AMAURY de CAMBOLAS Blog peintres deco

30 septembre 2014

LES FEUX DE LA PAÏVA II

Les appartements de la Marquise

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Sortant de la bibliothèque, une circulation englobe la cage d’escalier d’Onyx en la contournant. Une succession de petites pièces ayant certainement une fonction utile et particulière amène vers les appartements privés du couple, en arrière de l’escalier principal.
Discrètement dérobé à la vue, deux escaliers secondaires sont accessibles pour le personnel venant de l’étage supérieur où ils résidaient alors . Ces escaliers descendent jusqu’au sous sol ou les grandes cuisines s’y trouvaient. Un des escalier dessert ainsi la salle à manger du rez-de -chaussée alors que l’autre amène par une autre voie à celle du premier.
Les dispositions actuelles ne permettent pas d’avoir une certitude concernant la finalité des pièces transformées aujourd’hui en cuisine au premier étage. Mais traversant les appartements privés, nous pouvons imaginer, par le manque de pièce de rangement qu’il devait y avoir buanderie et armoires de stockage pour les tenues de la Marquise . L’énigmatique JG dans sa description de l’Hôtel à l’ouverture public par le restaurateur Pierre Cubat en 1896 décrit en une phrase ce passage qui n’existent plus, il mentionne une galerie avec une petite antichambre. Seule une petite salle de bain existe encore partiellement grâce à la présence de son lavabo de pierre et de son plafond peint.

Le palier du grand escalier (ou Antichambre) s’ouvre sur la gauche vers le petit Salon des Fournisseurs ( Qui lui a attribué ce non? et pourquoi?  cela reste à déterminer). La pièce reçue une décoration soignée mais une cheminée somme toute assez modeste.

 

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Cette cheminée de type capucine en marbre rouge veiné de blanc appelé « Rouge de France » s’insert dans une entre-fenêtre. Les jambages de la cheminée sont ainsi doublés de petits pilastres pour s’adapter à la largueur nécessaire. La cheminée a donc un conduit dévoyé dans l ‘épaisseur du mur si elle n’est pas purement décorative. La fenêtre donne sur la verrière du passage couvert latéral qui fut transformé en corridor d’entrée au alentour de 1900.

Le grand plateau de marbre rouge est d’une belle largeur, il pouvait recevoir pendules, candélabres et multiples miniatures ou figurines décoratives dans la surcharge du gout de l’époque. Le seuil du foyer se trouve agréablement amélioré par un jeu de marbre de couleur avec des inclusions très sobres de Sarrancolin « Ilhet » donnant une note claire à l’ensemble.
La dénomination de petit salon ne s’accepte que par la présence de cette cheminée car c’est une pièce d’enfilade donnant vers la suite privée de Madame. Salon des Fournisseurs donc, aussi salon d’attente où ces mêmes fournisseurs avaient tout loisir de lever les yeux au ciel pour admirer le plafond du « Boucher du Second Empire » lorsque la Marquise se faisait attendre.

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 Le plafond carré est richement dotés de moulures dorés ayant en son centre une toile ovale de Faustin Besson ( 1821-1882), peintre d’origine Franc-Comtoise et fils du sculpteur Jean Séraphin Désiré Besson qui lui légua sa charge de conservateur du Musée de Dôle.

Réplique de faustinnnn


Les  voussures  peintes sont décorées d’entrelacs avec griffons sur fond ocre rouge que l’on retrouvera dans la chambre du Comte. Il est quelque fois dit qu’elles seraient peintes par Faustin Besson lui même ( in J.G Les Merveilles de l’Hôtel Païva 1896 P.Cubat Edit) mais il semble irréaliste de ranger Faustin Besson parmi les nombreux peintres décorateurs ornemanistes dont les noms sont connus, à défaut de leurs biographies, qui ont oeuvré in situ, certain même salarié comme Cussot, l’ornemaniste de l’architecte Lefuel que Manguin fidélisa avec 500 francs par mois  car il avait, nous dit Legrain via Victor Champier « une patte » extraordinaire.

Alanguie sur un nuage entourée de séraphins, une jeune déesse dénudée, encadrée par un voile flottant qui traditionnellement nous relie la Villa des mystères à celui du triomphe de Vénus par François Boucher, semble d’un geste gracieux, la main prise dans une cordelière, inciter les poutis à présenter leurs roses. L’ « Apothéose de la femme » parait un titre bien commode, bien qu’il soit largement utilisé dans les commentaires et peut être ici trop bien à propos.

Le thème n’en est donc pas vraiment élucidé. En 1857, Faustin Besson aura à charge de décorer le plafond de la chambre à coucher de l’Impératrice Eugènie au Palais des Tuileries. Il réalisera une peinture en ovale représentant « la Déesse Flore envoyant sur la terre la rose de la Malmaison »
(In « Célébrités Franc-Comtoises, Faustin Besson » par Armand Marquiset . Ed Bulle  Besançon 1859)
Le plafond évidement aujourd’hui disparu dans l’incendie, est décrit comme suit « La déesse, mollement assise sur un nuage, dans le coin le plus lumineux du ciel, prend avec grâce, dans une corbeille remplie de fleurs, la rose privilégiée qu’elle confie à Zéphyr… »
De l’Impératrice à la Marquise, rien ne pouvait d’avantage la flatter que cette proximité. Faustin Besson, n’était certainement pas exempt de réemploi, d’adaptation d’un thème souvent demandé pour gagner du temps .
Il est probable que la toile fut exécuté dans les années 1860 et marouflée peut être au même moment que la toile de Baudry, réalisée elle en 1864 mais installée dans le grand salon en 1868, date de l’inauguration de l’Hôtel .
 (Revue des Arts Décoratifs V. Champier T 23 1901)

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Des plafonds peints par Faustin Besson sont encore visibles dans le salon de l’Aiglon de l’Hôtel Continental, rue de Castiglione, dans un des salons du Ministère de l’Intérieur …et au Musée Henri Barré de Thouars.
Il est piquant de voir A. Marquiset conclure son évocation des travaux de Faustin Besson pour l’Impératrice en 1859 par ces mots :
« Puisque tel est le goût qui plait et domine, espérons que, dès que les Tuileries se décorent dans ce genre amusant, les hôtels des particuliers vont suivre cette impulsion artistique… »


Le Salon de toilette et la salle de Bain

Par un petit sas à quatre portes ayant certainement fonction d’amener plus de confidentialité, nous entrons dans le Salon de Toilette dont la fenêtre donne sur la façade. Séparant la chambre à coucher et la salle de bain, ce salon est remarquable par sa cheminée de carrare blanc immaculé très finement ciselé par Eugène Legrain. Cheminée fontaine, elle est étonnante à plusieurs titres.

 

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Sa conception particulière intègre le trumeau dans sa découpe de marbre, lequel trumeau plus large que le corps de cheminée lui même, descend comme un lambris plaqué au mur. La cheminée semble apposée sur ce parement et très ingénieusement deux quarts de fût de colonne cannelée occupent l’espace vacant. Conçue avec un plateau légèrement évidé, comme une vasque de fontaine, la cheminée se pare d’un groupe en rond de bosse de grande taille.  Vénus et Cupidon plus que Psyché et l’amour, ce groupe sculpté est fondu dans un bronze mi doré mi argenté.

 

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L’attribution de cette sculpture anonyme ( aucune signature, marque ou poinçon n’est visible) est encore formellement à déterminer.
Carrier Belleuse ou Eugène Legrain ??
Le Senne dans son ouvrage attribut ce groupe qu’il appelle « la femme et l’enfant «  à Carrier Belleuse , il décrit le marbre sculpté mais ne mentionne aucunement Legrain même lorsqu’il détaille le haut du trumeau avec « ses colombes se becquetant parmi les roses ».

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 Victor Champier, directeur de la Revue des Arts Décoratif, lui, ne parle pas de Carrier Belleuse mais cite Eugène Legrain comme le sculpteur-ciseleur des motifs floraux et décrit l’ensemble de la cheminée en la mentionnant « surmontée d’un groupe infiniment gracieux ».
Parlait-il des colombes dans les fleurs? N’aurait il pas mentionné Carrier Belleuse si cette cheminée était issue d’une collaboration comme le fut celle de la salle à manger ?
Champier dans son article de la revue daté de 1901 raconte avoir été visiter dans son atelier, le vieux sculpteur Legrain, professeur de Rodin, dont la notoriété déclinante déjà à l’époque est malheureusement éteinte aujourd’hui. En témoigne l’anonymat de son ancien atelier, existant encore aujourd’hui près de la place Monge, transformé en habitation. Quelques sculptures de ses amis et un buste lui rende hommage silencieusement.

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Ancien atelier d'Eugène Legrain rue Larray , Paris Veme


Victor Champier semble donc tenir des informations beaucoup plus fiables que Le Senne, même si celui-ci fut Secrétaire-général de la Société historique des VIIIe et XVIIe arrondissements et secrétaire de la Société Victor Cousin. Il est ainsi surprenant qu’Emile Le Senne ne fasse aucune mention de la cheminée de la grande chambre à coucher. Il est probable qu’il y ait confusion et rétrécissement de l’espace comme il arrive quelque fois notamment chez Lollié quand il place les peintures de Brisset du boudoir dans le salon de musique (note:  in Lollié " la fête Impériale"… erreur reprise par Peter Fleetwood Hesketh dans son article de Country Life en 1978))

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La composition de la scène sculptée est délicate avec de belles successions de courbes dansantes.
 Légèrement appuyée sur le haut du petit bassin, la jeune femme souriante, les yeux mi clos retient d’une longue main gracieuse la sangle de sa tunique qui lui découvre le buste tandis que le jeune cupidon n’ayant que ses ailes comme attribut se déhanche avec langueur. Le jeune cupidon avait dans sa main droite un miroir suivant la description faite par JG dans sa présentation de l’Hôtel et comme l’atteste la photographie publié par Cubat en 1898. Ce petit miroir a disparu depuis bien longtemps comme souvent les parties amovibles des bronzes des pendules XIX eme.

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La scène classique dans un gout maniériste, se trouve encadrée par un débordement de Volubilis,  taillés dans les montants du trumeau qui culmine avec trois tourterelles se « becquetant » avec entrain. Le tout prend de belles libertés, en témoignent les feuilles et fleurs s’échappant du pilastre pour descendre sur leur base. La sculpture d’Eugène Legrain douce et sensible annonce des courbes Modern style.

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L’avant corps de la cheminée, très incurvé décrit une courbe rejetant les pieds droits vers l’extérieur. Le foyer est souligné par un encadrement rentrant de bronze très doré ayant de jolies fleurs bleues vifs , des myosotis de lapis, vissées dans une frise de lauriers tressés.
L’aspect général donne une impression de légèreté et d’élan, le grand miroir évidant la masse est soutenue par une base colorée créant une assise de force et de richesse.

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La salle de bain est une des pièces les plus commentées grâce à sa cuve argenté de baignoire mauresque à trois robinets. L’ensemble est étonnant de couleurs agencées en jeux géométriques de marbres , de faïences réalisés par Théodore Deck dans un style « Mille et une Nuit » très à propos dans l’Orientalisme florissant de cette fin de siècle. La fenêtre souvent ouverte du temps de la toilette de la maitresse de maison contient dans sa largeur un bloc évidé de marbre beige ocré faisant certainement office de plateau pour lavabo et non de table de massage comme il est écrit dans certaines descriptions romancées.

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La cheminée d’onyx jaune a comme trumeau un grand miroir cintré, encadré de deux longues et fines colonnes d’Agathe. Le plateau est large, épais, c’est un beau bloc d’onyx évidé comme une vasque et qui peut prétendre à être utilisé aussi pour la toilette. Le foyer, très en retrait, est de petite taille, il peut être occulté par un rideau métallique coulissant.
 La particularité de cette cheminée somme toute assez simple, sont ses lions assis soutenant en cariatide le lourd plateau. Très hiératiques, ils sont dégagés en taille direct des pieds-droits dans leurs dos. Les veines d’onyx en témoignes, on les voit fuir sur le socle à la base des pattes et sur l’arrière de leurs têtes, notamment une grosse veine sombre traçant une ligne, descendante vers le mur, sur le lion de gauche. Le poitrail est légèrement carré avec un pelage assez stylisé ressemblant à des plumes. La facture des têtes de lion sont assez proches de celle de la déesse Sekhmet, et cela est certainement intentionnel pour être au plus prêt du style « oriental » de l’ensemble. Cette cheminée se fait discrète lorsque l’on entre dans la pièce, en effet sa couleur unique se fond dans un kaléidoscope dont le sol très richement agencé en étoiles n’a comme pendant que les caissons du plafond ceinturé par une large corniche arabisante d’alvéoles denticulées et dorées.

 

La grande chambre à coucher est située comme cela semble naturelle à son importance, au centre du premier étage; exactement au dessus du grand salon du rez-de-chaussée. Le balcon de pierre incurvé du corps central de la façade englobe les trois fenêtres de la grande chambre dont la particularité de la fenêtre du milieu réside dans le fait qu’elle ne possède pas de montants croisés. C’est une fenêtre avec une vitre pleine qui romps l’ordonnance répétitive des fenêtres de façade; et cela pour la simple raison que cette fenêtre fait office de trumeau pour la large et somptueuse cheminée de bronze et de Malachite faisant face à l’alcôve ouverte avec estrade sur lequel trônait le lit mythique de la maitresse de maison.

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Cette cheminée extrêmement élaborée semble néanmoins très sobre dans l’extraordinaire luxuriance de la chambre avec ses lambris ciselés et son plafond à stalactites néo-gothiques flamboyants de dorures ornés de peintures florales.
Toute de bronze doré, le corps de cheminée n’est que l’encadrement avec moulures et oves de larges plaques de Malachite .
Les inclusions encadrant le foyer sont surmontées en plateau par une très grande et belle plaque ayant de somptueuses vagues et nodules de tendres verts ferrugineux. Il est assez rare de voir la Malachite utilisée pour des ouvrages d’aussi grande proportion.

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La France compte dans le Var, la Moselle ou l’Hérault de belles carrières mais ne produisant que de petits cristaux. La mine de Nijni-Taguil près de Yékatérinbourg dans l’Oural mis au jour en 1835 un filon de plusieurs centaine de tonnes, ce qui explique l’engouement russe pour la Malachite que l’on retrouve en grand nombre et en grande surface au Palais d’Hiver de Saint-Petersbourg, à la cathédrale Saint Isaac ainsi qu’au Kremlin de Moscou. La Marquise marqua peut être ainsi sa secrète réminiscence nostalgique de sa terre natale par ses chrysocolles vertes.
Le foyer a conduit décalé est encadré d’une frise de cloisonnés d’émaux donnant encore plus de préciosité à l’ensemble dont les plaques de fonte tapissant l’intérieur de l’âtre très finement travaillées, présentent le lion en majesté entouré de nombreux rinceaux.  

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La réussite de cette composition vient des pieds droit à pans coupés qui se voient flanqués de deux sculptures de grande taille et en pleine rond de bosse.
Représentant deux jeunes femmes en toge, agenouillées l’une sur le genou droit, l’autre sur le gauche. Elles collent leurs bustes au bronze d’angle, les bras ouverts, et semblent désigner dans un geste gracieux et maniéré un petit cartouche ovale, en émail camaïeu bleu clair, représentant une jeune femme nue allongée.
Les sculptures de bronze subtilement argenté sont attribuées à Eugène Carrier Belleuse, ce qui semble attesté par leurs poses chantournées et la nervosité des drapés. Les grandes torchères à la Couronne de l’escalier de l’Opéra de Paris montrent d’une manière éclatante cette virtuosité qu’un simple examen fait apparaitre dans cette cheminée très particulière.

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La scène centrale désignée par ces servantes prosternées semble représenter les langueurs de l’amour consommé. Une bise soulève le voile de la déesse au corps parfait, tendrement allongée dans le feuillage . L’amour ayant dispersé ses armes se blotti alangui, près du mamelon protecteur. L’amour est célébré par cette petite touche discrète alors que les médaillons des portes doubles représentent d’une manière assez solennelle, les grandes qualités cernant comme une auréole la déesse du lieu:
Genium (l’esprit); Pulchritudo (la beauté); Scienta (la connaissance); Genius (le génie) ; Mobilitas, (la promptitude de l’esprit); Gracias (la grâce ou la reconnaissance; Fortitudo (la force) et enfin Divitae! ( la prospérité).

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Sorte de médailles prophylactiques placés dans la partie médiane des portes, ces profils de bronze apotropaïques signés sur l’épaisseur du cou, E. Picault, ont été beaucoup raillés car assez incongrus et pour tout dire assez grandiloquents. Le choix de ces hautes vertus fit sourire lorsque la vie de la Marquise s’étala dans les gazettes. Le jeune Emile Louis Picault (1833 1915 ) s’acquitta néanmoins très finement de cette commande ainsi que des médaillons décorant le haut des portes du vestibule d’entrée au rez de chaussée. Malheureusement peu visibles, les sujets en sont autrement plus légers et distrayants, on y reconnait la Cigale et la fourmi, le Renard et le corbeau, Phoebus et Borée, la Folie et l’Amour, le Poisson et le pêcheur,et la Laitière et le pot au lait !
Les portes de l’antichambre (ou palier du premier étage), contiennent enchâssés des médaillons qui restent à étudier.
Picault est assez ignoré aujourd’hui, pourtant son abondante production de statuettes en bronze déclinées en Objets d’Art, ornements de vase et de pendules, est très diffusée. Ses oeuvres ayant une signature très lisible sont visibles dans plusieurs collections publique de province.

A gauche de la cheminée, par une double porte, nous entrons dans une petite pièce dont l’attribution n’est pas clairement établie. Appelé « petite chambre à coucher » dans Les Merveilles de l’Hôtel Païva (JG 1896) ou simplement ignorée dans la plus part des descriptions, sa cheminée blanche est simple et délicate. Très féminine de physionomie, sculptée en onyx blanc, elle n’a qu’une légère décoration de bronzes dorés rapportés, consistant en quelques motifs de feuillage en encadrement du foyer.

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La fonte à angle arrondi adoucie l’ensemble, allège par le contraste de couleur, la cheminée qui s’encadre dans l’entre-fenêtre. Voici encore un conduit détourné tournant le sens de la pièce vers la fenêtre, c’est la quatrième cheminée à « miroir ajouré » incitant les regards à plonger vers l’avenue et le jardin. Cette cheminée blanche donne à cette petite pièce l’aspect d’un boudoir ou d’un petit salon d’habillage. Dernière des cinq fenêtres du corps central correspondant aux appartements de la la marquise, lisible sur la façade, nous avons le salon de toilette à gauche puis les trois fenêtres tenues par le balcon au centre et enfin cette petite pièce sans autre communication, qui constitue l’ultime inaccessible de son intimité, le saint des saints où elle pouvait se retirer, laissant la domesticité s’activer aux tâches journalières.

La grande chambre communique par sa double porte médiane au corridor qui passant à l’arrière de l’escalier, ouvre sur un petit Salon appelé aujourd’hui

la « chambre du Comte » .

