San Francisco, continua la restauration du château en un esprit international pour de l’événementiel légèrement strass et paillettes.  Agent immobilier de comédiennes hollywoodiennes comme madame Stone ou madame Cher ainsi que de champion sportif comme monsieur Agassi, madame Hsu Decker a rentabilisée son achat en louant le domaine à des productions cinématographiques ayant comme têtes d’affiches des célébrités comme monsieur Hanks, monsieur Depardieu, monsieur Perez et la charmante madame Ardant.

 

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Vendu à nouveau en 2011, le domaine est en mue constante.
Aujourd’hui les jardins à la française sortent de terre, l’eau coulera certainement bientôt. Les intérieurs retrouvent leur éclat grâce à la l’intervention d’un magicien d’intérieur qui à plus d’une bataille à son actif.
Il faut espérer que le faitage chiffrée de la grille d’entrée, ouvrage du XVIII°siècle posée en 1746 par jacques Pion serrurier d’art, retrouvera sa place ainsi les quatre beaux vases de bronze, face aux jardins qui pourraient en brûle-parfums célébrer le renouveau d’un ilot d’Histoire, de charme et poésie dans un Vexin à préserver.

 

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 Dernière minute:

Les quatre vases de bronze ne reviendront pas. Ils ont été volé en 1999 ainsi qu'une partie du décor statuaire du parc.

information révélé par monsieur Lablaude, Architecte en chef des Monuments Historiques.

 

 

 

 

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31 août 2015

LEFUEL ou la salle disparue

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A l’ombre dans une petite chapelle sans porte, le visage de bronze d’Hector Martin Lefuel s’enfonce dans le silence.
 Le réseau extrêmement dense de tombes architecturées de la 7eme division du cimetière de Passy cache la sépulture pleine de feuilles du grand architecte mort un soir de réveillon en 1880.

LEFUEL


L’oublié château de Neudeck, nous l’avons vu précédemment, fut l’une des ses grandes réalisations méconnues. Mais
Hector Lefuel fut avant tout l’homme du grand dessein. Les innombrables projets et tentatives laissèrent comme un sommet vierge cet objectif qu’un seul d’une longue lignée aurait le privilège d’en recevoir la gloire attachée à son accomplissement.
A la suite de ses pairs et maitres Duban et Visconti, Hector Lefuel fut celui par lequel le Palais du Louvre retrouva le Palais des Tuileries.
Moment incomparable d’excellence, acmé architecturale qui rattache en un grand déroulé, en un unique quadrangle monarchique, les constructions de François Ier, Henri II, Charles IX, Henri II, Catherine de Médicis, Henri IV, Louis XIII, Louis XIV, Napoléon Ier, Louis XVIII, La IIeme République et enfin Napoléon III. Ce moment fut court, très court, trop court. Il fut malheureusement interrompu brutalement par l’incroyable décision de raser le Palais martyrisé par la Commune .
En 1882, la IIIe République adjugea, après enchères, la démolition de la vieille demeure des Rois à l’entrepreneur Achille Picard pour la somme de 33 300 Francs.

Lefuel acheva donc le grand dessein qui occupait les esprit depuis Henri IV. Les grands travaux du Louvre étaient en grandes parties terminés à la chute de l’Empire en septembre 1870.
 Le ministère Ollivier arrêta les travaux en février. Les derniers ouvriers quittèrent le site le 30 avril. L’agence Lefuel fut dissoute le 1er mai.
La République fut proclamée le 4 septembre.

il faut bien se représenter ce que l’agence Lefuel entreprit en l’espace de quelques années:
Achèvement du Nouveau Louvre 1854 - 1857.
Aménagement intérieur du nouveau Louvre 1857 - 1861
Les nouveaux appartement des Tuileries 1856 1860
Le Pavillon de Flore et la Grande Galerie 1861 - 1870

 

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L'ancien Louvre. Le pavillon de l'Horloge (ou pavillon Sully) et son aile gauche Louis XIII, à droite l'aile Henri II. Le Pavillon Daru à l'extrême droite n'est pas encore en travaux. Les façades et les pavillons historiques seront profondement remaniés et unifiés en 1856 . (Baldus 1854)

Lefuel s'engagea avec energie dans un chantier de construction et de transformation d’une ampleur gigantesque, reprenant les plans, les travaux en cours de son prédécesseur Louis Visconti brutalement mort dans son fiacre. Il fut retrouvé inanimé par son cocher au retour d'une inspection de chantier en 1853.
 Les chiffres donnent la mesure de la formidable organisation de l’agence Lefuel. Organisation pyramidale avec un bureau central de quarante neuf membres gérant des lots d’interventions assez autonomes constituant autant de chantiers différents. Les différentes tâches comprenaient les transformations des anciens bâtiments, les nouvelles constructions de la cour Napoléon et les travaux intérieurs du Palais des Tuileries. Chaque lots était dirigé par une équipe d’inspecteurs, de vérificateurs, de conducteurs de travaux et une armée de trois mille ouvriers. Le travail se poursuivait sans relâche autre que le jour du seigneur. Les techniques de construction ne peuvent aujourd’hui que nous impressionner aux vues des ces champs de pierre avec tombereaux attelés devant d'immenses échafaudage de madriers avec des engins de levage rudimentaires. La force animale et humaine étaient extrêmement sollicitées. Les accidents nombreux. Le budget se comptant en allocations de plusieurs millions de francs par sessions semblait illimité.

 

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Construction de la place Napoléon . Aile sud et Echafaudage du futur pavillon Denon. les galeries du rez-de-chaussée sont existantes. (Dimanche 24 mai 1854 Baldus)


L’organisation était le maitre de mot de l’efficacité déployée par les équipes menant ces chantiers parallèles. Lefuel fut secondé par des architectes adjoints de renom comme l’italien Marco Treves et l’américain Richard Morris Hunt qui lui, s’occupa plus particulièrement de l’aile Rivoli regroupant le pavillon de la Bibliothèque. Morris Hunt dessina ultérieurement la façade du Metropolitan Muséum de New York ainsi que le socle de la statue de la Liberté .

Le « Projet d’ensemble des travaux à exécuter tant au Palais des Tuileries qu’aux bâtiments et galeries qui le réunissent au Louvre, rédigé d’après le programme donné par l’Empereur » est présenté par Lefuel aux membres du Conseil.
Il s’agit de la  transformation complète de la physionomie du Palais du Louvre, comportant outre le travail sur les façades anciennes Henri II, la transformation du Pavillon Sully, mais aussi de la création des bâtiments de la cour Napoléon, avec les Pavillons Turgot, Richelieu, Colbert, Denon, Mollien ainsi que la destruction et la reconstruction de la grande Galerie du Bord de Seine comme du pavillon de Flore.
Les nouveaux bâtiments créant six cours intérieures ainsi que l’excroissance du Pavillon des Etats comme le travail de « placage  » c’est à dire le remplacement des anciennes façades devraient actuellement changer le regard porté sur l’art du Second Empire.

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Placage des nouvelles façades de la galerie de Diane aux Tuileries avec à droite, les échafaudages du pavillon de Flore.


 La critique rapide, facile de l’architecture du dix neuvième siècle montre une inconpréhension de cet art éclectique comportant une charge ornementale et sculpturale allégorique très importante. Il fonctionne par augmentatif, par rajouts et reprises de style. C'est une architecture privilégiant la continuité, l’intégration dans l’Histoire plutôt que la rupture. Il semblerait que la critique sans nuance de l'architecture du second Empire montre que le Louvre n’est toujours pas perçu comme un véritable Palais Napoléon III.

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L'ancien pavillon de Flore

Le « Gros Pavillon du bord de la Rivière » construit en 1607, puis dénommé Pavillon de Flore d’après un ballet donné par Louis XIV en 1669, fut remanié en 1787 suite à un incendie, puis transformé en Pavillon de « L’égalité » abritant , le comité de Salut Public en 1793. Bien que chargé d’Histoire, ce n'était plus qu'une ruine qui menaçait de s’effondrer dès 1850.


Le Pavillon de Flore fut donc démoli. Le 30 janvier 1861,  Hector Lefuel signale qu’une partie de la corniche de l’étage attique s’est écroulé. Une photographie montre le Pavillon en bien mauvais état avec un étai soutenant la face orientale. Il fut décidé de le détruire entièrement ainsi qu’une partie de la grande galerie pour tout reconstruire avec les mêmes proportions mais avec un décor différent, se démarquant de l’ordre colossal à grand pilastres cannelés.

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Cette photographie montre en 1861 l'état de l'angle sur la seine après la demolition de la grande galerie et du pavillon de Flore. A droite, la premiere travée du château des Tuileries, à gauche l'amorce du pavillon de la Tremoille. Dans l'ouverture pratiquée, l'ancienne cour des Comptes est visible de l'autre côté de la seine. Incendiée comme les Tuileries par la commune en 1871, le bâtiment sera remplacé par la gare d'Orsay. (Photo Baldus )

 

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Vue du chantier de la construction des guichets et du pavillon des Etats. Le dôme Médicis du chateau des Tuileries est visible par l'ouverture. Vue de l'ancien pont du carrousel d'Antoine Remi Polonceau dit pont aux "rond de serviettes" detruit en 1930. (Baldus Décembre 1865)


Carpeaux réalisa sur le tympan de la façade seine du pavillon son "Triomphe de Flore"… « Perdere aedificare » Détruire pour construire, tout changer pour que rien ne bouge, voilà la continuité d’une tradition, "Tradere " Transmettre avec apport et nouveauté…La controverse provoqué par le groupe sculpté par Jean Baptiste Carpeaux en est le témoignage manifeste. La nudité très réaliste du Triomphe de Flore fit jaser, de nombreuses protestations s’élevèrent au point qu’il fut envisagé de déposer la sculpture en cour de réalisation, d’autant que Lefuel contestait la proéminence du haut relief qui dépassait de l’alignement de la corniche.
« Un jour que le sculpteur, sur place, terminait son oeuvre en taille directe, il aperçut en-dessous de lui un bourgeois parisien en haut de forme qui se hissait péniblement sur les échelles de l'échafaudage. L'artiste allait l'admonester quand il reconnut l'Empereur. Celui-ci, parvenu sur la plate- forme, regarda longuement le haut-relief et déclara: " Que tout demeure en cet état ". La Flore avait triomphé (1). » La modernité dans la tradition aussi. 

 

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Echafaudage devant les groupes sculptés de J.B Carpeaux. Nouveau Pavillon de Flore


Les aménagements intérieures furent extrêmement pensés, élaborés et très éclectiques allant du dénuement total de la pierre brute ornée de sculptures reprenant en intérieur, une disposition extérieure comme pour l’escalier de la Bibliothèque (dit escalier Lefuel), l’escalier Denon ou les galeries du rez-de-chaussée jusqu’aux luxe débridé des grands appartements du ministère d’Etat (Ministère des Finances jusqu’en 1985 ) présentant un décor extrêmement riche et raffiné, regardé actuellement comme le paradigme du style Second Empire  
la statutaire fut particulièrement mise à l’honneur. Plus de 300 sculpteurs et ornemanistes participèrent à cette ruche. Toutes les commandes passées furent honorées y compris les statues refusées ou annulées. Grands sculpteurs ou plus anonymes apportèrent leurs talents. La liste des archives Lefuel est longue de plus de trois cent noms. On y trouve aussi bien le futur opposant politique David d’Angers (ne travaille qu'en 1824 sur l’aile Est sous Louis XVIII ) que les grands statuaires du Paris Haussmanien comme de la IIIeme République triomphante: Dielbolt, Simar, Duret, Cavalier, Rouillard, Fremiet,Vilain, Pollet, Bosio, Bonnassieux, Carpeaux, Delaplanche, Dumont, Rude, Perraud, Cabet, Caïn, Carrier Belleuse, Jouffroy ..etc... la liste est immense comme le nombre des réalisations.

Louis Napoléon voulu avoir près de sa résidence impériale une grande salle d’assemblée pour réunir les corps constitués. En effet, la nouvelle constitution élaborée après la période dite « sans partage » du début de l’Empire donnait aux chambres un rôle à jouer dans la vie politique et législative. Formule parlementaire  « rationalisé » qui s’articulait en un « Le président propose, le Conseil d’Etat met en forme, le Corps Législatif vote, le Sénat vérifie la constitutionnalité » (2)

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Salle des Etats 


La grande salle dit « des Etats » fut achevée en 1857, elle n’est pas située comme on l'imagine dans le Pavillon des Etats appelé aujourd’hui Pavillon des Sessions; qui fut construit en excroissance à la grande galerie et devait recevoir les chefs d’Etats étrangers (3); mais dans l’aile Denon regardant la cour Napoléon perpendiculairement à la Seine.

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 Montage anonyme  1859 (?)

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Salle des Etats avec le Trône Impérial  ( Première séance officielle le 7 février 1859 )


Cette grande salle recevait chaque année les séances législatives ainsi que des événements exceptionnels comme le banquet donné en l’honneur des généraux de l’armée d’Italie, le 14 aout 1859 ou la réceptionpar l'Empereur des résultats du Plébiscite de 1870.
 Sa taille et disposition intérieure pouvait rassembler plusieurs centaines de personnes. Un grand balcon soutenu par des colonnes cannelées courrait le long des murs dont les hautes fenêtres donnaient sur la cour des Ecuries avec son somptueux fer à cheval donnant sur le manège (aujourd’hui cour Lefuel) et la cour Sud (actuellement Visconti) .
D’une grande hauteur de plafond, la partie supérieur des fenêtres étaient surmontées d’une série d’oculi de grands diamètres laissant le plafond glisser vers les murs en un effet de coupole surprenant. La gigantesque peinture du plafond fut confié au peintre Charles-Louis Müller qui réalisa en un temps record une très grande allégorie qu’il peignit sur une série de grandes toiles installées sur les mezzanines du palais de L’Industrie, transformées en atelier mis à sa disposition en 1858.
Cette immense composition représentant «  la France Impériale protégeant les Arts, l’Industrie, les Sciences et la Religion. » était encadrées aux extrémités de la salle par le Triomphe des Empereurs Charlemagne et Napoléon Ier. Les photographes Edouard Baldus et Jean Pierre Lampué furent chargés de réaliser des clichés des peintures ainsi que du décor sculpté, le tout complété par une vue générale.
Baldus fut commandités pour suivre les travaux et constituer des archives iconographiques.

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 Porte Nord de la Salle des Etats -1859 Baldus. Toile en tympan de Ch-L Müller "Le triomphe de Charlemagne"


Les portes de la Salle des Etats étaient encadrées d' atlantes sculptés par Pierre-Jules Cavalier. Les photographies de Baldus sont les seuls témoignages de ces réalisations très remarquées pour leurs suaves nonchalances et dont nous n’avons pu trouver plus ample description.

 La IIIeme République se vit contrainte de réaffecter cette grande salle à l’usage du Musée du Louvre. De grandes transformations semblaient nécessaire à la présentation des collections de tableaux. Le plafond de Müller fut détruit et percé pour recevoir une verrière car l’éclairage naturel zénithal était la norme muséographique. Les décors rappelant l’Empire déchu furent détruit en 1886. Le réaménagement complet de la grande salle en galerie fit disparaitre jusqu’à son souvenir .…Les fenêtres furent bouchées, le balcon supprimé. Une large et lourde composition en corniche de staff fut édifiées. Reprenant le rythme des oculi, une série de  médaillons représentaient les grands peintres français classiques.

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Salle des Etats fermée au public pendant l'Occupation


Ce large entablement encadrant une verrière vint couronner les murs couverts de tableaux de Maitres jusqu’en 1950. L’arrivée des Noces de Cana provoqua une nouvelle transformation pour mettre le décor plus en conformité avec le gout du jour. Les sculptures et arches furent détruites et laissèrent place à une grande frise à la grecque alors que le bas des murs recevaient des lambris peint en faux marbre.  Le parquet en point de Hongrie fut changé pour une coupe à l’anglaise.

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Salle des Etats 1950


En 1966, la Joconde supplanta Véronèse. L’épuration se fit plus forte. La corniche et les lambris furent démontés. Le parquet redevint en point de Hongrie. Le minimalisme décoratif atteint son point culminant avec la disparition de tout ornement pour la réouverture en 2005 de la salle des Etats pensé par Lorenzo Piqueras. La Joconde est présentée sur un grand panneau autour duquel le flux des touristes s’articule. Les Noces de Cana sont accrochées en pendant avec deux passages latéraux. Une nouvelle verrière avec" led" lumière du jour augmentée d’une climatisation parachève le dispositif généreusement financé par la Nippon Télévision Network. La muséographie est la mise en avant des oeuvres en organisant la disparition des entourages.

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Salle des Etats restructurée.


 La salle des Etats n’est depuis longtemps connue que sous le titre de Salle des Peintures Italiennes pour les visiteurs d'aujourd'hui quant au Japon, elle s’appelle là-bas tout simplement la " Mona Lisa Room".

 

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Les pierres parlent. L’architecture écrase le temps humain d’une vie, pour toucher physiquement nos descendants qui avec l’oeil et la main nous retrouvent hors de la mort. Ils nous regardent et nous jugent à l’aulne de l’élévation de l’esprit d’une époque qui a su et voulu laisser une preuve tangible de son existence ou de son non-existence dans l’Histoire .

 

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Notes

1 - G.Poisson  in « Quand Napoléon III bâtissait le grand Louvre » / 1994 Revue du Souvenir Napoléonien N° 393

2 - in Ph.Seguin Louis Napoléon le Grand  Grasset 1990 page 181

3-  Une excroissance symétrique comportant un théâtre était prévue sur l’aile Marsan. Le projet ne fut jamais réalisé.

Les photographies sont tirées du dossier du musée du Louvre "Le photographe et l'architecte" RMN 1995 et

de l'excellent blog d'Andrew Cusack (andrewcusack.com).

 

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16 mars 2015

GATES OF PARADISE

 

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“Music is a language in which we can express our struggle with what it is to be a human being,”
Robert Fripp 2012  F.Times



Le terme de musique est actuellement utilisé de manière globalisante quasi holiste, regroupant toutes sortes de composants qui n’ont de points communs que le fait d’être du son. Des ondes vibratoires.
 La hiérarchie comme la différentiation ou discrimination dans le premier sens du terme, c’est à dire, effectuer une distinction n’a plus cours.

Il n’y a plus que de la « musique ». Pourtant dans les formes, il existe des catégories innombrables que le profane ne saurait déterminer par leurs appellations de spécialistes.
 Une grande catégorie est appelée « musique savante » ce qui n’est pas moins impressionnant que bon nombre d’appellation ayant des distinguo ésotériques comme le techno-groove ou la Raw house ou même le Jackin’house. La musique savante ou « dite savante » comme certaines précautions de langage la détermine, est le domaine complexe de la dite « musique contemporaine » par opposition aux musiques dites « populaires » et dites « traditionnelles » Mais les étiquettes sont changeantes, mouvantes et si le Jazz peut être classé en musique populaire, l’Art-Rock ne saurait être rangé comme certain le font, dans la musique savante, la confusion venant de la traduction anglaise pour musique savante en Art music.
La musique contemporaine est une grande inconnue. Des expériences dodécaphoniques atonales sérielles « bruitistes » , de  l'École de Vienne à l'IRCAM, des recherches électro acoustiques par les grands barons des années soixante, soixante-dix; la musique contemporaine à disparue de la lumière . Elle se retrouve confinée dans un cercle élitiste qui ne fait surface qu’à l’occasion de polémique telle celle suscitée par la conférence de Jérôme Ducros donnée au Collège de France en 2012 « L’atonalisme. Et après? » ( excellente conférence visible ici).


La révolution électro acoustique est passée, la musique concrète de Schaeffer et d'Henry donne Paris comme capitale historique. Le Gesang der Jünglinged ( chant des adolescents) de Karlheinz Stockhausen, première oeuvre électro-acoustique date de 1956 soit la préhistoire de la musique numérique d’aujourd’hui.
Le compositeur multi instrumentiste et virtuose Robert Fripp détermine par son génie musical une catégorie de musique savante particulière qu’il appelle "Soundscape" . Sorte de néologisme composé sur le modèle du landscape ( paysage).  Cette catégorie de musique savante se retrouve dans la musique électro-acoustique et numérique. Le « soundscape » ne doit pas être confondu avec les soundscapes ou « paysages sonores » qui sont une recherche d’écologie acoustique utilisant des combinaisons de son de la nature (les éléments et la faune) inventé par le canadien R.Murray Schafer.

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Robert Fripp


Le Soundscape de Robert Fripp est une méthode de composition qui utilise les possibilités numérique non seulement de création mais d’utilisation du son. L’élément fondamental de la musique est, nous dit Richard Millet ( Pour la Musique contemporaine  Fayard 2004) la combinaison de la spiritualité, de la consolation et de ce qui peut se traduire par « paysage » La musique suscite un abandon en nous même qui nous fait entrer dans une intimité absolue «  de sorte que, l’écoutant, nous pouvons dire que nous sommes écoutés par elle…Ce qui fait de nous un de ses éléments ».

Les compositions pour soliste sont habituellement réservées aux instruments « orchestraux » comme le piano et l’orgue. Olivier Messiaen n’eut sans doute pas imaginé qu’avec une nouvelle lutherie, la guitare puisse rejoindre ce cercle fermé et très périlleux des oeuvres pour instrument seul, comme celle de Michael Jarrell qui lui, isole des parties de clarinette ou d'alto. La guitare de Fripp est avant tout l’instrument servant à construire la composition qui s’enrichissant sur elle-même devient un orchestre par « boucles » successives et consécutives.
Les fameux Loops numériques où le son est enregistré à l’instant puis répété et diffusé en boucle avec reprise de micro-boucle en décalage sur l’instrument joué qui ne cessent d’enrichir la composition. Le son est capté par un ensemble de synthétiseur de traitement audio et rediffusé en réponse ou accompagnement avec la composition qui s’élabore par thèmes, utilisant l’improvisation maîtrisée. Musique complexe qui découle de l’ancien " Frippertronic" des années 1970 qui ont vu passer Robert Fripp de l’expérimentation pure à la création d'une oeuvre extrêmement originale.

 

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Le Frippertronics ( terme inventé par la poète Joanna Walton, compagne de Fripp à la fin des années 1970) est un système de retard analogique constitué de deux magnétophones à bandes situés côte à côte couplés avec une guitare électrique. Les deux machines sont configurées de sorte que la bande se déplace à partir de la bobine d'alimentation de la première, à la bobine d'enroulement de la seconde, permettant ainsi au son enregistré par la première machine de la reproduire après un certain temps sur le second. Le système se trouva de beaucoup amélioré par l'arrivée du numérique!

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New york 2010


J’eu la chance d’assister au concert donné au Winter Garden du Financial World trade Center de New York en décembre 2010.
 Se produisant seul sur scène, assis avec une guitare Les Paul modifiée, Robert Fripp n'est entouré que d'une console de réglage informatique. Le son de la guitare soliste commence seul. La facture, le touché, la tessiture de la guitare de Fripp est très particulière. Ce son est très reconnaissable dans les enregistrements auquel il a participé. Très coulante, la mélodie monte en cercle autour de vous, la guitare sonne comme un violoncelle, le son est acheminé vers un réseau d'unités de retard numériques comme le TC2290 TC d’Electronic. Les retardateurs numériques sont utilisés pour créer ces boucles audio de différentes longueurs de temps. La méthode commune étant qu'une unité serait utilisée pour créer une boucle complète, puis une autre unité pour créer une boucle différente. Ces boucles seraient ensuite combinées dans la sortie audio finale. Ce ne sont pas des procédés de studio, ce sont des performances, des moments uniques de créations instantanées sur une trame très élaborée, très pensée. Une cathédrale sonore liée à  sa volonté de recherche personnelle. Fripp fut ainsi amené à suivre pendant plusieurs années l’étude de l’oeuvre de Gurdjieff à l’"International Academy for Continuous Education" école fondé par l’ingénieur écrivain  John G. Bennet.

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Winter Garden New York 2010

La musique ainsi produite est envoûtante, elle semble tourner, monter autour de vous. Elle ne parait pas être diffusée d’une source unique. Son action est apaisante comme un choeur de Solesme pour progressivement sortir de vous, en mettant vos sens en léthargie pour ne faire scintiller que l’esprit.

En consultant ce lien vous pouvez non seulement vivre cette expérience soundscape mais aussi entendre Robert Fripp parler de ses compositions.

http://www.wnyc.org/robert-fripps-soundscapes-live-2010/


La production personnelle de Robert Fripp est extrêmement riche. Les enregistrements sont trop nombreux pour être cités. Le site Elephant Talk recense 171 albums en temps que soliste. Il existe aussi une très abondante discographie de participation à différents projets collectifs.  De 1981 à 1997, Robert Fripp publie plusieurs compositions majeures réalisées en studio et sur scène. Les publications postérieures seront en très grande majorité des enregistrements de concerts donnés aux États Unis, en Europe et au Japon.

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Nous pouvons citer "Let the Power Fall" en 1981 comportant des suites d’anticipation au Frippertronic intitulées 1985,1986 jusqu’à 1989. Saccadé et syncopé, le son se répète en boucles enivrantes  On y entend une sorte de langage en suite mélodique qui semble fait pour communiquer avec des entités extra-terrestres. Un méta langage non décrypté de sons couleurs semblant sortir du synthétiseur modulaire ARP 2500 utilisé par François Truffeau dans le film de Steven Spielberg « Close Encounters of the Third Kind » datant de 1977.

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Le très mystérieux opus intitulé «  A blessing of Tears » ( une bénédiction de larmes) de 1995 comporte outre le morceau éponyme mais aussi "The cathedral of Tears", puissante composition mettant l’âme aux bords des lèvres ainsi que la suite "Returning "  I ,II, III. Musique envoûtante qui submerge et coule, se déroule comme un serpent de chants aigus imprégnant fortement l’esprit.

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"Radiophonics" paru en 1995 sous-titré  "soundscapes in Argentina" s’ouvre sur une longue plainte appelée "Atmosphère" qui, en un crescendo dramatique de 11 minutes, développe une tension très angoissante.

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"That Which Passes" sortie en 1995 comporte deux compositions assez brutales. "The Leap" et "On Triumph" developpent des volutes de son évoluant en tenailles et s’écrasant sur nos tempes en exercent une pression remarquable sur l’occiput. Nous sommes aux antipodes de l"ambiant " Music .

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En 1997 parait le chef d’oeuvre que constitue "The Gates of Paradise" . The "Outer Darkness" s’ouvre sur un souffle comparable aux enregistrements des bruits de l’univers ramené par les sondes spatiales. Quatre parties intitulées de la même manière en alternance "Outer Darkness" et" Gates of Paradise" sont des soundscapes virtigineux qui s'apparentent  plus à des " spacescapes" par leurs beautés envoûtantes et mystérieuses de plaintes soufflées et de pureté sonore.

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Les" November Suite" sous-titrés "Live at the green park station" paru en 1997 sont un enregistrement d’une performance fait à Bath le 21 novembre 1996, dans une ancienne gare de chemin de fer . Par un temps glacial, Robert Fripp élabora une suite en différente plate-forme qui devait durer huit heures mais l’arrivée tardive des techniciens (David Singleton and Hugh O'Donnell ) écourta la performance qui se déroulait devant un public transi au devant duquel se trouvait Peter Hammill et Michael Gill. La suite magnifique fut condensée en un disque d’une heure de lente et puissante beauté formelle tournoyant dans un air glacé.

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L’enregistrement des" Pie Jesu" en 1997, est tourné vers une sorte mysticisme que sa pochette annonce en représentant un jésus de bois sculpté regardé aussi bien en crucifié  qu’en bon berger ouvrant les bras pour accueillir les pêcheurs égarés dans la nuit. Les titres comme "Abandonment to Divin Providence" ou "Sometimes God Hides" montrent dans une tension, dans une crispation très forte du son, les préoccupations spirituelles et métaphysiques du compositeur.

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Pour finir il faut évoquer le minimal "Glass and Breath" paru en 2007 et uniquement disponible sur la base de données d’Eléphant Talk « Verre et Souffle » est un exercice de tintinabulisme concentré. Sur une lente pluie de notes scintillantes et claires, voilà une longue méditation qui s’abîme en elle-même sans repère, pendant une heure. Pure et claire, l’écoute des trois mouvements est comme une lente dépossession de soi même pour atteindre un état ataraxique

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Dans ce choix loin d'être exhaustif, l'on se doit de mentionner le " Kan-Non-Power"  qui est un « bootleg » enregistré au TFM Hall de Tokyo en le 11 novembre 1992 contenant 17 morceaux extrêmement intéressants, très mélangés. Le disque s'ouvre sur " Sound  Scape" qui constitue avec  "Firescape" et "Urbanscape" un excellent trio de soundscapes très envoutants. Le titre "Kan-non-Power "est un mélange très convaincant de guitare acoustique et de soundscape, synthèse extrêmement entraînante, montrant dans une juxtaposition maitrisé les deux facettes du génie de Fripp.

Les morceaux comme "Yamanashi Blues", "Melrose Avenue" ou "Walk don't run " "Asturias" et le superbement classique "Contapunctus" nous renvoie vers la League of Crafty Guitarists . Ce sont des productions du maitre et d'élèves surdoués issus des cours donnés par Robert Fripp dans la Guitar Craft School qu'il a fondé en Virginie, hébergé par la "School for Continuous Education", l'école fondé par John G. Bennet, cité plus haut. `

Le cursus était constitué d'une série de cours de guitare ainsi que d'éveil de soi et de développement personnel.  Les étudiants se voyaient initiés à la nouvelle norme "Tuning" consistant en un jeu ergonomique avec positionnement des doigts et du médiator sans tension pour avoir un jeu très délié sans fatigue musculaire. Le jeu devait se faire de manière acoustique avec des cordes métal sur des guitares ayant une caisse acoustique en carbone très peu profonde donnant un son tout particulier comme celles de la série fabriquées par l'Ovation Guitar Company.


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En 2011, trois mille étudiants avaient terminés les cours. Les étudiants qui continuent à pratiquer le jeu de Guitar Craft ont été surnommés les "crafties". Le virtuose Trey Gunn et le California Guitar Trio, qui ont constitué Le Robert Fripp Quintette à cordes ont enregistrés plusieurs albums sous le nom de «Robert Fripp et la Ligue des Crafty Guitaristes"
Après 25 ans, le mouvement Guitar Craft a imposé sa présence dans les cercles les plus pointus du monde de la  guitare. Il propose toujours des cours d'initiation et des spectacles en Europe et aux Etats-Unis .  Les Cercles de Guitar Craft se rencontrent dans de nombreuses villes; en particulier, le Cercle de Seattle toujours très actif, qui se réunit pour des performances avec didacticiel et parraine aussi une école.

Robert Fripp devient par la résurgence de ses thèmes et l’ampleur de son travail depuis une quarantaine d’année un des compositeurs majeurs du début du vingt et unième siècle. L’ensemble de son oeuvre pourra être consultée sur le site internet Elephant talk qui recense toutes les publications en un catalogue d’oeuvres et de participations impressionnant avec, ce qui est très appréciable, la possibilité d’acheter les différents opus impossibles à trouver ailleurs. Les Soundscapes sont d’écoute confidentielle bien malheureusement .
La philharmonie de Paris propose actuellement une exposition sur David Bowie. La collaboration entre Brian Eno et Robert Fripp amena celui-ci à participer en 1977 à l’album de la période berlinoise de Bowie « Heroes » Les influences comme le son de la guitare de R.Fripp y sont très reconnaissables. Les cinq minutes du morceau intitulé «Moss Garden » sont une préfiguration des Soundscapes à venir.

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Robert Fripp 1967

Au mois d’août 2012, Robert Fripp annonçait sa retraite musicale au cours d’un interview au Financial Time. Il décide face aux innombrables difficultés de sa position d'auteur d’abandonner son statut de musicien professionnel, il s’en explique :
"Ce qui a changé en 40 ans? C'est très simple. Il y a quarante ans il y avait une économie de marché. Aujourd'hui, il y a une société de marché. Aujourd'hui, tout, l'éthique, y compris, a un prix."
Malgré son label indépendant dont la définition mise en exergue en résume la philosophie:
« Discipline Global Mobile (DGM) is a small, mobile, independent music company that aspires to Intelligence. »


La société DGM fondé en 1992 par Robert Fripp a pour but premier de mettre en contact permanent l’audience avec la musique et les musiciens avec leur audience pour préserver les intérêts de tous comme leur intégrité propre. C’est une réponse aux différents conflits rencontrés avec les sociétés de production et de diffusion comme Universals.
Mais heureusement comme les Alouettes qui ont leurs langues prises dans la gelée *, les décisions sont changeantes. Ainsi tourne le vent. Robert Fripp a mis fin à sa retraite annoncée ( et prématurée) pour revenir avec une nouvelle formation dont il est le nom:  King Crimson, la mythique formation, phoenix cramoisi qui se renouvelle sans cesse, n'ayant comme pivot, comme membre permanent que Robert Fripp . Après une tournée aux Etats-Unis couronnée par un nouvel album " Live at the Orpheum ". La nouvelle formation avec notamement Jakko Jakszyk en double guitare et chant, viendra en septembre prochain à Paris .
Une nouvelle formation avec trois batteries en avant scène, non pour interpréter des soundscapes méditatifs mais plutôt pour les quarante ans du Starless et de sa bible noire explosant ses riff ravageurs.

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*Lark's tongues in Aspic....

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23 novembre 2014

LE CREPULSCULE DE LA MARQUISE et le Neudeck Neue Schloss

 

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La vie au 25

La marquise reçoit deux jours par semaine et son salon concurrence celui de la Princesse Mathilde qui s’en offusque.

La « société » en étant presque la même….

 


Pourquoi le « Tout Paris » cette évanescente aristocratie littéraire et artistique, se presse-t-il aux diners de la Païva considérée par beaucoup comme scandaleuse et dont la Presse brocarde les dépenses excessives de son luxe tapageur?
Les frères Goncourt nous ont laissés des descriptions très défavorables. Ils n’ont pas de mot assez acerbes pour ces diners auxquels ils ont été conviés que très épisodiquement, cette «  dent dure » étant un procédé attirant mais réducteur qui fit , on le comprends, le succès de leur Journal.
 Mais l'attrait de ces diners rassemblant dix invités le vendredi puis vingt le dimanche, uniquement des hommes, vint par la qualité de l’assemblée alliée à une très bonne table dans un lieu à découvrir mais aussi par la personnalité de Thérèse Lachmann bientôt Blanche de Donnersmarck dite "La Païva".


Fréderic Lollié qui fut un habitué de ces soirées est assez flatteur dans ses écrits:
« La société parisienne n’avait pas de secret pour Mme de Païva, malgré qu’une grande partie de cette société suivit son cours en dehors d’elle. Instruite du sort de bien des gens, lisant les journaux d’importance, en trois ou quatre langue parcourant toutes les nouveautés littéraires d’une valeur égal à leur succès, enfin se faisant envoyer toutes les partitions des musiciens acclamés, elle étonnait son entourage par la sureté de son jugement et la diversité de ses informations. »   F.Lollié « La Païva La légende et l’Histoire de la Marquise de Païva » Tallendier 1920 Paris p.169

Personnalité hors du commun, la Marquise sut créer l’écrin pour sa cour ainsi que la renommée découlant d’elle.  Les diners du rez-de-chaussée de la place Saint Georges n’étaient que la préfiguration du Salon des Champs Elysées, où s’y affinant quelques fidèles, le bouche à oreille et la presse firent le reste. Le Comte Guido von Donnersmarck, nouvel alter ego d’une femme mariée, grâce à sa puissance financière participa grandement à cette élévation spectaculaire qui fit de la « Marquise » une personnalité en vue.

Le Comte fut décrit comme un jeune homme renfermé et peu affable. Sans doute trop timide et sans expérience, il fut attaché par une découverte de ses sens qui dans les bras d’une femme plus âgée et très expérimentée pu lui permettre de construire une fois marié et veuf, une deuxième existence avec la jeune Katherina Von Slepzow de trente deux ans sa cadette, dont il put ainsi par son expérience acquise la couvrir de « bijoux d’Impératrice ».

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Le jeune Comte acheta pour la marquise de Païva en 1857 le château de Ponchartrain, villégiature dans les Yvelines. Les serres du Château pourvoyaient l’Hôtel des Champs Elysées en légumes et fruits frais*, la cave était excellente . Les diners parisiens s’y nourrissaient. Les conversations étaient très orientées, les sujets « funèbres » ou « galants » étant proscrits seuls les arts et la littérature avaient droit de cité.

*« Un château royal nous donnait des raisins, des cerises et des pêches quand tombait la neige… » Houssaye  Confessions T5 Paris 1885 1891


La verve de Théophile Gautier, les saillies de Léon Gozlan , les propos d’Eugène Delacroix nous sont rapportés par Arsène Houssaye dans ses « Confessions » où il n’hésite pas à écrire :
« Mais l’art, la littérature, l’éternel féminin, éclataient sur la table, comme les topazes du vin de champagne, les perles du vin du Rhin et les rubis de tous les châteaux du Bordelais. Jamais les gens de lettres et les artistes n’avaient été plus royalement fêtés. »
Les invités et habitués avaient eux même le loisir d’inviter à leur tour des convives intéressants et intéressés, l’aréopage se constituait par cooptation et n’était pas réinvité les grincheux ou les ennuyeux «  La causerie à l’hôtel Païva était toujours étincelante, imprévue, ruisselant d’inouïsme. »

L’Inouïsme! voilà un beau néologisme pour décrire ces diners dont beaucoup en évoquait le luxe sans espoir d’y être convié. Le célèbre escalier d’onyx d’Algérie unique à Paris (et peut être, ailleurs aussi !) présente sur sa base un cartouche en lettres d’or qui stipule:

 «  Pulsat amica cohors, dodus ingeus pendit portas Inuita turra venit, caudite parva domus »  

Ce qui peut se traduire par l’élégante formule:  «  Si la foule des amis se présente, ouvre toutes grandes les portes de la vaste maison, mais si c’est la foule de importuns, entrebâille les portes de l’étroite demeure. »
  Quelque soit le statut social, la renommée ou la carrière politique, la Marquise ne recevait dit-on que ses « amis » ou les amis de ses amis. Nous sommes très loin du mauvais jeu de mot « Qui paye y va » !
Les convives se retrouvaient dans le grand salon en attendant l’apparition de la Païva. Ils pouvaient accéder au balcon dominant le jardin sur l’avenue. Cette ample balustre a disparue avec la sur-élévation de la terrasse.
Le physique de la Marquise a suscité de nombreux commentaires, ainsi de cette description très violente de Jules de Goncourt datant de 1867 :
 « La maîtresse de maison, je la regarde, je l'étudie. Une chair blanche, de beaux bras et de belles épaules se montrant par derrière jusqu'aux reins, et le roux des aisselles apparaissant sous le relâchement des épaulettes; de gros yeux ronds; un nez en poire avec un méplat kalmouck au bout, un nez aux ailes lourdes; la bouche sans inflexion, une ligne droite, couleur de fard, dans la figure toute blanche de poudre de riz. Là dedans des rides, que la lumière, dans ce blanc, fait paraître noires, et, de chaque côté de la bouche, un creux en forme de fer à cheval, qui se rejoint sous le menton qu'il coupe d'un grand pli de vieillesse. Une figure qui, sous le dessous d'une figure de courtisane encore en âge de son métier, a cent ans, et qui prend, par instants je ne sais quoi de terrible d'une morte fardée. »


 La Païva ne semblait pas aimer son image et il est souvent rapporté qu’elle dû se farder excessivement pour lutter contre un vieillissement précoce.
Elle n’avait pas le gout de la photographie ni des portraits. Les photos de la bibliothèque nationale montrant l’inscription « la Païva » sur une jolie jeune fille de trois quart, désigne Mona Païva une danseuse de 1925 qui n’a évidement rien à voir avec la Marquise.

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Mona Païva . Danseuse de cabaret d'avant guerre ( 1930)

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La courtisane Cora Pearl abusivement confondue avec la Marquise et Catherine Von Slepzow portant les bijoux de l'Impératrice achetés pour la Marquise.

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Photo retouchée colorisée. Une représentation couramment admise de la Marquise. Mais Portrait si laid et dénué d'intérêt qu'il aurait été préférable de ne pas le connaitre.

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Portrait attribué à Adolphe Menut.

Une autre photographie montrant une femme en pied avec une belle toilette prise presque de dos est souvent légendée Marquise de Païva mais rien ne vient l’authentifier.


Fédéric Lollié dit avoir « entrevu l’admirable tableau de Gérôme trop secrètement gardé »

Car si le portrait du Comte de Donnersmack, réalisé par Paul Baudry est connu et fut exposé à l'exposition «  Portrait du Siècle »  il n’en est pas de même pour le portrait de la Marquise réalisé par Jean-Léon Gérôme. Ce tableau dont aucune reproduction n’est connu fut emporté au château de Neudeck et disparu à jamais.
Une description très favorable à la Marquise a été faite par Lollié qui insiste sur les yeux intelligents « caressant tour à tour impérieux » , le buste « irréprochable dans ses contours » les bras et les épaules « magnifiques » et la voix acérée et mordante tout en concédant un profil légèrement sémitique! Le Senne qui n’est pas tendre car trop près des descriptions des Goncourt et mélangeant les périodes, n’omet pas de rappeler que la Marquise « grande, élancée la taille bien prise… portait admirablement la toilette ». Emile Le Senne « Madame de Païva » 1910 Paris


Les bijoux et les lustres se répondaient dans leurs éclats , la Païva fut évidement victime de cette obligation de réussite, de cette obligation de réceptions « mondaines »  où la verve, le brio, la chaleur étaient de mises. Mais des réunions entre amis place Saint Georges puis de l « inouïsme » des diners de l’hôtel des Champs Elysées à peine terminés dont la renommée fut nourrit pas les échos de presse, la Marquise vit son salon aller jusqu’à la monotonie d’une « institution » à bout de souffle après la chute de l’Empire .

L'ambiance très différente fut décrite par Monsieur de Villeflosse :   « Ferdinand bac, il y a dix ans me confiait que tout gamin, son parrain Arsène Houssaye, l’avait emmené diner dans cette salle à manger où la chère était aussi somptueuse que le décor. A sa grande surprise, il trouva sa place à côté de la Marquise et cette idole mûre  « guenon du pays de Nod, bête à sept cornes » disait Alexandre Dumas fils, chercha tout le temps du repas à planter son mince et haut talon sur le pied stupéfait de l’adolescent ».  
Le privilège ressenti par les invités s’était émoussés, la Marquise elle même avait « vieillie » et les invités se firent plus rares.
Le comte Guido ne fut jamais célébré comme un grand causeur, l’on disait de lui qu’il semblait se désintéresser des discussions et ne se départissait pas de son air sérieux de jeune homme pommadé et compassé.
La Marquise, si elle ne savait que trop facilement parler d’argent, fût tout d’abord "moderne et mécène" avant de se laisser prendre par le pouvoir des « affaires » politiques. C’est à ce titre qu’après la défaite de Sedan, elle oeuvra dans les cercles du pouvoir par des manoeuvres liées au statut de son mari qui fut nommé gouverneur d’Alsace et de Lorraine.
 Elle fut très utile par sa connaissance des milieux fortunés parisiens, pour le calcul et la négociation de l’indemnité de guerre, fixée à six milliards de francs. Profitant de la parenté du comte avec Bismarck et de son entregent auprès de Gambetta, elle voulut  négocier un rapprochement entre la France et l’Allemagne mais ne gagna que la position inconfortable d’espionne peu favorable après celle de courtisane. Elle dû sous la pression du gouvernement français quitter Paris pour sa retraite de Silésie en 1877.

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Jardin d'Hiver du 25 avenue des Champs Elysées.


Les cheminées nous l’avons vu ne flambaient que très rarement, les calorifères ne réchauffant que très peu, les invités pouvaient se plaindre du froid et notamment dans le « jardin d’Hiver » où se tenait après souper une collation sous la verrière. Extension sur la cour arrière, le jardin d’hiver n’existe plus actuellement. Seule son allée latérale subsiste profondément remaniée par les extensions des années vingt.
«  Dans la serre où l'on fume après dîner, on est gelé par des courants d'air venant de la couverture, ou étouffé par les bouffées de chaleur des bouches du calorifère. »  Journal des Goncourt 1868.


 Les Goncourt ont encore une fois la plume dévastatrice mais cela nous renseigne sur la «  circulation » des hôtes qui déposés sous le porche couvert accèdent en passant une «  porte de bronze, lourde majestueuse  » qui s’ouvre sur le vestibule; puis les invités entrant dans les salons où la Marquise se fait attendre, gagnent enfin la salle à manger avec la grande desserte d’ébène, les grands chandeliers et les grandes torchères d’argent. La table était somptueusement parée d’un service de Saxe au milieu duquel trônait ce fameux surtout de table dit « Surtout d’Ariane » oeuvre de Carrier Belleuse livré en mai 1867.
Représentant Ariane chevauchant une panthère, estimé d’une valeur de 800 mille francs de l’époque que l’on décrivait ainsi : «  Des néréides entrelacées se glissent au travers de la surface miroitante en offrant des mets délicats…une Ariane sensuelle se penche sur le dos de la panthère, en levant sa coupe » June Hargrove  1979 RMH

Ce surtout n’est connu que par des photographies de la Bibliothèque des Arts Décoratifs . Carrier Belleuse en fit une variante appelée « la version de Johan Dannecker » en 1805.

 « Après le café on s'assoit dans le petit jardin muré, aux dessins de verdure de tapisserie, pareil à un jardin de Pompéi, dans lequel arrivent, par bouffées sonores, la musique de Mabille, les quadrilles de la prostitution à pied, venant expirer aux pieds de la fille, qui se vante d'avoir par jour 1 000 francs de loyer à Paris et 1 000 de loyer à Pontchartrain.
Elle reste en ce jardin, presque nue, par le froid de la soirée qui nous gèle tous, dégageant autour d'elle la froideur d'un marbre, et manquant de l'éducation, de l'amabilité, de l'acquit, du tact, sans la douceur du charme, sans la caresse de la politesse, sans le liant de la femme, sans même l'excitant de la fille, et sotte tout le temps, mais jamais bête, et vous surprenant, à tout moment, par quelque réflexion empruntée à la vie pratique ou au secret des affaires, par des idées personnelles, par des axiomes qui semblent l'expérience de la Fortune, par une originalité sèche et antipathique qu'elle paraît tirer de sa religion, de sa race, des hauts et des bas prodigieux de son existence, des contrastes de son destin d'aventurière de l'amour. »
Jules et Edmond de Goncourt Journal 1867.
La charge est rude mais l’explication simple.
La Marquise par son parcours chaotique, par sa lutte acharnée, par son emprise personnelle et sa volonté inflexible de réussite matérielle était au delà de la sympathie, de l’affabilité.  Les grandes dames de l’aristocratie peuvent être aimables et avoir du tact, leur onctuosité est toute baignée du sentiment profond de leur supériorité naturelle, alors que la parvenue dans la lutte et la douleur sait son pouvoir en quelque sorte usurpé, illégitime profondément, donc, la garde ne se baisse jamais. Il n’y a pas de place pour la « caresse de la politesse » seule la réédition du subalterne permet la stabilité de la position.
La liste des invités les plus assidus déroule un panorama de la vie mondaine et intellectuelle: Théophile Gautier, Eugène Delacroix, Paul Baudry, Louis Léon Gérome, Emile de Girardin, Charles Augustin Sainte Beuve, Paul Lacroix, Hector Lefuel, Emile Augier, Paul de Saint Victor, Léon Gozlan, Arsène Houssaye, François Ponsard..etc
 Partagé entre plusieurs Salons dont celui de la comtesse de Loynse, Taine se fit excuser sous maints prétexte, quant à Renan, il fut connu pour toujours refuser les invitations.

La domesticité très nombreuse se devait d’un service irréprochable car les convives du vendredi étaient bien souvent ceux des mardis de la cousine de l’Empereur qui recevait rue de Courcelles. Lollié nous apprends que ces domestiques étaient « mieux payés que des chefs de bureau »! le Senne nous rapporte qu’un domestique servant à table s’était permis de sourire à l’énoncé d’un bon mot qui fit rire l’assemblé. Il fut sanctionné pour ce manque de détachement car il est impensable que le personnel puisse écouter les conversations. Ils pouvaient entendre sans avoir l’air de comprendre mais en aucun cas participer. Ce qui est le summum du professionnalisme.

Le personnel n’a pas laissé de souvenir écrit. Nous ne savons que peu de chose sur l’organisation de la maison. Le personnel dévolue à la Marquise devait être en surnombre car outre les parures, la toilette est restée dans les mémoires. Lollié nous rapporte que quatre femmes de chambre s’occupaient des bains de la Marquise qui prenait quatre bains de suite avec soit du lait, soit de l’eau parfumé au tilleul. Le Senne corrobore cette information en rapportant une lettre d’une femme de chambre qui explique qu’après les bains multiples et parfumés, la Païva se faisait énergiquement masser et frictionner de lait mélangé d’Alun et de citrons. Elle ne se plaignait jamais que se fut trop énergique et se raffermissait les chairs à l’air froid des fenêtres ouvertes.
Les cuisines et le jardins, les allées-venues incessantes entre Pontchartrain et le 25 devaient mobiliser un certain nombre d’homme. Les écuries pouvaient contenir neuf chevaux et six voitures à cheval comme le stipulait le prospectus de la première vente en 1893. Les remises et écuries étaient très spacieuses, il en existe partiellement encore derrière les nouvelles constructions d’après 1923 . Elles furent vendues séparément après la vente de 1902  et cela pour un prix aussi élevé que l’adjudication totale.

La fin du salon de l’avenue des Champs Elysées était prévisible à la chute de l’Empire, même si il y eu un renouveau certain vers 1872 avec la reprise des diners mondains. La grandeur était passée et les manoeuvres politiques n’arrangèrent rien, l’hôtel fut fermé d’abord par intermittence entre 1875 (date de la fin des travaux à Neudeck) et 1877 , puis définitivement avec le déménagement du Comte et de la Comtesse .
La façade fermée resta silencieuse, cloitrée et mystérieuse pendant 16 ans.

 

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Revues Les Modes 1922
Les Parisiens colportaient de nombreuses rumeurs, les courtisanes dont les histoires savoureuses se mélangeaient, fabriquaient malgré elles leurs légendes. La confusion augmentait les fantasmes comme le rapporte le journal « Les Modes » en décrivant la Marquise servie nue sur un plateau d’argent portée par quatre maitres d’hôtel lors d’un diner dans la grande salle à manger!

Confusion avec Cora Pearl * dit « le plat du jour » qui s’était présentée à son amant, nue sur un plateau, et se fit connaitre comme la « grande horizontale »!
* Emma Elisabeth Crouch 1835-1886 Maitresse du Duc de Morny et de Plon Plon !

 

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Neue Schloss
Le grand oeuvre oublié

La Marquise se retira dans son nouveau château de Neudeck en haute Silésie, aujourd’hui territoire Polonais.
Après la mort trop vite venue de Manguin en 1869 l’architecte privilégié de la Marquise devint le grand Hector Lefuel. L’architecte des grandes transformations du Louvre et témoin de leur mariage. Mariage tant attendu par la Marquise et le comte Henckel, qui ne fut célébré qu’en 1871, car la Marquise réussie après une longue procédure à faire casser et annuler son mariage avec le Marquis de Païva qui lui ne se suicida qu’en 1872, le 9 novembre précisément.
Les « jeunes » époux entreprirent la construction d’un nouveau « Schloss » sur les terres prolifiques du berceau familial Donnersmarck où ils possédaient 24 mille hectares de terre . L' ancien château remanié dans le style Tudor en 1840 n’eu plus l’heure de plaire , la Marquise voulu son nouveau domaine.
 La documentation est rare concernant la décision et la construction du nouveau château . Mais la Païva y imprima sa marque indélébile . Il n’est pas impossible que Manguin commença les travaux et les plans avant la guerre de 70. Mais sa mort prématuré laissa Lefuel reprendre le projet. Il est des similitudes du corps central du château avec une villa construite à Saint Maur par Manguin mais en l’absence de document rien n’est certain.
Le château de Lefuel est beaucoup plus qu’une folie, c’est de nouveau un coup de maitre, une recréation dans un style éclectique néo louis XIII à la Mansart. Lefuel comme Manguin avant lui, disposa de la fortune colossale du Comte pour réaliser une oeuvre complète et cohérente d’une dimension autrement gigantesque que l’Hôtel des Champs Elysées.  

 

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1935 ?


Présentant une grand façade majestueuse harpée de chaine de pierres blanches jouant avec la brique, le château s’ordonne autour de jardins pourvus de grandes statues de bronze encadrant des escaliers amenant vers des bassins dans un esprit rappelant manifestement le jardin des Tuileries.
Les fondations furent très difficiles à élaborer en raison d’un sol extrêmement meuble et humide doté d’une nappe phréatique très importante. Les techniques de drainage en usage pour les villes balnéaires durent être utilisées. Outre la consolidation classique avec empierrage, il fut enseveli 10 000 grumes de chênes recouvert d’une couche de plomb de près de 10 cm d’épaisseur pour stabiliser le sol !
 Hector Lefuel s’occupa de l’ensemble des travaux avec une équipe d’architecte et passa commande pour les aménagements et la décoration intérieure en étroite collaboration avec la Marquise.
Les jardins furent confié aux talentueux paysagistes Peter Joseph Lenne et son élève Gustav Meier.
Le château fut achevé en 1876 .
La Marquise s’y installa en 1877 …..y mourut le mardi 21 janvier 1884 à 16 heures.  

Ce fut sa dernière grande entreprise.

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1935 (?)

De nombreux artisans français et non des moindres, travaillèrent pour cette réalisation totalement ignorée en France.
 La maison Christofle exécuta de très importants éléments de décor intérieur. Les artisans français firent de nombreux séjour pour monter, ajuster ces réalisations , comme la rampe et balustrade de l’escalier de fer forgé et bronze orné de paons sculptés. Il ne fallut pas moins de 28 caisses arrivées en 1875 et deux spécialistes pour assembler le tout. (Mr Binder et Mr Beuriot, artisan de la Maison Christofle in Revue du Louvre Zgorniack 1989 N°1)


 Ernest Eugène Hiolle* sculpta une grande cheminée toute à fait extraordinaire présentant Diane allongée avec deux chasseurs en pendant sonnant de la trompe.
 Une grande partie du mobilier fut sans doute acheté à l’exposition universelle de Vienne en 1873 car suivant la notice rapportée à l’époque, le comte Henckel et H. Le Fuel auraient dépensés dans la section française plus de 300 mille francs.
Le déménagement du 25 avenue des Champs-Elysées certainement très important constitua un apport non négligeable. Il faut se souvenir que le grand lion héraldique de bronze, sculpté par Jacquemart, fut emmené en Silésie comme beaucoup d’oeuvres d’art de moindre formats, petits tableaux et mobilier.
L’architecte, peintre, ornemaniste Charles Rossigneux **fut chargé de la décoration peinte. Un temps sollicité pour réaliser le mausolée de la Marquise mais le projet fut finalement abandonné sans que l’on en sache les raisons. Il n’y a que très peu de documents connus concernant l’intérieur du château. Le fait pour les artisans français de travailler pour les prussiens n’avait évidement pas bonne presse durant les années de guerre et après la défaite de 70. La discrétion fut de rigueur d’où un manque de publicité organisé et donc de documentation restante.

*Ernest Eugène Hiolle (1834 1886 ) Prix de Rome1862 sculpteur cf: « Amérique du Nord » statue actuellement sur le Parvis du Musée d’Orsay Paris.

** Charles Rossigneux 1818-1907  Décorateur, a beaucoup collaboré avec la Maison Christofle.

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 Une description polonaise relate la présence de 99 chambres et 34 suites!  les grandes salles d’apparat comme le salon rouge, la grande bibliothèque, la salle de chasse contenaient de nombreuses tapisseries, mosaïques et compositions de Malachite ainsi que de grandes peintures murales. De nombreux tableaux importants furent répertoriés, ainsi de « la femme adultère » et d’un « Saint Thomas l’incrédule » de Murillo, une « Abigail » par Cranach l’ancien . Dans le bureau du comte, il existait une collection de portraits de famille par Franz Von Lenbach  ainsi qu’un Eugène Carrière dans la salle de musique!