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Le petit salon transformé en petite salle à manger avec son alcôve de repos. 1896

 

Ce petit salon visible sur la façade ayant sa fenêtre en renfoncement sur le décrochement droit au premier étage, au dessus du salon de musique, a malheureusement partiellement disparu.
La cuisine de l’étage ayant coupé la partie en alcôve qui dans sa voute était décoré d’une peinture de Brisset représentant la déesse Aurore à demi couchée dans des feuillages sur fond d’azur.
Le peintre Pierre Brisset, (prix de Rome 1840) fut bien malmené par le temps car voici sa deuxième composition détruite après la destruction partielle du salon de jeu du rez de chaussée.
Reprenant l’ordonnance du salon de musique au dessus duquel elle se trouve. L’alcôve disparue était une « grande niche de repos » en boiserie à trois grands panneaux ornés de tentures. Toute cette partie détruite a été remplacée par un mur plein. Heureusement ont été conservé la corniche monumentale avec ses cartouches aux lions Donnersmarck et ses rinceaux dorés de belles amplitudes peint sur la gorge grenat très en accord avec la massive cheminée de griotte d’Italie dite Ritsona.

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Rouge, lourde et strictement à angles droits comme un autel antique avec ses pilastres cannelés, cette masculine sculpture présentait en son milieu dans le panneau soutenu par un culot sculpté d’acanthes, un médaillon de bronze argenté représentant une « femme ailé » qui a mystérieusement disparu. Un disque de marbre jaune sans moulure ni agrément a été placé pour combler ce vide, ce qui est évidement un pis aller car sans ce seul ornement, cette cheminée perd beaucoup de sa physionomie.
L’âtre de brique est encadré d’une fonte en chanfrein gravés de rinceaux.

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Cette pièce avant transformation avait les murs peint à l’huile en deux tons gris et saumon. Les moulures étaient dorées ainsi que le sont les caissons d’angle du plafond encadrant un fond saumon avec un semi de fleurs. Pièce masculine; pièce dévolue au Comte de Donnersmarck dont les lions ornent outre la gorge de la corniche et plus exceptionnellement le haut des fenêtres. La fenêtre gravée de ce petit salon est attribué à Paul Bitterlin, artiste peintre graveur verrier, médaille d’or à l’Exposition des Beaux Arts appliqués à l’Industrie, au Palais des Champs Elysée en 1863, soit trois avant la fin de la construction de l’Hôtel.

 

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Grand figure des verres gravés à l’acide fluorhydrique, sa renommée est européenne car si le procédé avait été mis au point par les Anglais en 1850, c’était uniquement pour graver les lettres des enseignes. Bitterlin améliora et perfectionna cette technique pour l’ornement et mis au point la technique chimique du matage des parties polies par la fluorure d’Hydrogène qui décompose l’acide silicique du verre.
Les Arts industriels s’en trouvèrent profondément modifiés. Il n’est pas étonnant de le voir intervenir (quoique modestement) chez Madame la Marquise. Parmi les neufs médailles d’Or décernées à l’Exposition de 1863 l’on retrouve outre Paul Bitterlin,  Eugène Carrier Belleuse et le maitre d’oeuvre Pierre Manguin  
Dessinateur, peintre, il composa aussi bien des décorations sur verre que des vitraux très colorés comme en témoigne la chapelle du sacré Coeur de l’église Saint Pierre du Gros Caillou dans le 7eme arrondissement de Paris. Il réalisa les grandes verrières des théâtres en vogue comme le Châtelet , le Lyrique, la Gaité, le Vaudeville et le grand dôme du tribunal de commerce de Paris. Maitre en cette matière, son atelier d’une quarantaine de personne répondait à des commandes venant de l’Europe entière.
Les parties hautes des fenêtres sont gravées sur fond dépoli, le lion Donnersmarck situé dans l’oculus est encadré par deux vitres avec branche de feuillage. Les lions se font face et se découpent très élégamment en contre jour sur la luminosité du ciel.

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Les vitres transparentes reçoivent un encadré de rinceaux de fines plantes grimpantes sur un tuteur dépoli aux angles arrondis. Travail très délicat, travail effectué peut être avant les années1860, ou alors, mais cela semble peu probable, après l’année 1863 où Bitterlin présenta à l’Exposition un kiosque de grande taille comportant tout son savoir-faire.  Sa technique fut élaborée entre 1857 et 1859.  Extrêmement dangereux à manier l’acide Fluorhydrique devait être savamment dosé pour obtenir des dépolis sans gravure préalable. Les parties en réserves étaient délimitées et protégées par un vernis au bitume empêchant la corrosion. Après sa médaille d’or, ainsi devenu le maitre européen de la gravure sur verre, il croula littéralement sous les commandes officielles.
Malheureusement  il est a déplorer une grande vitre manquante. La différence d’élégance, de finition est par contraste la preuve de la nécessité de la chose lorsque le regard s’arrête là ou l’autre ne contient rien.  


La petite salle à manger

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Sur la droite du palier du premier étage, dans une sorte d’alcôve dont la voute en arc est décorée de somptueux bouquets sur un fond alvéolé doré, nous accédons à la  petite salle du déjeuner.
Cette salle à manger discrète est très richement décorée. Utilisée certainement pour les déjeuners intimes comme pour les collations matinales, elle est directement desservie par le premier escalier de service dont le palier lui sert de sas d’entrée. La large fenêtre donne actuellement sur la cour mais il faut imaginer la vue d’alors avec les bosquets d’arbres de l’avenue Montaigne très peu construite .
Les murs sont recouverts de boiserie de chêne assez sombre, une niche avec deux pilastres cannelés en encadrement surmonte une petite cheminée de marbre noir à double plateau en décroché .
La conception ramassée, intégrée au lambris la rapproche d’avantage du poêle que de la cheminée classique habituellement rapportée au mur duquel elle se détache. Le foyer est cerclé dans sa partie haute , accoté dans sa hauteur ,par une garniture de cuivre doré. Le marbre uniformément noir est sculpté de lauriers, de lierres emmêlant des fruits. Deux angelots en vis à vis se reposent sur le fronton au-dessus de la corniche. Ils rappellent bien évidement ceux du Salon de Jeu discrètement alanguis, visibles sur la corniche du passage subsistant de ce Salon au rez-de-chaussée.
Une desserte fait face à la cheminée . Elle est constituée en un agencement de trois meubles bas accolés à la boiserie de trois panneaux finissant en ovales avec oculi. Un décor peint dans la niche supérieure représentant une treille en arc de cercle termine élégamment l’ensemble.
Le soin apportée à cette petite pièce est manifeste, le plafond très travaillé repose en des retombées moulurées et dorées. Les deux petites portes symétriques faisant face à la fenêtre se détachent et encadrent une grande peinture murale très colorée sur fond vert représentant « La Déesse Hébé offrant le nectar divin à la jeunesse » !  Personnifiant la vitalité, la vigueur de la jeunesse, elle est aussi la protectrice des jeunes mariés!

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La composition montre la déesse coiffée de lauriers en toge blanche dans une pose dynamique, agenouillé de profile, la jambe droite levée. Elle est  encadré d’angelots charmants semblant assis sur les chambranles des portes.
Réalisé par Henri Picou, cette grande composition occupant l’ensemble du mur repose sur une belle frise de roses et feuillage en liberté.
Voilà une jolie peinture de belle taille plus réussie que « la Vénus sortant du bain » du Salon de musique si anecdotique aussi bien dans sa pose ingrate que dans son sujet rabâché. Picou réserva ici , pour la Marquise seule, le meilleur de son travail car il est peu probable que beaucoup d’invités n’eurent l’occasion de faire la comparaison.

***

 

A suivre :   La vie au 25, Les destinées du 25....

 

 

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11 septembre 2014

LES FEUX DE LA PAÏVA


 « Dans le salon énorme, dans la cheminée gigantesque, pas de feu, rien que la chaleur d'un calorifère qui s'allume.

La Païva n'aime pas le feu.

Elle arrive bientôt, ruisselante d'émeraudes sur la chair de ses épaules et de ses bras: «Ah! je suis encore un peu bleue… c'est que je viens de me faire coiffer par ma femme de chambre, les fenêtres toutes grandes ouvertes,» dit-elle. Cette femme est bâtie d'une manière toute spéciale. Par ce temps, elle vit dans l'eau et l'air glacés, à la façon d'une espèce de monstre boréal, inventé par la mythologie scandinave. »

Jules de Goncourt. "Journal des Goncourt" (Troisième volume).
3 janvier 1868

 

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Les cheminées du 25 avenue des Champs-Elysées sont des témoignages de la non fonctionnalité de l’art.
Quittant leurs objets, elles rentrent dans la ronde des magnificences déployées dans ce que l’on peut qualifier de dernier témoignage de l’excellence paroxystique de la décoration intérieure du Second Empire, là où la technique prends le savoir faire affinés par les siècles pour terminer en une apothéose, un bouquet final, une dernière floraison avant la rupture provoquée par la nouvelle grammaire des formes initiée par l’Art Nouveau du nouveau siècle commençant.
Les grandes cheminées de marbre et de bronze, de pierre et de mosaïques, d’émaux et de bronze argenté n’ont que de petits calorifères dans leurs foyers car leurs destinations excèdent le prosaïque . Elles concentrent les regards qui circulent et englobent l’espace architecturé pour converger vers le monument qui lie l’ensemble.
 La cheminée est le centre décalé des pièces vers lequel tout s’ordonne.
L’hôtel de Païva contient deux cheminées monumentales, oeuvres collectives reprenant l’esprit de Fontainebleau. Elles sont conçues comme des architectures allant du sol à la corniche qu’elles intègrent.
 Différentes cheminées de type plus classiques présentent des conduits détournés et se positionnent devant des fenêtres, modernité donnant plus d’irréalité à l’agencement classique du miroir initié par Decotte au dix huitième siècle.(1)(Notes en fin de chapitre)
L’Hôtel de Païva est ainsi un condensé du savoir faire exceptionnel de l’époque, une maestria que Charles Garnier offrira bientôt à la gloire de l’Empire.

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Cet écrin néo- renaissance revisité est le dernier palais subsistant des Folies du quartier des Champs-Elysées dont le souvenir nous est perdu.
 Qui se souvient du Palais Pompéien du Prince Napoléon, du Chateau Gothique du Comte de Quisonnas, du Chateau Tunisien de Jules de Lesseps, du Palais Romain d’Emile de Girardin, de l’Hôtel Rose du Duc de Brunswick?
Tous disparus, démolit et oubliés.
L’hôtel de Païva miraculeusement épargné ne fut inscrit à l’inventaire des Monuments Historiques qu’en 1980.
Si l’escalier d’onyx d’Algérie ou la toile marouflée «  Le jour chassant la nuit » de Paul Baudry  concentrent tous les commentaires admiratifs, les cheminées regardées comme intégrées au décor sont indubitablement les étapes d’une visite ou l’excellence désirée par la commanditaire trouvera en Pierre Manguin l’architecte exemplaire et son grand oeuvre.

Manguin, fervent disciple de Duban (2) s’était fait remarqué par la Marquise qui lui avait acheté la grande bibliothèque d’ébène qu’il avait réalisé pour le bronzier Barbedienne pour l’Exposition de 1855. Elle lui confia ainsi la réalisation de son hôtel particulier sur le terrain qu’elle avait acquis en cette même année dans le bas des Champs Elysées .

«  Manguin dessinait avec une adresse extrême. Il avait de la souplesse, du savoir faire, un esprit délié » « Il ne voulut pas d’entrepreneur. De véritables ateliers furent organisés par lui avenue des Champs Elysées, où tout s’exécuta directement sous yeux, d’après ses dessins. Même les marbres, les onyx, achetés par ses soins furent façonnés là »
Revue des Art Décoratifs N°8 Victor Champier  1901

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Le sculpteur H. A. Jacquemart qui devait exécuter la petite frise d’oiseaux sur des rinceaux réalisé par Valette (3) sur la façade de l’hôtel, demanda à un collègue et ami, le sculpteur Eugène Legrain, :

« J’ai quelques cocottes à faire pour une maison des Champs Elysées, voulez vous vous en charger? » ibid
Legrain réalisa ainsi les figurines de bronze doré des portes d’entrée puis rassembla une équipe de jeunes talent et bientôt supervisa toute la partie ornementale.

 

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Il alla rendre visite rue Git le coeur à son ami le jeune Dalou et lui dit :
«   Tu sais que je travaille en ce moment, à force, aux ornements d’un hôtel qu’on construit dans l’avenue des Champs-elysées. La propriétaire est une certaine marquise de Païva, qui sort on ne sait d’où, ce qui ne nous regarde pas, mais qui à la prétention de se taire construire une merveille d’art et qui a, pour y arriver, des million à remuer à la pelle, ce qui commence à nous regarder, attendu que dans son hôtel elle veut une masse énorme de sculpteur et de bonne sculpture et faite pour elle seule. Manguin qui est l’architecte de la chose m’a pris en amitié, et m’a conté ses peines; les sculpteurs arrivés lui demandent  des prix fous, il a tâté de plusieurs, tels Cavelier et Allasseur qui lui ont fourni des esquisses ridicules. Je l’ai consolé en lui disant que j’avais sous la mainmorte une bande de jeunes, capable de faire infiniment mieux, sans lui couter, à peu près , aussi cher. Je lui ai indiqué Barrias, qui fait une statue de Virgile, Aubé qui en fait une de Dante et Cugnot une de Pétraque: soit trois marbres pour les niches de l’escalier. et quel escalier ! un bloc d’onyx! Tu le vois, toute la bande est de la fête et il faut que tu aies aussi ta part de Gâteau »
 Dalou sa vie son oeuvre » par Maurice Dreyfous 1910 H.Laurens éditeur Paris


Des sculpteurs et ornemanistes se trouvèrent ainsi rassemblés pour exécuter, seul ou en collaboration, les dessins de Manguin qui imagina pour le rez de chaussée deux cheminées colossales absolument uniques, dans le grand salon et et la salle à manger, ainsi que deux cheminées dite « capucines » dans le salon des griffons et le salon de musique.
A l’étage, il dessina trois grandes compositions de marbre et de bronze pour le salon de toilette, la chambre de la Marquise et la bibliothèque, puis cinq autres cheminées d’apparat de moindre volume pour le petit salon des fournisseurs, la salle de bain de marbre, le salon d’habillage, la chambre du Comte et la petite salle de déjeuner.

Soit en tout douze cheminées remarquables toutes différentes, fantaisistes ou classiques reprenant  ou donnant l’esprit des pièces et leurs destinations. Les seuls ornements signés sont le bandeau de marbre sculptés du salon, le bandeau de  bronze et la sculpture centrale de la salle à manger, le reste est anonyme mais pour les sculptures les plus importantes le souvenir en a été gardé et les attributions sont recoupées par de nombreux témoignages. Arsène Houssaye note dans ses confessions (tome 5 ) que « Des sculpteurs de marque ont écrit leur nom jusque sur les cheminées des petits appartements »  Les commentaires allaient bon train et les légendes aussi, car A. Houssaye, grand habitué des diners de la Marquise, colporte de fausses informations, il cite notamment le peintre Cabanel (4) comme ayant participé aux décorations peintes alors que bien évidement aucunes sources ni même aucune oeuvres existant sur place ne l’atteste.

La Marquise ne chauffe pas mais reçoit deux jours par semaine, le vendredi dix personnes et dimanche vingt convives.(5)


 Le Rez de chaussée

 

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Cheminée du salon des Griffons

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Après le vestibule, avec son banc de marbre rouge et ses grandes torchères ventrues, le premier salon dans lequel est accueilli le visiteur est le salon des Griffons. C'est une petite pièce, très haute de plafond dans laquelle il est mis en disposition, en préparation à l’espace ouvert, aux éblouissements des lustres et des ors du grand salon où l’attendent les invités et la maitresse de maison.
Il est certainement agréable d’avoir une pièce chaude après s’être débarrassé de son manteau, de son chapeau et des ses gants. La cheminée du salon des griffons devait avoir au moins un brasero en activité à défaut de feu. La  cheminée se présente comme un bloc massif de marbre noir ayant un large bandeau et des pieds-droits cannelés surmontés de chapiteaux soutenant une frise florale sculptée. La touche de couleur, outre le petit foyer qui devait contenir une sorte de ravier pour les braises,  émerge du motif central, un médaillon de bronze plaqué sur une inclusion de lapis lazuli.  Ce médaillons été certainement dessiné avec intention. Quel est son auteur? Manguin lui même ? car il est a noter qu’il dessina les motifs et composition florale du tissu de soie brochée de ce Salon qui fut exécuté par la Maison lyonnaise Grand, Tassinari et Chatel. (6)
La médaille de bronze de cette cheminée représente (7): «  Une femme, demi nue, assise sur une branche de bois mort, se cachant les seins de ses bras repliés; son attitude respire le désespoir; devant elle, un Amour; debout, chaussé de patins, tenant d’une main, un oiseau aux ailes déployées, et de l’autre un rameau desséché, symbole d’adieu , s’apprête à fuir »

La facture est bonne et précise et l’artiste est anonyme .  La hauteur du plafond aspire les regards vers les voussures aux griffons sculptés encadrant quatre figures symboliques signifiant les quatre parties du monde peintes par le jeune Eugène Thirion, qui réalisa également la toile centrale baptisée par Loliée «  Le génie traversant les airs » et référencé dans le catalogue daté de 1910 regroupant ses principales oeuvres comme «  Flore répandant ses fleurs ».  Bien des mains ont dû se poser sur le plateau de marbre de la cheminée , les yeux au plafond et les pieds aux braises du foyer.

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Il faut considérer le fait que le salon des Griffons était la première pièce d’intérieur car le passage cocher était ouvert à tout vent et le vestibule n’était utilisé que pour se dévêtir. Ce petit salon servait d’introduction, comme de préparation psychologique. Les portes noires sont peintes de motifs et de chiffres, la surcharge et le détail sont une partie du tout que l’oeil englobe dès la première vision comme une rétractation de l’espace surchargé confiné pour se libérer avec le choc du grand salon.

 

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Si aujourd’hui encore l’on ressent un effet d’espace, de luxe en entrant dans le grand salon, il faut faire un effort d’imagination pour restituer les tentures, les grands lustres et leurs pendants muraux qu’étaient les grandes torchères à huit branches fixées sur les pilastres.

Les portes elles mêmes avaient leur tentures de soies mais les grands rideaux de dentelles faites main réalisés par la maison Lefebure étaient considérés comme des tours de force. Ils ont disparus, ainsi des quatre « Consoles aux Atlantes » réalisées par le sculpteur Carrier Belleuse et le bronzier Barbedienne, quatre consoles fixées aux murs qui n’auraient jamais du quitter le salon car elles lui appartenaient en propre et ne pouvaient être considérées comme "meubles" . Elles furent  « volées » puis dispersées et vendues vraisemblablement pendant les intermèdes qui ont vu l’hôtel changer de propriétaire en 1893 ou en 1902. 