L’étude attentive des rares photographies d’intérieurs montrent des éléments décoratifs que l’on peut rapprocher de l’Hôtel des Champs Elysées.

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Une des photographies présente une vue de la cheminée du salon. Chose extraordinaire! Trone devant la cheminée une table qui semble la réunion de deux consoles aux atlantes du grand salon parisien. Mêmes poses, mêmes drapés, l’esprit est en tout point semblable qu’il s’agit evidement d'autre chose que de copies mais une ré-interprétation, une déclinaison du travail de Manguin et de Carrier Belleuse dont nous avons vu que les quatre consoles disparues du grand salon de l’Hôtel des Champs Elysées sont actuellement et heureusement  réparties entre les musée d’Orsay, des Arts décoratifs  et le Museum de Toledo dans l’Ohio ainsi que dans une galerie privée.

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Une des Consoles aux atlantes in situ à Paris et l' exemplaire du Musée d'Orsay.

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Table aux Atlantes

Qui a réalisé cette « table aux Atlantes »? mystère. Etait ce un modèle unique ou existait-il une paire ?  Le travail est en tout point comparable et la conception si elle diffère semble bien une recréation du modèle de Manguin . La Marquise devait réellement regretter ses consoles qu'elle n'avait pu ou voulu emporter car scellées aux murs du grand salon parisien . Leurs disparitions ultérieures fut un vol caractérisé.

L’étude de la photographie du grand salon nous montre une cheminée avec de belle sculptures couchées ainsi que deux cariatides agenouillées. La masse de marbre de l’entablement reçoit un gigantesque vase se reflétant dans un grand miroir.

Nous pouvons remarquer qu’à l'exacte conception du style , les bronzes décoratifs en ajout sur l’architecture de marbre, cette cheminée est comparable aux grandes réalisations du 25 avenue des Champs Elysées. La filiation est évidente, la conception des figures féminines couchées avec leurs cariatides nous ramène aux cheminées de Carrier Belleuse comme à celle de Delaplanche. Qui fut l'auteur de ces figures couchées qui semblent de bronze doré ou argenté ?…. le marbre devait vraisemblablement être rouge, peut être comparable à un rouge des Pyrénées. De quel atelier les bronzes sont-ils issus….mystère. Les recherches sont à faire...


Le grand miroir est très innovant dans sa conception. En triptyque, il déborde de la cheminée pour parer l’intégralité du mur. Les montants de bois dorés sont élégamment terminés par des fougères-palmes qui s’intègrent dans une composition florale de palmiers très décoratifs. Cette conception de mur miroir débordant sera reprise dans les années 1970. Deux statues de faunes dansants, profitent de cette extension de miroirs, pour encadrer la cheminée qui se trouve par se stratagème deux fois plus monumentale. Les murs du salon sont tendus de tissu ou de papier incrustât. Les lambris et entre-murs dessinant de grands pilastres, sortes de parclose ainsi que les entre-poutres sont décorés sur fond clair de motifs géométriques peint d’un style néo-grecque. Les plafonds sont peints avec ce qui semble une myriade de pouti dans l’azur …. Les architecture des portes avec fronton à pan coupé sont très similaires avec ceux de Paris. Nous retrouvons aussi les paires d’angelots en rond de bosse encadrant les armes Donnermarck.  La Marquise semble avoir déclinée en crescendo son environnement parisien qu’elle aimait réellement . Nous sommes dans ce qui semble une « extension » de sa création de 1856.

 

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La grande salle  de « chasse » présente la grande cheminée d’Eugène Hiolle, Gigantesque morceau de bravoure avec au faîte une Diane couchée sur son cerf entourée de ses chiens. Voilà Anet ! voilà les sonneurs de trompe de la renommée !…en termes colossaux sortant du marbre blanc dont la base chantournée s’évase pour former de petites banquettes. Extraordinaires formes dont les courbes très modernes semblent annoncer l’art nouveau.
 Le foyer qui à la taille d’une porte double, semble surmonté d’un panneau de bronze rectangulaire, peut être une scène de chasse comme pour la cheminée de la salle à manger parisienne?
 Hiolle qui a travaillé pour l’Opéra Garnier , l’Hôtel de ville en autre, est un sculpteur connu et reconnu, mais rien dans sa biographie ne nous renseigne sur cette commande et son exécution.

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La salle de chasse apparait avec sa mezzanine surplombant la cheminée, d’une taille impressionnante, l’on aperçoit des trophées d’armes sur les lambris, des faisceaux de fusils à crosses orientales. Les murs sont recouverts de grandes peintures de chasse, l’on y distingue des cavaliers et des chiens ainsi que de grands arbres. Malheureusement, aucunes informations supplémentaires ne nous est encore parvenues concernant le ou les peintres ayant exécutés ce colossal travail.

Le mobilier devrait retenir notre attention. Les grands fauteuils Louis XIV aux accoudoirs en cou de cygne avec un piètement à balustres reliées par une entrejambe chantournée ressemblent terriblement à ceux présents sur les deux vues du salon des Champs-Elysées prises en 1893. Les appliques à branches multiples sont en tout point comparables également dans les différentes photographies à celles existant sur les documents parisiens.

 

salle à manger


La grande salle à manger, ou plus vraisemblablement salle de réception, salle de banquet parait bien vide. Une table ronde au lourd pied central isolée sur un tapis de grande taille n’est de toute évidence pas à sa place. Cette photographie ressemble à celles prises à Paris en 1893 dans un salon vide où les quelques fauteuils restant ont été disposés à la va vite le long des boiseries.
De quand date cette photographie et quelle fut l’histoire du château pendant les années du Reich Nazi? L’on sait cependant que pendant les préparatifs de l'invasion allemande de Pologne, le fils de Guido, Guido Otto Fürst Henckel von Donnersmarck a rencontré Oberstleutnant Erwin Lahousen de l’Abwehr (renseignements militaires) à Hochdorf le 11 Juin 1939 . Il offrit l'assistance de l'ensemble du personnel forestier de sa succession polonaise. L'offre fut acceptée. Mais ne nous ne savons rien de la vie du château pendant cette période.

 Le meuble à miroirs finissant la pièce est gigantesque. Surmonté des armes Donnersmarck l’on peut voir deux cariatides de part et d’autre de ce qui peut s’apparenter à une desserte. La partie basse présente une série de vases et candélabres avec deux étagères de grandes hauteurs portant des globes; le tout est très étonnant par son gigantisme.  Les grands lustres sont de même ampleur que leurs homologues du salon parisien.
La salle à manger a de quoi surprendre. Les peintures monumentales semblent imiter des tapisseries. Les paires de lévriers du plafond architecturé de disques moulurés  avec de curieuses retombées en forme de toupies, sorte de « sprinkler » géants, encadrés de peintures géométriques sont très particuliers pour ne pas dire extraordinaires.
Le Metropolitan Museum of Art à New York possède une collection d’aquarelles et de gouaches signées par Jules-Edmond-Charles Lachaise et Eugène-Pierre Gourdet, Deux architectes d’intérieurs de talent, très prisés par l'impératrice Eugénie. Ils ont créés de nombreux plafonds pour l'Opéra Comique à Paris, l'Hôtel de Pless à Berlin, l’ Hôtel Rothschild à Vienne, le palais du duc d'Albe à Madrid, le manoir anglais de l’impératrice Eugénie en exil ainsi que de nombreux décors dans des hôtels particuliers et des églises de Paris. Le musée possède trois aquarelles montrant les projets pour le château de Neudeck.

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Salle à Manger Neudeck- Aquarelle du Metropolitain Museum - New York -Lachaise /Gourdet 1880



Le bureau bibliothèque ne nous est connu que par deux photographies dont une montrant une cheminée qui semble être la réplique celle de la bibliothèque du 25 à Paris. De marbre noir avec quatre inclusions de lapis, des griffons et un motif central de venus alanguie….et deux cariatides, anges aux visages et poses similaires  dont les têtes sont peut être plus tournés vers l'intérieur du foyer. On peut aussi remarquer les mêmes petits écussons de bronze avec lions héraldiques aux extrémités du bandeau .

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Les deux cheminées : Neudeck et Champs Elysées, similitude troublante pour une réalisation considérée comme unique.

Une copie? une variante sur le même modèle! Nous ne savons pas qui est l’auteur des bronzes à Paris ,   attribué un temps à Dalou mais fortement contesté son biographe Dreyfous …les cheminées sont anonymes. Mais la Marquise disposait des dessins de Manguin et Lefuel fut le continuateur dirigé et inspiré car il est dit aussi bien par Houssaye que par Lollié que la Marquise voulut transporter pierre par pierre son hôtel lors de son exil!

 

bureau bibliothèque


Que voyons nous au dessus de la cheminée? Enchâssé en trumeau surmonté des armes de famille, un grand portrait de femme avec un long boa de fourrure ou de plume …et une cravache à la main. La pose est simple, de face . La tête légèrement penchée, élégante et détendue. Est ce le fameux portrait de Thérèse, Marquise de Païva, peint par Gérome? Le fameux et unique portrait que Lollié nous dit avoir vu? 

Où est ce Catherine von Slepzow la deuxième époux de Guido?  Cela semble plus probable et très ressemblant .

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Catherine Von Slepzow deuxième Comtesse de Donnersmarck

La Marquise fut remplacée après sa mort, non seulement par une jeune et nouvelle épouse mais par une descendance qui la marginalisa comme un épiphénomène dans la généalogie de la famille Donnersmarck.  Famille qui existe toujours et d’une manière publique, en la personne du réalisateur et scénariste, Florain Henckel von Donnersmarck.
( La vie des Autres « Oscar du meilleur film étranger 2007, The Tourist avec A.Jolie et J.Depp 2010.)

Par l’intermédiaire d’Hector Lefuel, la Marquise commanda à Emmanuel Fremiet les sculptures du parc.
Quatre groupes de sculptures de grandes tailles. Le cerf et l’ours, le cheval et la lionne, l’autruche et le serpent, le pélican et le poisson, réalisées et fondues en France, furent transportées en caisse pour être montées sur de hauts socles de pierre .

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Fremiet ne fit pas le voyage pour superviser l’installation. Ces réalisations très peu connues en France sont aujourd’hui des oeuvres extrêmement admirées en Pologne et comparables aux quatre groupes animaliers du jardin des Tuileries réalisés par Auguste-Nicolas Cain .

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 Emmanuel Frémiet  1824 1810

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Le château fut prit dans la tourmente de l’offensive Oder-vistule en 1945. Il fut dit-on saccagé par les troupes soviétiques qui l’occupèrent puis l’incendièrent . Mais certaines rumeurs attribuent aux communistes polonais l’incendie du « Neue Schloss » avant l’arrivé des Russes.
Il ne reste actuellement du château que les jardins avec leurs bassins et par miracle les grandes statues animalières de haute virtuosité de Fremiet ainsi que quelques sculptures de l’atelier de Theodor Kalide* de taille beaucoup plus modeste.

*Theodor Erdmann Kalide sculpteur allemand 1801 1863

 

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Le Kavalier Palace


Il ne reste pour se rendre compte de l’importance du bâtiment principal, comme du soin apporté à sa construction, que ce que l’on nomme la « Bachelor House » ou la « Kavalier Palace »   c’est à dire la grande dépendance du château construit de même style en 1903 et restauré intégralement. Les jardins sont très visités car la petite ville de Swierklanjec (l’ancien Neudeck) n’est qu’à 21 km de la ville de Kalowice.
Le château fut construit en Voïvodie de  Silésie située territoire Prussien,cette région passa en territoire polonais après 1919 mais resta toujours la propriété de Donnersmarck. En 1939  nouveau changement de frontière, la Silésie revient au Reich puis de nouveau à la Pologne en 1945 mais cette fois-ci la famille fut expropriée par la dictature communiste, ce qui mit fin à près de 300 ans de présence et d’action de la famille Donnersmarck dans cette région .

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1950 ?


Les ruines des deux châteaux Donnersmarck restèrent 17 ans comme de grandes carcasses fascinantes, battues par les vents hautaines et silencieuses.
Elles furent visitées comme des témoignages d’une grandeur passée entretenant le rêve d’un avenir possible .
 En 1957 les ruines sont classées Monuments Historiques par le conservateur régional. Les jardins ouverts à la visite sont une sorte de périple romantique qui rappelle les ruines du château de Saint Cloud prit dans la végétation, objet d’un but de promenades mélancoliques pour les parisiens.
Le ministère des Arts et de la Culture polonais décida le 20 décembre 1961 de la reconstruction du Neues (nouveau ) château appelé affectueusement par la population le « petit Versailles »
( Oberschlesisches Versailles) 

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Photo de colonie de vacances devant les ruines. Les cheminées existent toujours comme la grille d'entrée. (1950 ?)

Mais, soit considérant ces ruines comme un témoignage de la présence allemande à éradiquer ou soit comme une insulte au prolétariat dominant, le commandant de la Silésie passa outre. Le général Zietek ordonna la destruction des ruines et autorisa les syndicats des mineurs à utiliser les décombres pour leurs constructions sociales.
Les deux Châteaux de Neudeck furent scandaleusement rasés entre septembre et novembre 1962.

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Photo de 1956


 Il ne reste plus aucune trace de l’ancien château, fief des Donnersmack depuis 1623, son emplacement s’efface des mémoires alors que le  nouveau château de Lefuel reste présent par son absence visible sur la terrasse devant les jardins dessinés de parterres et de bassins . La grande poterne et sa grille ouvragée furent démontées et réemployées sans aucune autorisation officielle pour l’entrée du zoo de Katowice.

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Le personnel du chateau rassemblé devant la grille. 1910

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Zoo Chorzow


Quels trésors disparurent avec l’incendie? Le pillage est une façon de préserver les oeuvres. L’armée Rouge avec ses asiates délocalisés et ses commissaires politiques intransigeants semblent avoir tout détruit et cela malgré les commissions mises en place par Staline pour confisquer les biens de valeur allemand en guise de compensation pour les dommages de guerre infligés à l’Union soviétique.
  Les tableaux, notamment le portrait de Gérôme et peut-être les quatre toiles du grand salon des Champs Elysées; les meubles et les extraordinaires ouvrages de la maison Christofle; les mille souvenirs de la Marquise, à jamais perdus ainsi que le témoignage de l’excellence française en terre slave..
Le Polonais aujourd’hui profitent du parc et de ses allées aménagées avec escaliers de pierre, petit pont et parterres de fleurs. Ils déambulent admiratifs entre les grandes sculptures de Frémiet. Mais le joyau a disparu.
Remarquable par son ampleur et le soin apportée à sa réalisation, le château de Neudeck fut une extraordinaire entreprise, inconnue en France mais dont nombre de polonais gardent une tendre nostalgie. Il est encore actuellement des voix pour s’élever, pour réclamer la restitution in situ de la grille et son arche de pierre. Certains rêvent même d’une reconstruction !


La visite virtuelle existe Ici.


Visite virtuelle du Château de Neudeck

 

 

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 Grand bassin avec sculptures rappelant les jardins de l'Observatoire. Hommage à Carpeaux?

 

 

 

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11 septembre 2014

LES FEUX DE LA PAÏVA


 « Dans le salon énorme, dans la cheminée gigantesque, pas de feu, rien que la chaleur d'un calorifère qui s'allume.

La Païva n'aime pas le feu.

Elle arrive bientôt, ruisselante d'émeraudes sur la chair de ses épaules et de ses bras: «Ah! je suis encore un peu bleue… c'est que je viens de me faire coiffer par ma femme de chambre, les fenêtres toutes grandes ouvertes,» dit-elle. Cette femme est bâtie d'une manière toute spéciale. Par ce temps, elle vit dans l'eau et l'air glacés, à la façon d'une espèce de monstre boréal, inventé par la mythologie scandinave. »

Jules de Goncourt. "Journal des Goncourt" (Troisième volume).
3 janvier 1868

 

 



 

article supprimé

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11 mai 2014

L'AVANT GARDE DU CLERGYMAN

 

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Au delà des imperfections du temps, nous qui sommes habitués aux hautes définitions, les images sans paroles du moyen métrage de Germaine Dulac nous saisissent par la vitalité des sensations qu’elles provoquent. Le film « La coquille et le Clergyman » est un chef d’oeuvre qui par son absolu, son implacable démonstration écrase les écrits ayant pour technique de s’émanciper de la contrainte de la pensée ordonnée par la raison. L’écriture automatique utilisées dans les  tentatives surréalistes n’atteint pas la fulgurante des images du Clergyman courant à quatre pattes dans les rues ensoleillées d’une après midi d’hypnose ….mi ange mi bête, le désir crispant ses mains et ses traits, il se projette dans un avenir fantasmatique. Le voilà bientôt courant éperdument, les bras le long du corps comme une machine folle, il tétanise le spectateur qui face au choc inévitable de son désir contre l’objet de ses tourments, à savoir sa propre dévastation intérieure ou la transgression de l’impératif état de solitude nécessaire à sa sainteté recherchée se trouve projetée dans un désir érotique qui rejoint sa quête quasi mystique de l’acceptation de la vie jusque dans la mort….dut-il y affronter la mort morale avant la mort charnelle.

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Le film fut tourné en 1926 et projeté au studio des Ursulines en 1928 devant un aréopage surréaliste accompagnant Antonin Artaud auteur du scénario et dont la compagne, Génica Athanasiou tenait le rôle féminin . Le trio d’acteurs était composé de l’extraordinaire Alex Allin dans le rôle du Clergyman, de Lucien Bataille dans celui du Général / prêtre et de la jolie Guénica Athanasiou qui avait quitté Artaud un an avant la projection .

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Artaud récusa le film et la projection se fit dans un concert de cris et d’invectives, dans un brouhaha indescriptible provoqué d’une part par les partisans d’Artaud de l’autre par les critiques et spectateurs choqués, outrés par la première impression d’incohérence des images.
 En effet il faut avoir à l’esprit que « Le chien Andalou » de Bunel et Dali n’avait pas encore été tourné, pas plus que « l ‘Etoile de mer » de Man Ray. Seul l’irrésistible dadaïste « Entr’Act » de René Clair d'après un scénario de Picabia, avait pu être vu et cela par une minorité de ceux qui s’intéressait au cinéma à cette époque.

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 Antonin Artaud nous renseigne sur ses intentions: « J'ai cherché dans le scénario à réaliser cette idée de cinéma visuel où la psychologie même est dévorée par les actes. (...) Ce scénario recherche la vérité sombre de l'esprit, en des images issues uniquement d'elles-mêmes, et qui ne tirent pas leur sens de la situation où elles se développent mais d'une sorte de nécessité intérieure et puissante qui les projette dans la lumière d'une évidence sans recours. » in Cinéma et Réalité A.Artaud .


Germaine Dulac se réfugiant dans la technique nous explique à son tour : « Tout mon effort a été de rechercher dans l'action du scénario d'Antonin Artaud les points harmoniques, et de les relier entre eux par des rythmes étudiés et composés. Tel par exemple le début du film où chaque expression, chaque mouvement du clergyman sont mesurés selon le rythme des verres qui se brisent ; tel aussi la série des portes qui s'ouvrent et se referment, et aussi le nombre des images ordonnant le sens de ces portes qui se confondent en battements contrariés dans une mesure de 1 à 8. Il existe deux sortes de rythmes. Le rythme de l'image, et le rythme des images, c'est-à-dire qu'un geste doit avoir une longueur correspondant à la valeur harmonique de l'expression et dépendant du rythme qui précède ou qui suit : rythme dans l'image. Puis rythme des images : accord de plusieurs harmonies. Je puis dire que pas une image du Clergyman n'a été livrée au hasard. »  (in « Rythme et technique », FilmLiga, 1928.

 Artaud se senti plus dépassé que dépossédé, car il avait vu juste en parlant d’ une « évidence sans recours » car le propos, s’il est actuellement banalisé à l’extrême par les clichés psychanalytiques, n’en est pas moins très fort dans sa « visualisation ». La coquille géante de nacre étant le plateau naturel des désirs refoulés présentés comme un liquide noir inlassablement versé dans des carafons de cristal ayant la forme d’ex voto de virilité. Inlassablement remplis ces carafons se brisent en tas sur le sol, montrant ainsi l’impossibilité de l’accomplissement des désirs.

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La porte s’ouvre dans le dos du Clergyman affairé, entre alors le général avec son sabre, sa démarche et son envol stationnaire le désigne comme le gardien, l’empêcheur des désirs et fantasmes du Clergyman. Le sabre vibre et fait tomber la coquille. L’habit du clergyman est aussi une sorte de gardien qui par son excroissance surnaturelle deviendra comme des amarres empêchant le départ vers l’Ile de l’amour conquis.

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Il n’est pas de référence plus explicite magnifiquement trouvée par cet effet d’île tournant entre les mains crispées du clergyman. Ile qui se transforme en forteresse puis en galion sur les flots. La digue, la mer, les vagues et la fumée d’un vapeur sont les pendants des courses extatiques qui jalonnent le film.

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Course à quatre pattes dans les rues, courses dans les bois, le long d’un canal, dans les labours ..courses poursuites ou l’on ne sait plus qui poursuit l’autre par la succession volontairement équivoque des plans de coupe. Le clergyman comme la belle dame en déshabillé courent seuls comme en hypnose.
Les portes s’ouvrent avec une clé, les couloirs n’en finissent pas. Le sol est un échiquier géant que l’on retrouvera adapté dans la visualisation de l’inconscient des personnages de David Lynch .

 Face à son désir dans le confessionnal, le clergyman aura l'audace d’arracher le corsage de la pénitente pour tenter de s’emparer de cet insaisissable inconnu qui consume toute raison face à cette écharde dans la chair.

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La scène du corsage est emblématique de la focalisation des désirs. Le clergyman après avoir semblé tuer sa religion en lançant le prêtre à tête de général dans les flots, se saisi du corsage et l’arrache. Il tente de s’approprier par le toucher son désir toujours renouvelé et jamais comblé. Le coquillage d’or qu’il prend dans sa main n’est que la matérialisation de son désir en bijou précieux finissant dans les flammes de sa consomption .

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Une grande salle, un socle avec une boule noire dans laquelle se voit le visage du clergyman, est envahie par une foule de jeune fille en robe noires et tabliers blancs. Elles nettoient frottent et balaient en une chorégraphie sensuelle digne de Vanessa Beecroft. 

Une sorte de gouvernente arrête d'un geste impérieux le ballet des jeunes filles. Elles sortent. Des hommes entrent. La gouvernante n'est autre que la jolie femme désirée par le clergyman.

Nous sommes dans l'arrière monde de sa conscience parmi ses désirs et ses peurs, dans son ça.

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Le ballet de femme nettoyant la salle de l'inconcient du clergyman

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L'éclatement du bulbe protecteur libère les désirs pulsionnels du Moi.

Cette scène est extrêmement réussie par son mouvement, par l’ampleur de la disposition d’acteurs et figurants ainsi que par la beauté graphique du noir et blanc des costumes et des visages. Elle constitue une visualisation de la fabrique du désir émergeant des profondeurs du clergyman. Après les fumées, les gros plans sur l’eau, le bateau, l’ile et le visage du clergyman endormi, la pièce avec sa boule noire devient le lieu des commencements, des désirs d’une nouvelle existence avec la mise en place de son "mariage".

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 L'acephale en céphalophore

Le personnage sans tête descendant l’escalier dans le noir porte un gros paquet emballé. Cette boule de verre qui contient tout ses désirs et tourments, il la brise pour en extraire la grande coquille de nacre qu’il va boire comme une acceptation de sa rupture avec lui même. il ingurgite sa propre image qui se transforme en liquide noir. Il peut ainsi porter le prêtre à tête de général et le lancer au loin.

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Le lustre du bal tourne et se balance comme les couples sur la piste, le trône est la focalisation des désirs du clergyman . Parmi le stupre et l’abandon du bal, ou les corsages s’échancrent, il se dirige vers l’objet de son désir et de sa répulsion.

 

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 Présentant sa coquille puis menaçant de son "oiseau-coquille d’or" les convives et le couple, le clergyman se confronte à ses objets de convoitise et de crainte ; le couple assis disparait dans un « fading » laissant les trônes vides et le bal immobile. La femme en chemise de nuit de sacrifice, apparait sur le damier du couloir, elle a les cheveux dénoués, elle se tient prête à l’offrande dans une simplicité, une fragilité désarmante qui anihile le désir .

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L’ oiseau coquille d’or tombe et s’enflamme sur le sol, le désir perdu se lit dans les yeux fou du clergyman qui vient d’accéder à la frustration ultime en une danse épiléptique filmée par dessous, ce qui rappelle la danseuse sur plaque de verre d’ « Entre’Act » de René Clair tourné l’année précédente.
La course reprend, le clergyman les bras ouverts trottine plus qu’il ne court. La jeune femme tient le pan de sa combinaison blanche, elle à les cheveux noués et le gros plan de son corsage se distord. Le visage au regard provocateur et aguicheur de la femme apparait sur un fond noir, elle tire et coince entre ses lèvres une langue troublante. L’image se distord une nouvelle fois et la course reprend mais ils sont seuls et courent après un impossible qui semble s’excèder lui même. Les rôles se renversent, le désir de la femme qui se montre, vampirise le fantasme du clergyman.

 

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La langue perverse

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Le clergyman est suspendu à une corde dans un vide abyssal et noir... image coupure qui exprime son angoisse profonde. La course reprend dans un couloir ou une porte-grille s’ouvre lentement . C’est à reculons que le clergyman entre lentement pour aller se poster devant la boule de verre sur son socle. Il attire par de petits gestes du doigt, son invisible désir et doucement, lentement le caresse comme pour le câliner de ses mains puis soudainement saisir d’un mouvement brusque ce fantasme qu’il place dans la boule verre. Le visage de la femme y est enfermé comme son désir à jamais refoulé.

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La force et la beauté des images, le rythme et la poésie des séquences entrainent le spectateur non dans une visualisation d’un rêve mais le monde tourmenté des pulsions, du monde obscur du psychisme. La tentation de la transgression devient un désir en soi.  Lorsque l’objet de son fantasme semble prêt pour la transgression de son état, le clergymen s’effondre et rendre dans son surmoi, son état , en refoulant son désir. Le clergyman n’est pas spécialement ici, un clerc anglican mais une représentation de l’homme confronté à la lutte intérieure entre son surmoi et son ça, sa moralité, sa quête de « sainteté », sa vision de soi-même et une libido s’affranchissant de toute morale, le désir de possession de la femme impossible qui comme un succube le hante.

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le damier ancêtre des chevrons de la Twins Peak Red Room


« Ce scénario, La Coquille et Clergyman, n’est pas la reproduction d’un rêve, et ne doit pas être considéré comme tel. Je ne chercherai pas à en excuser l’incohérence apparente par l’échappatoire facile des rêves »  (A.Artaud Oeuvres complète Tome Trois  ) cité par G.Deleuze, in Cours de Cinéma 20 du 25/05/80.

Ainsi nous explique Artaud dans ses écrits, « incohérence apparente » il s’agit bien de cela en effet, mais il y a une « évidence sans recours » et Germaine Dulac l’a mise en scène avec un talent difficilement supportable pour lui qui avait refusé le rôle du clergyman.
Artaud déçu du théâtre espérait beaucoup du jeune cinéma mais après avoir écrit une dizaine de scénarios, aucun des ses projets ne vit le jour. Seul la Coquille et le clergyman fut tourné et cela grâce au talent de Germaine Dulac qui su tirer de l’impossible écriture une réalisation exceptionnelle.

Dans un article de 1933 intitulé «La vieillesse précoce du Cinéma »  Artaud règle son compte à cet art qu’il n’a pas pu, pas su saisir. «  Le monde cinématographique est un monde mort, illusoire et tronçonné. Le monde du cinéma est un monde clos, sans relation avec l'existence. »


Germaine Dulac a su lire au delà du texte d’Artaud et eu la prescience de ce que dira Georges Bataille:
« Il n’y a dans la tentation qu’un objet d’attraction d’ordre sexuel; l’élément mystique, qui arrête le religieux tenté, n’a plus en lui de « force actuelle » il joue dans la mesure où le religieux, fidèle à lui même, préfère la sauvegarde de l’équilibre acquis dans la vie mystique au délire où la tentation le fait glisser »

G.Bataille in « L’Erotisme » Edition de minuit .coll. Arguments.1957, page 261.

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G.Dulac


La polémique issue du chahut provoqué lors de la projection des Ursulines laissa Germaine Dulac sur les bancs oubliés de l’Histoire du Cinéma. Ce n’est que par la puissance de feu des surréalistes qui rejetèrent le film, allié à la colère d’Artaud que Germaine Dulac put être ainsi reléguée en dehors des cercles des créateurs en vue.
La carrière de Germaine Dulac fut néanmoins exemplaire, elle réalisa plus de trente courts et moyens métrages allant de 1915 à 1934 et sept longs métrages de 1919 à 1930. Elle fut la première cinéaste féministe, scénariste et productrice, très active dans la promotion des artistes auteurs et du Ciné club. L’arrivée du cinéma parlant l’éloigne de la réalisation, elle s’engage par ses écrits et ses soutiens dans le club des amis du septième Art avec Abel Gance et est co fondatrice et secrétaire du Club Français du Cinéma puis devient directrice adjointe des Actualités Gaumont jusqu’à sa mort, survenue suite à une crise cardiaque à l’âge de 60 ans en 1942.

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Madame Beudet


De ses réalisations nombreuses l’on peut mentionner comme un chef d’oeuvre « La souriante Madame Beudet » de 1923 qui est catalogué comme le premier film  « féministe ». Très expressif et dynamique, il montre les désarrois et désillusions d’une femme aux prises avec sa condition subalterne au sein d’un couple appartenant à la petite bourgeoisie.

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La fête Espagnole


« La fête Espagnole » réalisé en 1919 est aussi considéré aujourd’hui comme une des ses plus importantes réalisations. Le scénario fut écrit par Louis Delluc, qu’elle rencontra en 1917 et avec lequel elle eu une collaboration importante ce qui posa les bases d’une avant-garde expressionniste en France. La Fête espagnole, nous plonge déjà dans les tourments du désir en confrontant deux hommes dans une joute pour conquérir l’indécise Soledad, interprétée par Eve Francis, qui danse et s’enivre toute la nuit. Rythme et décors naturels, le propos n’est plus seulement narratif mais « exprime » les tourments, les états intérieurs des protagonistes entrainés par la fête utilisée ici comme parenthèse pour mettre au jour les fondamentaux des dominations et soumissions liés à la compétitivité sexuelle des mâles et au désir caché de la femme.

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Germaine Dulac semble aujourd’hui bien injustement oubliée. Elle réussie pourtant a ranger sous son nom ce qui est considéré comme le premier film impressionniste «  la fête espagnole » le premier film féministe « La souriante Madame Beudet » et le premier film surréaliste «  La coquille et le Clergyman »
L’ensemble de son oeuvre comme son rôle extrêmement actif dans la mise en place des structures corporatistes de la société des Artistes Auteurs ont été plus qu’important pour ce septième Art qui est une création française.
Germaine Dulac est aussi une théoricienne qui libère le cinéma de ses grands ainés que sont la littérature et le théâtre. Elle développe dans ses nombreux écrits, la volonté de faire du cinéma un art et une expression à part entière. Par l’avant garde, elle marie nouveautés techniques et expressions psychologiques des personnage pour que rythmes et sensations en fusion d’eux mêmes, élaborent une nouvelle esthétique rejoignant la vie elle-même. Ses écrits ont été rassemblés dans un ouvrage essentiel pour tous les cinéastes : Ecrits sur le cinéma (1919-1937) / Germaine Dulac; textes réunis et présentés par Prosper Hillairet, Paris, Ed. Paris Expérimental, 1994 .


Extrait du scénario d'Atonin Artaud:
“une succession de gros plans la tête du prêtre doucereuse, accueillante quand elle apparaît aux yeux de la femme, et rude, amère, terrible quand elle considère le clergyman. [… ] [Le clergyman] se retrouve au sommet d’une montagne; en surimpression à ses pieds, des entrelacements de fleuves et de plaines. […]  [Le clergyman] se jette sur [la femme] et lui arrache son corsage comme s’il voulait lacérer ses seins.  Mais ses seins sont remplacés par une carapace de coquillages.  Et arrache cette carapace et la brandit dans l’air où elle miroite.  Il la secoue frénétiquement dans l’air et la scène change et montre une salle de bal.  Des couples entrent; les uns mystérieusement et sur la pointe des pieds, les autres extrêmement affairés.  Les lampadaires semblent suivre les mouvements des couples.  Toutes les femmes sont court vêtues, étalent les jambes bombent la poitrine et ont les cheveux coupés. […] Des servants, des ménagères envahissent la pièce avec des balais et des seaux, se précipitent aux fenêtres.  De toutes parts, on frotte avec intensité, frénésie, passion.  Une sorte de gouvernante rigide, toute vêtue de noir, entre avec une bible dans la main et va s’installer à une fenêtre.  Quand on peut distinguer son visage on s’aperçoit que c’est toujours la même belle femme.  Dans un chemin dehors on voit un prêtre qui se hâte, et plus loin une jeune fille en costume de jardin avec une raquette de tennis.  Elle joue avec un jeune homme inconnu.”


 Antonin Artaud, Oeuvres Complètes, Tome III , Paris: Gallimard, 1970, pp. 26.-30.

 

la crispation du désir

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le général prêtre dans une image à la Personna.

 

Le film est visible ici dans son intégralité:

 

 

La Coquille et le Clergyman - Full Movie with Synchronicity Soundtrack by Immara

 

 Germaine Dulac  1882 - 1942

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29 mars 2014

DELENDA ALEXANDRIA ou les larmes d'Egypte.

 

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« Vois-tu le Monde qui s’écroule sous tes pieds ?
   Vois-tu les rides de tes pères comblées par la poussière?
    L’homme n’est plus, les Hordes sont là. »


La villa Aghion n’existe plus. Elle a été rasée en janvier dernier par des bulldozers dont les chenilles ont éventré la terre des jardins subsistants et comblés les derniers bassins. Les briques et brisures armés de longue tiges de métal sont concassés et chargés dans des camions, la poussière de béton recouvre tous les alentours qui eux mêmes en béton brut ne dépareillent pas dans ce gris uniforme, sale et triste, même sous le soleil d’Egypte.

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Février 2014  photos Save Alex.

 

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Février 2014

Alexandrie était une oasis de cosmopolitisme où la diversité des langues et des cultures avaient imprimé une architecture particulière .

La villa Aghion datait de 1927. C’était une villa Perret. On dit Perret comme on dit un Renoir ou un Matisse. Leurs constructions sont inscrites au patrimoine de l’UNESCO.
 Auguste et Gustave Perret, les grands Perret du Théâtre des Champs Elysées, de Notre Dame du Raincy, du Havre, de l'hotel Lange place de la Porte de Passy ou même des usines d’Horlogerie Dodane de Besançon, longtemps controversés sont enfin célébrés à leur juste place dans le panthéon international des créateurs.

La villa d’Aghion maison d’architecte construite pour un architecte était un manifeste.

Si, en 1926 Gustave Aghion, architecte de la haute bourgeoisie juive d’Alexandrie, demande à Auguste Perret de lui concevoir une villa dans le quartier huppé de Wabour el-Maya c’est qu’il ne doute pas des qualités progressistes de cette « nouvelle » architecture. Il donne ainsi l’occasion aux Perret de mettre en pratique leurs théories et visions esthétiques créant ainsi les nouvelles formes d’un classicisme retrouvé dans une modernité active.
La villa présentait de nombreuses caractéristiques d’une recherche de langage de forme que l’on peut voir comme un aboutissement dans la réalisation de l’actuel Conseil Economique et Social, place Iéna à Paris.  La rotonde sur jardin avec colonnes encadrées de claustras en est le premier détail facilement reconnaissable puis l’utilisation du béton rugueux donnant une matière en contraste avec des parties lisses exprime un soucis d’esthétisme, de fonctionnalisme et d’arts décoratifs qui ne se démentira pas. La maison était entourée de jardins et de fontaines, c’était un oasis de fraicheur et d’ombre jouant sur des façades de briques traditionnelles enchâssées dans des cadres de soutènement en béton. Ce qui donnait un caractère extrêmement moderne, épuré tout en garantissant un charme serein de bonheur de vivre.
La villa était classée et devait être protégée, elle appartenait en effet à la liste égyptienne des bâtiments remarquables à sauvegarder par la Loi 144.

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Facade d'Entrée

Depuis le départ plus que précipité de la famille Aghion  ( ainsi que de la plus part des juifs et syrio-libanais d’Egypte qui furent  chassés par G.A. Nasser en 1956) la villa ne fut plus entretenue.
Les volets constamment fermés, vide et délaissée, la villa ne vivait plus. Le jardin fut concédé petit à petit à la ville qui par son énorme augmentation de population voit la disparition des espaces verts au profit d’immeubles géants d’habitation de plus en plus nombreux.

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Plan de l'implantation au sol  et du jardin.


Comme le soulignait excellemment Cléa Daridan dans un article de la Tribune de L’Art en 2009
La villa «  est bâtie sur un terrain rectangulaire, les frères Perret réalisant le bâtiment, le jardin et le mobilier de la salle à manger. Si la référence à Palladio paraît certaine par l’utilisation d’un plan centré à trois travées ou du hall central ouvert sur deux niveaux, de même les ferronneries à motifs de lotus peuvent-elles être lues comme le rappel d’un motif architectural égyptien récurrent. Les palmettes seront également reprises durant les années trente, nous permettant de lire dans cette utilisation un usage précurseur. Le remplissage est assuré par l’usage d’un béton armé sans enduit et par des briques égyptiennes différemment appareillées suivant les façades. Les jeux de bichromie et de relief tendent à créer des effets entre les bandes lisses et saillantes de la structure. Concernant le plan de l’édifice, sa relative asymétrie tend à intriguer. Tandis que les pièces principales sont symétriques et en enfilade, les pièces de service présentent des liaisons verticales conditionnées par les mesures et les formes fonctionnelles. Deux escaliers mènent depuis le jardin à un hall semi-circulaire couronné d’une demi rotonde en béton, en saillie côté jardin et habillée de cinq panneaux de claustra triangulaire en ciment armé. Les claustras triangulaires, voués à servir de brise soleil et qui rencontreront par la suite une grande postérité dans l’oeuvre des Perret, trouvent ici leurs première occurrence. »

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Les coups de peleuteuse de 2009


Cléa Deridan appelait en 2009 à la sauvegarde de la villa car la façade sur jardin avait été à ce moment là, honteusement attaquée à la pelleteuse, la coupole était à moitié effondrée et son sort semblait scellée. Car prétextant un état fragilisé, dangereux, une procédure de déclassement avait été entreprise pour la démolir. La mobilisation fut forte et l’intervention du préfet pu geler les travaux pendant quelque temps .
Mais la position des propriétaires de maisons historiques est difficile. N’ayant aucune aide gouvernementale et ne pouvant louer à des tarifs réévalués, ils sont extrêmement sollicités par des promoteurs . Le mètre carré valant de l’or, ils ne peuvent qu'être tenté par l’immense profit qu’ils pourraient obtenir en démolissant leur ruines pour faire construire des immeubles à fort rapport .
Ainsi que l’explique l’actuel propriétaire de la villa Aghion, Mohamed Hosni Hamed interrogé par un journaliste du Guardian :
« Pourquoi devrais je la rénover?, quand c’est une ruine et qu’il n’y a aucun intérêt à en tirer? » « Nous voulions la garder et en faire quelque chose pour les touristes mais personne ne s’y intéresse"

Omnia Hamed son épouse renchérit en expliquent que tout était légal et qu’ils avaient attendu 14 ans pour avoir l’autorisation de destruction : « Nous aurions pu la démolir en 2011 pendant la vacance de l’administration après la Révolution, Nous n’aurions pas eu tout ces problèmes maintenant, mais nous voulions faire les choses légalement »

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Facade nord avec immeuble mitoyen construit sur le jardin .


En cinq ans, Alexandrie a vu plus de 35 sites remarquables démolis. Une vingtaine de propriétés ont été déclassées récemment et leur sort terriblement fragilisé et cela dans toute l’Egypte, en témoigne les menaces de démolition de la célèbre Villa Fernande de Port Saïd, évoquée dans un article précédent ( les Perles du Canal).
Alexandrie a encore une synagogue, une cathédrale…..de belles villas historiques, mais pour combien de temps?

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Villa Ambon


Il en est ainsi de la villa Ambon, longtemps occupée par Lawrence Durell et sa femme qui l’inspira pour le personnage de Justine, l’héroïne du "Quator d’Alexandrie".
La villa Ambon, dans un état déplorable, sera prochainement détruite comme le confirme son actuel propriétaire, Mr Abdelaziz Ahmed Abdelaziz qui acheta la villa en 1996. « Bien qu’ayant l’autorisation je n’ai pas encore détruit la maison, car je veux garder la mémoire de Lawrence Durell » « Mais j’ai attendu 15 ans et je ne suis plus capable d’attendre bien longtemps, elle sera donc démolie dans le début de l’année 2014 si je n’ai pas de réponse… »
Réponse à son désir de voir la maison achetée un bon prix par une quelconque association de conservation!

Il ne peut la vendre donc préfère la démolir pour construire des logements. La ville dévore ses plus beaux enfants.

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Lawrence Durell avait son cabinet d'écriture dans la fameuse tour octogonale.

Il faut préciser que ce bon Abdelaziz Ahmed Abdelaziz a déjà fait construire deux immeubles d’appartements dans les jardins de la villa qui est un dépotoir.

 

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Alexandrie  luxe et ordonnance

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Les travaux vont bon train à Alexandrie, ainsi les célèbres pignons en coupole de l’Hôtel Majestic ont déjà disparus pour la surélévation du bâtiment qui s’en trouve totalement défiguré. Le fait que le célèbre E.M. Forster y ait habité ne changea rien aux choses.

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Destruction des coupoles en cour de réalisation puis surélévation inachevée.

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Une association pour la préservation de « L’Héritage Cosmopolite d’Alexandrie » dirigé par Zahraa Awad existe bien, mais est malheureusement impuissante devant ces phénomènes récurrent de destructions barbares et inutiles.
Car faut-il préciser, n’ayant aucun permis de construire, les travaux de l’Hotel Majestic furent arrêtés sans espoir de voir restituer ce qui faisait l’essence même du bâtiment. Pauvre Alexandrie!
De nombreuses manifestations contre ce vandalisme débridé eurent lieu grâce à une association très active la « Save Alexandria Heritage » couramment appelé la Save Alex association, mais ces actions sont évidement de portées limitées face à l’ampleur des problèmes politiques et sociaux d’une Egypte en pleine révolution.

L’association assez active est dirigée par Le Dr Adel Dessuki qui anime aussi un blog  « The Wall of Alex » extrêmement intéressant, tout du moins pour ses terribles photos car entièrement rédigé en arabe. Un autre site, Egypt Diaries, élaboré par « des égyptiens normaux qui aiment et se préoccupent du riche héritage comme de l’Histoire de leur pays » alerte l’opinion sur le scandale des ces démolitions sauvages.
Nous pouvons y voir l’immense chantier en oeuvre dont la petite partie que peut constituer la villa Aghion ne nous est parvenu qu’extrêmement assourdi et cela uniquement parce que les frères Perret sont français bien que natifs de Bruxelles.
L’Egypte a vu sa population plus que doubler dans le siècle : 9,7 millions en 1900, 28 millions en 1960, 83 millions en 2012.
Comment construire dans une terre si contrainte par le désert avec un climat si torride, une sécheresse récurrente?

A lire pour connaitre l'étendue du problème : l'Urbanisation non réglementaire en Egypte / Université Lyon / Institut d'Etude Politues de Lyon 2011

Fallait il écouter le grand architecte égyptien Hassan Fathy?

 

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 H. Fathy 1900- †1989


Architecte de génie né à Alexandrie, qui a su par sa connaissance des constructions traditionnelles de Nubie dont il est originaire, imaginer une architecture faite de matériaux nobles et peu couteux en auto régulation thermique adapté aux canicules d’Egypte.

« Construire avec le peuple » (La Bibliothèque arabe Ed. Jérôme Martineau 1970 ) lui assure une reconnaissance internationale.
Hassan Fathy réalise des bâtiment fortement ancrés dans les traditions autochtones pour mieux les dépasser; il utilise des anciennes techniques de constructions locales et ancestrales qu'il adapte aux contraintes modernes et aux besoins nouveaux de la vie contemporaine. Dès 1930, il utilise les briques de terre, facilement réalisable par les fellahs et pense l’organisation de la maison en utilisant les ouvertures facilitant la captation des courants d’air qui assure une auto régulation de la température avec le jeu des fontaines intérieures et les fosses à froid. Pourquoi tant de barres d’immeubles en acier ou béton dans lesquelles on étouffe sans climatisation?

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Le village de Gourna el Gedida est une réalisation exemplaire d’architecture pensée et élaborée suivant cette authentique tradition des pays chaud que l’on peux découvrir de la Perse jusqu’en Syrie.
Hassan Fathy diplômé de l'école polytechnique de l'Université du Caire, est devenu un des architectes les plus marquants de sa génération. Il a montré preuve à l’appui qu'il est possible de construire pour les pauvres et aussi de leur enseigner les bases perdues des techniques traditionnelles pour construire par et pour eux-mêmes.
Mais, il a aussi réalisé de grandes maisons pour la haute bourgeoisie du Caire comme de véritables Palais en Arabie Saoudite tel le mystérieux Palais Tabouk dont aucune photos n'existe mais dont la documentation complète ainsi que les plans d'exécution se trouvent dans ses archives.

Spécialiste de l'architecture Ottomane et Mamelouk, Hassan Fathy, homme de grande culture classique, violoniste, spécialiste de Brahms à su retrouver les fondements d'une architecture nationale en dessinant lui même, des plans de maisons très élaborées qui avaient vocation à devenir des maisons praticiennes. Il réalise  toujours avec le souci de la thermo-régulation traditionnelle malheureusement complétement tombée en désuétude.

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Le "Malkaaf" ou la tour des vents est un procédé  de captation des courants d'air que l'on retrouve jusqu'en Perse sous le nom de "Bakdir". Une circulation de l'air qui se rafraichit au contact d'amphores disposées astucieusement ainsi que des fontaines intérieures. Une ouverture au septentrion capte les vents, l'air circule se rafraichit, descend dans les cours avec bassins d'eau puis se réchauffe et remonte dans la "Chour Chira" ou l'air chaud s'échappe. La maison traditionnelle écologue des pays de canicule se compose très généralement du Ka'a, ou grand salon à coupole, avec deux Iwans, (divans ou petits salons), puis le "Taktabouch" ou grande galerie, généralement surélévée mais toujours couverte avec des ouvertures aux extrémités..

Le village de  Gournah, situé sur la nécropole Thébaine sur la rive ouest de Louxor, vivait depuis des années du pillage des tombes des nobles du Nouvel Empire sur lesquel le village était construit. La situation ne pouvant perdurer. En 1950, Le nouveau Gournah sera créé de toutes pièces par Hassan Fathy pour reloger les habitants expropriés. Bâti en terre selon les conceptions d'économie, d'ergonomie et d'écologie avant la lettre, Le village est extraordinaire avec de somptueuses réussites conceptuelles comme la mosquée ou la place du théatre .

 

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Mais Gourna est une réussite qui malheureusement n’a pas pu être entièrement achevée car l’administration tatillonne et les lourdeurs bureaucratiques en ont eu raison. Les habitants s'y sont d'ailleurs prêtés de mauvaise grace et ce patrimoine n'a pas été entretenu . L'ancien village de Gournah, composé de plusieurs hameaux fut rasé petit à petit depuis 2006, la fin du chantier était prévu pour 2012 par décision du Ministère des Antiquités Nationales.
Comme pour les témoignages de l’architecture dite "coloniale » (bien que l’Egypte n’ai jamais été une colonie ), les réalisations historiques d’H.Fathy sont très négligées si ce n’est complétément ignorées par les autorités et la préservation du patrimoine. Le plus grand architecte égyptien de la période moderne voit, de son vivant, son oeuvre moquée et marginalisée. Il en gardera beaucoup d’amertume. Heureusement, il y semble avoir actuellement une prise de conscience pour entretenir, restaurer au moins les traces de son travail car évidement, il n’est pas question d’imaginer adapter sa pensée aux besoins immenses de logements sociaux dans cette actualité si cruelle de la nouvelle Egypte .

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Place de Gournah


L’association « Save the heritage of Hassan Fathy » écrit :
« L'Association Save the Heritage of Hassan Fathy s'est rendue à Nouveau Gourna à la fin de décembre 2011. Malheureusement la situation générale du village s'est rapidement et gravement détériorée durant l'année. Trois maisons ont encore été détruites. La maison de Hassan Fathy est sur le point de s'écrouler, le contrefort soutenant l'un de ses murs de façades et le dôme de la qa'a étant maintenant réduit à un tas de pierres. Par ailleurs les nouveaux intervenants et propriétaires locaux ont réalisé des interventions de Disneylandisation très regrettables. Ce phénomène de gentrification ne respecte aucunement l'esprit du travail original de Hassan Fathy et ce sont encore deux maisons qui ont été totalement dénaturées. Il ne suffit pas de construire en briques de terre crue pour avoir compris l'intérêt et la philosophie de ce village unique au monde dont les plus pauvres pendant longtemps n'ont pas voulu et que les plus riches maintenant pervertissent.
L'Association Save the heritage of Hassan Fathy réitère ses appels à la communauté internationale et aux experts égyptiens avisés pour la sauvegarde et la restauration dans LES REGLES DE L'ART du village modèle qui a impressionné le monde entier et qui est un patrimoine mondial. »


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le village de New Gournah aujourd'hui


Hassan Fathy dans "Construire avec le peuple":

« Il faut commencer par le tout début, et faire naître vos constructions de la vie quotidienne des gens qui vivront là, façonnant vos maisons au rythme de leurs chants, tissant pour ainsi dire la trame du village sur ses activités, attentif aux arbres, aux récoltes qui pousseront là,respectueux de la ligne d’horizon et humble devant les saisons. »
« L’alcôve à voûte (iwan) comprend un lit encastré, avec un espace pour un rangement dessous et une forme en cuvette pour empêcher les scorpions de monter dans le lit. »
Thierry Paquot dans la Revue d’Histoire critique nous explique « Quant au plan du village, il faut le prémunir du plan géométrique orthogonal qui s’impose partout, éviter d’aligner les maisons le long d’une route droite et au contraire les rassembler autour d’une place qu’on atteint par des rues sinueuses qui nourrissent le sentiment d’intimité. La place conduit à la mosquée, et autour s’installent les boutiques et les ateliers des artisans. On peut aussi y trouver le théâtre, le hamam, l’église copte et les écoles. «
« dans une école, c’est l’âme de l’enfant qui va grandir, et le bâtiment doit l’inciter à prendre son essor, non la comprimer comme une chaussure chinoise»

Hassan Fathy  « Construire avec le peuple »

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« Comment pouvons-nous aller de l'architecte-constructeur de système vers le système architecte auto-constructeur ? Un homme ne peut pas construire une maison, mais dix hommes peuvent construire dix maisons très facilement, même une centaine de maisons. Nous devons soumettre la technologie et la science à l'économie des pauvres et des sans argent. Nous devons ajouter le facteur esthétique. »


Hassan Fathy, Discours d'acceptation du prix Nobel alternatif, le 9 décembre 1982

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La voute nubienne ou le dépouillement cistercien.

En conclusion pour ceux qui se nourrissent d'espoirs voici un dernier article à lire ....qu'il m'est difficile de commenter:

La Poste du Louvre 2014

 

 

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08 février 2014

26 PIAZZA DI SPAGNA

 

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This living hand, now warm and capable
of earnest grasping, would, if it were cold
and in the icy silence of the tomb,
So haunt thy days and chill thy dreaming nights
That thou wouldst wish thine own heart dry of blood
So in my veins red life might stream again
And thou be conscience-calm’d, see here it is,
I hold it towards you.

Ma main que voici vivante, chaude et capable
d’étreindre passionnément, viendrait, si elle était raidie
Et emprisonnée au silence glacial du tombeau,
A ce point hanter tes jours et transir tes rêves de tes nuits,
Que tu voudrais pouvoir exprimer de ton propre coeur
jusqu’à la dernière goutte de sang
Pour que dans mes veines le flot rouge fasse de nouveau couler la vie
et que ta conscience s’apaise. Regarde; la voici,
Je la tends vers toi

Hiver 1819 1820

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« Ceci est du sang de ma bouche… »
Après l’avoir examiné très attentivement, il me regarda et dit avec un calme que je n’oublierai pas
« Je connais la couleur de ce sang, c’est un sang artériel…. je vais mourir »

John Keats accompagné de son ami Charles Brown voyageant à l’extérieur de la diligence qui les ramenaient de Londres à Hampstead ou ils résidaient, se senti fébrile et fiévreux.
 En se couchant dans les draps glacés de son lit, il toussa légèrement et cracha dans son mouchoir.

Browns entendit Keats lui dire «  Ceci est du sang de ma bouche…. » puis quelques heures après il fut pris de violentes quintes hémorragiques.
Il avait reconnu le mal qui emporta sa mère puis son jeune frère à l’âge de dix neuf ans.
La tuberculose.
En septembre 1818, au chevet de son frère Tom, effondré par son agonie, Keats composa son long poème Hypérion.En mars 1820, il sait qu’il va mourir.
Il est encore largement inconnu et semble avoir échoué à faire une oeuvre de poète. Les médecins consultés, comme son entourage lui conseille vivement de partir vers les cieux plus cléments de l’Italie.
 Le coeur brisé, il abandonne sa soeur et celle qu’il aime d’un amour entier, Fanny Brawne, à qui il annonce son départ par une lettre tendre et sans illusion   «  La nuit ou je fus malade un flot violent de sang me suffoqua littéralement  …je vous assure que sentant que je ne survivrai pas toutes mes dernières pensées étaient vers vous… »

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Fanny Brawne

"The Beautiful and elegant graceful, silly, fashionable and strange "(La belle et élégante gracieuse, légère, à la mode et étrange) in Keats Letter to his brother George


John Keats embarqua en septembre 1820 avec son ami artiste Joseph Severn qui le depeint comme très malade «  Pauvre Keats ….. il est près de l’autre monde..et semble trop pris pour se remettre »

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Rome sera un sursis. Ils emménagent au deuxième étage du 26 Piazza di Spagna au pied du mont Pincio au bas des célèbres escaliers appelé « scalinita » qui mènent à l’église française de la Sainte Trinité des Monts.
Cette maison était nommée la « casina rossa» car sa façade était à cette époque recouverte d’un badigeon rouge ocre . La maison agréablement située en bas à gauche des marches donne sur la fameuse « Barraccia »  fontaine étrange en forme de barque réalisé en 1639 par le Bernin.
 La maison regroupait, comme le quartier, beaucoup d’étrangers: un vieil anglais avec son valet français, un irlandais, un médecin anglais et une comtesse vénitienne.
 La chambre d’angle fut pour Keats, qui de ses fenêtres pouvait voir l’animation des escaliers ainsi que les attroupements autour de la fontaine. Severn restant sur un canapé dans la pièce à côté.