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Les consoles sont actuellement entre une galerie privée, le Toledo Museum of Art Ohio USA , le musée des Arts Décoratifs et  celui d’Orsay à Paris. Elles sont  heureusement présentent dans les musées français uniquement grâce à l'intervention énergique de monsieur Prévost Marcilhacy. ancien inspecteur général des Monuments Historiques et président de l'Association de sauvegarde de l'hôtel. Le plafond de Paul Baudry est souvent considéré comme la pièce maitresse, comme le seul chef d’oeuvre mais c’est un peu vite suivre la critique facile de Jules de Goncourt qui d’une manière péremptoire juge et note « Dans toute cette richesse, rien qui soit de l'art que le plafond de Baudry, » (8) Il ne voit que l’absence de feu dans la cheminée, qui par sa forme gracieuse et colossale est une réussite sans pareille.

 

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L’architecture de marbre rouge est allégée par les bronze dorés et les statues de marbres blanc. Deux allégories de taille réelle représentant à droite l’Harmonie et à gauche la Musique, semblent posées de manière délicate et instable sur les angles . Le bandeau de carrare au centre est un fronton à hauteur d’oeil de forme rectangulaire ayant un délicat arrondi dans sa longueur supérieure . Il est signé d’Eugène Delaplanche, la signature est lisible en bas à droite ; Prix de Rome 1864.

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Cette bacchanale d’angelot danseurs et musiciens fut ciselée à Rome d’après un dessin de Pierre Nicolas Brisset autre Prix de Rome (1840). Il est touchant de voir gravé en bas sur la partie gauche la mention « Rome ».

Delaplanche réalisa aussi les deux allégories toute en légèreté dans un style assez maniériste.Les drapés sont délicats, les jeunes femmes ont la grâce  et la finesse que leurs postures accentue. Eugène Delaplanche est l’auteur de statues très visibles si n’est très en vue à Paris. Il faut regarder la grande et forte femme représentant l’Afrique sur le parvis du musée d’Orsay qui lui, garde la délicate et touchante « Eve après le péché » qui lui vaudra une médaille au salon 1870.

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Les frontons des Pavillons de Flore et de Marsan sont aussi agrémentés de groupe de sa composition.
Un grand vase de marbre avec inclusions en cloisonné vénitien se reflète dans un grand miroir de Saint Gobain, le cadre en bronze avec cabochon de pierre rouge en ove est ciselé par l’atelier de Ferdinand Barbedienne comme le fût des colonnes cannelées soutenant un chapiteau en fronton marqué aux chiffre de deux « B » et d’un « G » couché .

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Le bloc de marbre de la cheminée est très imposant mais les motifs floraux en bronze doré dessinés peut être par Louis Constantin Sevenin qui travaillait comme sculpteur-ornemaniste chez Barbedienne , allègent la structure qui est cependant assez large pour que soit pratiqué sur les flancs des niches pour les ustensiles du feu qui n’était jamais allumé!

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Le grand vase aux larges anses de cratère antique semble avoir été brisé en plusieurs morceaux; une petite plaque stipule qu’il a été restauré en 1962 au travers d’une donation faite par Bernard S.Carter, sans doute un membre du Travellers et mécène privé car les salons ne furent classés Monuments Historiques qu’en juillet 1980. De nombreux motifs de bronze sont manquants et les réparations sur certain un peu trop visibles.

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Un délicat cloisonné d'émaux éclaire le vase d'une frise colorée ainsi que le cadre du grand miroir très, richement serti d'oves de corail ou de couleur corail... Une frise verticale d'entrelacs émaillés encadrant le tout. Les lions de Donnersmarck  sont apposés dans leurs blasons de bronze doré sur les épaisseurs des bases des colonnes cannelées dont le fût est enchâssés dans de beau bronze de Barbedienne.

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La cheminée par son ampleur embrasse la corniche, s’agglomère, s’ajoute au périmètre tracé par elle. Deux anges sont nonchalamment allongés de part et d’autre du fronton. Si l’on sait que Jules Dalou est l’auteur des quatre sculptures d’angelots volant du plafond aux guirlandes pendantes, l’on sait aussi qu’il réalisa avec Nathan, les huit figures d’angles des voussures,femmes assises encadrant le Lion Donnersmarck . Les quatre allégories de la Comédie, de la Poésie de la Musique et de L’Histoire sont de Dalou (9) les autres de Nathan (10), il n’y a que huit muses sur neuf et les attributions ne seront réellement faites que lorsque que l’on pourra approcher les mentions de grec ancien peintes à leurs côtés.

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Mais qu’en est il des quatre angelots reposant sur la corniche ? Un groupe surplombant la fenêtre principale en symétrie du fronton de la cheminée. Personne n’en fait mention et les attributions reste à faire. Il y a deux autres angelots non attribués, discrètement installés dans ce qui s’appelait autrefois le Salon de Jeu et qui tronçonné en deux parties, n’est maintenant plus qu’un simple corridor menant à la salle à Manger. Quid des angelots comparables de la petite salle à manger de l’étage?
Ce salon de jeu décoré de trois allégories de Brisset représentant les trois âges de la femme, l’enfance,l a jeune fille et la femme, a malheureusement partiellement disparu dans des travaux de transformation sacrilège avant le classement de l’hôtel .Il n’existe plus que deux peintures, très endommagées, sur trois et les carreaux de verre gravé (11) qui finissaient les voussures décorées du plafond ont été détruit.
Le grand salon est aussi à imaginer avec ses quatre grands tableaux accrochés au dessus des consoles. Ces grandes toiles sont dit-on « perdues » aussi incroyable que cela puisse être.
Quatre grandes peintures représentant , Catherine de Russie par Boulanger, Cléopâtre par Levy, Diane de Poitiers par Delaunay et soit Catherine de Médicis par Gérome ou Madame de Maintenon par Conte(12). Le Senne et Loliée cite Comte et non pas Gérôme qui est lui indiqué par Arsène Houssaye.

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Les archives d' Elie Delaunay ( 1828 1891)  certifie qu'il réalisa en 1867 le tableau intitulé " Diane de Poitiers présente Philibert Delorme à Henri II" . Mais ce tableau est officiellement disparu seul subsiste un dessin préparatoire au Musée des Beaux Arts de Nantes.  Delaunay travailla avec Baudry à l'Opéra de Paris, il réalisa de nombreux décors à Paris au Conseil d'Etat, à la Cour de Cassation  et dans sa ville natale de Nantes.

Les contemporains sont les seuls a avoir vu ces grandes compositions historiques.  L’hôtel faisait beaucoup parler de lui mais n’était accessible que par un petit nombre de personnes, il sera beaucoup plus visité et connu lorsqu'il sera réouvert en 1894 par Pierre Cubat, après la vente Saloschin. mais les quatre tableaux auront disparus et aucuns n'est visible encore aujourd'hui. Ont-ils été détruit à Berlin?

Ces peintures et leur auteurs ne sont pas encore reconsidérées aujourd’hui, trop pompiers trop académiques pour nous mais appréciées par un grand nombre d’amateurs outre-atlantique ainsi que par des institutions américaines qui se trouvent dotées par des fonds privés, de grandes toiles oubliées et négligées en Europe.

Pourtant il y a une cohérence des lieux et de l’architecture intérieure qu’anticipait les espaces à pourvoir par des grands tableaux.

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Il existe une photographie du salon datant probablement de la première mise en vente en 1893 (13).
La prise de vue très intéressante, montre l’ouverture vers le salon de musique, l’angle donnant sur le salon de jeu et la cheminée. Nous y voyons plusieurs éléments disparus par la suite, à savoir les deux grands lustres de métal à sphère ajourée aux innombrable branches, ainsi que les amples torchères des pilastres, les rideaux de porte et leurs lourdes tringles.; mais surtout une des consoles de Carrier Belleuse/ Barbedienne où l’on comprend que le panneau de lapis lazuli enchâssé dans le lambris remplissait parfaitement l’espace vide entre les atlantes. Le meuble n’est évidement compréhensible qu’en situation.
Au dessus se trouve un des grands tableaux qui nous occupe. Il ne s’agit pas d’une grande odalisque nue mais plutôt d’un intérieur avec une femme. Le cadre très chantourné avec cartouche rectangulaire repose visuellement sur la large frise florale servant de base aux soieries des panneaux.
Une petite tringle est visible au milieu du panneau à droite de la cheminée ainsi qu’un curieux enroulé sombre au niveau de la statue de l’harmonie. Est ce un attribut?  Les dessus de porte à fronton coupé avec leurs larges coquilles présentent le même petit piédestal inoccupé comme aujourd’hui.
 Le salon semble vide, comme après un premier déménagement ou ne resterait quelques fauteuils ou banquettes grand siècle encombrants. Deux petite chaises posée là accusent leurs différences , mais l’absence de tapis comme le foyer de la cheminée sans chenets, donne une impression de vacance .
Nous sommes plus à même de d’imaginer l’ampleur, l’impact de ces grandes toiles aux lourds cadres dorées car actuellement et temporairement se trouve dans le salon, le grand tableau de Girodet appartenant à la famille Rothschild (14) et semble naturellement à sa place sur cette photographie prise en 2014 ,

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Attenant au grand salon, qui ne lui est séparé que par une grande arche brisée par de lourds rideaux, se trouve le salon de Musique.
Surmonté d’une coupole et finissant en alcôve, ce petit salon présente une fine cheminée de marbre blanc rehaussée de ciselures de bronze doré.


La particularité de cette cheminée est qu’elle fait partie d’un lambris dont l’épaisseur de plusieurs  centimètres augmente la taille de la tablette de la cheminée. Très large et très ample le plateau de marbre courre d’un mur à l’autre de la pièce dans sa largeur. Suprême modernité également , la cheminée a remplacée son miroir en trumeau par une baie vitrée sur les jardins surplombant légèrement les  Champs Elysées. Extraordinaire affaire que celle des conduits détournés qui participent à la désaffectation rapide des cheminées comme moyen de chauffage pour les célébrer comme objet décoratif luxueux permettant toutes les audaces. Il n’est pas certain que cette petite cheminée de marbre ai pu fonctionner au vu de l'exiguïté du foyer .

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Les jambage de marbre en déroulé sont terminés par deux têtes de lionnes dorées enchâssées et rugissantes, surplombant un petit plastron de bronze doré représentant un buste féminin dont malheureusement celui de droite est manquant.

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La figure centrale est une jolie tête penchée regardant le sol comme en pénitence . Coiffée à la Médicis, le jolie visage n’est visible que lorsque l’on s’agenouille. Les lambris sont également mouluré avec de petits motifs floraux de bronze doré rapportés. Le tout est discret et élégant, Les lionnes et l’humilité finement ciselés font face à la « Naissance de Vénus » ou « Vénus sortant du bain » d’ Henri Picou (15) peinte dans le haut de l’alcôve.
Le travail des bronzes n’est évidement pas signé et aucune attribution n’a pas pu leurs être trouvés. Il est évidement très plausible que les bronzes viennent de l’atelier de Barbedienne et donc pourquoi ne pas proposer Sevenin comme sculpteur encore une fois?

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Par le passage du salon de Jeu, les hôtes étaient amenés vers la salle à manger qui fut le théâtre de nombreuses anecdotes rapportées par les témoins du temps.
La deuxième grande cheminée monumentale les attendaient. Pièce moderne par destination, la salle à manger se présente en deux niveaux dans sa longueur. Quatre portes doubles rythment les angles en asymétrie, laissant la largeur de la pièce ouverte par de grandes portes fenêtres vers la cour intérieure et le jardin d’hiver.
La partie surélevé de quelques marches était réservée aux préparations de plats servis « à la Russe » Des vasques de marbre en fontaine, servant certainement de rafraichissoir,  Elles sont  encadrées de portes avec verres gravées finissaient l’espace sans doute occupé par un grand meuble très travaillé signé Antoine Knieb,.
Kneib ébéniste peu connu est l’ auteur des étonnantes boiseries de chêne de la salle à manger .

Les boiseries sont inscrutées de plaques de marbre rouge, et s’échelonnent dans un dessin sophistiqué de plats et de méplats, de pilastres soutenant à hauteur d’oeil des motifs ciselés en cartouche sur fond d’or sablé.
Les grandes portes sont surmontées dans leurs frontons à pans coupés de scènes allégoriques en ovales de Joseph Victor Ranvier(16).

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Réalisées finement et de jolie facture,  Ces quatre jeunes femmes assises dans la nature, de profil, les jambes plus ou moins allongées, symbolisent la pêche, la chasse, les travaux des champs et la cueillette. Joseph Victor Ranvier est assez oublié en Europe, il est souvent confondu avec Gabriel Ranvier son contemporain qui fut un personnage de la Commune de Paris et peintre. Mais peintre de porcelaine! Il est à noter qu’il existe des faïences de Théodore Deck  peintes par Joseph Victor Ranvier.  Ranvier signait par le monogramme « RV » et la salle de bain de la Marquise est décoré de carreaux multicolores de Deck .
Les boiseries, les portes comme la corniche encadrant un somptueux plafond sembles n’être que les faire valoir du monument attirant tous les regards;  la cheminée de pierre sculptée large, forte, rassemblant en vision croisée; une grande horizontale par un large bandeau floral sculpté en décroché dans lequel est enchâssé un bronze de couleur sombre .

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Cette horizontale est complété par deux statues de lionnes qui s’y reposent en se faisant face. Toutes les autres lignes de force de la cheminée sont alors verticales. Verticale les faunes dans leurs gaines. Verticales les plaques de marbre enchâssé dans la pierre; ce qui intègre encore un peu plus la cheminée aux boiseries ou inversement. Verticales les grandes colonnes de Portor, dédoublés par les mosaïques de longs rameaux sur fond d’or.
La niche centrale en ovale complet, ceinturée d’une lourde guirlande de fruit et feuillage, détache une sculpture en plein rond de bosse de marbre blanc « La jeune fille aux raisins ».

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 Le tout est surplombé d’un aigle aux ailes déployés tenant dans ses serres un lièvre mort.
Le fronton à pans coupés laisse apparaitre une large couronne de feuille de chêne dans l’ombre de la corniche, qui dans sa partie inférieure courre et décroche en englobant l’entablement supérieur de la cheminée.  
Le goût des grandes cheminées Renaissance d’apparat fut certainement réactivé par la campagne de restauration des intérieurs du château de Fontainebleau commencé sous Louis Phillippe puis poursuivi sous le second Empire sous la direction d’Abel Blouet.(17)

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Les créations telles celles qui nous occupent, vraisemblablement imaginées, dessinées et dirigées par Manguin sont de superbes réussites, il n’en est pas de même pour certaine comme le monstre de marbre rouge d’une lourdeur affligeante qui disparaît dans l’immense salon Opéra du Grand Hôtel réalisé par Alfred Armand en 1862. Le bandeau est affublé d’une grosse horloge de gare et les deux figurines de marbre blanc ressemblent à deux choux de crème sur un tas de Languedoc.

 

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La grande cheminée de pierre résulte de la collaboration du sculpteur Henri-Alfred Jacquemart (18), ami d’Eugène Legrain qui supervisait les sculptures, comme il en déjà été fait mention précédemment et du jeune Jules Dalou.
 Jacquemart, sculpteur animalier, réalisa les deux lionnes couchées ainsi que la « Chasse au cerf » ou «  Cerf cerné par la meute » en bronze dont on peut voir aujourd’hui une épreuve en plâtre sur la façade de l’atelier de Legrain au 5 rue Larray dans le Veme arrondissement.

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La grande différence existant en ces deux tirages sont la présence chez la Marquise, dans le relief en bronze, de grands « M » sur deux des chiens et le graffiti avec coeur transpercé sur le tronc de l’arbre. Clin d’oeil à jamais obscur mais réjouissant à voir.

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Il n’est nulle part mention de l’aigle et de sa proie, mais il est très probablement l’oeuvre de Jacquemart aussi ,jusqu’à preuve du contraire, car sa réalisation très soigné se rapproche de l’ensemble.
Jules Dalou, personnage assez extraordinaire, plein de modestie et grand travailleur ne signait jamais ses oeuvres, il se présenta quatre fois au prestigieux Prix de Rome mais ne fut jamais reçu.

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Dalou dans son atelier  in "la Revue Illustrée", Ludovic Baschet éditeur, Paris, n°23 - 15 novembre 1899


Ses oeuvres connurent une grande notoriété comme le «"Triomphe de la République" place de la Nation, le « triomphe de Delacroix » au jardin du Luxembourg ou l’extraordinaire gisant de Victor Noir au Père Lachaise.
Il faut détailler le "Triomphe de Silène " dans les jardins du Luxembourg ou la Bacchanale des Serres d’Auteuil pour apprécier la finesse des détails et la force des impressions dégagées par les visages, les attitudes, les poses extrêmement étudiées.

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Fasciné par le travail de Carpeaux qui le remarque très tôt et le fait entrer à la « Petite Ecole » l' ancêtre de l’école des Arts Décoratif,
il n’a que vingt six ans lorsqu’il signe et date cette « jeune fille aux raisins » . Toute en douceur et en grâce, elle est comme un hommage au maître qui réalisa  « le pêcheur à la coquille » appartenant aux collections du Louvre mais visible au Musée d’Orsay.  Accroupi un jeune garçon écoute le chant de la mer dans un coquillage, en souriant; Carpeaux signe ce délicat travail en 1858, il sculpte aussi « une jeune fille accroupie posant un coquillage sur sa tête » dit « jeune fille à la coquille » en 1863 soit un an avant la jeune fille de Dalou qui lui semble plus proche en regardant la pose en ciseau des jambes.
Deux versions réalisés par Carpeaux, la  jeune fille à la coquille et le jeune homme appelé là bas « Neapolitan Fisherboy » sont présentées à la National Gallery de Washington DC .

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National Gallery Wasinghton

 

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Musée de Valencienne et Musée d'Orsay


 Le musée de Valenciennes détient sous le numéro d’inventaire SY 123, une jeune fille souriante de marbre blanc, accroupie les jambes en ciseau, tressant sa chevelure avec des fleurs tout en baissant la tête appelée « Le Printemps » ou « Flore accroupie »  qui est attribuée à Carpeaux mais non datée.
En tout état de cause, la filiation, l’hommage est évident pour le choix du sujet et la pose du modèle; mais le traitement est d’une douceur incomparable, la suavité des formes comme la douceur du sourire appartiennent en propre à Dalou.

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 Le petit Palais possède une « Eve » ou « jeune fille au serpent » datée de 1866 qui est un pur chef d’oeuvre de légèreté, de mouvement, de grâce juvénile captée dans le marbre. Elle est signé Jules Dalou. Il semble que sur ce sujet, le maître fut dépassé par des fausses jumelles que personne ne semble voir car nul doute que l’ensemble des amateurs n’y voyait qu’une sorte de redite.
Mais le travail du jeune Dalou n’était pas terminé. Il sculpta les deux faunes des pied-droits. Leurs têtes soutenant le poids de l’entablement, souriants et alanguis dans leur musculeux torses, l’un coiffé de pampre et l’autre de lierre, ils sont les jeunes Pans musiciens, chatouilleux et espiègles, doté d’ une flute double pour l’un et simple pour l’autre. On les a comparé aux fameuses cariatides (19) de Puget bien que le rapport soit bien lointain.

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L’excès d’ornementation donnant l’ivresse des sens parmi les lumières et les fumets des plats n’est possible qu’en ne laissant aucunes parties vides ou calmes. Le plafond participe à cette magnificence en ayant une subdivision multiple pour représenter dans son centre, allongée dans son oeuf primitif, la déesse Artémis/Diane.
Elle enlace le cerf dompté par sa vision avant sa mise à mort.
Le chasseur Actéon dévoré par ses propres chien après avoir été changé en cerf par celle qu’il avait surprise nue au bain. Allégorie du mâle transformé par la femme désirée puis rongé par ses fantasmes inassouvis.