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Entouré des soins de son ami ainsi que du docteur Clark, les bienfaits du climat romain lui fut un temps profitable.
Mais dans une lettre à son ami Charles Brown, il se décrit comme « ayant le sentiment quotidien que sa vraie vie est passée » et qu’il se sent dans « une existence posthume … » Il pense constamment à Fanny Brawne et semble possédé par le souvenir de son frère Tom qui est « comme un fantôme dans son esprit »
Le 10 décembre, Keats a une très forte hémorragie, le docteur Clark tente de faire l’impossible en le saignant encore mais Keats souffrant et désespéré s’empare d’une bouteille de Laudanum.
Severn et Clark pensèrent qu’il tentait de mettre fin à ses jours. Ils firent alors le nécessaire en écartant tout objet, couteau, ciseaux qui auraient pu lui servir à se suicider, mais par là même l’empêchèrent de s’anesthésier à l’opium.
Keats eu de nombreuses hémorragies qui le laissaient sans forces dans une détresse immense et des souffrances respiratoires atroces. Le régime de diète sévère à base de harengs du docteur Clark qui semblait penser qu’il avait une infection du foie dû à la tuberculose, le laissait anémié face aux saignements et saignées.
Ce fut un Noël horrible, ou terrifiant de délire et douleur, il douta de sa croyance en la bible devant ses amis effondrés, se laissant aller à de morbides jeux de mots dans une totale conscience de sa fin imminente.
Keats resta alité, faible et souffrant jusqu’au 21 février, où il demanda à Severn de le redresser dans son lit, lui parlant calmement de sa tombe ombragée au cimetière Protestant près des anciens murs de Rome, près du Mont Testaccio. Tombe parsemées de violettes et de coquelicots dont il pouvait sentir les racines pousser en lui, lorsqu’il regardait les fleurs peintes du plafond de sa chambre . Severn lui dit qu’il n’avait jamais vu quelqu’un mourir et qu’il en avait de l’effroi, ce qui l'étonna lui qui avait eu tant de décès proches.
Le lendemain matin, Keats pleura de se réveiller en vie …se noyant dans ses poumons, il ne trouvait plus aucune consolation si ce n’est que de jouer  en silence de main en main  avec une petite pierre de cornaline donnée par Fanny.
Deux jours après, vers quatre heure de l’après midi, il appela Severn assoupi à ses cotés et lui dit :

«  Peux tu me lever pendant que je meure, ce sera plus facile…… n’ai pas peur , Merci mon Dieu; Voilà cela arrive »
Il resta sept heures dans les bras de son ami à respirer bruyamment sans un mot …..juste pour dire une fois dans un murmure : «  ne respire pas sur moi, ton souffle me glace »
 A onze du soir, il était mort, paisiblement. Il avait 25 ans.

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John Keats sur son lit de mort - portrait réalisé par Joseph Severn-1821


La nouvelle de sa mort mis trois semaines à atteindre l’Angleterre.
Fanny Brawne se coupa les chevaux et rentra dans un deuil de plusieurs années.

Les lois Vaticanes imposaient par mesures de sauvegarde et d’hygiène afin d’éviter une possible contamination que le mobilier, les rideaux et couvre lit, ainsi que le papier peint soient rassemblés à l’extérieur et brulés. Les modes de transmission du bacille de la Tuberculeuse étaient largement inconnus.
La maison reprit son cour chaotique de pensionnaires et d’aménagements . Les rez de chaussée du 26 et 27 furent rassemblés sous l’enseigne de « Trattoria della Scalinita »

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Fenêtres  d'angle du premier étage du 26 place d'Espagne


A la fin du XIXem siècle, l’absorption du Royaume Papale dans l’Italie unifié transformera Rome. La demande incessante de logement et les projets architecturaux modifieront grandement le paysage urbain. Le n°26 et 27 firent l’objet d’un projet de démolition pour la création d’un vaste hôtel à leur emplacement. Le projet avait de bonne chance d'être exécuté mais John Keats comme Percy Shelley étaient devenu des poètes célèbres. Leurs tombes au cimetière protestant de Rome étaient très entretenues et visitées . Oscar Wilde en 1877 avait rendu hommage à Keats lors de son voyage à Rome ou il fut reçu par le pape Pie IX, Il se recueilli sur les tombes des poètes et déclara l’endroit comme étant « le plus saint de Rome »!

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Tombe de Keats et Severn - Rome


Une forte mobilisation de la part des autorités diplomatiques anglaise et américaine ainsi que de nombreux bibliophiles et autorités culturelles autant italiens qu'anglais sauvèrent le bâtiment. Une association de sauvegarde fut créée par un poète américain, journaliste à ses heures qui devint par la suite ambassadeur américain à Rome, Robert Underwood Johnson.

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R. U. Jonhson


Par son action, il transforma la maison en centre de conservation de l’italophilie anglaise, une bibliothèque des oeuvres des poètes anglais romantiques ayant eu l’Italie au coeur fut installée .
Le jour de l’anniversaire de la mort de John Keats le 23 février 1903 une souscription internationale fut lancé pour l’acquisition de la maison et la création d’un mémorial du souvenir.
La Keats Shelley Memorial Association s’engageait à réaménager les appartements de Keats et Serven, de les meubler et de rassembler un fond muséal en collectant archives manuscrites, dessins, reliques ou objets ayant appartenu au poète et à ses proches. Ainsi que tout documents et livres concernant Percy Shelley sans oublier les témoignages de Lord Byron en Italie

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Le masque mortuaire executé par le docteur Clark est présenté à côté du lit d'agonie.

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La chambre fut restituée en son intégralité.

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Décor peint: panneautage de gris clair sur champs soutenus avec moulures simples en méplat gris bleuté .

A noter l'étrange cimaise peinte avec de multiples filets ombre et lumière

 

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Décor floral peint dans les sections carrées traditionnelles des plafonds des maisons romaines du XVIII° siècle.

Les décors des plafonds des lambris furent repeints, la grande bibliothèque d’acajou et les présentoirs vitrés furent le réceptacle de tout ce que l’association pu trouver à acquérir. 

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Tableau de Joseph Severn représentant Percy Bysshe Shelley dans les thermes de Caracalla .1845

L’association édita un bulletin avec lequel les abonnés résidant en Angleterre et aux Etats-Unis purent suivre les progrès de l’édification du Musée comme l'état des recherches concernant les poètes si admirés.

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Le 3 avril 1909, la maison musée fut inaugurée sous une triple bénédiction : américaine, anglaise et italienne avec le ferme soutien du Président Théodore Roosevelt qui honora les lieux de sa présence en 1910. Le royal soutien d’ Edward VII dont le premier secrétaire Lord Knollys envoya une déclaration qui fut lu à l’assemblée réunie  lors de l’inauguration en présence du Roi Emmanuel III « Le Roi me fait vous dire qu’il accorde un intérêt profond à cette inauguration, Le Roi exprime sa gratitude et ses remerciements au Roi d’Italie et à son peuple pour la bienveillance exprimée envers ce mémorial , présent donné aux nations Anglo-Saxonne »  
L’assemblée prestigieuse était composée de l’ambassadeur Anglais, d’écrivains italien, américain et anglais ainsi que de la nièce de Dante Gabriel Rossetti.

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La Keats Shelley House devint un lieu de pèlerinage pour les tendres lecteurs de vers, les admirateurs romantiques d’une poésie sensuelle célébrant les beautés d’un bonheur immobile. La lenteur de l’amour senti qui exacerbe les sens face à la beauté du monde.
 Ivresse et ravissement, Keats eut une vie poétique extrêmement courte de cinq ans à peine mais son aura sur les lettres reste immense.
Percy Bysshe Shelley sera associé à cette fondation car poète reconnu, sa vie fut indissociablement liée à l’Italie. Il succomba tragiquement lors du naufrage de son voilier dans la baie de la Spezia , le 8 juillet 1822, peu de temps après la mort de Keats dont la disparition l’avait terriblement touché .
On trouvera dans la poche du noyé un petit volume en vers de Keats. Il fut incinéré à la mode antique sur la plage de Viareggio par son ami Lord Byron, ses cendres furent transférées au cimetière Protestant de Rome.

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        Percy Bysshe Shelley                                                                       Mary Shelley


Shelley et Keats étaient inconnu au moment de leur mort, ce n’est qu’une vingtaine d’années après que leur renommé de poètes majeurs fut établie. La poésie de Keats et de Shelley sont à bien des égards dissemblables, ils se connurent peu mais leur mort, leur façon d’aimer, leur voyage sans retour en Italie les à rassemblés.
Shelley plus abstrait se range vers le monde invisible et utilise le lyrisme pour toucher l’ineffable. Keats est plus terrien mais tout en sensibilité des choses et des heures qu’il veut posséder en une éternité immobile de l’instant.

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Boris Kharlov dans le rôle de la créature


Percy Shelley fut l’époux de Mary Shelley, veuve romantique des ténèbres qui écrira de nombreux ouvrages dont le célèbre « Frankenstein ou le Prométhée moderne ». Elle fut malgré son talent dans l’ombre de son mari dont elle aida inlassablement à perpétuer le souvenir en publiant de nombreuses éditions de ses poésies et correspondances. Elles est aujourd’hui reconnue comme une figure majeure du mouvement Romantique par ses romans, récits de voyage ou contes pour enfants ainsi que par ses prises de position politique en tant que femme libérale.

 

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La Barraccia vue de la fenêtre du premier étage. Janvier 2014

L’effervescence de la place d’Espagne, les grappes de touristes adolescents montant, descendant, se regroupant autour de la fontaine ( en réparation actuellement) provoque une agréable sensation de voyage dans le voyage par la visite du premier étage de la Keats Shelley House. Peu fréquenté, le musée se donne comme un arrêt dans la course romaine, l’intérieur baigne dans une odeur d’encaustique , un calme de pénombre dans un contre jour apaisant.

Le larges bibliothèques d’acajou brillent de la lumière rasante des fenêtres donnant sur une petite cour enchâssée dans les montants de la Scalinita. Les clochers de la Sainte Trinité se détachant dans le bleu des fenêtres hautes. Assise sur une chaise dans un coin discret une blonde stagiaire anglo-saxonne fait office de surveillante en lisant un livre. Elle lève un oeil et vous fait un sourire, heureuse de voir un visage.  

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La minuscule chambre silencieuse aux deux fenêtres d’angle restitue la vie assourdie dans un large silence de recueillement .. un lit, une cheminée, une vue. La fin du poète est présente comme une étoile étincelante immobile suspendue dans sa nuit… le temps est à l’extérieur, la chambre une éternité.

Après la mort de son fondateur, Robert Underwood Johnson en 1937, une période délicate s’annonçait pour la maison en raison des menaces de conflit mondial. Le comité fut présidé par le secrétaire général, Hale Benton, de nationalité américaine alors que tous les anglais furent sur le départ. Il nomma comme Trésorier le directeur de l’institut Suédois car il était de plus en plus difficile de maintenir le musée dans une neutralité effective, et pensait lui aussi se trouver dans l'obligation de partir . Lors de l’arrivée des allemands à Rome en 1941, les plaques commémoratives et indication de nom des Poètes de la façade furent retirés pour faire rentrer la maison dans un anonymat protecteur. Tout resta silencieusement en place jusqu’en décembre 1942 ou deux malles discrètes contenant les « trésors » de la fondation , c’est à dire les papiers les plus précieux , les éditions originales, le portrait de Keats sur son lit de mort réalisé par son ami Severn, les reliques de cheveux de Shelley, furent envoyées pour être préservées dans l’endroit considéré comme le plus sûr d’Italie, le Monastère de Monte Cassino dans la commune de Cassino.

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Le monastère du Monte Cassino fut entièrement reconstruit après la guerre.


Le monastère du Mont Cassin fut l’objet d’une des plus terrible bataille pour ouvrir la route de Rome aux Alliés après leur débarquement de Sicile et la prise de Naples. Le monastère fut entièrement rasé par des bombardements intensifs.
Le Général der Panzertruppe F. Von Senger und Etterlin compris les menaces imminente de destruction et ayant connaissance de l’importance des collections,  organisa l ‘évacuation des biens de la communauté des moines du Monastère, c’est ainsi que les caisses du musée Keats Shelley revinrent par camion allemand à Rome et furent sauvées.
La fondation survécut non sans mal, avec tout ses avoirs bancaires gelés, ses loyers non perçus. la maison fut entretenue par Vera Cacciatore qui raconta cette période trouble dans ses mémoires «  je me sentais moi même prisonnière dans la maison  aussi je pouvais mieux comprendre comment Keats lui même se vivait comme un prisonnier … comme prisonnier de sa maladie .. avec toujours à l’extérieur de le chant de la fontaine nous hantant moi et lui » Elle raconta aussi comment le soir du 4 juin 1944,  les soldats alliés arrivèrent Piazza di Spagna et y campèrent en nombre. Dormant autour de la fontaine, au bas des marches, sur les marches jusqu’à l’obélisque.
Le lendemain matin à six heure un Capitaine anglais accompagné d’un américain, journaliste au New York Times frappèrent à la porte, la maison se réveilla de sa léthargie ….Vera Cacciatore raconte «  Cette nuit, un Soldat américain demanda s’il pouvait voir la chambre ou John Keats était mort ….Il donna son fusil a un de ses amis et avec une bougie en main alla jusqu’àla chambre parmi l’obscurité puis résumant sa mission sur la place il dit «  je suis fier d’être de garde devant la maison du Poète » »

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Soldat devant la porte du n°26-1944


La maison fut réouverte en présence des nouveaux ambassadeurs Anglais et Américain. Les années suivantes le nombre de visiteurs ne cessa d'augmenter, passant de quelques centaines à plusieurs milliers. Des lectures et récitals de musique, des expositions y furent organisés assurant un succès croissant ce qui permit à l'association de vivre sereinement sans bruit parmi les viccissitudes du monde, havre de paix, de poésie et du souvenir.

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La keats Shellay House  fin Janvier 2014

La palissade blanche correspond à la future boutique "Acqua di Parma" ouverte en début février.

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Giorgio de Chirico sur la terrasse de son appartement Place d'Espagne.


Le cheminement de certain délaissent les circuits touristiques trop empruntés, ils savent retrouver les chemins d’une Rome plus secrète, comme la maison de Goethe au n° 18 de la via del Corso qui exprime son amour pour l’art en une collection de dessins d’Italie ainsi qu’une présentation de son travail scientifique pour l’élaboration de sa théorie des couleurs, puis vers la Piazza di Spagna avec la maison de Giorgio de Chirico dont l’appartement musée qu’il occupa avec sa femme Isabella Far, regroupe les derniers étages du Palazzo dei Borgognoni ( Palais de Bourgogne mitoyen de la Keats House) avec une terrasse surplombant la place.

 

Page de garde d'un receuil de vers de Shakespear envoyé à Fanny Brawne

avec le célèbre "Bright Star" Avril 1819

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Bright Star, Would I Were Stedfast as Thou Art
 
Bright star, would I were stedfast as thou art

Brillante étoile, que ne suis je comme toi immuable,


Not in lone splendor hung aloft the night,
And watching, with eternal lids apart,

Like nature's patient, sleepless eremite,

Non pas solitaire, resplendissant au-dessus de la nuit, Les yeux toujours ouverts,
Veillant avec patience, tel un ermite de la Nature,


The moving waters at their priestlike task
Of pure ablution round earth's human shores,
Or gazing on the new soft-fallen mask
Of snow upon the mountains and the moors ;
No -- yet still stedfast, still unchangeable,
Pillow'd upon my fair love's ripening breast,
To feel for ever its soft swell and fall,

Observant les eau mouvantes à leur tâche sacrée
De purification des hommes,
Ou encore contemplant la neige fraîchement
Tombée sur les monts et les bois,
Mais plutôt, toujours immobile, immuable,
Assoupi sur le sein fleuri de ma bien-aimée
Pour ressentir à jamais son doux mouvement,


Awake for ever in a sweet unrest,
Still, still to hear her tender-taken breath,

And so live ever -- or else swoon to death.

Éveillé pour toujours dans une douce insomnie, Encore et encore à l'écoute de sa tendre respiration ;

Et vivre ainsi toujours, – ou sinon m'évanouir dans la mort.

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Oeuvres de John Keats:

Lines in Imitation of Spenser
Endymion
Tales and Poems, contenant le poème Hyperion
The Eve of St Agnes
Hymn to Solitude
La Belle Dame sans merci
Ode to Autumn
Ode to a Nightingale
To one who has been long in city pent : « À qui est depuis longtemps confiné dans la ville »
On first looking into Chapman's Homer : « Après avoir ouvert pour la première fois l’Homère de Chapman »
A song about myself

 

Sources:

Sally Brown -An Echo and Light unto Eternity -Suppose me in Rome

Vera Cacciatore -The House in War-Time

in Keats and Italy - Edizioni II Labirinto. Roma 2005

Albert Laffay -John Keats Selected Poems- Poèmes choisis

 

 

 

 

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01 janvier 2014

ROCHE BECHERELLE

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Les coordonnées du Global Positioning System de la Roche Bécherelle indique une Latitude de  47° 23' 46" North et une Longitude de 0° 37' 42" West.
Ce qui situe cette large saillie rocheuse sur la rive nord de la Loire à la jonction de la Maine dans le département éponyme du Maine et Loire.
Les rives de la Loire présentent de nombreux sites remarquables châteaux, abbayes, villages et paysages. La Roche Bécherelle ou « pierre Bécherelle » est une particularité naturelle unique qui fut classée et protégée par les arrêtés des 8 juillet 1912 et 13 juin 1921.


Pierre droite de quinze mètres de haut baignant sa base dans le fleuve l’hiver, école d’escalade l’été, la Pierre Bécherelle a toute les caractéristiques pour rentrer dans la catégorie des sites remarquables et détenir le label si joliment dénommé ZPPAUP, acronyme élégant pour Zone de Protection du Patrimoine Architectural Urbain et Paysage.

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Borne naturelle de roche mère sortie des coteaux, l’escarpement rocheux donne un point géographique identifiable par tous. Surprenante rupture dans la douceur des grèves, dans la monotonie des rives aux peupliers tremblants, la beauté du site est constant de quelques positions où l’on se trouve ; de la rive opposée, du centre du fleuve ou même du rocher arrière surplombant la « Pierre ».


Car la roche ou pierre Bécherelle ne dénomme pas uniquement cet éperon dressé comme un menhir « naturel » mais aussi la masse de rocher découpé par l’homme au début du dix neuvième siècle. La « pierre » désigne maintenant la pierre solitaire alors que la « roche » désignait l’ensemble.
Un cartulaire daté de 1009 appartenant au chapitre de l’église Saint Laud d’Angers fait mention de cette roche frontière.
Les fiefs de Saint Laud et du Ronceray comprenant les iles de Béhuard et Corbin, étaient dûment bornés par cette roche appelée aussi « moutaigne » dans deux manuscrits de 1377 et de 1436.


 Le commerce fluvial, la batellerie angevine très prospère au temps du Roi René connaissaient bien cet immanquable point de repère du mélange des eaux de la Maine au grand fleuve allant vers Nantes. La roche Bécherelle fut donc très tôt un péage, un poste de contrôle et d’observation . Les seigneurs de Serrant régissaient les droits de passages, dîmes et redevances. de ce poste avancé sur le fleuve ainsi que celui de La Roche aux Ducs appelé aujourd’hui la Roche aux Moines, distante de quelques centaines de mètres sur le bras de Loire devant l’ile de Béhuard si prisé par Louis XI .
Jean de la Haye, Seigneur de Serrant percevait sous la menace des armes les droits de passage et taxes sur les marchandises des bateaux de commerce navigant sur le fleuve. Les marchands de Nantes, les commerçants d’Angers, toute la batellerie à voile des villages environnants se voyaient une fois l’an astreint à l’impôt.
Jean de Brie son successeur, n’hésite pas à envoyer son capitaine Michel de Sens forcer des récalcitrants. Il est rapporté un abordage au lieu dit « la Pointe » entre des gens d’armes et des bateliers négociants qui remontant le fleuve s’étaient soustrait à la taxe. Ils furent arrêtés, blessés et leur argent prélevé sans autre forme de procès.
La pierre Bécherelle réapparait  aussi dans plusieurs actes de ventes ou de succession de domaine .
En 1764 est fait mention de la pierre Bécherelle lors de l’acquisition de la coulée de "Serrant" par monsieur Béguier de Chamboureau avocat au siège présidial d’Angers. Le château de Chamboureau existe toujours à Epiré, il a noter que le val, si connu pour son vin ,« coulant » vers la Loire a gardé son appellation ancienne.

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"Vue du Rocher ou Pierre Bécherèl et la maison de Mr Chevalier au dessus de la pointe

sur le bord de la Loire allant à Nantes" 1809

Les bords de Loire furent depuis longtemps une source de sujets poétiques pour les peintres . Les paysages les plus identifiables daté du premier quart du XIX eme siècle car annotés de façon descriptive comme des instantanés, sont conservés au Musée de la Marine de Loire de Chateauneuf sur Loire. Signés par Jean-Jacques Delusse, professeur de dessin à Angers, ayant eu comme élève le jeune David d'Angers, Delusse note, en 1809,  sur son lavis "Vue du Rocher ou pierre Bécherel...", puis repassant en 1823 "Vue du Rocher dit la pierre Bécherel…".

 

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dessiné sur le lieu 1823 par Delusse  "Vu du Rocher dit la pierre Bécherel  a 1 quart de lieu de la Pointe bord de la Loire 2 lieues d'Angers"


Des vues charmantes avec petits personnages et bateaux à voile montre une « roche Bécherel » dans son état naturel, initial, inchangé depuis plus de mille ans.
 Le dessin montre deux choses, l’inexistence d’un chemin de halage, ce qui donne à la masse de rocher un aspect de muraille et donc bien de frontière. On peut y apercevoir dans la découpe des ravinements dû à l’érosion, la forme caractéristique de la « pierre » actuelle encore solidaire de la masse schisteuse. La découpe de sa partie supérieure semble bien donc naturelle, découpe en pierre levée très visible à l’avant du corps de rocher.
 La configuration du site actuel est, par contre, le résultat de la transformation effectuée au milieu du XIXeme siècle.  Une aquarelle de Joseph Mallord William Turner conservé à la Tate Britain porte la mention « pierre Bécherelle near épiré » Cette aquarelle fait partie du cycle « scene on Loire » daté de 1826 /1828 et est  répertoriée par Ruskin dans ses cahiers . La série fut présentée à l’exposition « Turner on the Loire » de la Tate Gallery en 1997  ( catalogue Ian Warrell ,Tate Gallery London , page 221 N°76)

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La vue de Turner est pour le moins surprenante par rapport aux vues de JJ. Delusse. Il est indéniable que le paysage ressemble à tout sauf à la Pierre Bécherelle ou alors c’est une projection mentale faite en atelier mais sans croquis in situ.  Car les montagnes, les contreforts et la position de ce qui pourrait être pris pour une ruine romantique en haut d’un mamelon ne ressemble en rien à la Loire de Delasse ni à celle existant aujourd'hui.

La prospérité économique du second Empire voit l’émergence de nouveaux besoins, la barrière naturelle de la roche Bécherelle est un handicap pour la batellerie, un chemin de halage est nécessaire pour remonter la Loire dont le courant et l’exiguïté limite la marine à voile.Les gros chevaux de trait ont besoin de passages et les berges sont aménagées en conséquence.

Le site est répertorié comme une carrière de rivage ce qui limite les manutentions et augmente la rentabilité. La Pierre Bécherelle est donc attaquée et dépecée en pierre de construction ou de voirie par les entrepreneurs de Montjean sur Loire qui charge les materiaux directement dans les péniches. Mais la disparition programmée de la Pierre si connue et admirée suscite de vives protestations dont la presse s’empare.

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Le journal « Le Maine et Loire »  émeut l’opinion avec deux articles du 4 et 5 septembre 1843

«  La nature à ses monuments comme les cités. Ils sont consacrés par une espèce de vénération à laquelle il n’est pas permis de porter atteinte. Au confluent de la Loire et de la Maine, il existe un rocher, plutôt une pierre, aux gigantesques dimensions, qu’elle semble s’avancer pour jouir, plus à son aise, de ce beau spectacle auquel elle prête l’honneur de son assistance. C’est la Pierre Bécherelle.En vertu de quel arrêt, veut-on la jeter, par lambeaux, à la voirie?  N’y a-t-il donc pas d’autres pierres dans le pays! C’est bien la dernière à prendre…. »


«  de nos jours, il faut bien l’avouer, pareilles destructions sont considérées par ceux qui les ordonnent, comme sans conséquences funestes. Cependant, il est nécessaire que la cause de l’artiste, la cause de celui qui, loin des administrations, professant un culte pour la nature et ses délicieux aspects, ne soit pas sacrifiée au détriment de l’industrialisation…Faut il que l’an 1843, le besoin et la nécessité en matériaux viennent motiver une si fâcheuse destruction »


La Pierre monolithique fut sauvée in extremis grâce aux recours devant les autorités compétentes. Des mètres cubes de pierres furent prélevées,  le chemin tracé et fort heureusement la partie la plus emblématique du Rocher fut conservée et respectée.

 

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Le nouveau chemin de fer dont le tracé longe les bords de Loire vers Nantes fut une nouvelle atteinte à la muraille Bécherelle …le rocher fut entaillé d’un passage qui aurait pu être tunnel s’il avait été plus haut. Les dynamitages successifs ébranlèrent la Pierre Bécherelle qui perdit un gros bloc dans la Loire …cette pierre tombée est visible l’été près de la rive à gauche.
La première ligne de chemin de fer Paris Orléans Nantes fut inaugurée en 1851 ….

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La pierre tombée


Paru dans la Revue des Deux Mondes en 1861 «  La Fauvette Bleue, récit des Bords de Loire » de Théodore Pavie nous parle amoureusement de la  Loire au bas du village d’Epiré. Les affres et tourments de la pierre ne semble pas lui être connu précisément .

« I. — La Pierre-Bécherelle
« Un peu au-dessous du confluent de la Maine et de la Loire, sur la rive droite de ce fleuve, on voyait se dresser, il y a peu d’années encore, un rocher à pic, d’un aspect pittoresque : on le nommait la Pierre-Bécherelle. Les chemins de fer sont venus ; la Pierre-Bécherelle se trouvant devant eux, ils ont jeté bas le rocher qui lui servait de base et lui ont passé sur le corps. Il ne reste plus qu’une pointe écornée, que l’on prendrait de loin pour un menhir. Ces voies ferrées en ont fait bien d’autres !… Combien de collines éventrées, d’horizons masqués, de paysages balafrés, sans parler des jardins gracieux détruits pour toujours, sans compter les parcs mystérieux coupés en deux morceaux, et dont les allées, pareilles aux tronçons du serpent, cherchent vainement à se rejoindre ! Mais tout est au mieux dans le meilleur des mondes ; la locomotive siffle et se rit de vos regrets, le train vole sur les rails, et la vapeur triomphe. C’est égal, la Pierre-Bécherelle méritait un autre sort. Située au point où la Loire, enrichie par tous ses gros affluens, se développe dans sa plus grande largeur, ce rocher, facilement abordable du côté de la terre, formait comme un observatoire du haut duquel tout homme épris des beautés de la nature, peintre, poète ou rêveur, pouvait contempler à l’aise le magnifique panorama d’un fleuve de premier ordre roulant à travers des îles verdoyantes et des grèves jaunes ses flots majestueux. Chère aux éperviers, qui aimaient à nicher dans les trous de la roche tapissée de lierre jusqu’à sa cime, la Pierre-Bécherelle servit parfois de station aux aigles qui, égarés par les brouillards de l’hiver, descendent des montagnes du centre de la France, et, s’abattant sur nos provinces de l’ouest, les traversent d’un vol inquiet, comme des âmes en peine.
Au sommet de ce rocher mutilé, dont on ne voit plus aujourd’hui que les ruines, se tenait assis, par une belle matinée du mois de mai, un homme maigre, chauve, vêtu d’une longue redingote. Depuis dix ans qu’il habitait le pays, le docteur Christian, — c’était son nom, — venait chaque matin faire une station sur la Pierre-Bécherelle. Après avoir servi longtemps dans la marine, il avait fait élection de domicile sur les bords de la Loire. Les gens qui ont beaucoup voyagé savent mieux que les autres apprécier les sites pittoresques, et lorsqu’ils renoncent à la vie active, ce n’est point au hasard qu’ils choisissent les lieux où ils espèrent passer en paix les années de leur vieillesse »
Théodore Pavie - 1861

L’étymologie du nom Bécherelle reste assez mystérieuse. Une famille Bécherelle est attesté avec plusieurs orthographes Bé-cherelle ou Be-cherelle.. mais il n'y a aucune mention de possession ou d’’installation d’une famille Bécherelle dans les communes de Savennières ou de la Pointe.
Andre Rochard Jansen dans son livre « Nous étions six amis » paru en 2005 aux éditions Cheminements, nous donne sa version qui à l’avantage de la vraisemblance à défaut d’être incontestable .

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Les côteaux argilo schisteux sont plantés de vignes qui descendent vers la Loire de part en part de la Pierre Bécherelle.

Le chenin Blanc donne un excellent vin blanc sec , le Savennières.