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Beaucoup ont voulu voir une adaptation d’un « des émaux les plus fameux de Bernard Palissy » (21) ou même « une transcription pur et simple d’un plat de Bernard Palissy » (22) mais ce plat ou cet émail ne c’est pas fait connaître.
La diane chasseresse qui se rapprocherait le plus de cette composition de Dalou est  la « Nymphe de Fontainebleau » de Benvenuto Cellini gardée au Musée du Louvre. Ce grand bronze semi circulaire de quatre mètre de long, datant du seizième siècle, fut conçu pour le château d’Anet qui ne le reçu jamais.

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Dalou recomposa la scène en la traitant avec une douce polychromie dans une inspiration très « Bernard Palissienne »  Maurice Dreyfous nous renseigne sur le travail de Dalou par ces mots « Cette Diane, au front surmonté d’un croissant d’argent, allongée sur un cerf accroupi, ajoute aux beautés dont l’a doté le glorieux potier d’autres beautés d’exécution personnelles au sculpteur qui l’a complétée en l’agrandissant. » La diane au croissant est en effet ceinturée de quatre visages magnifique portant dans leurs coiffures de patricienne les attributs des saisons. Une double corniche de rinceau de fruits et feuillages encadre l’ensemble. Les visages et leurs coiffes élaborées sont très possiblement de Dalou. Il exécuta les modèles en terre en atelier , la glaise fut moulées puis sortis en ce « stuc » de l’époque que l’on appelait « carton pierre ». Ornement léger et d’utilisation aisé.
Le tout est délicatement traité en couleur terre cuite rehaussé de fines hachures d’or.
Le plafond et sa corniche étaient invisibles sous les repeints et les vernis oxydés, chargés des suies datant de l’utilisation commerciale du lieu.
En août 2014, la salle à manger a été nettoyée, restaurée par les équipes de Madame de Castelbajac, Restauratrice Monuments Historiques. Les ors et boiseries signé Knieb retrouvèrent leurs éclats par l’intervention de l’ébéniste Florent Dubost. Sous les soieries décrépites fut mis au jour un papier gaufré de motif floraux dorés en relief sur fond sombre dit « incarnat » Les restes subsistant furent nettoyés et les parties manquantes recréés puis restituées sous la responsabilité de la spécialiste papier Historique, Madame Racine. Cette campagne de restauration si nécessaire, n’aurait put être entreprise sans l’extrême attachement porté au lieu par leur propriétaire, le Travellers Club.



Suivre Dalou nous emmène dans la bibliothèque noire à l’étage où comme nous l’avons vu précédement, c’est en présentant à Pierre Manguin, venu dans son atelier de la rue Gît le coeur, un petit panneaux de bronze ciselé que Dalou eu, si jeune, ces fabuleuses commandes.

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 La bibliothèque est une large pièce située au dessus de la salle manger. Ses boiseries et doubles portes d’ébène et de poirier noirci donne une atmosphère très particulière. Le plafond peint est à caissons, les murs étaient recouvert d’un velours frappé de Gène aux motifs très graphiques que reprenait le tissu d’ameublement; les rideaux devaient être à l’unisson, lourds et épaissi de contre-voilages doublés.

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La grande cheminée de marbre noir apporte paradoxalement sa touche de couleur par une succession d’inclusions carrés de lapis lazuli. Jules Dalou réalisa donc les décors de bronze des portes , admirables  allégories des Arts majeurs. Les bronzes sont signés dans leurs parties basses, même si la signature fut partiellement limée sur certaines, sans qu’aucune explication n’ai été trouvée.

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Les sculptures de la cheminée sur les pied-droits représentent en rond de bosse en bronze, deux anges aux drapés mouillé à l’antique, portant des rameaux. Les anges asexués montrant leurs poitrines collées aux drapés, lèvent la tête et regarde en direction des visiteurs. Le foyer est assez petit et ne semblait pas préparé aux grandes flambées.

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Le large bandeau avec entablement est rythmé de lapis lazuli au dessus desquels se tiennent deux dragons taillés dans le marbre. Ils encadrent un petit rectangle de bronze doré montrant une femme allongée, la poitrine dénudée, s’appuyant sur son coude et tenant de la main gauche un grand livre ouvert; trois angelots savants l’encadre; l’un dessine, les autres semblent étudier un globe terrestre. est ce une allégorie de la connaissance, de la littérature ciselé par Dalou? il n’en est pas fait mention et la facture semble plus anodine que le reste. La cheminée du salon des griffons est assez proche en conception avec inclusion de lapis et motif de bronze au centre. Peut-être est ce là, une même équipe pour la réalisation du corps de cheminée ?

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Les angles répondent aux inclusions de lapis lazuli par deux blasons émaillés de bleu au lion à deux queues de la famille Donnersmarck posé sur des bronze doré en forme de peau déroulée , le tout respire la force comme la préciosité.

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Le grand trumeau aux larges bords enchâsse un long miroir. L’effet provoqué par la succession des grandes portes doubles et des deux petites encadrant la cheminée est complété par des pilastres d’angle avec chapiteaux de bronze ; chaque pan de tapisserie semblent panneauté entre la corniche et le haut lambris. Une chaude atmosphère presque oppressante se dégage de l’ensemble. Les reliures multicolores pouvaient peut être de leurs cuirs dorés apaiser l’impression étouffante et certainement silencieuse de la pièce; silencieuse parce que salle d’étude et de lecture ou bien pièce vide et peu utilisée?  
 
..........
 
A suivre
Dans un deuxième propos; Les appartements de la Marquise
:

Le salon des fournisseurs,  Le salon de toilette, La salle de bain, La chambre de la Marquise, Le salon d’habillage, La chambre du Comte, La petite salle à manger.


A suivre
Dans un troisième propos:  La vie au 25,  Les destinées du 25 .


***
Première partie  extraite du livre " Les Feux de la Païva"  Les cheminées du 25 avenue des Champs Elysées.  A .de Cambolas- Blurb 2015 (à paraître)


****


NOTES:
1-Encyclopédie Denis Diderot - Jean le Rond D’Alembert
2-Jules Felix Duban 1797- 1870 architecte Grand prix de Rome 1823
3-Jean Valette 1825-1877 -sculpteur élève de Jouffroy et Bonnassieux « il dispetto » 1872  visible au  jardin du Luxembourg
4-Arsene Houssaye" Les confessions » tome 5 p336
5- Loliée  La fête Impériale P 139
6- V.Champier In Revue des Arts Décoratifs 1910
7-Le Senne, Madame de Païva p 24
8-Jules de Goncourt  Journal - Vendredi 31 mai 1867 p
9-Jules Dalou sa vie son Oeuvre par M. Dreyfous 1903 ed Renouard
1à- Nathan «  un sculpteur doué qui mourut avant trente ans » ibidem
11- Loliée, la fête impériale p 131
12- Il n’y a aucune mention d’une « Catherine de Médicis » peinte par JL Gérôme dans les collections Française ou Américaine.
13-Plaque de verre photographique sèche disponible dans le commerce dès 1890.
14-Prêt de la famille au Travellers
15-Henry-Pierre Picou (1824-1895) bien oublié aujourd’hui, il réalisera des peintures d’églises à Saint Roch et Saint Eustache puis la Cène de ND du bon secour de Nantes. Le Musée des Beaux Arts de Nantes y garde une grande collection de dessins jamais exposés.
16-  Plaque rectangulaire en faïence à décor polychrome en plein d'une scène représentant une jeune femme au bain dans un paysage. Datée 1872 et monogrammée RV. Signée Th. DECK en bleu au revers 45,5 x 21,5 cm Vente Maigret décembre 2013 Drouot.
17-Guillaume Abel Blouet et le Château de Fontainebleau, une approche historique du travail de restauration par F. Doulat  - Persée -Revue scientifique  Livraison H &Architecture N°9.
18-Henri Alfred jacquemart (Paris 1824 1896) réalisa le Rhinocéros visible devant le Musée d’Orsay et les dragons de la fontaine Saint Michel ..en autres.
19- Hotel de ville de Toulon
20- « Enfin le lieu du festin, la salle à manger spacieuse et superbe, avec ses lampadaires de haut style » F .Loliée Page 131 /
Journal des Goncourt:24 mai 1867 "la ciselure de ces candélabres d’argent massif venant des mines du prussien souteneur".
21-  Loliée p 131
22-Jules Dalou sa vie son Oeuvre par M. Dreyfous 1903 ed Renouard page 17.



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11 mai 2014

L'AVANT GARDE DU CLERGYMAN

 

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Au delà des imperfections du temps, nous qui sommes habitués aux hautes définitions, les images sans paroles du moyen métrage de Germaine Dulac nous saisissent par la vitalité des sensations qu’elles provoquent. Le film « La coquille et le Clergyman » est un chef d’oeuvre qui par son absolu, son implacable démonstration écrase les écrits ayant pour technique de s’émanciper de la contrainte de la pensée ordonnée par la raison. L’écriture automatique utilisées dans les  tentatives surréalistes n’atteint pas la fulgurante des images du Clergyman courant à quatre pattes dans les rues ensoleillées d’une après midi d’hypnose ….mi ange mi bête, le désir crispant ses mains et ses traits, il se projette dans un avenir fantasmatique. Le voilà bientôt courant éperdument, les bras le long du corps comme une machine folle, il tétanise le spectateur qui face au choc inévitable de son désir contre l’objet de ses tourments, à savoir sa propre dévastation intérieure ou la transgression de l’impératif état de solitude nécessaire à sa sainteté recherchée se trouve projetée dans un désir érotique qui rejoint sa quête quasi mystique de l’acceptation de la vie jusque dans la mort….dut-il y affronter la mort morale avant la mort charnelle.

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Le film fut tourné en 1926 et projeté au studio des Ursulines en 1928 devant un aréopage surréaliste accompagnant Antonin Artaud auteur du scénario et dont la compagne, Génica Athanasiou tenait le rôle féminin . Le trio d’acteurs était composé de l’extraordinaire Alex Allin dans le rôle du Clergyman, de Lucien Bataille dans celui du Général / prêtre et de la jolie Guénica Athanasiou qui avait quitté Artaud un an avant la projection .

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Antonin Artaud

Artaud récusa le film et la projection se fit dans un concert de cris et d’invectives, dans un brouhaha indescriptible provoqué d’une part par les partisans d’Artaud de l’autre par les critiques et spectateurs choqués, outrés par la première impression d’incohérence des images.
 En effet il faut avoir à l’esprit que « Le chien Andalou » de Bunel et Dali n’avait pas encore été tourné, pas plus que « l ‘Etoile de mer » de Man Ray. Seul l’irrésistible dadaïste « Entr’Act » de René Clair d'après un scénario de Picabia, avait pu être vu et cela par une minorité de ceux qui s’intéressait au cinéma à cette époque.

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 Antonin Artaud nous renseigne sur ses intentions: « J'ai cherché dans le scénario à réaliser cette idée de cinéma visuel où la psychologie même est dévorée par les actes. (...) Ce scénario recherche la vérité sombre de l'esprit, en des images issues uniquement d'elles-mêmes, et qui ne tirent pas leur sens de la situation où elles se développent mais d'une sorte de nécessité intérieure et puissante qui les projette dans la lumière d'une évidence sans recours. » in Cinéma et Réalité A.Artaud .


Germaine Dulac se réfugiant dans la technique nous explique à son tour : « Tout mon effort a été de rechercher dans l'action du scénario d'Antonin Artaud les points harmoniques, et de les relier entre eux par des rythmes étudiés et composés. Tel par exemple le début du film où chaque expression, chaque mouvement du clergyman sont mesurés selon le rythme des verres qui se brisent ; tel aussi la série des portes qui s'ouvrent et se referment, et aussi le nombre des images ordonnant le sens de ces portes qui se confondent en battements contrariés dans une mesure de 1 à 8. Il existe deux sortes de rythmes. Le rythme de l'image, et le rythme des images, c'est-à-dire qu'un geste doit avoir une longueur correspondant à la valeur harmonique de l'expression et dépendant du rythme qui précède ou qui suit : rythme dans l'image. Puis rythme des images : accord de plusieurs harmonies. Je puis dire que pas une image du Clergyman n'a été livrée au hasard. »  (in « Rythme et technique », FilmLiga, 1928.

 Artaud se senti plus dépassé que dépossédé, car il avait vu juste en parlant d’ une « évidence sans recours » car le propos, s’il est actuellement banalisé à l’extrême par les clichés psychanalytiques, n’en est pas moins très fort dans sa « visualisation ». La coquille géante de nacre étant le plateau naturel des désirs refoulés présentés comme un liquide noir inlassablement versé dans des carafons de cristal ayant la forme d’ex voto de virilité. Inlassablement remplis ces carafons se brisent en tas sur le sol, montrant ainsi l’impossibilité de l’accomplissement des désirs.

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La porte s’ouvre dans le dos du Clergyman affairé, entre alors le général avec son sabre, sa démarche et son envol stationnaire le désigne comme le gardien, l’empêcheur des désirs et fantasmes du Clergyman. Le sabre vibre et fait tomber la coquille. L’habit du clergyman est aussi une sorte de gardien qui par son excroissance surnaturelle deviendra comme des amarres empêchant le départ vers l’Ile de l’amour conquis.

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Il n’est pas de référence plus explicite magnifiquement trouvée par cet effet d’île tournant entre les mains crispées du clergyman. Ile qui se transforme en forteresse puis en galion sur les flots. La digue, la mer, les vagues et la fumée d’un vapeur sont les pendants des courses extatiques qui jalonnent le film.

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Course à quatre pattes dans les rues, courses dans les bois, le long d’un canal, dans les labours ..courses poursuites ou l’on ne sait plus qui poursuit l’autre par la succession volontairement équivoque des plans de coupe. Le clergyman comme la belle dame en déshabillé courent seuls comme en hypnose.
Les portes s’ouvrent avec une clé, les couloirs n’en finissent pas. Le sol est un échiquier géant que l’on retrouvera adapté dans la visualisation de l’inconscient des personnages de David Lynch .

 Face à son désir dans le confessionnal, le clergyman aura l'audace d’arracher le corsage de la pénitente pour tenter de s’emparer de cet insaisissable inconnu qui consume toute raison face à cette écharde dans la chair.

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La scène du corsage est emblématique de la focalisation des désirs. Le clergyman après avoir semblé tuer sa religion en lançant le prêtre à tête de général dans les flots, se saisi du corsage et l’arrache. Il tente de s’approprier par le toucher son désir toujours renouvelé et jamais comblé. Le coquillage d’or qu’il prend dans sa main n’est que la matérialisation de son désir en bijou précieux finissant dans les flammes de sa consomption .

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Une grande salle, un socle avec une boule noire dans laquelle se voit le visage du clergyman, est envahie par une foule de jeune fille en robe noires et tabliers blancs. Elles nettoient frottent et balaient en une chorégraphie sensuelle digne de Vanessa Beecroft. 

Une sorte de gouvernente arrête d'un geste impérieux le ballet des jeunes filles. Elles sortent. Des hommes entrent. La gouvernante n'est autre que la jolie femme désirée par le clergyman.

Nous sommes dans l'arrière monde de sa conscience parmi ses désirs et ses peurs, dans son ça.

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Le ballet de femme nettoyant la salle de l'inconcient du clergyman

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L'éclatement du bulbe protecteur libère les désirs pulsionnels du Moi.

Cette scène est extrêmement réussie par son mouvement, par l’ampleur de la disposition d’acteurs et figurants ainsi que par la beauté graphique du noir et blanc des costumes et des visages. Elle constitue une visualisation de la fabrique du désir émergeant des profondeurs du clergyman. Après les fumées, les gros plans sur l’eau, le bateau, l’ile et le visage du clergyman endormi, la pièce avec sa boule noire devient le lieu des commencements, des désirs d’une nouvelle existence avec la mise en place de son "mariage".

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 L'acephale en céphalophore

Le personnage sans tête descendant l’escalier dans le noir porte un gros paquet emballé. Cette boule de verre qui contient tout ses désirs et tourments, il la brise pour en extraire la grande coquille de nacre qu’il va boire comme une acceptation de sa rupture avec lui même. il ingurgite sa propre image qui se transforme en liquide noir. Il peut ainsi porter le prêtre à tête de général et le lancer au loin.

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Le lustre du bal tourne et se balance comme les couples sur la piste, le trône est la focalisation des désirs du clergyman . Parmi le stupre et l’abandon du bal, ou les corsages s’échancrent, il se dirige vers l’objet de son désir et de sa répulsion.

 

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 Présentant sa coquille puis menaçant de son "oiseau-coquille d’or" les convives et le couple, le clergyman se confronte à ses objets de convoitise et de crainte ; le couple assis disparait dans un « fading » laissant les trônes vides et le bal immobile. La femme en chemise de nuit de sacrifice, apparait sur le damier du couloir, elle a les cheveux dénoués, elle se tient prête à l’offrande dans une simplicité, une fragilité désarmante qui anihile le désir .

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L’ oiseau coquille d’or tombe et s’enflamme sur le sol, le désir perdu se lit dans les yeux fou du clergyman qui vient d’accéder à la frustration ultime en une danse épiléptique filmée par dessous, ce qui rappelle la danseuse sur plaque de verre d’ « Entre’Act » de René Clair tourné l’année précédente.
La course reprend, le clergyman les bras ouverts trottine plus qu’il ne court. La jeune femme tient le pan de sa combinaison blanche, elle à les cheveux noués et le gros plan de son corsage se distord. Le visage au regard provocateur et aguicheur de la femme apparait sur un fond noir, elle tire et coince entre ses lèvres une langue troublante. L’image se distord une nouvelle fois et la course reprend mais ils sont seuls et courent après un impossible qui semble s’excèder lui même. Les rôles se renversent, le désir de la femme qui se montre, vampirise le fantasme du clergyman.

 

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La langue perverse

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Le clergyman est suspendu à une corde dans un vide abyssal et noir... image coupure qui exprime son angoisse profonde. La course reprend dans un couloir ou une porte-grille s’ouvre lentement . C’est à reculons que le clergyman entre lentement pour aller se poster devant la boule de verre sur son socle. Il attire par de petits gestes du doigt, son invisible désir et doucement, lentement le caresse comme pour le câliner de ses mains puis soudainement saisir d’un mouvement brusque ce fantasme qu’il place dans la boule verre. Le visage de la femme y est enfermé comme son désir à jamais refoulé.

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La force et la beauté des images, le rythme et la poésie des séquences entrainent le spectateur non dans une visualisation d’un rêve mais le monde tourmenté des pulsions, du monde obscur du psychisme. La tentation de la transgression devient un désir en soi.  Lorsque l’objet de son fantasme semble prêt pour la transgression de son état, le clergymen s’effondre et rendre dans son surmoi, son état , en refoulant son désir. Le clergyman n’est pas spécialement ici, un clerc anglican mais une représentation de l’homme confronté à la lutte intérieure entre son surmoi et son ça, sa moralité, sa quête de « sainteté », sa vision de soi-même et une libido s’affranchissant de toute morale, le désir de possession de la femme impossible qui comme un succube le hante.

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le damier ancêtre des chevrons de la Twins Peak Red Room


« Ce scénario, La Coquille et Clergyman, n’est pas la reproduction d’un rêve, et ne doit pas être considéré comme tel. Je ne chercherai pas à en excuser l’incohérence apparente par l’échappatoire facile des rêves »  (A.Artaud Oeuvres complète Tome Trois  ) cité par G.Deleuze, in Cours de Cinéma 20 du 25/05/80.

Ainsi nous explique Artaud dans ses écrits, « incohérence apparente » il s’agit bien de cela en effet, mais il y a une « évidence sans recours » et Germaine Dulac l’a mise en scène avec un talent difficilement supportable pour lui qui avait refusé le rôle du clergyman.
Artaud déçu du théâtre espérait beaucoup du jeune cinéma mais après avoir écrit une dizaine de scénarios, aucun des ses projets ne vit le jour. Seul la Coquille et le clergyman fut tourné et cela grâce au talent de Germaine Dulac qui su tirer de l’impossible écriture une réalisation exceptionnelle.

Dans un article de 1933 intitulé «La vieillesse précoce du Cinéma »  Artaud règle son compte à cet art qu’il n’a pas pu, pas su saisir. «  Le monde cinématographique est un monde mort, illusoire et tronçonné. Le monde du cinéma est un monde clos, sans relation avec l'existence. »


Germaine Dulac a su lire au delà du texte d’Artaud et eu la prescience de ce que dira Georges Bataille:
« Il n’y a dans la tentation qu’un objet d’attraction d’ordre sexuel; l’élément mystique, qui arrête le religieux tenté, n’a plus en lui de « force actuelle » il joue dans la mesure où le religieux, fidèle à lui même, préfère la sauvegarde de l’équilibre acquis dans la vie mystique au délire où la tentation le fait glisser »

G.Bataille in « L’Erotisme » Edition de minuit .coll. Arguments.1957, page 261.

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G.Dulac


La polémique issue du chahut provoqué lors de la projection des Ursulines laissa Germaine Dulac sur les bancs oubliés de l’Histoire du Cinéma. Ce n’est que par la puissance de feu des surréalistes qui rejetèrent le film, allié à la colère d’Artaud que Germaine Dulac put être ainsi reléguée en dehors des cercles des créateurs en vue.
La carrière de Germaine Dulac fut néanmoins exemplaire, elle réalisa plus de trente courts et moyens métrages allant de 1915 à 1934 et sept longs métrages de 1919 à 1930. Elle fut la première cinéaste féministe, scénariste et productrice, très active dans la promotion des artistes auteurs et du Ciné club. L’arrivée du cinéma parlant l’éloigne de la réalisation, elle s’engage par ses écrits et ses soutiens dans le club des amis du septième Art avec Abel Gance et est co fondatrice et secrétaire du Club Français du Cinéma puis devient directrice adjointe des Actualités Gaumont jusqu’à sa mort, survenue suite à une crise cardiaque à l’âge de 60 ans en 1942.

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Madame Beudet


De ses réalisations nombreuses l’on peut mentionner comme un chef d’oeuvre « La souriante Madame Beudet » de 1923 qui est catalogué comme le premier film  « féministe ». Très expressif et dynamique, il montre les désarrois et désillusions d’une femme aux prises avec sa condition subalterne au sein d’un couple appartenant à la petite bourgeoisie.

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La fête Espagnole


« La fête Espagnole » réalisé en 1919 est aussi considéré aujourd’hui comme une des ses plus importantes réalisations. Le scénario fut écrit par Louis Delluc, qu’elle rencontra en 1917 et avec lequel elle eu une collaboration importante ce qui posa les bases d’une avant-garde expressionniste en France. La Fête espagnole, nous plonge déjà dans les tourments du désir en confrontant deux hommes dans une joute pour conquérir l’indécise Soledad, interprétée par Eve Francis, qui danse et s’enivre toute la nuit. Rythme et décors naturels, le propos n’est plus seulement narratif mais « exprime » les tourments, les états intérieurs des protagonistes entrainés par la fête utilisée ici comme parenthèse pour mettre au jour les fondamentaux des dominations et soumissions liés à la compétitivité sexuelle des mâles et au désir caché de la femme.

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Germaine Dulac semble aujourd’hui bien injustement oubliée. Elle réussie pourtant a ranger sous son nom ce qui est considéré comme le premier film impressionniste «  la fête espagnole » le premier film féministe « La souriante Madame Beudet » et le premier film surréaliste «  La coquille et le Clergyman »
L’ensemble de son oeuvre comme son rôle extrêmement actif dans la mise en place des structures corporatistes de la société des Artistes Auteurs ont été plus qu’important pour ce septième Art qui est une création française.
Germaine Dulac est aussi une théoricienne qui libère le cinéma de ses grands ainés que sont la littérature et le théâtre. Elle développe dans ses nombreux écrits, la volonté de faire du cinéma un art et une expression à part entière. Par l’avant garde, elle marie nouveautés techniques et expressions psychologiques des personnage pour que rythmes et sensations en fusion d’eux mêmes, élaborent une nouvelle esthétique rejoignant la vie elle-même. Ses écrits ont été rassemblés dans un ouvrage essentiel pour tous les cinéastes : Ecrits sur le cinéma (1919-1937) / Germaine Dulac; textes réunis et présentés par Prosper Hillairet, Paris, Ed. Paris Expérimental, 1994 .


Extrait du scénario d'Atonin Artaud:
“une succession de gros plans la tête du prêtre doucereuse, accueillante quand elle apparaît aux yeux de la femme, et rude, amère, terrible quand elle considère le clergyman. [… ] [Le clergyman] se retrouve au sommet d’une montagne; en surimpression à ses pieds, des entrelacements de fleuves et de plaines. […]  [Le clergyman] se jette sur [la femme] et lui arrache son corsage comme s’il voulait lacérer ses seins.  Mais ses seins sont remplacés par une carapace de coquillages.  Et arrache cette carapace et la brandit dans l’air où elle miroite.  Il la secoue frénétiquement dans l’air et la scène change et montre une salle de bal.  Des couples entrent; les uns mystérieusement et sur la pointe des pieds, les autres extrêmement affairés.  Les lampadaires semblent suivre les mouvements des couples.  Toutes les femmes sont court vêtues, étalent les jambes bombent la poitrine et ont les cheveux coupés. […] Des servants, des ménagères envahissent la pièce avec des balais et des seaux, se précipitent aux fenêtres.  De toutes parts, on frotte avec intensité, frénésie, passion.  Une sorte de gouvernante rigide, toute vêtue de noir, entre avec une bible dans la main et va s’installer à une fenêtre.  Quand on peut distinguer son visage on s’aperçoit que c’est toujours la même belle femme.  Dans un chemin dehors on voit un prêtre qui se hâte, et plus loin une jeune fille en costume de jardin avec une raquette de tennis.  Elle joue avec un jeune homme inconnu.”


 Antonin Artaud, Oeuvres Complètes, Tome III , Paris: Gallimard, 1970, pp. 26.-30.

 

la crispation du désir

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le général prêtre dans une image à la Personna.

 

Le film est visible ici dans son intégralité:

 

 

La Coquille et le Clergyman - Full Movie with Synchronicity Soundtrack by Immara

 

 Germaine Dulac  1882 - 1942

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29 mars 2014

DELENDA ALEXANDRIA ou les larmes d'Egypte.

 

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« Vois-tu le Monde qui s’écroule sous tes pieds ?
   Vois-tu les rides de tes pères comblées par la poussière?
    L’homme n’est plus, les Hordes sont là. »


La villa Aghion n’existe plus. Elle a été rasée en janvier dernier par des bulldozers dont les chenilles ont éventré la terre des jardins subsistants et comblés les derniers bassins. Les briques et brisures armés de longue tiges de métal sont concassés et chargés dans des camions, la poussière de béton recouvre tous les alentours qui eux mêmes en béton brut ne dépareillent pas dans ce gris uniforme, sale et triste, même sous le soleil d’Egypte.

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Février 2014  photos Save Alex.

 

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Février 2014

Alexandrie était une oasis de cosmopolitisme où la diversité des langues et des cultures avaient imprimé une architecture particulière .

La villa Aghion datait de 1927. C’était une villa Perret. On dit Perret comme on dit un Renoir ou un Matisse. Leurs constructions sont inscrites au patrimoine de l’UNESCO.
 Auguste et Gustave Perret, les grands Perret du Théâtre des Champs Elysées, de Notre Dame du Raincy, du Havre, de l'hotel Lange place de la Porte de Passy ou même des usines d’Horlogerie Dodane de Besançon, longtemps controversés sont enfin célébrés à leur juste place dans le panthéon international des créateurs.

La villa d’Aghion maison d’architecte construite pour un architecte était un manifeste.

Si, en 1926 Gustave Aghion, architecte de la haute bourgeoisie juive d’Alexandrie, demande à Auguste Perret de lui concevoir une villa dans le quartier huppé de Wabour el-Maya c’est qu’il ne doute pas des qualités progressistes de cette « nouvelle » architecture. Il donne ainsi l’occasion aux Perret de mettre en pratique leurs théories et visions esthétiques créant ainsi les nouvelles formes d’un classicisme retrouvé dans une modernité active.
La villa présentait de nombreuses caractéristiques d’une recherche de langage de forme que l’on peut voir comme un aboutissement dans la réalisation de l’actuel Conseil Economique et Social, place Iéna à Paris.  La rotonde sur jardin avec colonnes encadrées de claustras en est le premier détail facilement reconnaissable puis l’utilisation du béton rugueux donnant une matière en contraste avec des parties lisses exprime un soucis d’esthétisme, de fonctionnalisme et d’arts décoratifs qui ne se démentira pas. La maison était entourée de jardins et de fontaines, c’était un oasis de fraicheur et d’ombre jouant sur des façades de briques traditionnelles enchâssées dans des cadres de soutènement en béton. Ce qui donnait un caractère extrêmement moderne, épuré tout en garantissant un charme serein de bonheur de vivre.
La villa était classée et devait être protégée, elle appartenait en effet à la liste égyptienne des bâtiments remarquables à sauvegarder par la Loi 144.

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Facade d'Entrée

Depuis le départ plus que précipité de la famille Aghion  ( ainsi que de la plus part des juifs et syrio-libanais d’Egypte qui furent  chassés par G.A. Nasser en 1956) la villa ne fut plus entretenue.
Les volets constamment fermés, vide et délaissée, la villa ne vivait plus. Le jardin fut concédé petit à petit à la ville qui par son énorme augmentation de population voit la disparition des espaces verts au profit d’immeubles géants d’habitation de plus en plus nombreux.

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Plan de l'implantation au sol  et du jardin.


Comme le soulignait excellemment Cléa Daridan dans un article de la Tribune de L’Art en 2009
La villa «  est bâtie sur un terrain rectangulaire, les frères Perret réalisant le bâtiment, le jardin et le mobilier de la salle à manger. Si la référence à Palladio paraît certaine par l’utilisation d’un plan centré à trois travées ou du hall central ouvert sur deux niveaux, de même les ferronneries à motifs de lotus peuvent-elles être lues comme le rappel d’un motif architectural égyptien récurrent. Les palmettes seront également reprises durant les années trente, nous permettant de lire dans cette utilisation un usage précurseur. Le remplissage est assuré par l’usage d’un béton armé sans enduit et par des briques égyptiennes différemment appareillées suivant les façades. Les jeux de bichromie et de relief tendent à créer des effets entre les bandes lisses et saillantes de la structure. Concernant le plan de l’édifice, sa relative asymétrie tend à intriguer. Tandis que les pièces principales sont symétriques et en enfilade, les pièces de service présentent des liaisons verticales conditionnées par les mesures et les formes fonctionnelles. Deux escaliers mènent depuis le jardin à un hall semi-circulaire couronné d’une demi rotonde en béton, en saillie côté jardin et habillée de cinq panneaux de claustra triangulaire en ciment armé. Les claustras triangulaires, voués à servir de brise soleil et qui rencontreront par la suite une grande postérité dans l’oeuvre des Perret, trouvent ici leurs première occurrence. »

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Les coups de peleuteuse de 2009


Cléa Deridan appelait en 2009 à la sauvegarde de la villa car la façade sur jardin avait été à ce moment là, honteusement attaquée à la pelleteuse, la coupole était à moitié effondrée et son sort semblait scellée. Car prétextant un état fragilisé, dangereux, une procédure de déclassement avait été entreprise pour la démolir. La mobilisation fut forte et l’intervention du préfet pu geler les travaux pendant quelque temps .
Mais la position des propriétaires de maisons historiques est difficile. N’ayant aucune aide gouvernementale et ne pouvant louer à des tarifs réévalués, ils sont extrêmement sollicités par des promoteurs . Le mètre carré valant de l’or, ils ne peuvent qu'être tenté par l’immense profit qu’ils pourraient obtenir en démolissant leur ruines pour faire construire des immeubles à fort rapport .
Ainsi que l’explique l’actuel propriétaire de la villa Aghion, Mohamed Hosni Hamed interrogé par un journaliste du Guardian :
« Pourquoi devrais je la rénover?, quand c’est une ruine et qu’il n’y a aucun intérêt à en tirer? » « Nous voulions la garder et en faire quelque chose pour les touristes mais personne ne s’y intéresse"

Omnia Hamed son épouse renchérit en expliquent que tout était légal et qu’ils avaient attendu 14 ans pour avoir l’autorisation de destruction : « Nous aurions pu la démolir en 2011 pendant la vacance de l’administration après la Révolution, Nous n’aurions pas eu tout ces problèmes maintenant, mais nous voulions faire les choses légalement »

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Facade nord avec immeuble mitoyen construit sur le jardin .


En cinq ans, Alexandrie a vu plus de 35 sites remarquables démolis. Une vingtaine de propriétés ont été déclassées récemment et leur sort terriblement fragilisé et cela dans toute l’Egypte, en témoigne les menaces de démolition de la célèbre Villa Fernande de Port Saïd, évoquée dans un article précédent ( les Perles du Canal).
Alexandrie a encore une synagogue, une cathédrale…..de belles villas historiques, mais pour combien de temps?

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Villa Ambon


Il en est ainsi de la villa Ambon, longtemps occupée par Lawrence Durell et sa femme qui l’inspira pour le personnage de Justine, l’héroïne du "Quator d’Alexandrie".
La villa Ambon, dans un état déplorable, sera prochainement détruite comme le confirme son actuel propriétaire, Mr Abdelaziz Ahmed Abdelaziz qui acheta la villa en 1996. « Bien qu’ayant l’autorisation je n’ai pas encore détruit la maison, car je veux garder la mémoire de Lawrence Durell » « Mais j’ai attendu 15 ans et je ne suis plus capable d’attendre bien longtemps, elle sera donc démolie dans le début de l’année 2014 si je n’ai pas de réponse… »
Réponse à son désir de voir la maison achetée un bon prix par une quelconque association de conservation!

Il ne peut la vendre donc préfère la démolir pour construire des logements. La ville dévore ses plus beaux enfants.

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Lawrence Durell avait son cabinet d'écriture dans la fameuse tour octogonale.

Il faut préciser que ce bon Abdelaziz Ahmed Abdelaziz a déjà fait construire deux immeubles d’appartements dans les jardins de la villa qui est un dépotoir.

 

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Alexandrie  luxe et ordonnance

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Les travaux vont bon train à Alexandrie, ainsi les célèbres pignons en coupole de l’Hôtel Majestic ont déjà disparus pour la surélévation du bâtiment qui s’en trouve totalement défiguré. Le fait que le célèbre E.M. Forster y ait habité ne changea rien aux choses.

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Destruction des coupoles en cour de réalisation puis surélévation inachevée.

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Une association pour la préservation de « L’Héritage Cosmopolite d’Alexandrie » dirigé par Zahraa Awad existe bien, mais est malheureusement impuissante devant ces phénomènes récurrent de destructions barbares et inutiles.
Car faut-il préciser, n’ayant aucun permis de construire, les travaux de l’Hotel Majestic furent arrêtés sans espoir de voir restituer ce qui faisait l’essence même du bâtiment. Pauvre Alexandrie!
De nombreuses manifestations contre ce vandalisme débridé eurent lieu grâce à une association très active la « Save Alexandria Heritage » couramment appelé la Save Alex association, mais ces actions sont évidement de portées limitées face à l’ampleur des problèmes politiques et sociaux d’une Egypte en pleine révolution.

L’association assez active est dirigée par Le Dr Adel Dessuki qui anime aussi un blog  « The Wall of Alex » extrêmement intéressant, tout du moins pour ses terribles photos car entièrement rédigé en arabe. Un autre site, Egypt Diaries, élaboré par « des égyptiens normaux qui aiment et se préoccupent du riche héritage comme de l’Histoire de leur pays » alerte l’opinion sur le scandale des ces démolitions sauvages.
Nous pouvons y voir l’immense chantier en oeuvre dont la petite partie que peut constituer la villa Aghion ne nous est parvenu qu’extrêmement assourdi et cela uniquement parce que les frères Perret sont français bien que natifs de Bruxelles.
L’Egypte a vu sa population plus que doubler dans le siècle : 9,7 millions en 1900, 28 millions en 1960, 83 millions en 2012.
Comment construire dans une terre si contrainte par le désert avec un climat si torride, une sécheresse récurrente?

A lire pour connaitre l'étendue du problème : l'Urbanisation non réglementaire en Egypte / Université Lyon / Institut d'Etude Politues de Lyon 2011

Fallait il écouter le grand architecte égyptien Hassan Fathy?

 

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 H. Fathy 1900- †1989


Architecte de génie né à Alexandrie, qui a su par sa connaissance des constructions traditionnelles de Nubie dont il est originaire, imaginer une architecture faite de matériaux nobles et peu couteux en auto régulation thermique adapté aux canicules d’Egypte.

« Construire avec le peuple » (La Bibliothèque arabe Ed. Jérôme Martineau 1970 ) lui assure une reconnaissance internationale.
Hassan Fathy réalise des bâtiment fortement ancrés dans les traditions autochtones pour mieux les dépasser; il utilise des anciennes techniques de constructions locales et ancestrales qu'il adapte aux contraintes modernes et aux besoins nouveaux de la vie contemporaine. Dès 1930, il utilise les briques de terre, facilement réalisable par les fellahs et pense l’organisation de la maison en utilisant les ouvertures facilitant la captation des courants d’air qui assure une auto régulation de la température avec le jeu des fontaines intérieures et les fosses à froid. Pourquoi tant de barres d’immeubles en acier ou béton dans lesquelles on étouffe sans climatisation?

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Le village de Gourna el Gedida est une réalisation exemplaire d’architecture pensée et élaborée suivant cette authentique tradition des pays chaud que l’on peux découvrir de la Perse jusqu’en Syrie.
Hassan Fathy diplômé de l'école polytechnique de l'Université du Caire, est devenu un des architectes les plus marquants de sa génération. Il a montré preuve à l’appui qu'il est possible de construire pour les pauvres et aussi de leur enseigner les bases perdues des techniques traditionnelles pour construire par et pour eux-mêmes.
Mais, il a aussi réalisé de grandes maisons pour la haute bourgeoisie du Caire comme de véritables Palais en Arabie Saoudite tel le mystérieux Palais Tabouk dont aucune photos n'existe mais dont la documentation complète ainsi que les plans d'exécution se trouvent dans ses archives.