 

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Une promenade dans les Savennières est une expérience ..Vous pouvez visitez ces vignes en coteaux sur le merveilleux site internet

Merveilleux Anjou

et découvrir le merveilleux "Clos de la Pierre Becherelle" d'Eric Morgat

à ne pas confondre avec le becherelle voisin de Nicolas Joly de la Roche aux Moines...

évidemment

merveilleux!

 

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***

 

Tous mes remerciements à l'Abbé Charon, curé d'Epiré et à son journal paroissial de 1973

 

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18 octobre 2013

LES PERLES DU CANAL

 

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Port Saïd et Port Fouad se regardent et lancent leurs bras dans la mer, l’eau s’écoule de lac en lac jusqu’au petit port de départ du Hadj, Suez.


La beauté des villes ne tient pas au hasard mais à la volonté des Hommes. Villes oeuvres d’arts, ville pour signer la place de l’homme dans son monde et sa représentation. Place de l’homme donné par l’homme batisseur de civilisation.

Franchir les montagnes, relier les fleuves et les mers ont été depuis longtemps un rêve poursuivi et concrétisé au prix d’efforts gigantesques.
Le lien entre la Méditerrannée et la Mer Rouge fut établit par Darius 1er, Roi Perse de l’Egypte (-500) qui termina les travaux du fameux canal des Pharaons commencé par Sésostris III  ( - 1878 -1842) .
Canal reliant Bubastis sur le Nil au lac Amer à travers le Wadi Tumilat puis au sud du lac par un petit canal vers la Mer Rouge.

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La nécessité d’une voie maritime à travers le Sinaï est une constante dans l’organisation du commerce. La puissance Vénitienne du XVI eme siècle entreprit des démarches qui n’aboutirent pas .
Le Saint Simonisme pu reprendre avec foi et rigueur les études préalable à ce projet. La science topographique française donnait son aval .

La liaison sans écluses était possible le rêve pouvait avec la technique, l’organisation, la volonté voir le jour.

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Port Saïd est sorti de terre et de l’eau le 25 avril 1859, après la signature du traité entre le vice Roi Saïd et Ferdinand de Lesseps .
 C’est sur «l’ilot» que s’érigera sa statue de bronze. "L’Ilot" est le premier point d’ancrage constitué par un rocher affleurant à une centaine de mètres du rivage dans cet océan de sable et d’eau que constituait les rives du lac Manzala.
Du ponton de bois construit sur ce rocher, les bateaux débarquent cent cinquante pionniers.

L’immense machine se met en place, le canal s’ouvre et la ville nait.

La première ville est un village de tentes, puis de cabanes puis de maison en bois. Cent cinquante personnes la première année puis deux milles l’année suivante, dix mille en très peu de temps. L’ingénierie gigantesque du chantier ne pouvait se satisfaire de l’anarchie des berges.
Les bassins de l’arsenal et du commerce creusés, les usines de forges et scieries mécaniques installées .

L’arrivée de la main d’oeuvre égyptienne et des employés, ingénieurs de la nouvelle compagnie du Canal ne pouvait laisser la ville arabe ( al-Arab ) et la ville européenne ( al-Charq) sans urbanisme.

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Le phare Coignet .


Réglementation des largeurs des rues, des boulevards et tracé des perspectives pour une ville nouvelle.
Voilà dans un esprit organisé, dans la volonté de donner une image cohérente d’elle même, retranscrit les fondements d’une entreprise qui excede sa finalité mercantile par son esprit élévé de batisseur de civilisation.
La beauté des architectures, la profusions des éléments décoratifs, la création de jardins, l’ordonnance des perspectives fut décidés et pensés pour faire de Port Saïd, ville portuaire et internationale une conquête moderne non seulement sur les eaux du Lac mais aussi surtout sur la modernité.
La Compagnie du Canal réglemente et organise, elle définit dès 1865 les types de logements pour les employés, pour les ouvriers, définit les matériaux de constructions et les impératifs des façades.

La largeur des rues sera de quinze mètres, les boulevards de trente.

Les rues ensèrent quatre blocs de constructions séparés par des ruelles de trois mètres quatre vingt dix de large.

 

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Les rues sont en alternances d’arcades en maconneries pour circuler à l’ombre et d’avant corps de terrasses sur piles de bois avec une grande hauteur pour loger les commerces.  Les axes perpendiculaires et les orientations sont élaborés en fonction du tracé du canal. Les villes européennes et arabes sont organisées de même manière avec des différences notables dû aux modes de vies respectifs.

 

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La profusion de bois de construction n'est que le pendant du manque de pierre taillées.
La rareté des carrières de pierres comme le côut des importations obligèrent les ingénieurs et architectes à utiliser les nouveau matériaux comme le «béton Coignet» . Cette nouvelle technique de béton aggloméré avec renfort de chaines est utilisé pour la première fois en 1869 pour la construction du phare.


Les maisons et bureaux de la Compagnie ainsi que le phare construit par François Coignet, copie conforme de celui de l’ile de Ré prouvent que le béton armé bien employé se soumet aux règles de l’esthétisme avec aisance.

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La ville compte en 1885 outre ses ateliers, ses batiments administratifs, de nombreux immeubles avec magasins, des lieux de cultes; La cathédrale et  plusieurs églises catholique et orthodoxe, une synagogue, une grande mosquée construite par la Compagnie du Canal. Une douane, deux hopitaux, un européen l’autre arabe, des écoles, un théatre, des bains publics et des marchés  et aussi bien sur, des banques étrangères, des hôtels de voyageurs et une douzaine de consulats.
Cette ville cosmopolite, multiethnique avec ses populations d’Europe, d’Asie et du Moyen Orient et leurs religions respectives :  juifs ashkénazes et sépharades, musulmans, chrétiens catholiques, orthodoxes, protestants aurait pu donner aux différents quartier l'aspect d'un  un caravansérail babelien.
Mais la remarquable homogénéité de la ville lui confère pourtant une beauté hors norme.

C’est en élaborant une ordonnance en ce grand triangle entre mer, canal et désert, que la ville s’harmonise et devient un répertoir d’architecture début de siècle, Art Déco, Art nouveau  avec ses particularités comme les  nombreuses rues à arcades et les façades d’immeubles à balcons terrasses de bois sur colonnettes.

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Les balcons commencent très haut au dessus du trottoir, les soubassements sont surélevés car le lac Manzala à sa période de crue. Les grandes doubles façades de bois habillent et décorent les immeubles. Les gardes corps en bois découpés ou en fonte moulée ainsi que les aisseliers, c’est à dire les écoinsons des collonettes reliant les étages sont une infinie déclinaison de motifs allant des frises de lambrequins sous les chenaux du répertoir balnéaire Normand aux fantaisies Mamelouk et Ottomanes.

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Les angles des rues s’adoucissent avec ses avant corps de bois découpés en courbes qui lissent le regard et ordonnent les lignes horizontales des façades. Les grès colorés, les briques  rouges rosées et le «terrazzo» italien, gravier agloméré et poli donnent des touches personnelles.

Ils organisent une diversité décorative dans l’uniformité conceptuelle.

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Ordonnance des demi-cercles et jeux de volume novateurs

dessinant de grand palmiers de façade.

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Le quartier proprement Art Deco se situe autour de la place Abbas, du jardin Férial et du Gouvernorat.  Avec des formes nouvelles et du béton peint, les architectes rivalisent d’audace et de modernité en alliant courbes et décors géométriques comme l’immeuble appelé  «Vérivo» à l’angle de la rue du 23 juillet et de la rue Al-Goumhourya ( anciennement rue de la Poste).  Il fut construit par L. Kolovitch , architecte de nationalité hongroise.

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 Immeuble "Verivo" .  87 rue Al-Goumhouriya  . La conscience d'un patrimoine vient petit à petit ... alors que le manque d'entretien galope.

 

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L’Eastern Exange Hotel construit par les anglais en 1884 était aussi une première architecturale car ce centre économique  devenu un hôtel fut malheureusement détruit en 1956. Appelée « la maison de fer » cette construction jouissait d'un prestige incomparable.

Avec sa physionomie d’un modernisme prophétique, la fonte moulée y remplacait avantageusement le bois et pouvait durer plusieurs siècles.

 

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Les architectes de Port Saïd sont  généralement anonymes, il n’y a aucune mention inscrite sur les façades, dans les halls d'immeuble ou sur les villas.

La compagnie du Canal organisait les concessions et surveillait les impératifs d’urbanisme mais laissait entière liberté quant au choix des architectes. Ils furent vraisemblablement français lorsqu’il s’agissait de batiments de la compagnie mais certainement grecs et italiens en majorité pour les habitations de rapport comme cela c’est produit pour la ville d'Alexandrie.

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La cathédrale


Seul le nom de Louis-Jean Hulot ( 1871-1959) nous est connu, il fut Architecte du gouvernement français, Prix de Rome et travailla pour la Compagnie du Canal. Il construisit la cathédrale Sainte-Marie-Reine-du-Monde et de nombreux bâtiments administratifs.

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Le Shaftesbury Building pur style anglais de 1910 existe toujours grâce à ses reconversions multiples.

Il fut construit par la Foreign Bible Society.

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Parmis les bâtiments notables qui font la physionomie de la ville, nous pouvons citer aussi le Sporting Club anglais de la place Abbas, les bureaux de la Compagnie du Canal en style colonial éclectique 1890 près de la capitainerie, le cinéma Majestic , le consulat Italien, le bâtiment des douanes de 1932  ainsi que l'extrordinaire villa Fernande d’inspiration vénitienne.

 

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Lesssive napolitaine sur colonnettes vénitiennes

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 Villa Fernande    23 rue Abd al-Salam

 

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La Casa Italia de Clemente Busiri Vici architecte novateur et fascite fût construite en 1937 et  existe toujours. Elle represente un bel exemple de style Constructiviste avec salles de réceptions et grande salle de spectacle . En 1938 Mussolini vint l'inaugurer sous les applaudissements de la communauté italienne.

 

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 Le grand magasin de Simon Arzt fut une institution du quai de Palestine.

Fondé en 1869  par S.Arzt arrivant de New York, le "Departement Store" devint une des figures de Port Saïd de part l'ampleur des ses magasins et entrepôts qui furent agrandit et reconstruit en 1932.

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Publicité dans toutes les poches, Arzt était aussi fabricant de cigarettes extrêmment diffusées.

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La Navy House au bord du bassin de l’Arsenal construite pour le Prince Hendriks des Pays Bas. Club anglais qui a gravement souffert des évènements de Suez en 1956 et fut démolie au départ des Anglais.

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Le Casino Palace Hotel, pure architecture 1900 construit par Silvio Simonini était un lieu splendide de part la qualité de son service et de la beauté de son emplacement.

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 Jardins luxuriants à l'anglaise implantés directement sur les plages , il fût le lieu de villégiature de nombreuses personnalités.

La guerre de 1967 fit de Port Saïd une ville morte pendant cinq ans . La population quitta la ville et l'hôtel fit faillite. Le mobilier fut dispersé dans des ventes aux enchères ..Le bâtiment délabré ne fut pas sauvé et fut démoli en 1974.

Le terrain a été transformé en jardin public .


Quelques éléments de la grammaire des formes du patrimoine de Port Saïd .
La conservation est une éducation.

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 Fonte moulée

1 45Les Rampes et balustres d'inspiration florale ou viticole sont pour la plus part du temps d'une grande virtuosité technique.

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L'Aquilina Building présente une entrée toutes en rondeurs très particulière.

La French Line à quai .

 

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Port Fouad

La Compagnie du Canal étendit ses activités sur la rive asiatique en 1920 .

Celle ci n’était que très peu occupée, le batiment de la quarantaine y fut installé en 1901 et personne ne songeait à aller fréquenter les malades contagieux.

La nouvelle ville de Port Fouad fut inaugurée le 21 décembre 1926.

La ville a été conçue comme un idéal de perfection, une cité radieuse réfletant l'esprit de la Compagnie du Canal.
Dessiné en quadrillage avec des percées en obliques suivant les préceptes français d’urbanisme, Port Fouad fut un projet résidentiel et  manufacturier pour loger cadres employés et ouvriers de la Compagnie selon les principes du socialisme utopique pour une entreprise alliant le capitalisme éclairé et l’humanisme chrétien.

Les ateliers généraux y sont installés , la cité modèle devient indépendante de la ville plus adminstrative de port Saïd, Port Fouad correspond a une période de maturité et d'apogée pour la Compagnie du Canal.
 Une ville modèle de jardins et villas de differents standing corespondant aux positions de chacun. Module symétrique l’architecture gemellaire très en vogue au XIXeme consite a ordonner des façades en miroir pour loger deux familles. L’apparence est plus cossu et l’architecture s’en trouve magnifiée par les  jardins privatifs et les perrons mitoyens.

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Les maisons aux angles des rues sont réservés aux contremaitres, La cité ouvrière modèle à l’ordonnance des hiérarchies de la Compagnie: Maisons des cadres, maisons des ingénieurs, maisons des administrateurs.
Les constructions reprennent dans un premier temps les caractéristiques du pavillon de pierres meulières de la banlieue parisienne mais ici le grès et le bois prennent plus d’ampleur puis vint les matériaux composites comme les briques de ciment plus léger avec toujours de grands balcons de bois. Les rues sont arborées et les contre-allées séparent deux par deux les lotissements élaborés dans un souci de confort et de qualité d’existence.

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Maison de Cadre supérieur.

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"Port Fouad, lieu du travail manuel, est pensée comme un espace d'épanouissement du personnel, avec une prise en charge totale de ce dernier à travers les logements, les loisirs, l'éducation et avec l'introduction de tous les avantages des sciences et du progrès"

in" La Compagnie du canal de Suez" C.Piquet PUPS 2008.

La physionomie de la cité idéale de la Compagnie sera transformée a jamais par les évenements de Suez en 1956 .

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Le REP Français pendant les événements.

La ville devient égyptienne, une grande mosquée cathédrale ainsi qu'un port industriel lui enlève jusqu'au souvenir de l'esprit ayant présidé à sa construction pour ses habitants et voyageurs de passage.

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Vision enchanteresse du Canal . A gauche la mosqué de Port Fouad à droite le batiment de la Compagnie.

 

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Première impression de Port Saïd en 1930 :

Lettre de François Begouën Demeaux,  mon grand père.

 
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"Le long des quais de la vieille ville : de grandes rues avec des quantités de bazars orientaux & des changeurs d’argent; on y entend toutes les langues, mais le Français y est roi & l’on peut se faire cirer ses souliers tous les 10 mètres car on est arrêté par de ravissants gosses arabes en jolie robes de couleurs vive s et la tête bien enturbannée qui ne veulent pas vous lâcher & vous font toutes sortes de propositions dans 3 ou ‘ langues! ...

Il y a de grands hôtels & grands cafés le tout assez bruyant. Au delà de ce quartier: le quartier arabe très long et qui s’etand indéfiniment: maisons d ‘ étages ou masures grillagées, des seigneurs en robes de soie éclatantes et de pauvre bourgres en pauvres robes sales mais toujours colorées...des fez rouges dans le soleil ou des turbans magnifiques, des types d’arabes, de juifs & de turcs autant qu’on en veut & surtout ça: du soleil du soleil éblouissant qui embellit même le plus pauvre bourricot ou les gamins qui jouent dans les rues assis par terre en se grattant les pieds.


A l’extrémité des rues de l’eau: bleu bleu bleu & les immenses voiles du lac Manzalé que vous avez déjà vus en photos, c’est très pittoresque.
On revient par une grande allée planté de vernis du japon& l’on passe la Mosquée pour entrer enfin dans le grand et nouveau quartier neuf Européen. C’est par là que l’on trouve a se loger. On y construit sans arrêt & ce sera assez joli.

C’est toujours plat hélas, mais ce sont de grandes rues ou de grandes avenues de palmiers avec de belles maisons de pierre rose, sur lequelles grimpent des fleurs & en particulier des Bougainvilliers violets évêques de toutes beautés.
MJ va être toute épatée car je lui ai gardé la surprise de la vue de notre appartement nous dominons le jardin de l’évêque qui est plein de fleurs, au delà le Bd de la Plage qui est planté de palmiers dattiers & nous voyons partout la mer, ce qui est un tableau inlassable!...»

 


François Begouën Demeaux ; Cadre Arpenteur  de la compagnie du Canal
 samedi 13 novembre 1930  - Port Saïd  



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"Aperire terram gentibus "

"Ouvrir la terre aux nations " tel était la devise inscrite sur le socle de la statue de ferdinand de Lesseps réalisé par Emmanuel Fremiet . Haute de 6m 80 elle culminanit sur son piedestal à 10m50  sur la jetée ouest de Port Saïd face à la mer et aux navires stationnant dans le port de haute eaux .

Inaugurée le 17 novembre 1899, elle était le monument  repère de Port Saïd et point de promenade face au large .

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En 1956 comme bon nombre de monuments anglais et français, la statue fut deboulonnée et martelée.

Son socle vide et triste ne regarde plus la mer , la côte avancant, la barrière des constructions du nouveau front de mer ayant à jamais changé les perpectives.

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La statue à la demande des autorités égyptiennes a été restaurée en 1989 par l'Institut Français d’Archéologie Orientale avec le soutien du ministère des Affaires Etrangères.
Elle est depuis exposée ( ou plutôt déposée) dans  les jardins l’Arsenal.

Reviendra-t-elle sur son socle ou est-ce encore une insulte colonialiste?

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Une copie de 2 mètres (réduction d’un quart ) fondue par Barbedienne est visible à Versailles boulevard de la République une autre plus réduite en bronze est présentée au Musée d’Orsay .


Les gens du Canal qui ont connu cet art de vivre constitue une petite confrérie pleine de souvenirs et d’anecdoctes.
Les occidentaux en partant ont abandonnés beaucoup de biens personnels ainsi que la communauté juive présente depuis vingt siècles  et forte de 700 000 personnes spoliés de leur biens par la république Nassérienne.
Les "Perles" sont orphelinnes et comme les alluvions du Nil déplacant l’ancien front de mer, les constructions anarchiques du fonctionnalisme des années 60 70 ont écrasé les riantes créations ordonnées sous l’hubris des mégapoles ..

Port Saïd a aujourd’hui plus de cinq cent mille habitants et son patrimoine est très menacé.

Egypt's threatened heritage: Port Said's history breathes its last - Heritage - Ahram Online

 

 

La plus part des photographies présentées ici proviennent d'un excellent ouvrage de l'Institut Français d'Archéologie Orientale (IFAO)

intitulé " Port Saïd Architecture des XIX eme et XX eme siècle "

Texte de Marie Laure Crosnier Leconte , Gamal Ghitani et Naguib Amin.

Photographies de Raymond Collet  Armand de Boitesselin

que l'on pourra aisément se procurer  ICI

 

 

 

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08 septembre 2013

SONS LUMIERES

 

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La couleur est de la lumière.

La lumière est une onde avec un spectre et une amplitude.
Les sons sont des ondes avec aussi un spectre et une amplitude.
Elles ont un langage commun: ton, nuance, gamme, note, harmonie, rythme, valeur, chromatisme.
Nous utilisons pour parler de la couleur ou des sons un descriptif le plus souvent à connotation visuelle. Lorsque l’on parle de musique ou de peinture des mots semblables reviennent en un vocabulaire codifié pour décrire nos sentiments: sombre, vif, chatoyant, brillant, gai, triste, froid, chaud etc ..
Le rapport entre musique et couleur a été élaboré depuis bien longtemps non seulement par des peintres et des musiciens mais aussi par de nombreux chercheurs, physiciens et mathématiciens.

Les équivalences sont pour certains une évidence et les «correspondances» s’affichent sans retenues.

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Clavecin Oculaire 1730


Certains instruments de musique ont eu aussi pour fonction de faire apparaître de la couleur: comme ce clavecin oculaire de Louis Bertrand Castel fabriqué en 1730 avec ses fenêtres de verres colorés illuminées s’ouvrant en correspondance des notes jouées.

L’orgue à gaz ou Pyrophone de Frederick Kastner en 1869, le Chromola de 1915, le Sarabet de 1919, le Clavilux de 1922...on lira avec grand intérêt le parcours extraordinaire des chercheurs musiciens forçant la technique pour afficher les sons couleurs en une oeuvre inédite dans l’excellent mémoire Ensad de Gilles Chapalain  : « Les instruments de «musique des couleurs»» 2003

Cliquer ICI

Certains compositeurs n’ont besoin que de papier et de crayons, d’un clavier d’orgue à la rigueur..pour afficher des couleurs, pour voir des couleurs...
Olivier Messiaen est un peintre musicien qui  ne s'inspire pas des sons naturels ( cascades, vents, chants d'animaux) mais les annotent et les transcrits en partitions,  transformants ainsi en musique les chants d’oiseaux qui eux même savent allier couleurs et sons dans une gamme infinie.

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Il en va ainsi des couleurs des pierres millénaires des canyons américains au soleil levant. Les vallées de lumières de Bryce Canyon ou de Zion Park deviennent des notes de musiques colorées à l'extrême comme seul un synesthéte peut le faire.

 

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Il fut savoir que la synesthésie est une très particulière affectation du système nerveux, c’est sans que cela soit une explication exhaustive la proximité de certaine terminaisons nerveuses qui facilite une passerelle de connections lorsque les sens sont sollicités.
Le dictionnaire Robert donne de cet état la définition suivante: « trouble de la perception sensorielle caractérisé par la perception d’une sensation supplémentaire à celle perçue normalement, dans une autre région du corps ou concernant un autre domaine sensoriel.»
Il existe plusieurs types de synesthésie . La première et la plus courante est la synesthésie dite bimodale ou synopsie qui allie deux sens sans effet d’aller et retour, la musique provoquant des couleurs mais les couleurs ne renvoyant pas aux sons.
La synesthésie multimodale est beaucoup plus rare et complexe. Alliant sons, couleurs, formes , les interactions entre les sens sont symétriques et forme une chaîne ininterrompue de correspondances multidirectionnelles.

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Olivier Messiaen a tenté de cerner ce phénomène qu’une explication purement physiologique ne saurait réduire : « Sans être atteint de synesthésie physiologique, lorsque j’entends, ou lorsque je lis une partition en l’entendant intérieurement, je vois intellectuellement des couleurs correspondantes qui tournent, bougent, se mélangent. »

 Messiaen, Olivier, Technique de mon langage musical, Paris, Leduc, 1944

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Ce sont des sensations subjectives mais réelles qui si elles sont connus depuis assez longtemps ne sont étudiées que depuis peu. Encore mal expliquée, la synesthésie peut ainsi être facilitée par l’éducation de la prime enfance ou les sollicitudes sensitives seraient favorisées.
Messiaen est par sa synesthésie sensitive un révélateur des sons couleurs qui timidement se cachent à la plus part .


Chronochromie, création de 1960 où le temps, Kronos, est découpé par la couleur, Krôma. La pièce joue de trente deux effets d’orchestre qui se renouvellent en symétrie, permutent en superposition, système complexe qui suit les chant d’oiseaux et leur couleurs particulières.

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"Résurrection de morts "Sainte Chapelle Paris


La présentation en audition privé sous l’égide d’André Malraux d’" Et exspecto resurrectionem mortuorum " ( Et j'attends la Résurrection des morts) à la Sainte Chapelle le matin du 7 mai 1965 fut pour le public un voyage à la Timothy Leary ; une cascade de notes apotropaïques dans la lumière du soleil matinal éclaboussant les musiciens et le public de tâches de couleurs du treizième siècles.

 

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 La «Reprise par Intervertion» du premier "Livre d’Orgue" fonctionne ainsi comme une tentative de contact avec une entité inconnue, une part de nous même aussi inconnue que les visiteurs du troisième type, un méta langage non décrypté de sons couleurs semblant sortir du synthétiseur modulaire ARP 2500 utilisé par François Truffeau dans le film de Steven Spielberg «Close Encounters of the Third Kind» en 1977..

Code musical avec bande de couleur de cinq notes composé et joué par John Williams.

Sol (octave 4) La (octave 4) Fa (octave 4) Fa (octave 3) Do (octave 4)

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pour écouter le" wild signal ": cliquer ICI

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"close encounters "

Les couleurs deviennent aussi des sons ...les oiseaux, les rochers, les cieux impénétrables, la création toute entière devient musique. Messiaen compose entre 1971 et 1974 une pièce pour orchestre, piano, glockenspiel ( vibraphone en métal) et cors, devant les couleurs des canyons de l’Utha. Ce sera "Des canyons aux Etoiles"

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Les mouvements des trois parties musicales portent les noms des canyons, des lieux , des oiseaux qui ont inspiré le peintre musicien .

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Cedar Breaks


Bryce Canyon, Zion Park, Cedar Breaks, les orioles, la grive des bois, le moqueur polyglotte , Omao, Leiothrix...etc
la synesthésie devient un enseignement, les couleurs apparaissent sur les sons, le rythme passe en phase colorée et la gamme se nuance de tons qui s’échelonnent sur le prisme .... les oeuvres s'enchaînent et la lumière irradie l’oeuvre ...

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Bryce Canyon



« il y a la recherche du son-couleur, qui est la plus grande caractéristique de mon langage. »


 Messiaen, Olivier, Technique de mon langage musical, Paris, Leduc, 1944.

 

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Newton est le premier à tenter une corrélation entre les couleurs du prisme qu’il agence en cercle et la gamme dite Phrygienne ( mi, fa, sol, la, si, do, ré, mi)  extraordinaire tentative qui n’est motivée que par la recherche pure , l’idée fascinante d’établir des correspondances et donc de «déchiffrer» ce monde des perceptions physiques, optique et auditive.

Le savant jésuite du clavecin oculaire cité plus haut, Louis Bertrand Castel poursuivra ces recherches en 1725 dans son livre «l’Optique des couleurs» .

Gilles Chapalain dans son mémoire cite Castel en un passage éloquent 'qu'il en soit remercié ici)  :
« Il y a un son primitif et fondamental, appelé UT, qui donne le ton à tous les autres, par lequel ils commencent et finissent tous. Il y a une couleur mère et la base de toutes les autres: c’est le bleu ou le noir (....) d’où tout part."
"Le premier son en Ut en enfante deux autres, sol et mi, qui avec lui, forment l’essentiel de la musique, l’harmonie primitive et fondamentale, ut, mi, sol. Il y a de même trois couleurs primitives bleu, jaune et rouge."
"Il y a cinq toniques,ut, ré, mi, sol, la et deux semi-toniques naturelles, fa et si, formant tous ensemble la gamme diatonique, ut, ré, mi, sol, la, si, ut. Il ya de même cinq couleurs toniques et deux semi-toniques, formant la suite des couleurs, bleu, vert, jaune, aurore, rouge, violet, violant et beau."
"Enfin il ya douze demi-teintes de couleurs, douze degrés de coloris, formant une nuance suivie et un cercle parfait, bleu, céladon, vert, vert olive, jaune, etc. qu’on a traité de chromatiques c’est à dire de coloris, de nuances, depuis plus de deux mille ans avant que de connaître leur parallélisme analogique, avec lesdits douze degrés de couleurs.»

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Les archéologues amateurs avant la pierre de Rosette donne aussi à l’épigraphie égyptienne des alphabets très «cohérents» mais la lecture des temples était malgré tout impossible!
Plusieurs tentatives eurent lieu ainsi de faire correspondre les notes et les couleurs sans aller plus loin qu’une grille arbitraire qui servait avant tout à pouvoir élaborer des instruments de sons-lumières.

 


Il serait plus signicatif d’effectuer des rapprochements compositeurs peintres pour exciter notre synesthésie volontaire:
Par exemple?
Bach / Engherrand Quarton
Berlioz / Delacroix
Charpentier / Latour
Debussy / Monet
Webern / Klee
Malher / Caspart David Friedrich
Wagner  / Klimt
Beethoven / Courbet
Arvö Pärt  / Mark Rothko
Ligeti / Vasarely
Varèse / Rouault
Stockhausen  / Peter klasen
Falla / José Maria Sert
Ravel / Matisse
Schoenberg  /Soulage  /  Kandinsky  ( il a réalisé des effets de lumière sur la musique de Schoenberg!).
Zappa / Donald Roller  Wilson ou plutôt même Tanino Liberatore !
Rolling Stones / Robert Malaval

Reste à pourvoir Schumann, Mendelshonn, Schubert , Dutilleux ou  Rautavaara ...etc ....
Les commentaires sont ouverts pour compléter la liste.