Spécialiste de l'architecture Ottomane et Mamelouk, Hassan Fathy, homme de grande culture classique, violoniste, spécialiste de Brahms à su retrouver les fondements d'une architecture nationale en dessinant lui même, des plans de maisons très élaborées qui avaient vocation à devenir des maisons praticiennes. Il réalise  toujours avec le souci de la thermo-régulation traditionnelle malheureusement complétement tombée en désuétude.

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Le "Malkaaf" ou la tour des vents est un procédé  de captation des courants d'air que l'on retrouve jusqu'en Perse sous le nom de "Bakdir". Une circulation de l'air qui se rafraichit au contact d'amphores disposées astucieusement ainsi que des fontaines intérieures. Une ouverture au septentrion capte les vents, l'air circule se rafraichit, descend dans les cours avec bassins d'eau puis se réchauffe et remonte dans la "Chour Chira" ou l'air chaud s'échappe. La maison traditionnelle écologue des pays de canicule se compose très généralement du Ka'a, ou grand salon à coupole, avec deux Iwans, (divans ou petits salons), puis le "Taktabouch" ou grande galerie, généralement surélévée mais toujours couverte avec des ouvertures aux extrémités..

Le village de  Gournah, situé sur la nécropole Thébaine sur la rive ouest de Louxor, vivait depuis des années du pillage des tombes des nobles du Nouvel Empire sur lesquel le village était construit. La situation ne pouvant perdurer. En 1950, Le nouveau Gournah sera créé de toutes pièces par Hassan Fathy pour reloger les habitants expropriés. Bâti en terre selon les conceptions d'économie, d'ergonomie et d'écologie avant la lettre, Le village est extraordinaire avec de somptueuses réussites conceptuelles comme la mosquée ou la place du théatre .

 

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Mais Gourna est une réussite qui malheureusement n’a pas pu être entièrement achevée car l’administration tatillonne et les lourdeurs bureaucratiques en ont eu raison. Les habitants s'y sont d'ailleurs prêtés de mauvaise grace et ce patrimoine n'a pas été entretenu . L'ancien village de Gournah, composé de plusieurs hameaux fut rasé petit à petit depuis 2006, la fin du chantier était prévu pour 2012 par décision du Ministère des Antiquités Nationales.
Comme pour les témoignages de l’architecture dite "coloniale » (bien que l’Egypte n’ai jamais été une colonie ), les réalisations historiques d’H.Fathy sont très négligées si ce n’est complétément ignorées par les autorités et la préservation du patrimoine. Le plus grand architecte égyptien de la période moderne voit, de son vivant, son oeuvre moquée et marginalisée. Il en gardera beaucoup d’amertume. Heureusement, il y semble avoir actuellement une prise de conscience pour entretenir, restaurer au moins les traces de son travail car évidement, il n’est pas question d’imaginer adapter sa pensée aux besoins immenses de logements sociaux dans cette actualité si cruelle de la nouvelle Egypte .

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Place de Gournah


L’association « Save the heritage of Hassan Fathy » écrit :
« L'Association Save the Heritage of Hassan Fathy s'est rendue à Nouveau Gourna à la fin de décembre 2011. Malheureusement la situation générale du village s'est rapidement et gravement détériorée durant l'année. Trois maisons ont encore été détruites. La maison de Hassan Fathy est sur le point de s'écrouler, le contrefort soutenant l'un de ses murs de façades et le dôme de la qa'a étant maintenant réduit à un tas de pierres. Par ailleurs les nouveaux intervenants et propriétaires locaux ont réalisé des interventions de Disneylandisation très regrettables. Ce phénomène de gentrification ne respecte aucunement l'esprit du travail original de Hassan Fathy et ce sont encore deux maisons qui ont été totalement dénaturées. Il ne suffit pas de construire en briques de terre crue pour avoir compris l'intérêt et la philosophie de ce village unique au monde dont les plus pauvres pendant longtemps n'ont pas voulu et que les plus riches maintenant pervertissent.
L'Association Save the heritage of Hassan Fathy réitère ses appels à la communauté internationale et aux experts égyptiens avisés pour la sauvegarde et la restauration dans LES REGLES DE L'ART du village modèle qui a impressionné le monde entier et qui est un patrimoine mondial. »


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le village de New Gournah aujourd'hui


Hassan Fathy dans "Construire avec le peuple":

« Il faut commencer par le tout début, et faire naître vos constructions de la vie quotidienne des gens qui vivront là, façonnant vos maisons au rythme de leurs chants, tissant pour ainsi dire la trame du village sur ses activités, attentif aux arbres, aux récoltes qui pousseront là,respectueux de la ligne d’horizon et humble devant les saisons. »
« L’alcôve à voûte (iwan) comprend un lit encastré, avec un espace pour un rangement dessous et une forme en cuvette pour empêcher les scorpions de monter dans le lit. »
Thierry Paquot dans la Revue d’Histoire critique nous explique « Quant au plan du village, il faut le prémunir du plan géométrique orthogonal qui s’impose partout, éviter d’aligner les maisons le long d’une route droite et au contraire les rassembler autour d’une place qu’on atteint par des rues sinueuses qui nourrissent le sentiment d’intimité. La place conduit à la mosquée, et autour s’installent les boutiques et les ateliers des artisans. On peut aussi y trouver le théâtre, le hamam, l’église copte et les écoles. «
« dans une école, c’est l’âme de l’enfant qui va grandir, et le bâtiment doit l’inciter à prendre son essor, non la comprimer comme une chaussure chinoise»

Hassan Fathy  « Construire avec le peuple »

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« Comment pouvons-nous aller de l'architecte-constructeur de système vers le système architecte auto-constructeur ? Un homme ne peut pas construire une maison, mais dix hommes peuvent construire dix maisons très facilement, même une centaine de maisons. Nous devons soumettre la technologie et la science à l'économie des pauvres et des sans argent. Nous devons ajouter le facteur esthétique. »


Hassan Fathy, Discours d'acceptation du prix Nobel alternatif, le 9 décembre 1982

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La voute nubienne ou le dépouillement cistercien.

En conclusion pour ceux qui se nourrissent d'espoirs voici un dernier article à lire ....qu'il m'est difficile de commenter:

La Poste du Louvre 2014

 

 

Posté par amaury hutt à 23:00 - Commentaires [0] - Permalien [#]

08 février 2014

26 PIAZZA DI SPAGNA

 

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This living hand, now warm and capable
of earnest grasping, would, if it were cold
and in the icy silence of the tomb,
So haunt thy days and chill thy dreaming nights
That thou wouldst wish thine own heart dry of blood
So in my veins red life might stream again
And thou be conscience-calm’d, see here it is,
I hold it towards you.

Ma main que voici vivante, chaude et capable
d’étreindre passionnément, viendrait, si elle était raidie
Et emprisonnée au silence glacial du tombeau,
A ce point hanter tes jours et transir tes rêves de tes nuits,
Que tu voudrais pouvoir exprimer de ton propre coeur
jusqu’à la dernière goutte de sang
Pour que dans mes veines le flot rouge fasse de nouveau couler la vie
et que ta conscience s’apaise. Regarde; la voici,
Je la tends vers toi

Hiver 1819 1820

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« Ceci est du sang de ma bouche… »
Après l’avoir examiné très attentivement, il me regarda et dit avec un calme que je n’oublierai pas
« Je connais la couleur de ce sang, c’est un sang artériel…. je vais mourir »

John Keats accompagné de son ami Charles Brown voyageant à l’extérieur de la diligence qui les ramenaient de Londres à Hampstead ou ils résidaient, se senti fébrile et fiévreux.
 En se couchant dans les draps glacés de son lit, il toussa légèrement et cracha dans son mouchoir.

Browns entendit Keats lui dire «  Ceci est du sang de ma bouche…. » puis quelques heures après il fut pris de violentes quintes hémorragiques.
Il avait reconnu le mal qui emporta sa mère puis son jeune frère à l’âge de dix neuf ans.
La tuberculose.
En septembre 1818, au chevet de son frère Tom, effondré par son agonie, Keats composa son long poème Hypérion.En mars 1820, il sait qu’il va mourir.
Il est encore largement inconnu et semble avoir échoué à faire une oeuvre de poète. Les médecins consultés, comme son entourage lui conseille vivement de partir vers les cieux plus cléments de l’Italie.
 Le coeur brisé, il abandonne sa soeur et celle qu’il aime d’un amour entier, Fanny Brawne, à qui il annonce son départ par une lettre tendre et sans illusion   «  La nuit ou je fus malade un flot violent de sang me suffoqua littéralement  …je vous assure que sentant que je ne survivrai pas toutes mes dernières pensées étaient vers vous… »

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Fanny Brawne

"The Beautiful and elegant graceful, silly, fashionable and strange "(La belle et élégante gracieuse, légère, à la mode et étrange) in Keats Letter to his brother George


John Keats embarqua en septembre 1820 avec son ami artiste Joseph Severn qui le depeint comme très malade «  Pauvre Keats ….. il est près de l’autre monde..et semble trop pris pour se remettre »

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Rome sera un sursis. Ils emménagent au deuxième étage du 26 Piazza di Spagna au pied du mont Pincio au bas des célèbres escaliers appelé « scalinita » qui mènent à l’église française de la Sainte Trinité des Monts.
Cette maison était nommée la « casina rossa» car sa façade était à cette époque recouverte d’un badigeon rouge ocre . La maison agréablement située en bas à gauche des marches donne sur la fameuse « Barraccia »  fontaine étrange en forme de barque réalisé en 1639 par le Bernin.
 La maison regroupait, comme le quartier, beaucoup d’étrangers: un vieil anglais avec son valet français, un irlandais, un médecin anglais et une comtesse vénitienne.
 La chambre d’angle fut pour Keats, qui de ses fenêtres pouvait voir l’animation des escaliers ainsi que les attroupements autour de la fontaine. Severn restant sur un canapé dans la pièce à côté.

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Entouré des soins de son ami ainsi que du docteur Clark, les bienfaits du climat romain lui fut un temps profitable.
Mais dans une lettre à son ami Charles Brown, il se décrit comme « ayant le sentiment quotidien que sa vraie vie est passée » et qu’il se sent dans « une existence posthume … » Il pense constamment à Fanny Brawne et semble possédé par le souvenir de son frère Tom qui est « comme un fantôme dans son esprit »
Le 10 décembre, Keats a une très forte hémorragie, le docteur Clark tente de faire l’impossible en le saignant encore mais Keats souffrant et désespéré s’empare d’une bouteille de Laudanum.
Severn et Clark pensèrent qu’il tentait de mettre fin à ses jours. Ils firent alors le nécessaire en écartant tout objet, couteau, ciseaux qui auraient pu lui servir à se suicider, mais par là même l’empêchèrent de s’anesthésier à l’opium.
Keats eu de nombreuses hémorragies qui le laissaient sans forces dans une détresse immense et des souffrances respiratoires atroces. Le régime de diète sévère à base de harengs du docteur Clark qui semblait penser qu’il avait une infection du foie dû à la tuberculose, le laissait anémié face aux saignements et saignées.
Ce fut un Noël horrible, ou terrifiant de délire et douleur, il douta de sa croyance en la bible devant ses amis effondrés, se laissant aller à de morbides jeux de mots dans une totale conscience de sa fin imminente.
Keats resta alité, faible et souffrant jusqu’au 21 février, où il demanda à Severn de le redresser dans son lit, lui parlant calmement de sa tombe ombragée au cimetière Protestant près des anciens murs de Rome, près du Mont Testaccio. Tombe parsemées de violettes et de coquelicots dont il pouvait sentir les racines pousser en lui, lorsqu’il regardait les fleurs peintes du plafond de sa chambre . Severn lui dit qu’il n’avait jamais vu quelqu’un mourir et qu’il en avait de l’effroi, ce qui l'étonna lui qui avait eu tant de décès proches.
Le lendemain matin, Keats pleura de se réveiller en vie …se noyant dans ses poumons, il ne trouvait plus aucune consolation si ce n’est que de jouer  en silence de main en main  avec une petite pierre de cornaline donnée par Fanny.
Deux jours après, vers quatre heure de l’après midi, il appela Severn assoupi à ses cotés et lui dit :

«  Peux tu me lever pendant que je meure, ce sera plus facile…… n’ai pas peur , Merci mon Dieu; Voilà cela arrive »
Il resta sept heures dans les bras de son ami à respirer bruyamment sans un mot …..juste pour dire une fois dans un murmure : «  ne respire pas sur moi, ton souffle me glace »
 A onze du soir, il était mort, paisiblement. Il avait 25 ans.

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John Keats sur son lit de mort - portrait réalisé par Joseph Severn-1821


La nouvelle de sa mort mis trois semaines à atteindre l’Angleterre.
Fanny Brawne se coupa les chevaux et rentra dans un deuil de plusieurs années.

Les lois Vaticanes imposaient par mesures de sauvegarde et d’hygiène afin d’éviter une possible contamination que le mobilier, les rideaux et couvre lit, ainsi que le papier peint soient rassemblés à l’extérieur et brulés. Les modes de transmission du bacille de la Tuberculeuse étaient largement inconnus.
La maison reprit son cour chaotique de pensionnaires et d’aménagements . Les rez de chaussée du 26 et 27 furent rassemblés sous l’enseigne de « Trattoria della Scalinita »

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Fenêtres  d'angle du premier étage du 26 place d'Espagne


A la fin du XIXem siècle, l’absorption du Royaume Papale dans l’Italie unifié transformera Rome. La demande incessante de logement et les projets architecturaux modifieront grandement le paysage urbain. Le n°26 et 27 firent l’objet d’un projet de démolition pour la création d’un vaste hôtel à leur emplacement. Le projet avait de bonne chance d'être exécuté mais John Keats comme Percy Shelley étaient devenu des poètes célèbres. Leurs tombes au cimetière protestant de Rome étaient très entretenues et visitées . Oscar Wilde en 1877 avait rendu hommage à Keats lors de son voyage à Rome ou il fut reçu par le pape Pie IX, Il se recueilli sur les tombes des poètes et déclara l’endroit comme étant « le plus saint de Rome »!

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Tombe de Keats et Severn - Rome


Une forte mobilisation de la part des autorités diplomatiques anglaise et américaine ainsi que de nombreux bibliophiles et autorités culturelles autant italiens qu'anglais sauvèrent le bâtiment. Une association de sauvegarde fut créée par un poète américain, journaliste à ses heures qui devint par la suite ambassadeur américain à Rome, Robert Underwood Johnson.

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R. U. Jonhson


Par son action, il transforma la maison en centre de conservation de l’italophilie anglaise, une bibliothèque des oeuvres des poètes anglais romantiques ayant eu l’Italie au coeur fut installée .
Le jour de l’anniversaire de la mort de John Keats le 23 février 1903 une souscription internationale fut lancé pour l’acquisition de la maison et la création d’un mémorial du souvenir.
La Keats Shelley Memorial Association s’engageait à réaménager les appartements de Keats et Serven, de les meubler et de rassembler un fond muséal en collectant archives manuscrites, dessins, reliques ou objets ayant appartenu au poète et à ses proches. Ainsi que tout documents et livres concernant Percy Shelley sans oublier les témoignages de Lord Byron en Italie

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Le masque mortuaire executé par le docteur Clark est présenté à côté du lit d'agonie.

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La chambre fut restituée en son intégralité.

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Décor peint: panneautage de gris clair sur champs soutenus avec moulures simples en méplat gris bleuté .

A noter l'étrange cimaise peinte avec de multiples filets ombre et lumière

 

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Décor floral peint dans les sections carrées traditionnelles des plafonds des maisons romaines du XVIII° siècle.

Les décors des plafonds des lambris furent repeints, la grande bibliothèque d’acajou et les présentoirs vitrés furent le réceptacle de tout ce que l’association pu trouver à acquérir. 

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Tableau de Joseph Severn représentant Percy Bysshe Shelley dans les thermes de Caracalla .1845

L’association édita un bulletin avec lequel les abonnés résidant en Angleterre et aux Etats-Unis purent suivre les progrès de l’édification du Musée comme l'état des recherches concernant les poètes si admirés.

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Le 3 avril 1909, la maison musée fut inaugurée sous une triple bénédiction : américaine, anglaise et italienne avec le ferme soutien du Président Théodore Roosevelt qui honora les lieux de sa présence en 1910. Le royal soutien d’ Edward VII dont le premier secrétaire Lord Knollys envoya une déclaration qui fut lu à l’assemblée réunie  lors de l’inauguration en présence du Roi Emmanuel III « Le Roi me fait vous dire qu’il accorde un intérêt profond à cette inauguration, Le Roi exprime sa gratitude et ses remerciements au Roi d’Italie et à son peuple pour la bienveillance exprimée envers ce mémorial , présent donné aux nations Anglo-Saxonne »  
L’assemblée prestigieuse était composée de l’ambassadeur Anglais, d’écrivains italien, américain et anglais ainsi que de la nièce de Dante Gabriel Rossetti.

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La Keats Shelley House devint un lieu de pèlerinage pour les tendres lecteurs de vers, les admirateurs romantiques d’une poésie sensuelle célébrant les beautés d’un bonheur immobile. La lenteur de l’amour senti qui exacerbe les sens face à la beauté du monde.
 Ivresse et ravissement, Keats eut une vie poétique extrêmement courte de cinq ans à peine mais son aura sur les lettres reste immense.
Percy Bysshe Shelley sera associé à cette fondation car poète reconnu, sa vie fut indissociablement liée à l’Italie. Il succomba tragiquement lors du naufrage de son voilier dans la baie de la Spezia , le 8 juillet 1822, peu de temps après la mort de Keats dont la disparition l’avait terriblement touché .
On trouvera dans la poche du noyé un petit volume en vers de Keats. Il fut incinéré à la mode antique sur la plage de Viareggio par son ami Lord Byron, ses cendres furent transférées au cimetière Protestant de Rome.

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        Percy Bysshe Shelley                                                                       Mary Shelley


Shelley et Keats étaient inconnu au moment de leur mort, ce n’est qu’une vingtaine d’années après que leur renommé de poètes majeurs fut établie. La poésie de Keats et de Shelley sont à bien des égards dissemblables, ils se connurent peu mais leur mort, leur façon d’aimer, leur voyage sans retour en Italie les à rassemblés.
Shelley plus abstrait se range vers le monde invisible et utilise le lyrisme pour toucher l’ineffable. Keats est plus terrien mais tout en sensibilité des choses et des heures qu’il veut posséder en une éternité immobile de l’instant.

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Boris Kharlov dans le rôle de la créature


Percy Shelley fut l’époux de Mary Shelley, veuve romantique des ténèbres qui écrira de nombreux ouvrages dont le célèbre « Frankenstein ou le Prométhée moderne ». Elle fut malgré son talent dans l’ombre de son mari dont elle aida inlassablement à perpétuer le souvenir en publiant de nombreuses éditions de ses poésies et correspondances. Elles est aujourd’hui reconnue comme une figure majeure du mouvement Romantique par ses romans, récits de voyage ou contes pour enfants ainsi que par ses prises de position politique en tant que femme libérale.

 

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La Barraccia vue de la fenêtre du premier étage. Janvier 2014

L’effervescence de la place d’Espagne, les grappes de touristes adolescents montant, descendant, se regroupant autour de la fontaine ( en réparation actuellement) provoque une agréable sensation de voyage dans le voyage par la visite du premier étage de la Keats Shelley House. Peu fréquenté, le musée se donne comme un arrêt dans la course romaine, l’intérieur baigne dans une odeur d’encaustique , un calme de pénombre dans un contre jour apaisant.

Le larges bibliothèques d’acajou brillent de la lumière rasante des fenêtres donnant sur une petite cour enchâssée dans les montants de la Scalinita. Les clochers de la Sainte Trinité se détachant dans le bleu des fenêtres hautes. Assise sur une chaise dans un coin discret une blonde stagiaire anglo-saxonne fait office de surveillante en lisant un livre. Elle lève un oeil et vous fait un sourire, heureuse de voir un visage.  

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La minuscule chambre silencieuse aux deux fenêtres d’angle restitue la vie assourdie dans un large silence de recueillement .. un lit, une cheminée, une vue. La fin du poète est présente comme une étoile étincelante immobile suspendue dans sa nuit… le temps est à l’extérieur, la chambre une éternité.

Après la mort de son fondateur, Robert Underwood Johnson en 1937, une période délicate s’annonçait pour la maison en raison des menaces de conflit mondial. Le comité fut présidé par le secrétaire général, Hale Benton, de nationalité américaine alors que tous les anglais furent sur le départ. Il nomma comme Trésorier le directeur de l’institut Suédois car il était de plus en plus difficile de maintenir le musée dans une neutralité effective, et pensait lui aussi se trouver dans l'obligation de partir . Lors de l’arrivée des allemands à Rome en 1941, les plaques commémoratives et indication de nom des Poètes de la façade furent retirés pour faire rentrer la maison dans un anonymat protecteur. Tout resta silencieusement en place jusqu’en décembre 1942 ou deux malles discrètes contenant les « trésors » de la fondation , c’est à dire les papiers les plus précieux , les éditions originales, le portrait de Keats sur son lit de mort réalisé par son ami Severn, les reliques de cheveux de Shelley, furent envoyées pour être préservées dans l’endroit considéré comme le plus sûr d’Italie, le Monastère de Monte Cassino dans la commune de Cassino.

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Le monastère du Monte Cassino fut entièrement reconstruit après la guerre.


Le monastère du Mont Cassin fut l’objet d’une des plus terrible bataille pour ouvrir la route de Rome aux Alliés après leur débarquement de Sicile et la prise de Naples. Le monastère fut entièrement rasé par des bombardements intensifs.
Le Général der Panzertruppe F. Von Senger und Etterlin compris les menaces imminente de destruction et ayant connaissance de l’importance des collections,  organisa l ‘évacuation des biens de la communauté des moines du Monastère, c’est ainsi que les caisses du musée Keats Shelley revinrent par camion allemand à Rome et furent sauvées.
La fondation survécut non sans mal, avec tout ses avoirs bancaires gelés, ses loyers non perçus. la maison fut entretenue par Vera Cacciatore qui raconta cette période trouble dans ses mémoires «  je me sentais moi même prisonnière dans la maison  aussi je pouvais mieux comprendre comment Keats lui même se vivait comme un prisonnier … comme prisonnier de sa maladie .. avec toujours à l’extérieur de le chant de la fontaine nous hantant moi et lui » Elle raconta aussi comment le soir du 4 juin 1944,  les soldats alliés arrivèrent Piazza di Spagna et y campèrent en nombre. Dormant autour de la fontaine, au bas des marches, sur les marches jusqu’à l’obélisque.
Le lendemain matin à six heure un Capitaine anglais accompagné d’un américain, journaliste au New York Times frappèrent à la porte, la maison se réveilla de sa léthargie ….Vera Cacciatore raconte «  Cette nuit, un Soldat américain demanda s’il pouvait voir la chambre ou John Keats était mort ….Il donna son fusil a un de ses amis et avec une bougie en main alla jusqu’àla chambre parmi l’obscurité puis résumant sa mission sur la place il dit «  je suis fier d’être de garde devant la maison du Poète » »

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Soldat devant la porte du n°26-1944


La maison fut réouverte en présence des nouveaux ambassadeurs Anglais et Américain. Les années suivantes le nombre de visiteurs ne cessa d'augmenter, passant de quelques centaines à plusieurs milliers. Des lectures et récitals de musique, des expositions y furent organisés assurant un succès croissant ce qui permit à l'association de vivre sereinement sans bruit parmi les viccissitudes du monde, havre de paix, de poésie et du souvenir.

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La keats Shellay House  fin Janvier 2014

La palissade blanche correspond à la future boutique "Acqua di Parma" ouverte en début février.

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Giorgio de Chirico sur la terrasse de son appartement Place d'Espagne.


Le cheminement de certain délaissent les circuits touristiques trop empruntés, ils savent retrouver les chemins d’une Rome plus secrète, comme la maison de Goethe au n° 18 de la via del Corso qui exprime son amour pour l’art en une collection de dessins d’Italie ainsi qu’une présentation de son travail scientifique pour l’élaboration de sa théorie des couleurs, puis vers la Piazza di Spagna avec la maison de Giorgio de Chirico dont l’appartement musée qu’il occupa avec sa femme Isabella Far, regroupe les derniers étages du Palazzo dei Borgognoni ( Palais de Bourgogne mitoyen de la Keats House) avec une terrasse surplombant la place.

 

Page de garde d'un receuil de vers de Shakespear envoyé à Fanny Brawne

avec le célèbre "Bright Star" Avril 1819

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Bright Star, Would I Were Stedfast as Thou Art
 
Bright star, would I were stedfast as thou art

Brillante étoile, que ne suis je comme toi immuable,


Not in lone splendor hung aloft the night,
And watching, with eternal lids apart,

Like nature's patient, sleepless eremite,

Non pas solitaire, resplendissant au-dessus de la nuit, Les yeux toujours ouverts,
Veillant avec patience, tel un ermite de la Nature,


The moving waters at their priestlike task
Of pure ablution round earth's human shores,
Or gazing on the new soft-fallen mask
Of snow upon the mountains and the moors ;
No -- yet still stedfast, still unchangeable,
Pillow'd upon my fair love's ripening breast,
To feel for ever its soft swell and fall,

Observant les eau mouvantes à leur tâche sacrée
De purification des hommes,
Ou encore contemplant la neige fraîchement
Tombée sur les monts et les bois,
Mais plutôt, toujours immobile, immuable,
Assoupi sur le sein fleuri de ma bien-aimée
Pour ressentir à jamais son doux mouvement,


Awake for ever in a sweet unrest,
Still, still to hear her tender-taken breath,

And so live ever -- or else swoon to death.

Éveillé pour toujours dans une douce insomnie, Encore et encore à l'écoute de sa tendre respiration ;

Et vivre ainsi toujours, – ou sinon m'évanouir dans la mort.

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Oeuvres de John Keats:

Lines in Imitation of Spenser
Endymion
Tales and Poems, contenant le poème Hyperion
The Eve of St Agnes
Hymn to Solitude
La Belle Dame sans merci
Ode to Autumn
Ode to a Nightingale
To one who has been long in city pent : « À qui est depuis longtemps confiné dans la ville »
On first looking into Chapman's Homer : « Après avoir ouvert pour la première fois l’Homère de Chapman »
A song about myself

 

Sources:

Sally Brown -An Echo and Light unto Eternity -Suppose me in Rome

Vera Cacciatore -The House in War-Time

in Keats and Italy - Edizioni II Labirinto. Roma 2005

Albert Laffay -John Keats Selected Poems- Poèmes choisis

 

 

 

 

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01 janvier 2014

ROCHE BECHERELLE

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Les coordonnées du Global Positioning System de la Roche Bécherelle indique une Latitude de  47° 23' 46" North et une Longitude de 0° 37' 42" West.
Ce qui situe cette large saillie rocheuse sur la rive nord de la Loire à la jonction de la Maine dans le département éponyme du Maine et Loire.
Les rives de la Loire présentent de nombreux sites remarquables châteaux, abbayes, villages et paysages. La Roche Bécherelle ou « pierre Bécherelle » est une particularité naturelle unique qui fut classée et protégée par les arrêtés des 8 juillet 1912 et 13 juin 1921.


Pierre droite de quinze mètres de haut baignant sa base dans le fleuve l’hiver, école d’escalade l’été, la Pierre Bécherelle a toute les caractéristiques pour rentrer dans la catégorie des sites remarquables et détenir le label si joliment dénommé ZPPAUP, acronyme élégant pour Zone de Protection du Patrimoine Architectural Urbain et Paysage.

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Borne naturelle de roche mère sortie des coteaux, l’escarpement rocheux donne un point géographique identifiable par tous. Surprenante rupture dans la douceur des grèves, dans la monotonie des rives aux peupliers tremblants, la beauté du site est constant de quelques positions où l’on se trouve ; de la rive opposée, du centre du fleuve ou même du rocher arrière surplombant la « Pierre ».


Car la roche ou pierre Bécherelle ne dénomme pas uniquement cet éperon dressé comme un menhir « naturel » mais aussi la masse de rocher découpé par l’homme au début du dix neuvième siècle. La « pierre » désigne maintenant la pierre solitaire alors que la « roche » désignait l’ensemble.
Un cartulaire daté de 1009 appartenant au chapitre de l’église Saint Laud d’Angers fait mention de cette roche frontière.
Les fiefs de Saint Laud et du Ronceray comprenant les iles de Béhuard et Corbin, étaient dûment bornés par cette roche appelée aussi « moutaigne » dans deux manuscrits de 1377 et de 1436.


 Le commerce fluvial, la batellerie angevine très prospère au temps du Roi René connaissaient bien cet immanquable point de repère du mélange des eaux de la Maine au grand fleuve allant vers Nantes. La roche Bécherelle fut donc très tôt un péage, un poste de contrôle et d’observation . Les seigneurs de Serrant régissaient les droits de passages, dîmes et redevances. de ce poste avancé sur le fleuve ainsi que celui de La Roche aux Ducs appelé aujourd’hui la Roche aux Moines, distante de quelques centaines de mètres sur le bras de Loire devant l’ile de Béhuard si prisé par Louis XI .
Jean de la Haye, Seigneur de Serrant percevait sous la menace des armes les droits de passage et taxes sur les marchandises des bateaux de commerce navigant sur le fleuve. Les marchands de Nantes, les commerçants d’Angers, toute la batellerie à voile des villages environnants se voyaient une fois l’an astreint à l’impôt.
Jean de Brie son successeur, n’hésite pas à envoyer son capitaine Michel de Sens forcer des récalcitrants. Il est rapporté un abordage au lieu dit « la Pointe » entre des gens d’armes et des bateliers négociants qui remontant le fleuve s’étaient soustrait à la taxe. Ils furent arrêtés, blessés et leur argent prélevé sans autre forme de procès.
La pierre Bécherelle réapparait  aussi dans plusieurs actes de ventes ou de succession de domaine .
En 1764 est fait mention de la pierre Bécherelle lors de l’acquisition de la coulée de "Serrant" par monsieur Béguier de Chamboureau avocat au siège présidial d’Angers. Le château de Chamboureau existe toujours à Epiré, il a noter que le val, si connu pour son vin ,« coulant » vers la Loire a gardé son appellation ancienne.

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"Vue du Rocher ou Pierre Bécherèl et la maison de Mr Chevalier au dessus de la pointe

sur le bord de la Loire allant à Nantes" 1809

Les bords de Loire furent depuis longtemps une source de sujets poétiques pour les peintres . Les paysages les plus identifiables daté du premier quart du XIX eme siècle car annotés de façon descriptive comme des instantanés, sont conservés au Musée de la Marine de Loire de Chateauneuf sur Loire. Signés par Jean-Jacques Delusse, professeur de dessin à Angers, ayant eu comme élève le jeune David d'Angers, Delusse note, en 1809,  sur son lavis "Vue du Rocher ou pierre Bécherel...", puis repassant en 1823 "Vue du Rocher dit la pierre Bécherel…".

 

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dessiné sur le lieu 1823 par Delusse  "Vu du Rocher dit la pierre Bécherel  a 1 quart de lieu de la Pointe bord de la Loire 2 lieues d'Angers"


Des vues charmantes avec petits personnages et bateaux à voile montre une « roche Bécherel » dans son état naturel, initial, inchangé depuis plus de mille ans.
 Le dessin montre deux choses, l’inexistence d’un chemin de halage, ce qui donne à la masse de rocher un aspect de muraille et donc bien de frontière. On peut y apercevoir dans la découpe des ravinements dû à l’érosion, la forme caractéristique de la « pierre » actuelle encore solidaire de la masse schisteuse. La découpe de sa partie supérieure semble bien donc naturelle, découpe en pierre levée très visible à l’avant du corps de rocher.
 La configuration du site actuel est, par contre, le résultat de la transformation effectuée au milieu du XIXeme siècle.  Une aquarelle de Joseph Mallord William Turner conservé à la Tate Britain porte la mention « pierre Bécherelle near épiré » Cette aquarelle fait partie du cycle « scene on Loire » daté de 1826 /1828 et est  répertoriée par Ruskin dans ses cahiers . La série fut présentée à l’exposition « Turner on the Loire » de la Tate Gallery en 1997  ( catalogue Ian Warrell ,Tate Gallery London , page 221 N°76)

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La vue de Turner est pour le moins surprenante par rapport aux vues de JJ. Delusse. Il est indéniable que le paysage ressemble à tout sauf à la Pierre Bécherelle ou alors c’est une projection mentale faite en atelier mais sans croquis in situ.  Car les montagnes, les contreforts et la position de ce qui pourrait être pris pour une ruine romantique en haut d’un mamelon ne ressemble en rien à la Loire de Delasse ni à celle existant aujourd'hui.

La prospérité économique du second Empire voit l’émergence de nouveaux besoins, la barrière naturelle de la roche Bécherelle est un handicap pour la batellerie, un chemin de halage est nécessaire pour remonter la Loire dont le courant et l’exiguïté limite la marine à voile.Les gros chevaux de trait ont besoin de passages et les berges sont aménagées en conséquence.

Le site est répertorié comme une carrière de rivage ce qui limite les manutentions et augmente la rentabilité. La Pierre Bécherelle est donc attaquée et dépecée en pierre de construction ou de voirie par les entrepreneurs de Montjean sur Loire qui charge les materiaux directement dans les péniches. Mais la disparition programmée de la Pierre si connue et admirée suscite de vives protestations dont la presse s’empare.

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Le journal « Le Maine et Loire »  émeut l’opinion avec deux articles du 4 et 5 septembre 1843

«  La nature à ses monuments comme les cités. Ils sont consacrés par une espèce de vénération à laquelle il n’est pas permis de porter atteinte. Au confluent de la Loire et de la Maine, il existe un rocher, plutôt une pierre, aux gigantesques dimensions, qu’elle semble s’avancer pour jouir, plus à son aise, de ce beau spectacle auquel elle prête l’honneur de son assistance. C’est la Pierre Bécherelle.En vertu de quel arrêt, veut-on la jeter, par lambeaux, à la voirie?  N’y a-t-il donc pas d’autres pierres dans le pays! C’est bien la dernière à prendre…. »


«  de nos jours, il faut bien l’avouer, pareilles destructions sont considérées par ceux qui les ordonnent, comme sans conséquences funestes. Cependant, il est nécessaire que la cause de l’artiste, la cause de celui qui, loin des administrations, professant un culte pour la nature et ses délicieux aspects, ne soit pas sacrifiée au détriment de l’industrialisation…Faut il que l’an 1843, le besoin et la nécessité en matériaux viennent motiver une si fâcheuse destruction »


La Pierre monolithique fut sauvée in extremis grâce aux recours devant les autorités compétentes. Des mètres cubes de pierres furent prélevées,  le chemin tracé et fort heureusement la partie la plus emblématique du Rocher fut conservée et respectée.

 

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Le nouveau chemin de fer dont le tracé longe les bords de Loire vers Nantes fut une nouvelle atteinte à la muraille Bécherelle …le rocher fut entaillé d’un passage qui aurait pu être tunnel s’il avait été plus haut. Les dynamitages successifs ébranlèrent la Pierre Bécherelle qui perdit un gros bloc dans la Loire …cette pierre tombée est visible l’été près de la rive à gauche.
La première ligne de chemin de fer Paris Orléans Nantes fut inaugurée en 1851 ….

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La pierre tombée


Paru dans la Revue des Deux Mondes en 1861 «  La Fauvette Bleue, récit des Bords de Loire » de Théodore Pavie nous parle amoureusement de la  Loire au bas du village d’Epiré. Les affres et tourments de la pierre ne semble pas lui être connu précisément .

« I. — La Pierre-Bécherelle
« Un peu au-dessous du confluent de la Maine et de la Loire, sur la rive droite de ce fleuve, on voyait se dresser, il y a peu d’années encore, un rocher à pic, d’un aspect pittoresque : on le nommait la Pierre-Bécherelle. Les chemins de fer sont venus ; la Pierre-Bécherelle se trouvant devant eux, ils ont jeté bas le rocher qui lui servait de base et lui ont passé sur le corps. Il ne reste plus qu’une pointe écornée, que l’on prendrait de loin pour un menhir. Ces voies ferrées en ont fait bien d’autres !… Combien de collines éventrées, d’horizons masqués, de paysages balafrés, sans parler des jardins gracieux détruits pour toujours, sans compter les parcs mystérieux coupés en deux morceaux, et dont les allées, pareilles aux tronçons du serpent, cherchent vainement à se rejoindre ! Mais tout est au mieux dans le meilleur des mondes ; la locomotive siffle et se rit de vos regrets, le train vole sur les rails, et la vapeur triomphe. C’est égal, la Pierre-Bécherelle méritait un autre sort. Située au point où la Loire, enrichie par tous ses gros affluens, se développe dans sa plus grande largeur, ce rocher, facilement abordable du côté de la terre, formait comme un observatoire du haut duquel tout homme épris des beautés de la nature, peintre, poète ou rêveur, pouvait contempler à l’aise le magnifique panorama d’un fleuve de premier ordre roulant à travers des îles verdoyantes et des grèves jaunes ses flots majestueux. Chère aux éperviers, qui aimaient à nicher dans les trous de la roche tapissée de lierre jusqu’à sa cime, la Pierre-Bécherelle servit parfois de station aux aigles qui, égarés par les brouillards de l’hiver, descendent des montagnes du centre de la France, et, s’abattant sur nos provinces de l’ouest, les traversent d’un vol inquiet, comme des âmes en peine.
Au sommet de ce rocher mutilé, dont on ne voit plus aujourd’hui que les ruines, se tenait assis, par une belle matinée du mois de mai, un homme maigre, chauve, vêtu d’une longue redingote. Depuis dix ans qu’il habitait le pays, le docteur Christian, — c’était son nom, — venait chaque matin faire une station sur la Pierre-Bécherelle. Après avoir servi longtemps dans la marine, il avait fait élection de domicile sur les bords de la Loire. Les gens qui ont beaucoup voyagé savent mieux que les autres apprécier les sites pittoresques, et lorsqu’ils renoncent à la vie active, ce n’est point au hasard qu’ils choisissent les lieux où ils espèrent passer en paix les années de leur vieillesse »
Théodore Pavie - 1861

L’étymologie du nom Bécherelle reste assez mystérieuse. Une famille Bécherelle est attesté avec plusieurs orthographes Bé-cherelle ou Be-cherelle.. mais il n'y a aucune mention de possession ou d’’installation d’une famille Bécherelle dans les communes de Savennières ou de la Pointe.
Andre Rochard Jansen dans son livre « Nous étions six amis » paru en 2005 aux éditions Cheminements, nous donne sa version qui à l’avantage de la vraisemblance à défaut d’être incontestable .