 

 

 

 

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DAS CABINET

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Les chefs d'oeuvres se rient du temps. Les images tirées du film intitulé "Das Cabinet Des Dr Galigari" (le cabinet du docteur Galigari  ) réalisé en 1919 sont une par une, des tableaux uniques, de puissants objets suggestifs.

Ils sont la visualisation d'un concept artistique lié à la perception d'un monde prêt à se jeter dans le chaudron du chaos écrasé entre les mâchoires des grands orages de fer .

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L'histoire envoûtante d'une réincarnation volontaire perçue par Francis le narrateur, du maléfique Docteur Galigari, hypnotiseur, tueur par procuration utilisant son somnambule Césare. Demi mort, moitié vivant dans la seconde vie qu'est le rêve, il habite comme le Comte transylvanien , dans son cercueil.

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Robert Wiene met en scène les divagations d'un malade mental atteint de délire criminel exacerbé par l'amour.

Une allégorie de l'hypnose collective d'une nation à la veille d'adopter le nihilisme national socialisme.

Capture d’écran 2013-06-19 à 12Conrad Veidt : Cesare, le somnambule


Wiene nous emmène dans les visions d'un cerveau dérangé , cauchemars éveillés de visions panoptiques, établissant une sorte de paramnésie volontaire cher à Roger Gilbert Lecomte :


" J'eus ce matin une angoissante paramnésie à la salle de l'hôpital, salle blanche,vieux poêle, vieille table, tous type en calottes et longues blouses blanches; une étudiante coiffée comme une grand mère fait une causerie, flanquée d'un vieux docteur lunette, à droite un étudiant pâle à longue barbe blonde, un peu tête de christ et un peu tête de clown, dort, la figure ravagée par une nuit d'orgie; contre moi un profil perdu d'étonnante maigreur avec les cheveux noirs plaqués, un nègre sud américain dont l'expression date de la guerre de Sécession , et Secret, immense pontife, cheveux pâles en brosse, lunettes carrées, expression de mon Caligari de rêve"

( Lettres à René Daumal 1926)

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Réalisés par trois peintres  Herman Warm, Walter Röhrig et Walter Reinmann, membre de la revue berlinoise  Der Strum ( l'Orage), les décors sont un personnage à part entière du film, ils impriment par leurs présences une angoisse, une épouvante lié au monde souterrain des névroses ,des cabinets secrets des pulsions de mort.

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"Combien de temps vivrais je? "demande Alan au médium Cesare, utilisé comme attraction de foire par le docteur Galigari…"Tu mourras avant l'aube" s'entent-il répondre devant une assistance médusé.

 

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Le meurtre d'Alan , jeux d'ombre et action hors champs . Une expression cinématographique 

forte réutilisée de nombreuses fois après cette première de génie.

warm1 Herman Warm  Dessins préparatoires

Les décors sont réalisés en trois semaines d'après les dessins des "architecte peintres" comme aimaient à s'appeler Warm  Röhrig et Reinmann. Bâches peintes et constructions reprenant les formes anguleuses, les lignes brisés, les contrastes exacerbés d'une esthétique du biseau , du biscornu , la ville d ’Holstenwall ou est censé se dérouler la fête foraine est une ville qui cri et se tord comme chez Munch.

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 la ville en spirale hurlante

 

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Les ombres portées sont peintes sur le sol, les murs sont striés d'étranges trainées de coup de fouet, les huisseries sont distordues…les perspective tronquées, les tabourets des fonctionnaires sont d'étranges piédestaux donnant la pose correspondant à l'état d'esprit de la fonction.

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Manifeste expressionniste exacerbé, l'esthétique paradigmatique du film devient un genre spécifique  le "Galigarisme"   

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Les malades ne sont pas ceux que l'on croit, le récit n'est pas linéaire et la confusion des esprits nous donne à voir un retournement ou le narrateur n'est qu'un aliéné délirant , le docteur Galigari  que l'on interne n'est qu'un imposteur reprenant le rôle d'un ancien mystique utilisant l'hypnose pour controler les esprits . 

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Le directeur de l'asile se trouve avoir alors les traits du  docteur Galigari, tout n'était donc que mauvaise lecture d'un patient amoureux d'un spectre ... mais en est on certain  ? la dernière image du docteur en directeur d'asile  nous regardant  étrangement,  se retrouve par bien des côtés dans le visage du Docteur Mabuse à venir .

Capture d’écran 2013-06-19 à 12La dernière image:

Le docteur Galigari en directeur d'établissement  psychiatrique

regarde au loin dans un suspect jeu de miroir avec le

genie du mal de Fritz Lang

Capture d’écran 2013-06-19 à 12 Docteur Mabuse


Le cinéma s'en trouvera influencé longuement …Fritz Lang, Murnau ,Pabst…..jusqu'à Tim Burton ..les attitudes, les lumières, le sentiment de l'étrange, l'introduction d'une théâtralité qui permet au cinéma de nous plonger dans le monde particulier des limbes de nos terreurs primitives, les histoires du soir qui se terminent par le sommeil hanté des rêves incontrôlés.

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 Projection mentale sur décor ou les circonvolutions du fou.

 

 

 

 

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Lente progression de l'intrus dans la chambre de la jeune fille endormie; prémonition de Mina Harker dans le Nosfératu de Murnau de 1933

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 L'enlèvement , course éffrénée de César avec les villageois à ses trousses dans un paysage de sortilège

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Bientôt lachant sa proie

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 Il ne peut se rendre qu'aux cauchemards de la nuit.

Pour être en les mains du docteur Galigari

inquiétant savant

tronant sur son savoir comme un

vautour sur un crane.

Capture d’écran 2013-06-19 à 12Capture d’écran 2013-06-19 à 12

 

 

le film  VOST est à voir en entier

ici

 

 

 

 

 

 

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28 avril 2013

THE IRON DUKE

 

 

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Avril 2013,  mes pas m'amènent au hasard d'une marche digestive de Knightbridge à Coven Garden vers Hyde Park.

Appelé très simplement le "number one London" Apsley House face à Hyde Park Corner, nous plonge dans le calme mélancolique d'une rêverie historique.

Voici l'un des trois témoignages londonien du célèbre architecte décorateur Robert Adam.

Cette modeste maison fut construite entre 1771 et 1778.

apssssLa maison Apsley de Robert Adam 

La campagne y avait  alors son empreinte , le Baron Apsley  qui lui donna son nom , ne reconnaitrait pas son bien . Pas plus que Sir Adam qui l'a conçu et la décora car les modifications de 1812 furent très importantes. 

La transformation de la maison fut complète, un agrandissement  latéral, une nouvelle facade , un nouveau revêtement de pierre .

L'architecte Benjamin Wyatt y laisse son empreinte, la maison est à la hauteur de son nouveau propriétaire Arthur Wellesley, 1er duc de Wellington surnommé en son temps "the Iron Duke".

aeereeeNouvelle façade de Wyatt

Il nous faut aussi évoquer comme changement d'environnement, la transformation radicale effectuée en 1962 par Ernest Marples en créant le grand sens giratoire autour de Marbles Arch et Hyde Park Corner ...

" Il transforma cette zone agréable en scène de dévastation "( in Johnson's life of London  2011 )  suivant les termes de Boris Johnson actuel maire de Londres .

Une série de maisons anciennes disparaissait  ainsi dans la tourmente, notamment la maison de Lionel Rothschild, lieu historique ou fut signé en 1875 l'accord entre le premier ministre Benjamin Disraeli et la banque Rothshild pour le paiement des avoirs du Khédive d'Egypte sur le canal de Suez

 

London, Hyde Park Corner1900 avec les anciennes maisons adjacentes

article-1320054-005F63B300000258-873_468x286Actuellement

 

Fuyant l'agitation de la circulation, quittant les groupes de piétons convergent vers le Corner si célèbre, l'entrée dans le hall d'Apsley House nous plonge dans le calme des pénombres aux senteurs d'encaustique.  La grande entrée se referme par de lourdes portes contenant le silence d'une maison  paisible.

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Les différents salons ( salons de dessins et la galerie Waterloo)  et la salle à manger  regorgent de tableaux importants (Le Corrège, Vélasquez, Murillo, Rubens, Vandyck donné par le Roi d'Espagne Ferdinand VII) et d'objets d'art ( l'extraordinaire milieu de table en argent  et vermeil offert par la Régence Portuguaise )  La "Wellington collection" est importante par la qualité de ses objets d'art.

La France et l'Empire s'y magnifient en adversaire miroir d'une Angleterre célébrant sa puissance.

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La Salle à manger où se déroulait les commémorations de Waterloo

Francophile et voyageur , Arthur Wellesley,  futur duc de Wellington  commença une brillante carrière d'officier en remportant d'éclatants succès  dans le Deccan lors des batailles contre les Marathes et le chef de guerre Dundiat Waghaux . Connu pour être le vainqueur de Napoléon à Waterloo, ses succès contre les Français au Portugual  en Espagne puis dans le sud de la France le font nommer ambassadeur du Royaume à Paris en 1814 . Il montrera lors du Congrès de Vienne sa francophilie en défendant avec énergie dans un français parfait ,la position de la France dans l'équilibre des puissances européennes.

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Warterloo voit son triomphe, le duc de Wellington devient inséparable de Napoléon , sa fascination pour l'Empereur est immense.

Apsley House en témoigne avec force. Il suffit pour cela de se tenir au pied du colossal marbre de Canova placé dans l'escalier.

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Commandé par Napoléon , Antonio Canova se lança le défi romain d'une statue héroique extrait d'un seul morceau de marbre en taille directe: Napoléon en Mars Pacificateur de 3,45 m de haut,  bloc de carrare monlythe  à l'exception du bras gauche qui est rapporté le vêtement cachant la liaison. . Un déhanchement gréco-romain rapproche cette statue par sa pose et ses attributs , la victoire et le sceptre , des fragments de statues colossales romaines ainsi que de la statue d'Auguste au Capitole , le torse athlétique se rapproche du David des Offices .

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La victoire ailée ( Niké dominant un Orbe)  semble avoir été modelé par Canova lui même mais fut réalisé en bronze par Francesco et Luigi Righetti.

Mars pacificateur et non pas "propugnator "car son glaive est posé sur le tronc d'arbre contre la jambe droite du Dieu. Pose souveraine avec la tête légèrement inclinée, le colosse Napoléon idéalisé et nu  déplu souverainement à l'Empereur qui relégua la statue sous une bâche dans la salle des Hommes Illustres au Louvre .

Pour Antonio Canova qui s'était lancé dans la "sculpture la plus parfaite du siècle"  aux dires de François Cacault ambassadeur à Rome, la déception fut grande.

Exécuté entre 1802 et 1806 , la statue n'arriva à Paris qu'en 1811.  L'image de l'Empereur n'était plus l'Impérator divinisé mais plutôt celle du Législateur , l'année 1811 étant l'année de l'entrée en vigueur du Code pénal et du Code d'instruction criminelle.  Vivan Denon qui avait visité l' atelier romain et louait auprès de Napoléon la grandeur de l'oeuvre ne pu rien y changer.

La statue fut achetée par le gouvernement Anglais en 1816  et le Prince Régent , le futur George IV , l'offrit au duc de Wellington pour services rendus. En 1811, une copie en bronze a été fondue par les frères Righetti.

Depuis 1859, elle est dans la cour du Palais de l'Académie , La Pinacothèque de Brera à Milan.

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Milan

La statue de marbre fut installée à la place qu'elle occupe aujourd'hui au pied de l'escalier. d'Apsley House. Pesant plusieurs tonnes, il fut construit sous le sol du palier une colonne de soutien en briques et pierres.  L'hommage colossal à l'ennemi défait ne se comprend que par cette fascination militaire qu'exerçait Napoléon parmi les experts en art de la tactique et de la stratégie.

Deux beaux portraits de Napoléon et de Joséphine, copies de Gérard exécuté par Robert Lefevre, sont aussi beaucoup  plus que des trophées de guerre à l'instar des drapeaux français qui silencieusement ornent les galeries comme à l'interieur de Saint louis des Invalides.

L'ambassadeur Wellington fut à Paris en charmante compagnie car mal marié ( ancien mariage de convenance et d'honneur avec Lady Catherine Pakenham avec qui il n'avait rien en commun ) il ne désirait de ses campagnes militaireou ses postes diplomatiques que vivre en célibataire courtisé.

Les françaises lui firent un excellent accueil et l'on parlait de lui comme de "la nouvelle religion "( en anglais dans le texte) .

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Harriet Arbuthnot and the Duchess of Wellington

Est ce sa fascination pour l'Empereur ? ou la séduction militaire exercé sur les jolies femmes ?

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Mlle George et Giuseppina Grassini par Elisabeth Vigier Lebrun

Arthur Wellesley accompagna publiquement l'ancienne maitresse du Premier Consul, la superbe chanteuse d'Opéra Giuseppina Grassini avec qui il eut une relation passionnée. Ainsi que  l'actrice Mlle George , aussi ancienne maitresse de Napoléon qui eu ,dit-on, ce mot fameux

"le duc était de loin le plus vigoureux !"

 

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Wellington fut moqué de ces succès féminins car il était de notoriété publique qu'il eut des admiratrices très dévouées: Lady Jersey, lady Shelley, Harriet Arbuthnot ; bien que la relation entre Madame Arbuthnot et Wellington semble une "calomnie" de l'écrivain Charles Greville qui voulait se venger de Wellington qui avait été en 1820 l'amant de sa mère, Lady Charlotte Greville!

Mais sa plus grande admiration de coeur et d'âme fut pour sa belle fille Lady Douro dont le portrait fut bien mis en évidence dans un salon d' Apsley House.

Wellington bien qu'ayant eu une vie sentimentale riche et mouvementée aurait souvent dit au soir de sa vie : "aucune femme ne m'a  jamais aimé, pas une pendant toute ma vie".  Il y eu une véritable "Wellingtonmania" lors de sa seconde carrière diplomatique et politique jusqu'à sa mort en 1852 . Il fut peint, sculpté et honoré  mais se plaignait néanmoins " Mon destin fut de passer mon jeune âge à acquérir une notoriété et ma vieillesse à poser pour des sculpteurs et peintres qui vont pouvoir en tirer avantages "

Il gardait sur son bureau des gravures de lui même à envoyer à ses admirateurs qui lui écrivaient des centaines de lettres, il y eu de nombreux colifichets ou "produits dérivés" à son image , comme pour l'Empereur en France.

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Apsley House fut transformée pour sa partie d'apparat en musée et ouvert au public en 1952 pour le centenaire  de la mort du premier duc de Wellington. Elle appartient toujours à la famille Wellesley. Le huitième duc de Wellington et sa famille occupent encore occasionnellement les appartements privés du dernier étage.

Apsley House est aujourd'hui sous la responsabilité de l'English Héritage  qui entretient et restaure ce joyaux calme et peu visité par les touristes plus nombreux devant le Hard Rock café ouvert à proximité.

 

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File d'attente pour rentrer au Hard Rock café Avril 2013

 

 

 

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24 février 2013

SARGEANT

 

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Signé en bas à droite , des l'entrée, le nom s'affiche en rouge: Bruce Sargeant.

L'extraordinaire volume des peintures décorant l'immense vaisseau Abercrombie and Fitch au 26 avenue des Champs Elysée est un defi à la peinture décorative .

Sur un fond de sombre verdure neutre , un nombre impressionnant de personnages occupe l'espace volontairement sans perspective, sans ouverture, créant un franc vis à vis avec le spectateur pour augmenter le choc frontal avec la peinture.

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Peinture à l'huile, grasse, violente et brutale dans sa touche et sa matière, sa couleur et son sujet. Des gymnastes , des sportifs , des travailleurs, des hommes , jeunes, musculeux secs et durs, aux carnations de cendre ou le sang n'afflue qu'aux articulations et pommettes, le front bas , le regard pesant,  exhibant leurs deltoïdes, pectoraux , abdominaux et autres bourrelets inguinaux très découpés. Scènes sombres accentuant le contraste avec ces corps qui semblent écorchés par le pinceau.

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La décoration est essentiellement composée de toiles peintes marouflées sur toutes les surfaces planes visibles, bandeaux, murs , limon et plafond des cages d'escalier ;  New York ,Londres, Paris, Milan ,Bruxelles sont du même modèle. 

Réalisée par Bruce Sargeant, peintre qui d'après sa biographie est mort d'un étrange accident de catch en 1938.

Il serait l'oncle du peintre américain Mark Beard .

Un ouvrage est  consacré à son oeuvre : " Bruce Sargeant et son cercle"  

 Les vies entremêlées du peintre avec ses ancêtres et mentors , oncle et amis  sont une source très riche d'informations dans une très audacieuse biographie fourmillant de détails, photos, reproductions de tableaux comme de coupures de presse.On peut y lire ce bref portrait:

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'In his short but productive life, Sargeant clung to his faith in the figure, and exalted the body.' His paintings, many of which revel in the musculature of athletes, are suffused with the Homeric romanticism that fueled the work of such contemporaries as novelist D.H. Lawrence and composer Benjamin Britten. They are resolutely masculine, shirtless or in undershirts, with nary a woman to interrupt his reverie -- or ours."

( Dans sa courte mais prolifique vie, Sargeant s'accrochait à sa foi dans la figure humaine et exaltait le corps. Ses peintures, dont beaucoup se délectent de la musculature des athlètes, sont imprégnées du romantisme homérique qui a alimenté le travail de ses contemporains tels que le romancier DH Lawrence et  le compositeur Benjamin Britten. Ils sont résolument masculins, torse nu ou en maillot de corps, avec parfois une femme pour interrompre sa rêverie ou la nôtre.)

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La légende de cette photographie nous "renseigne":

"Bruce Sargeant dans son atelier avec un modèle non identifié , circa 1930"

 

Bruce Sargeant n'existe en réalité qu'en avatar de Mark Beard . Il travaille dans son atelier de Hell's Kitchen à New york, un style et des sujets très figuratifs qui sont une déclinaison de la peinture de l'Amérique heureuse des années trente. D'Howard Pyle à Norman Rockwell mélangé avec le réalisme de l'Ash Can School ou du groupe des huit, la touche de Bruce Sargeant nette et forte fait des incursions dans un traitement pictural plutôt contemporain pour ses carnations qui n'aurait pas été renié par Lucian Freud.

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Mark Beard de conclure son étude sur cet oncle fictif par une confession: "I come from this artist family, there's a whole mess of them that runs through everything, so I decided we needed a gay one.'

«Je viens de cette famille d'artistes , il y a un tel mélange désordonné entre toutes ces influences que j'ai décidé que nous avions besoin d'un peintre gay".


La particularité de Mark Beard est d'accèder à la peinture via les mêmes subterfuges qu'un Pessoa en littérature,  par le jeu des masques et des pseudonymes . Il crée des identités fictives correspondant à ses styles de peinture , il applique à la lettre la reconnaissance demandée par les galeristes et critiques d'Art: un homme, un style . Picasso disait que le style est un moule, lorsque vous le tenez, vous pouvez sortir des gauffres toutes votre vie.....

Mark Beard décline sa palette en un groupe de peintres ayant des styles différents mais des connexions biographiques...l'un est le professeur de l'autre,  l'autre est l'ami ou le rival de l'un, leurs nationalités diffèrent mais les influences convergent. Voici donc pour les monographies à pourvoir, les actuels masques de Mark Beard:

Bruce Sargeant (1898–1938)
Hippolyte-Alexandre Michallon (1849–1930),
Edith Thayer Cromwell (1893–1962),
Brechtholdt Streeruwitz (1890–1973),
Peter Coulter (1948)

 

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Les photos travaillées pour les biographies imaginées font disparaitre le peintre Mark Beard qui n'a aucun visage. Anonyme dans sa foule de clones masqués il disparait aussi pour Abercrombie and Fitch qui n'utiliseront  maintenant que des reproductions photographiques pour la décoration des nouvelles boutiques dans le monde.

Des chemises blanches immaculées aux foulards dans les cheveux des jeunes filles, la peinture de Bruce Sargeant pour l'enseigne de la cinquième avenue à New York était claire et lumineuse, les couples s'adonnaient aux exercices de plein air, tennis ,vélo, course à pied dans un  élan de bonne santé et d'air pur. Le plafond des gymnastes , avec ses raccourcis, est une brillante réussite d'impact décoratif comme d'adéquation avec l'image des vêtements vendus par Fitch.

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A Paris, il en est tout autrement. la peinture est beaucoup plus violente dans sa touche comme dans ses tons, les jeunes filles ont disparu pour laisser place à un aéropage de mâles entre eux , préfigurant une lutte sodomite violente dans l'arêne plus que d'un art de vivre avec des vêtements en coton.

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Paris

 

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New York

 

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Les photographies à l'intérieur des magasins Abercrombie étant interdites par une étrange politique de management, les illustrations sont rares. Il est bien regrettable de ne pas pouvoir montrer ici les peintures  des Champs Elysées représentant une lutte beaucoup plus grecque que romaine avec comme élément démonstratif aussi bien que décoratif, une ligne rouge vermillon entourant les corps, tranchant sur le fond comme les scarifications de peinture rouge sur les visages d'argile d'Olivier de Sagazan.

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 Etude de lutte : les versions parisiennes sont plus sombres avec une ligne rouge plus forte sur un fond très sombre.

 

Les peintres:

Le dessin de Mark Beard est classique dans sa technique et très empreint des années trente dans ses hachures comme dans la ligne de forme. Voici dans ses déclinaisons de styles avec signatures d'avatars toutesla palette d'inspiration comme l'humour de l'art contemporain. La grande visibilité des décors commandés par la marque Abercrombie ne saurait faire oublier l'éclectisme du personnage qui, de la sculpture au dessin s'affirme comme un peintre prolixe au talent affirmé.

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Peinture et dessins de femme signé Mark Beard

 

 

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Hippolyte-Alexandre Michallon peintre à fort relent animalier français ...alias Mark Beard.

Les visites chez Poughéon ou Ducos de la Haille sont sensibles dans le traitement comme dans la symbolique.

 

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Pose et traitement d'influence année Trente par Edith Thayer Cromwell (ETC)  ...alias Mark beard

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Pointillisme et couleurs franches.

 

still life with peppers-dStill life with peppers signé ETC

 

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"Funeral" Etude 1  et "Funeral procession".

 

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"Lobster " et "Horse Skull" " Phantom" expressioniste  par Brechtholdt Streeruwitz.....alias Mark Beard

 

 

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"Ghost of King Leopolds" et "15 minutes of shame ", incursion dans l'humour de l'art contemporain par Peter Coulder .....alias Mark Beard

 

 

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Scupltures et peintures signé Bruce Sargeant ........alias MB.

 

 ****

 

 

 

 Abercrombie & Fitch

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"Les passions consuméristes font de l'acquisition d'un vêtement une nouvelle identité qui revèle au jour ce que l'on désire être dans la panoplie des sous modèles représentés. Au delà des indications d'époque et de géographie, le vêtement dans un sens large est un outil de langage , son utilisation symbolique en montre une complexité de syntaxe et de grammaire que la mode joue à conjuguer."

 

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Les vêtements constituent une forme d'expression. Une expression qui doit être libre comme la parole peut l'être, doit ou devrait être. Une limitation , une restriction de cette liberté de parole est une restriction de ce que l'on peut penser. Une restriction de l'expression personnelle que la mode apporte, est perçue comme une restriction de ce qu'on peut être.

Le code social donne des directives fortes, la bourgeoisie a ses codes, le prolétariat, la contre culture et les délocalisés aussi et cela peut être transnational comme international. L'uniforme militaire, scolaire, religieux ou bureaucratique est perçu comme un asservissement volontaire ou non et donc une restriction de la personnalité, de son unicité, l'uniforme est aussi un uniforme de la pensée, une pensée venue de la hiérarchie. c'est donc renoncer à son droit à la pensée que d'accepter cette uniformisation vestimentaire .

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la mode Teenage contre l'uniforme

L'uniforme scolaire disparait à peu près partout en Europe et aux Etat Unis dans les années 68-75 car il symbolisait plus que tout autre le contrôle de la pensée et l'étouffement de la créativité, de la personnalité. Une recherche effrénée de marqueurs sociaux s'en suivit. La position centrale d'une sorte de rébellion contre-culturelle aux codes petits bourgeois calqués sur la recherche de personnalité, d'émancipation provoque chez  une grande partie de la population en devenir, jeune et perméable aux sollicitations,  une consommation de vêtement qui ne s'accélère qu'au rythme de l'offre qui se renouvelle sans cesse dans une nouveauté toujours obsolète.

De l'uniforme scolaire puis militaire puis technocratique l'homme était dans une sous consommation , un complet ,une chemise une cravate. La femme était mieux à même d'égayer sa toilette mais suivant le code de l'âge qui lui faisait franchir des étapes des possibles et des interdits vestimentaires. Les grandes tendances de la mode se surexposent, s'accumulent dans la forte direction d'une "libération" fictive mais vécue intensément. L'industrie du vêtement s'emballe vers des hauteurs jamais atteintes.

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Abercrombie Paris

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Fitch Milan

Gap, Zara, H&N, Ralph Lauren, Abercrombie and Fitch proposent chaque année des collections que les populations achètent pour se démarquer de l'année précédente. L'uniforme revient par la marque qui procède à une collectivisation de l'apparence en donnant l'illusion de la personnalité. Le sigle, le logo-type  doit être vu et reconnu, sa taille, sa place son importance ne cesse de grandir pour devenir l'essentiel du polo de Ralph Lauren par exemple, dévoré par son sigle comme un homme sandwich.

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L'Appolon londonien comme acéphalité.

De la vénus de Milo aux Kouros comme objet de désirs.

"L'économie contemporaine du luxe et ses sous produits de masse cible une jeunesse engagée dans une consommation concurrentielle exacerbée par un marketing très persuasif. Jeune, cool, libre et sympa, la "rébellion" contre le système étant devenu le système lui même, il n'y a plus qu'a être à la mode pour se "démarquer" en affichant ses marques."

Contre & Sous Culture(s)  par O.B.Dulax

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Une marque va plus loin, plus fort en innovant dans le marketing "polysensoriel". Les produits ne sont que la partie accessible, matérielle, le sésame d'une entrée dans une "communauté". Communauté créée de toute pièce par un marketing "tribal" qui se divise en autant de "gay-marketing" que de d"'éros-marketing" en sexualisant le rapport à l'objet acheté, en exacerbant les sens du consommateur par une "look policy" dévastatrice.

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Abercrombie and Fitch (marque de vêtement américaine qui en 2011, affichait une capitalisation boursière supérieure à 6 milliards de dollars) révolutionne le magasin de vêtement . Un magasin sans vitine, sans lumière, avec une musique électro à fort volume, un grand nombre de vendeurs, vendeuses jeunes et beaux et dansants, un service d'ordre extérieur pour gérer les flux. "Un voyage sensoriel"  un rêve éveillé , un film comme le décrit Michael S. Jeffries,  PDG de la compagnie .

 

Des jeunes filles qui se déhanchent en vous souriant malicieucement, de grands garçons au torse nu, sculpté comme des kouros, visage franc et souriant prèt à vous enlacer sur demande pour une photo. Une musique sans parole rythmée en "loop" hypnothiques. (plus forte à New York qu'à Paris !)  Des plafonniers directionnels de lumière tamisée créant des clairières lumineuses dans un environnement sombre et foisonnant de présentoirs, plantes vertes et statues d'homme nus, c'est le concept de la boite de nuit,  entre monde de bruits, de lumières, de désirs.

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Les foules se pressent, les adolescentes rêvent devant les vendeurs demi nus qui sollicitent les consommateurs gay. Les jeunes filles fraiches à la beauté naturelle , peu maquillées par contrat , dansent et chaloupent en des postures de perverses Lolita ingénues, par contrat toujours.

Le parfum de la maison  A&F ( lilas frais) est vaporisé toutes les heures, la musique et les sourires vous consolent de deux heures de file d'attente... l'érotisation de l'ambiance est une stratégie qui fonctione au regard de la circulation incessante de groupes de jeunes surexcités, frôlements, déhanchements, photos interdites.

L'achat compulsif et iraisonné prend le pas sur toute réflexion.

 

Savile Row rebellion . avril 2012

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Des messieurs impeccablement vêtus accompagnés de dames  élégantes se sont réunis devant le magasin phare Abercrombie & Fitch à Londres pour protester contre  l'ouverture d'un magasin sur Savile Row, la rue commerçante de Londres qui a longtemps été le centre de la grande couture britannique. Les manifestants portaient des pancartes où l' on pouvait lire "Give Three Piece A Chance." Jeu de mot typiquement anglais en référence aux injonctions des années Lennon.

 La manifestation était organisée par The Chap, un magazine de haute tenue....vestimentaire.

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 La manifestation était organisée par The Chap, un magazine de haute tenue....vestimentaire.

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Manifeste de Temple et Darkwood , riche en enseignements sur l'art de lutter contre les standards de la sous-culture américano-sportive du laisser faire cool.

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Un petit livre qui concentre et rationnalise les composantes de la lutte du civilisé élégant.

Pour ceux qui n'aurait pas les moyens de cette fuite en avant il y a la régression naturiste avec le mouvement "No Shirt"

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:

Les rebellions contre l'incroyable puissance developpée par le marketing efficace d'Abercrombie se teinte ici d'humour parodique avec l'invasion d'une centaine d'hommes torses nus dans la boutique de la cinquième avenue ...les vendeurs sont demi nus mais pas l'acheteur qui lui doit porter une chemise...

d'où le dialogue ..."Monsieur, mettez une chemise vous ne pouvez pas être torse nu ici!

"Bien je comprends , vous vendez des chemises, je voudrais donc en acheter une."

"Non monsieur, pour acheter ici vous devez vous habiller!

"Mais oui je comprends , comme je n'ai pas de chemise je voudrais en acheter une pour pouvoir donc rester ici faire des achats ..."

"Non, monsieur je vous dis....."

visionnez la vidéo ici

et ici

 

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Grande composition décorative  .

 

Bruce Sargeant existe.

 

 

 

 

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23 janvier 2013

VIE ENCLOSE

 

 

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Ici toute une vie invisible est enclose
Qui n’a laissé voir d’elle et d’un muet tourment
Que ce que laisse voir une eau d’aspect dormant
Où la lune mélancoliquement se pose.
L’eau songe ; elle miroite ; et l’on dirait un ciel,
Tant elle s’orne d’étoiles silencieuses.

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Ô leurre de ce miroir artificiel !
Apparence ! Sérénités fallacieuses !

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Sous la blanche surface immobile, cette eau
Souffre ; d’anciens chagrins la font glacée et noire ;
Qu’on imagine, sous de l’herbe, un vieux tombeau
De qui le mort, mal mort, garderait la mémoire.

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Ô mémoire, par qui même les clairs instants
Sont douloureux et comme assombris d’une vase ;
L’eau se dore de ciel ; le chœur des roseaux jase ;


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Mais le manque de joie a duré trop longtemps.
Et cette eau qu’est mon âme, en vain pacifiée,
Frémit d’une douleur qu’on dirait un secret,
Voix suprême d’une race qui disparaît,
Et plainte, au fond de l’eau, d’une cloche noyée !


Les vies encloses , Epilogue 1896 . Georges Rodenbach


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            Les besoins de la vie en ce lieu sans ressource  
          De mon esprit errant avait borné la course
              Quand par des secours généreux
               Dont nul des vôtres n'est avare
           Vous avez ,dans l'ombre , comme eux
                   Ranimé ce pauvre Lazare
                   Objet de vos bontés , Marquis, je vais encore
                   Vers le Pinde une fois reprendre mon essor
               Y cueillir des roses nouvelles
               Dignes des bouquets de Parny
                Vous offrir la première et les autres aux belles
                   dont vous êtes le favori .

                  Olympe Bénazet ( 1802-1879)

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Le soir descend ; il est imminent ; il approche,
Emblème de la mort que trop on oubliait ;
– On était trop vaillant, on était trop quiet ! –
Mais le soir doucement nous en fait le reproche
Car il est comme le précurseur de la mort !

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Ah ! comment s’en sauver, quel moyen qu’on l’élude,
Et qu’on s’illusionne et qu’on le croie en tort
Et qu’on échappe à ce qu’il a de certitude,
Le temps de se reprendre au leurre du miroir :
Fenêtre où s’envoler, tournant le dos au soir !

 

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Le temps de se reprendre au mensonge des lampes.
L’ombre s’aggrave ; tout s’oriente déjà
Vers la nuit ; seul un lis plus longtemps émergea ;
Mais, là, tous ces drapeaux qui meurent à nos hampes !

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Tous ces cygnes que l’ombre incorpore ! Ces ors
Se dédorant sur les lambris et sur les plinthes
À mesure que les ténèbres du dehors
Couvrent de crêpe un vieux portrait aux lèvres peintes !

 

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Les bibelots pensifs abdiquent sans effort
(Tristes un peu de se sentir des urnes closes)
À l’ombre qui leur fait une petite mort,
Et mon âme s’incline à l’exemple des choses.

 

Les vies encloses ,  VI Le soir dans les vitres  1896  Georges Rodenbach

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Promenade en Mayenne. Décembre 2012

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25 novembre 2012

LA LEÇON D'ASSY

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L'Hiver des Alpes

Ces atomes de feu qui sur la neige brillent,
ces étincelles d'or, d'azur et de cristal
dont l'hiver, au soleil, d'un lustre oriental
pare ses cheveux blancs que les vents éparpillent;

Ce beau coton du ciel de quoi les monts s'habillent,
ce pavé transparent fait du second métal,
et cet air net et sain, propre à l'esprit vital,
sont si doux à mes yeux que d'aise ils en pétillent

Cette saison me plait, j'en aime la froideur;
sa robe d'innocence et de pure candeur
couvre en quelque façon les crimes de la terre.

Aussi l'olympien la voit d'un front humain,
sa colère l'épargne, et jamais le tonnerre
pour désoler ses jours ne partit de sa main.

Saint Amand -1634

 

 

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Quittant le plat de la vallée de Sallanches, la route serpente vers Passy, village à flanc de montagne face au massif du Mont Blanc, point de départ pour le plateau d'Assy dominée par la chaîne des Fiz, comprenant l'Aiguille Rouge, l'Aiguille de Varen et la Pointe de Platé qui surplombe le désert du même nom.

Un plateau en Haute Savoie est une dénomination administrative d’un ensemble très en pente, contraire à la définition géographique de « plateau ».

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Le plateau d'Assy n'est pas seulement l'excursion par les chemins de traverses des curieux de la montagne mais était aussi la destination de nombreux curistes qui allaient respirer dans les Sanatoriums de l'entre deux guerres, l'air raréfié propice aux tuberculeux.

Les populations souffrantes dans leurs corps pouvaient aussi soigner leurs âmes grâce à l'installation en ces lieux d'une église remarquable.

Notre Dame de Toute Grâce du plateau d'Assy.

Le chanoine Deverny, aumonier des curistes, décida et surpervisa la construction qui s'étendit  de 1938 à 1946.

Cette église d'altitude fut consacrée en 1951, la décoration y fut achevée en 1961 puis classée Monument Historique en 2004 .

 

 

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le Père marie Couturier y fut désigné conseiller artistique.

 

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 L'architecte Maurice Novarina  édifiera une église que l'on pourrait qualifier de style savoyard car inspirée des rudes chalets de montagne; la façade triangulaire présente un auvent de cinq mètres de profondeur soutenu par six piliers de stature colossale.

Le grès vert de Taveyannaz du gros oeuvre accentue la rudesse du batiment qui majestueux et rugueux comme la roche environnante semble indestructible.

Seul le long campanile de vingt huit mètres de haut l'élève et nous rappelle l'Italie si proche.

Il est en restauration actuellement.

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Cette étonnante église rentre dans l'histoire de l'Art par plusieurs portes.

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Elle se situe dans le renouveau de l'art sacré du vingtième siècle et enseigne ce qu'il est coutume d'appeler maintenant la "Leçon d'Assy".

Le Père Dominicain Marie Alain Couturier, co-directeur avec le Père Pie Regamey de la célèbre revue Art Sacré ( 1954-1957) y appliqua sa vision nouvelle en rupture avec ses maitres des "Ateliers d'Art Sacré  "  animés par les figures charismatiques de Maurice Denis , Georges Desroullières et Georges Rouault.

Le renouveau d'Après guerre prend donc son origine dans une rupture avec les idées du renouveau d'Avant guerre.

Le renouveau des églises de l'entre deux guerres animé par ces célèbres Ateliers ( M. Denis,  G.Desrouillière) se proposait de rompre avec le style issu de Saint Sulpice qui décliné jusqu'à l'écoeurement ne correspondaient qu'à des redites sans âmes et sans esprit.

Leurs réflexions critiques portaient sur ce "lourd sentimentalisme"  des églises de leur temps que Paul Claudel en 1919 considerait comme une décadence " Pour qui ose les regarder, les églises modernes ont l'interêt et le pathétique d'une confession chargée. Leur laideur, c'est l'ostension à l'extérieur de tous nos péchés et tous nos défauts"

(lettre à Alexandre Cingria sur les causes de la décadence de l'art sacré1919 in "La decadence de l'art sacré" A. Cingria Paris Al'Art CAtholique 1930)

 

Les églises Saint-Nicaise de Reims 1923Saint louis de Vincennes( 1914 -1927) sont d'excellents exemples d'une réussite alliant renouveau de la forme  dans une continuité ravivée par les possibilités des nouveaux materiaux comme le béton armé, les charpentes métalliques. l'iconographie fut pensée et crée dans une volonté aussi bien décorative que catéchétique.

 

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Reims et Paris

 

Céramiques, peintures et sculptures sont réalisés par des maitres affirmant leurs croyances religieuses.

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Que l'on songe à la religiosité animant la construction de  l'église du Saint Esprit , avenue Daumesnil à Paris avec sa coupole de 33 mètres de haut et 22 mètres de diamètre, construite en pierre et en béton armé, grandement inspirée de la coupole de Sainte Sophie à Istanbul.

Les peintures sont omniprésentes sur les piliers, chapelles et coupoles , les techniques utilisées par Maurice Denis ou Jean Dupas sont innovantes comme l'utilisation intensive et avant gardiste du Stic B pour avoir un aspect "a fresco" sur le béton lisse. Le Stic B est une peinture brevetée utilisée initialement pour le traitement de surface et non pour la décoration.

 

  L'iconographie déployée  sans rupture brutale, en se dégageant de la cosse primitive des formes usuelles,  créer un langage autonome d'une modernité forte . Malheureusement ce procédé ne peut perdurer car il est très difficile sinon impossible à décliner de façon intensive sans s'abâtardir. Les artistes des Ateliers d'Art Sacré comme les architectes de l'entre deux guerre se gardèrent d'entrer trop avant dans les méandres mystérieux de l'Abstraction naissante. 

Les interrogations et discussions allant bon train concernant l'introduction de l'art moderne dans les édifices religieux, la question posée était :

Est-ce une intégration ou une profanation?

 

 Après la guerre, le Père Marie Couturier  et le Père Regamey (ancien attaché au département des peintures du musée du Louvre, artiste et dominicain) répondent à cette question, ils proposent un renouvellement esthétique radical en élaborant une nouvelle vision de l'art d'église. le Père Marie Couturier, théoricien de l'Art, s'inscrit dans un champ nouveau du dialogue entre les oeuvres inspirées et les fidèles. Le père Pie Regamey considèrant que tout art peut incarner le sacré, fait sienne cette opinion de Jacques Maritain :

"Il serait vain de chercher une technique ou un style ou un système de règles ou un mode d'opérer qui seraient ceux de l'art chrétien. L'art qui germe et qui grandit dans une humanité chrétienne peut en admettre une infinité"

(Jacques Maritain " Art et scolastique" 1920)


C'est ainsi qu'ils prennent le "pari du Génie " et déclarent que tout artiste vrai est un "inspiré". Il n'est donc nul besoin d'être "croyant" pour réaliser des oeuvres "inspirées" appartenant au champ de l'art sacré.

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En 1950, dans un article retentissant de la revue Art Sacré intitulé "Aux grands hommes, les grandes oeuvres" Le Père Couturier  amorce ce deuxième renouveau qui amenera non seulement une dynamique forte mais aussi une controverse importante que Rome devra trancher dans son concile.

L'église Notre Dame de toute Grâce du plateau d'Assy en fut le point de départ et la figure emblématique.

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La décoration y fut donc confiée à des artistes modernes qui un à un rassemblés dans cette entreprise transforme cette église de montagne en une sorte de manifeste.

F. Leger, J Bazaine, M. Chagall, H.Matisse, G Braque, P. Bonnard, G Rouault, G Richier, J Lurcat, M. Brianchon, A. Hebert Stevens, P. Bercot ainsi que le Père Marie Couturier lui même qui réalisa des vitraux d'après ses propres peintures.

Ce renouveau des années cinquante est illustré parfaitement par des églises comme la chapelle de dominicains de Vence datant de 1951, décoré par Matisse qui déclara " malgrès toutes ses imperfections, je la considère comme mon chef d'oeuvre"

L'église du Sacré Coeur d'Audincourt de 1951 près de Montbelliard  fut décoré par Fernand Léger et J Bazaine. Comme le souligne son marchand, Kahnweiler, en parlant à Brassaï : " La plus belle chose que Léger ait jamais faite est certainement les vitraux d'Audincourt. Je trouve assez extraordinaire que cette œuvre religieuse, d'un peintre communiste et athée, ne choque point le sentiment religieux ".

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Père M.A. Couturier et Le Corbusier

Notre Dame du Haut de Ronchamp construite par Le Corbusier se situe dans cette même mouvance. C'est par ce choix d'architecte que la modernité s'exprime en s'affranchissant des directions incarnés par Dom Bellot architecte batisseur d'église, Moine bénédictin de la congrégation de Solesmes, qui "innovait dans la tradition" comme le montre avec élégance ses nombreuses réalisations internationales.

 

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En 1948-1950,  la question de l’intégration de l’abstraction s’est posée dans le Doubs, avec les premiers vitraux abstraits créés par Alfred Manessier pour l’église Saint-Michel des Bréseux.

 

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Mais c’est en 1950, à l’occasion de l’exposition"Libri e oggetti d’arte religiosi," organisée à Rome par le père Régamey, que l’opposition très vive se cristallise car il s'agit d'une initiative française face à la grande exposition d'art Sacré organisée pour l'Année Sainte par la "Pontificia Insigne Accademia di Belle Arti e Letteratura dei Virtuosi al Pantheon" (Académie des Virtuoses du Panthéon)Académie qui se donne comme but de promouvoir le potentiel spirituel des arts.

Présentant des lithographies sur le thème de Pâques, Manessier y est accusé d'hérésie totale, son travail est rejetté par les instances vaticanes, le Père Regamey s'emploi à le défendre dans une série d'articles ou la question de l'oeuvre d'art "religieux" ou "sacré" quelque soit l'imprécision des définitions, ne doit pas s'en tenir au "sujet" mais au "thème" qui lui est spirituel. Il retourne l'argument des détracteurs de l'abstrait en se servant de la même encyclique "Mediator Dei" qui affirmait ,en rejetant également le "réalisme" et le "symbolisme", que l'oeuvre d'art sacré ne devait pas avoir besoin d'explication verbale ou écrite.

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Vitraux de Manessier

Le père Regamey expliqua que certaines scènes religieuses peintes pouvaient apparaitre pour les fidèles comme de vrais rébus difficile à déchiffrer, alors que les peintures abstaites ou "non figuratives" permettaient une approche du sacré plus immédiate grâce à l'interaction de l'inspiration du peintre et de la sensibilité du spectateur.

Un long questionnement concernant l'intégration de l'art comptenporain dans l'Art d'église fut mené avec au coeur du problème l' interrogation profonde d'avoir la  nécéssité d'utiliser des praticiens croyants pour réaliser à l'instar des icônes, non pas des oeuvres mais des actes de foi, des "prières" peintes ou sculptées.

  Interrogations sur l'oeuvre et sa destination, sa fonction dans le bâtiment église qui représente la matérialisation d'une foi et d'une espérance donnée et reçue par l'ensemble des fidèles. Ce qui est la fonction catéchisé du" monde des formes" de la représentation du monde par l'Homme.

 

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Tract d'Angers

La controverse ne commencait qu'à peine, car vint le "tract d'Angers" qui polarisa la bataille sur Notre Dame de Toute Grâce d'Assy.

Lors d'une conférence donné en 1951 à Angers dans le Maine & Loire,  le chanoine Devemy, fondateur du projet d'Assy et baptisseur d'église se voit attaqué très violement par un tract distribué  par un groupe de catholique animée par le Docteur Pierre Lemaire. L'église d'Assy y est stipendié et particulièrement la sculpture du christ en croix qui pour ces catholiques est un outrage.

Laissant de coté la porte en bronze du tabernacle de Braque, les carreaux blanc peint au trait de Matisse, le flou du baptistère de Chagall, le visage de la vierge en mosaique de Fernand Leger ou même les tapisseries si peu religieuses de jean Lurcat, la polémique se focalise sur la figure du christ de Germaine Richier, seul représenté sur le tract.

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Tapisserie de Jean Lurcat dans le choeur.

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Chapelle des fonts baptismaux " la traversée de la mer Rouge" céramique de M. Chagall

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Saint François de Sales par  P. Bonnard

 

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Saint Dominique céramique de H. Matisse, tabernacle G.Braque.

Vous trouverez de bien meilleures et complètes reproductions grâce à ICI. canablog

 

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Le christ de Germaine Richier

 

Germaine Richier, élève de Bourdelle aux ateliers de la Grande Chaumière avait comme collègue Alberto Giacometti. Elle présente avec celui-ci un travail ayant de nombreuses convergences d'esprit, aussi fortes et profondes que leurs divergences de notoriété actuelle.

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La controverse s'enflamme lorsque Monseigneur Cesbron l'évèque d'Annecy décide de retirer le christ scandale en avril 1951. Placé initialement dans le chœur derrière l'autel central, il fut relegué pendant dix huit ans au purgatoire.

Le CCIF (comité catholique des intellectuels français) y accorda un intérêt certain : un premier article de Stanislas Fumet montre le bien fondé de la décision épiscopale d'Annecy de retirer le christ, bien que le travail de Germaine Richier lui semble digne d'interêt. Quelque temps après, un second article infirme le précédent en soulignant que ‘"Le Christ d’Assy est un Christ d’Église"’  La mise au point de Rome peu de temps après (par l’instruction du Saint-Office du 30 juin 1952) tranche et marque une fois encore la difficulté du temps entre l’Église et les beaux-arts .

Paul-Louis Rinuy, maître de conférences à l'université Paris X- Nanterre nous explique dans sa conférence sur "Le renouveau de l'art sacré dans les années 1945-1960 et la " querelle de l'art sacré " 'in "L'enseignement du fait religieux les 5,6 et 7 novembre 2002")

Que ce christ en croix, présenté comme un simple " moignon sculpté " est  écrit par Gabriel Marcel comme " un rameau rachitique et couvert d'une espèce de moisissure " qui n'est que " le fruit mort d'une cérébralité desséchée ".

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Que Madeleine Ochsé, quelques années plus tard, ironise sur ce qui est à ses yeux " une simple ébauche ", " un tronçon pourri qui a renoncé à sa forme humaine et ouvert pour nous ses grands bras déchiquetés ". Une formule qu'on trouve dans un article de Mgr Costantini, secrétaire de la Congrégation De propaganda fide, paru le 10 juin 1951 dans L'Osservatore Romano, condense l'ensemble de ces critiques : " Ce Christ est une image caricaturale qu'on veut faire passer pour un crucifix, une insulte à la majesté de Dieu, un scandale pour la piété des fidèles ".

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En revanche Bernard Dorival, conservateur du Musée d'art moderne, dans son article  " L'Église d'Assy ou la résurrection de l'art sacré ", fait l'éloge du Christ de Germaine Richier, " douloureux et grandiose, dont les bras, démesurément ouverts, inspirent confiance et respect, et dont l'expressionnisme pathétique se double d'une noble plasticité. "  il affirme son propos sans exagération en concluant " Il est sans doute la première image pas trop indigne de son objet que la sculpture nous ait donnée depuis la fin du Moyen-Âge " " La véritable expression de ce crucifix [...] ne saurait être perçue qu'à la faveur d'une suffisante compréhension du langage plastique employé par l'artiste ", écrit, par exemple, Léon Degand. Et le Père Régamey de conclure : " Faute de comprendre ce (nouveau) langage plastique, on n'y voit qu'une déformation sacrilège ".

 

La réalité est qu'aujourd'hui, le christ revenu dans l'église en 1969 est encore puissamment révulsif par sa forme et sa matière et cela malgrès notre apprentissage de l'oeil dû à la proximité des oeuvres très médiatisés d'A. Giacometti dont la parenté est évidente.

 Michel Durand dans un article publié dans : Art "Accueillir ce que dit l'artiste." 2008 (cf enmanquedeglise.com/article-20946038.html) ose un parrallèle éclairant avec le triptyque de Grünwald, on y voit le Christ couvert de pustules vertes : c'est le mal des ardents.

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"Les malades atteints de cette maladie étaient soignés par les Antonins,  commanditaires de ce retable installé dans la chapelle des malades qui venaient prier un Christ, atteint de la même maladie qu'eux. De même, après la guerre, pour Germaine Richier, il n'est plus possible de représenter le Christ avec un visage d'homme et elle représente le corps du Christ comme une véritable écorce d'un tronc noueux, manifestant les souffrances. Résumant les passages d'Isaïe 52 -53 qu'on relit pendant la semaine sainte : « Il n'avait même plus visage humain, personne, rien de beau pour attirer notre regard, rejeté de tous ».

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Et Michel Durand de conclure par ce beau  passage " Maurice Zundel dans La Passion de Dunkerque, en 1988, à l'occasion d'une exposition consacrée à des artistes contemporains auteurs d'œuvres sur le thème de La Passion, estime que dans le problème du mal, il faut penser que Dieu ne peut intervenir, mais qu'il en est la première victime ; s'il n'y avait pas dans l'homme une valeur infinie, le problème du mal ne se poserait pas. Cette valeur c'est la présence silencieuse de Dieu. Dieu ne peut rien perdre de son intégrité. Le mal qui frappe l'homme l'atteint lui-même. On peut dire que s'il y a une agonie, Dieu agonise en elle, s'il y a une solitude déchirée, Dieu souffre en elle, s'il y a un crime, Dieu en est ensanglanté. Le Mal n'a une telle dimension que parce que Dieu en est le premier frappé." ((cf enmanquedeglise.com/article-20946038.html

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Cette controverse s'alimentant de contestation plus profonde de la part des coureurs de fond de la fuite en avant, on vit même une interrogation sur la place et la forme des églises dans la ville ...la querelle prenant une tournure plus "politique" à l'aube des grands boulversements de Vatican II. La liturgie comme l'architecture devant être transformées, adaptées, passant ainsi sans transition pour certain du Ab æterno (depuis l'éternité) à l'Ab agendo ( hors d'état hors d'usage)  pour correspondre à une époque emportée par le tourbillon d'une "modernité " née de la fin guerre.

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Notre Dame du Haut 1955 Le Corbusier

Dans sa thèse universitaire l'historien  Pierre Lebrun  travaille sur la remise en cause du modèle paroissial et de l’église monumentale dans le cadre du mouvement oecuménique et conciliaire. L’église-monument-oeuvre d’art allant vers l’asile de silence et de recueillement.

"Au milieu des années 60, dans un numéro spécialement consacré à l’architecture religieuse, L’Architecture Française revient sur la nécessité de conférer aux églises en cours d’édification dans les cités en construction, des formes architecturales qui répondent aux conditions nouvelles de l’urbanisme. Le père François Russo, dans un article consacré à la construction des églises en France, estime qu’une architecture religieuse fonctionnelle est en cours d’élaboration. Selon lui, celle-ci se caractérise par son austérité et sa capacité à s’émanciper de toute imitation de l’ancien.

Ses dimensions sont modestes puisque l’on estime alors qu’au-delà d’un rayon de 600 mètres un lieu de culte est inefficace et qu’il est nécessaire de limiter la capacité des églises à 600 ou 800 places afin de permettre une participation active des fidèles au culte"

 

 

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Sachez retrouver  la "maison d'église" Notre Dame de Pentecôte sur l'esplanade de la Défense....

"Au milieu des années soixante, sous l’influence de l’esprit de réforme et d’ouverture qui souffle lors de Vatican II, le clergé se sent maintenant encouragé à chercher des pistes nouvelles en matière de conception d’églises. Il semble désormais acquis que les lieux de culte à édifier dans les cités nouvelles et les grands ensembles doivent bannir toute recherche de monumentalité."

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Exposition Dhimmitude à la Paroisse.la Défense 2012

 

L'esprit d'une époque maniant la volonté d'aller vers un renouveau qui serai un jalon vers un futur paré de toutes les vertus d'un modernisme salvateur provoque des cul de sac . La restauration nécéssaire de Notre Dame Saint Lô dans la Manche en est un exemple.La vision moderniste du père Regamey, présent sur tous les fronts, amena a des choix qui aujourd'hui nous paraisse des occasions ratées de retrouver le chemin vers l'avenir déroulé sous nos pieds par notre passé fortement identitaire.

 

 

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Après les combats de la Libération en 1944,  la Manche voyait l'église de sa préfecture détruit à plus de 50 % , la nef a ciel ouvert  découverte de sa couverture , ses voûtes et la façade effondrée suite au bombardement de la tour nord par l'artillerie allemande. Seuls la tour sud sans sa flèche, ainsi que le chœur et les bas côtés, restaient à peu près intacts. Il fut entreprit une restauration de grande ampleur :

"La restauration de l'église (1944-1974) fut longue et difficile en raison d'un changement radical dans le parti pris de restauration au cours du chantier. Après les premiers travaux d'urgence, l'architecte des Monuments historiques Louis Barbier prépare un projet de reconstruction à l'identique de la façade ouest en récupérant la plus grande partie des pierres taillées d'origine. Mais en 1947, sur proposition du révérend père Régamey, alors directeur de l'influente revue Art sacré, il est remplacé par Yves-Marie Froidevaux, qui propose en 1953 le principe de garder la ruine de la façade ouest et d'en faire un mémorial contre la guerre. Mais ce projet fut combattu localement: le conseil municipal ne donna jamais son accord et ne participa pas financièrement à la restauration imposée.

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Un mur pignon aveugle « cicatrisant » en schiste vert du Nord-Cotentin fut construit en retrait de la façade disparue et les pierres de l'ancienne façade furent dispersées dans divers dépôts lapidaires quand elles ne servirent pas aux remblais nécessaires à la reconstruction de la ville... Confronté à des difficultés techniques imprévues (la taille de la pierre) et à des difficultés financières récurrentes, Yves-Marie Froidevaux n'achèvera son œuvre qu'en 1972 avec l'installation de trois portes historiées en bronze atténuant ainsi la sévérité de l'ensemble qui fait regretter la disparition de la façade historique."( source Wikimanche)

 

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En 1994, à l'occasion du 50e anniversaire, l'artiste peintre Bruno Dufour-Coppolani, dressa une toile peinte provisoire représentant l'élévation de la façade disparue devant la béance voulue par l'architecte restaurateur...

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Où en sommes nous de l'art Sacré aujourd'hui ?  Quelles interrogations et controverses animent encore cette question?

L'oecuménisme extra chrétien et la volonté de d'effacement pour acceuillir "l'autre" laissent la puissance des images à la Publicité, fille naturelle de la Propagande ou à l'iconographie éxogène .

L'art catholique romain est un convalescent fragile, laissant aux maigres budgets des parroisses de maigres possibilitées de briller.

L'église Notre Dame de Toute Grâce du plateau d'Assy témoigne d'une incursion inouïe par les grands noms de l'art de la fin du vingtième siècle, dans la représentation sacrée occidentale.

Une bréche ouvrant un futur qui se cherche encore dans sa propre interrogation.

La célébrité des uns assurant la pérénnité d'un lieux déserté par les curistes,  les bons pères ont glissés l'art profane dans les habits de l'art sacré, espérant peut être  en un rituel animé de la formule dites lors de sacrifices et ex-voto antiques

"Do ut des "

" Je donne pour que tu donnes"

 

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Posté par amaury hutt à 11:43 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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