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Les côteaux argilo schisteux sont plantés de vignes qui descendent vers la Loire de part en part de la Pierre Bécherelle.

Le chenin Blanc donne un excellent vin blanc sec , le Savennières.

 

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Une promenade dans les Savennières est une expérience ..Vous pouvez visitez ces vignes en coteaux sur le merveilleux site internet

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et découvrir le merveilleux "Clos de la Pierre Becherelle" d'Eric Morgat

à ne pas confondre avec le becherelle voisin de Nicolas Joly de la Roche aux Moines...

évidemment

merveilleux!

 

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***

 

Tous mes remerciements à l'Abbé Charon, curé d'Epiré et à son journal paroissial de 1973

 

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18 octobre 2013

LES PERLES DU CANAL

 

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Port Saïd et Port Fouad se regardent et lancent leurs bras dans la mer, l’eau s’écoule de lac en lac jusqu’au petit port de départ du Hadj, Suez.


La beauté des villes ne tient pas au hasard mais à la volonté des Hommes. Villes oeuvres d’arts, ville pour signer la place de l’homme dans son monde et sa représentation. Place de l’homme donné par l’homme batisseur de civilisation.

Franchir les montagnes, relier les fleuves et les mers ont été depuis longtemps un rêve poursuivi et concrétisé au prix d’efforts gigantesques.
Le lien entre la Méditerrannée et la Mer Rouge fut établit par Darius 1er, Roi Perse de l’Egypte (-500) qui termina les travaux du fameux canal des Pharaons commencé par Sésostris III  ( - 1878 -1842) .
Canal reliant Bubastis sur le Nil au lac Amer à travers le Wadi Tumilat puis au sud du lac par un petit canal vers la Mer Rouge.

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La nécessité d’une voie maritime à travers le Sinaï est une constante dans l’organisation du commerce. La puissance Vénitienne du XVI eme siècle entreprit des démarches qui n’aboutirent pas .
Le Saint Simonisme pu reprendre avec foi et rigueur les études préalable à ce projet. La science topographique française donnait son aval .

La liaison sans écluses était possible le rêve pouvait avec la technique, l’organisation, la volonté voir le jour.

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Port Saïd est sorti de terre et de l’eau le 25 avril 1859, après la signature du traité entre le vice Roi Saïd et Ferdinand de Lesseps .
 C’est sur «l’ilot» que s’érigera sa statue de bronze. "L’Ilot" est le premier point d’ancrage constitué par un rocher affleurant à une centaine de mètres du rivage dans cet océan de sable et d’eau que constituait les rives du lac Manzala.
Du ponton de bois construit sur ce rocher, les bateaux débarquent cent cinquante pionniers.

L’immense machine se met en place, le canal s’ouvre et la ville nait.

La première ville est un village de tentes, puis de cabanes puis de maison en bois. Cent cinquante personnes la première année puis deux milles l’année suivante, dix mille en très peu de temps. L’ingénierie gigantesque du chantier ne pouvait se satisfaire de l’anarchie des berges.
Les bassins de l’arsenal et du commerce creusés, les usines de forges et scieries mécaniques installées .

L’arrivée de la main d’oeuvre égyptienne et des employés, ingénieurs de la nouvelle compagnie du Canal ne pouvait laisser la ville arabe ( al-Arab ) et la ville européenne ( al-Charq) sans urbanisme.

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Le phare Coignet .


Réglementation des largeurs des rues, des boulevards et tracé des perspectives pour une ville nouvelle.
Voilà dans un esprit organisé, dans la volonté de donner une image cohérente d’elle même, retranscrit les fondements d’une entreprise qui excede sa finalité mercantile par son esprit élévé de batisseur de civilisation.
La beauté des architectures, la profusions des éléments décoratifs, la création de jardins, l’ordonnance des perspectives fut décidés et pensés pour faire de Port Saïd, ville portuaire et internationale une conquête moderne non seulement sur les eaux du Lac mais aussi surtout sur la modernité.
La Compagnie du Canal réglemente et organise, elle définit dès 1865 les types de logements pour les employés, pour les ouvriers, définit les matériaux de constructions et les impératifs des façades.

La largeur des rues sera de quinze mètres, les boulevards de trente.

Les rues ensèrent quatre blocs de constructions séparés par des ruelles de trois mètres quatre vingt dix de large.

 

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Les rues sont en alternances d’arcades en maconneries pour circuler à l’ombre et d’avant corps de terrasses sur piles de bois avec une grande hauteur pour loger les commerces.  Les axes perpendiculaires et les orientations sont élaborés en fonction du tracé du canal. Les villes européennes et arabes sont organisées de même manière avec des différences notables dû aux modes de vies respectifs.

 

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La profusion de bois de construction n'est que le pendant du manque de pierre taillées.
La rareté des carrières de pierres comme le côut des importations obligèrent les ingénieurs et architectes à utiliser les nouveau matériaux comme le «béton Coignet» . Cette nouvelle technique de béton aggloméré avec renfort de chaines est utilisé pour la première fois en 1869 pour la construction du phare.


Les maisons et bureaux de la Compagnie ainsi que le phare construit par François Coignet, copie conforme de celui de l’ile de Ré prouvent que le béton armé bien employé se soumet aux règles de l’esthétisme avec aisance.

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La ville compte en 1885 outre ses ateliers, ses batiments administratifs, de nombreux immeubles avec magasins, des lieux de cultes; La cathédrale et  plusieurs églises catholique et orthodoxe, une synagogue, une grande mosquée construite par la Compagnie du Canal. Une douane, deux hopitaux, un européen l’autre arabe, des écoles, un théatre, des bains publics et des marchés  et aussi bien sur, des banques étrangères, des hôtels de voyageurs et une douzaine de consulats.
Cette ville cosmopolite, multiethnique avec ses populations d’Europe, d’Asie et du Moyen Orient et leurs religions respectives :  juifs ashkénazes et sépharades, musulmans, chrétiens catholiques, orthodoxes, protestants aurait pu donner aux différents quartier l'aspect d'un  un caravansérail babelien.
Mais la remarquable homogénéité de la ville lui confère pourtant une beauté hors norme.

C’est en élaborant une ordonnance en ce grand triangle entre mer, canal et désert, que la ville s’harmonise et devient un répertoir d’architecture début de siècle, Art Déco, Art nouveau  avec ses particularités comme les  nombreuses rues à arcades et les façades d’immeubles à balcons terrasses de bois sur colonnettes.

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Les balcons commencent très haut au dessus du trottoir, les soubassements sont surélevés car le lac Manzala à sa période de crue. Les grandes doubles façades de bois habillent et décorent les immeubles. Les gardes corps en bois découpés ou en fonte moulée ainsi que les aisseliers, c’est à dire les écoinsons des collonettes reliant les étages sont une infinie déclinaison de motifs allant des frises de lambrequins sous les chenaux du répertoir balnéaire Normand aux fantaisies Mamelouk et Ottomanes.

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Les angles des rues s’adoucissent avec ses avant corps de bois découpés en courbes qui lissent le regard et ordonnent les lignes horizontales des façades. Les grès colorés, les briques  rouges rosées et le «terrazzo» italien, gravier agloméré et poli donnent des touches personnelles.

Ils organisent une diversité décorative dans l’uniformité conceptuelle.

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Ordonnance des demi-cercles et jeux de volume novateurs

dessinant de grand palmiers de façade.

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Le quartier proprement Art Deco se situe autour de la place Abbas, du jardin Férial et du Gouvernorat.  Avec des formes nouvelles et du béton peint, les architectes rivalisent d’audace et de modernité en alliant courbes et décors géométriques comme l’immeuble appelé  «Vérivo» à l’angle de la rue du 23 juillet et de la rue Al-Goumhourya ( anciennement rue de la Poste).  Il fut construit par L. Kolovitch , architecte de nationalité hongroise.

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 Immeuble "Verivo" .  87 rue Al-Goumhouriya  . La conscience d'un patrimoine vient petit à petit ... alors que le manque d'entretien galope.

 

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L’Eastern Exange Hotel construit par les anglais en 1884 était aussi une première architecturale car ce centre économique  devenu un hôtel fut malheureusement détruit en 1956. Appelée « la maison de fer » cette construction jouissait d'un prestige incomparable.

Avec sa physionomie d’un modernisme prophétique, la fonte moulée y remplacait avantageusement le bois et pouvait durer plusieurs siècles.

 

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Les architectes de Port Saïd sont  généralement anonymes, il n’y a aucune mention inscrite sur les façades, dans les halls d'immeuble ou sur les villas.

La compagnie du Canal organisait les concessions et surveillait les impératifs d’urbanisme mais laissait entière liberté quant au choix des architectes. Ils furent vraisemblablement français lorsqu’il s’agissait de batiments de la compagnie mais certainement grecs et italiens en majorité pour les habitations de rapport comme cela c’est produit pour la ville d'Alexandrie.

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La cathédrale


Seul le nom de Louis-Jean Hulot ( 1871-1959) nous est connu, il fut Architecte du gouvernement français, Prix de Rome et travailla pour la Compagnie du Canal. Il construisit la cathédrale Sainte-Marie-Reine-du-Monde et de nombreux bâtiments administratifs.

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Le Shaftesbury Building pur style anglais de 1910 existe toujours grâce à ses reconversions multiples.

Il fut construit par la Foreign Bible Society.

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Parmis les bâtiments notables qui font la physionomie de la ville, nous pouvons citer aussi le Sporting Club anglais de la place Abbas, les bureaux de la Compagnie du Canal en style colonial éclectique 1890 près de la capitainerie, le cinéma Majestic , le consulat Italien, le bâtiment des douanes de 1932  ainsi que l'extrordinaire villa Fernande d’inspiration vénitienne.

 

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Lesssive napolitaine sur colonnettes vénitiennes

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 Villa Fernande    23 rue Abd al-Salam

 

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La Casa Italia de Clemente Busiri Vici architecte novateur et fascite fût construite en 1937 et  existe toujours. Elle represente un bel exemple de style Constructiviste avec salles de réceptions et grande salle de spectacle . En 1938 Mussolini vint l'inaugurer sous les applaudissements de la communauté italienne.

 

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 Le grand magasin de Simon Arzt fut une institution du quai de Palestine.

Fondé en 1869  par S.Arzt arrivant de New York, le "Departement Store" devint une des figures de Port Saïd de part l'ampleur des ses magasins et entrepôts qui furent agrandit et reconstruit en 1932.

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Publicité dans toutes les poches, Arzt était aussi fabricant de cigarettes extrêmment diffusées.

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La Navy House au bord du bassin de l’Arsenal construite pour le Prince Hendriks des Pays Bas. Club anglais qui a gravement souffert des évènements de Suez en 1956 et fut démolie au départ des Anglais.

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Le Casino Palace Hotel, pure architecture 1900 construit par Silvio Simonini était un lieu splendide de part la qualité de son service et de la beauté de son emplacement.

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 Jardins luxuriants à l'anglaise implantés directement sur les plages , il fût le lieu de villégiature de nombreuses personnalités.

La guerre de 1967 fit de Port Saïd une ville morte pendant cinq ans . La population quitta la ville et l'hôtel fit faillite. Le mobilier fut dispersé dans des ventes aux enchères ..Le bâtiment délabré ne fut pas sauvé et fut démoli en 1974.

Le terrain a été transformé en jardin public .


Quelques éléments de la grammaire des formes du patrimoine de Port Saïd .
La conservation est une éducation.

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 Fonte moulée

1 45Les Rampes et balustres d'inspiration florale ou viticole sont pour la plus part du temps d'une grande virtuosité technique.

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L'Aquilina Building présente une entrée toutes en rondeurs très particulière.

La French Line à quai .

 

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Port Fouad

La Compagnie du Canal étendit ses activités sur la rive asiatique en 1920 .

Celle ci n’était que très peu occupée, le batiment de la quarantaine y fut installé en 1901 et personne ne songeait à aller fréquenter les malades contagieux.

La nouvelle ville de Port Fouad fut inaugurée le 21 décembre 1926.

La ville a été conçue comme un idéal de perfection, une cité radieuse réfletant l'esprit de la Compagnie du Canal.
Dessiné en quadrillage avec des percées en obliques suivant les préceptes français d’urbanisme, Port Fouad fut un projet résidentiel et  manufacturier pour loger cadres employés et ouvriers de la Compagnie selon les principes du socialisme utopique pour une entreprise alliant le capitalisme éclairé et l’humanisme chrétien.

Les ateliers généraux y sont installés , la cité modèle devient indépendante de la ville plus adminstrative de port Saïd, Port Fouad correspond a une période de maturité et d'apogée pour la Compagnie du Canal.
 Une ville modèle de jardins et villas de differents standing corespondant aux positions de chacun. Module symétrique l’architecture gemellaire très en vogue au XIXeme consite a ordonner des façades en miroir pour loger deux familles. L’apparence est plus cossu et l’architecture s’en trouve magnifiée par les  jardins privatifs et les perrons mitoyens.

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Les maisons aux angles des rues sont réservés aux contremaitres, La cité ouvrière modèle à l’ordonnance des hiérarchies de la Compagnie: Maisons des cadres, maisons des ingénieurs, maisons des administrateurs.
Les constructions reprennent dans un premier temps les caractéristiques du pavillon de pierres meulières de la banlieue parisienne mais ici le grès et le bois prennent plus d’ampleur puis vint les matériaux composites comme les briques de ciment plus léger avec toujours de grands balcons de bois. Les rues sont arborées et les contre-allées séparent deux par deux les lotissements élaborés dans un souci de confort et de qualité d’existence.

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Maison de Cadre supérieur.

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"Port Fouad, lieu du travail manuel, est pensée comme un espace d'épanouissement du personnel, avec une prise en charge totale de ce dernier à travers les logements, les loisirs, l'éducation et avec l'introduction de tous les avantages des sciences et du progrès"

in" La Compagnie du canal de Suez" C.Piquet PUPS 2008.

La physionomie de la cité idéale de la Compagnie sera transformée a jamais par les évenements de Suez en 1956 .

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Le REP Français pendant les événements.

La ville devient égyptienne, une grande mosquée cathédrale ainsi qu'un port industriel lui enlève jusqu'au souvenir de l'esprit ayant présidé à sa construction pour ses habitants et voyageurs de passage.

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Vision enchanteresse du Canal . A gauche la mosqué de Port Fouad à droite le batiment de la Compagnie.

 

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Première impression de Port Saïd en 1930 :

Lettre de François Begouën Demeaux,  mon grand père.

 
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"Le long des quais de la vieille ville : de grandes rues avec des quantités de bazars orientaux & des changeurs d’argent; on y entend toutes les langues, mais le Français y est roi & l’on peut se faire cirer ses souliers tous les 10 mètres car on est arrêté par de ravissants gosses arabes en jolie robes de couleurs vive s et la tête bien enturbannée qui ne veulent pas vous lâcher & vous font toutes sortes de propositions dans 3 ou ‘ langues! ...

Il y a de grands hôtels & grands cafés le tout assez bruyant. Au delà de ce quartier: le quartier arabe très long et qui s’etand indéfiniment: maisons d ‘ étages ou masures grillagées, des seigneurs en robes de soie éclatantes et de pauvre bourgres en pauvres robes sales mais toujours colorées...des fez rouges dans le soleil ou des turbans magnifiques, des types d’arabes, de juifs & de turcs autant qu’on en veut & surtout ça: du soleil du soleil éblouissant qui embellit même le plus pauvre bourricot ou les gamins qui jouent dans les rues assis par terre en se grattant les pieds.


A l’extrémité des rues de l’eau: bleu bleu bleu & les immenses voiles du lac Manzalé que vous avez déjà vus en photos, c’est très pittoresque.
On revient par une grande allée planté de vernis du japon& l’on passe la Mosquée pour entrer enfin dans le grand et nouveau quartier neuf Européen. C’est par là que l’on trouve a se loger. On y construit sans arrêt & ce sera assez joli.

C’est toujours plat hélas, mais ce sont de grandes rues ou de grandes avenues de palmiers avec de belles maisons de pierre rose, sur lequelles grimpent des fleurs & en particulier des Bougainvilliers violets évêques de toutes beautés.
MJ va être toute épatée car je lui ai gardé la surprise de la vue de notre appartement nous dominons le jardin de l’évêque qui est plein de fleurs, au delà le Bd de la Plage qui est planté de palmiers dattiers & nous voyons partout la mer, ce qui est un tableau inlassable!...»

 


François Begouën Demeaux ; Cadre Arpenteur  de la compagnie du Canal
 samedi 13 novembre 1930  - Port Saïd  



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Capture d’écran 2013-10-18 à 19

 

"Aperire terram gentibus "

"Ouvrir la terre aux nations " tel était la devise inscrite sur le socle de la statue de ferdinand de Lesseps réalisé par Emmanuel Fremiet . Haute de 6m 80 elle culminanit sur son piedestal à 10m50  sur la jetée ouest de Port Saïd face à la mer et aux navires stationnant dans le port de haute eaux .

Inaugurée le 17 novembre 1899, elle était le monument  repère de Port Saïd et point de promenade face au large .

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En 1956 comme bon nombre de monuments anglais et français, la statue fut deboulonnée et martelée.

Son socle vide et triste ne regarde plus la mer , la côte avancant, la barrière des constructions du nouveau front de mer ayant à jamais changé les perpectives.

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La statue à la demande des autorités égyptiennes a été restaurée en 1989 par l'Institut Français d’Archéologie Orientale avec le soutien du ministère des Affaires Etrangères.
Elle est depuis exposée ( ou plutôt déposée) dans  les jardins l’Arsenal.

Reviendra-t-elle sur son socle ou est-ce encore une insulte colonialiste?

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Une copie de 2 mètres (réduction d’un quart ) fondue par Barbedienne est visible à Versailles boulevard de la République une autre plus réduite en bronze est présentée au Musée d’Orsay .


Les gens du Canal qui ont connu cet art de vivre constitue une petite confrérie pleine de souvenirs et d’anecdoctes.
Les occidentaux en partant ont abandonnés beaucoup de biens personnels ainsi que la communauté juive présente depuis vingt siècles  et forte de 700 000 personnes spoliés de leur biens par la république Nassérienne.
Les "Perles" sont orphelinnes et comme les alluvions du Nil déplacant l’ancien front de mer, les constructions anarchiques du fonctionnalisme des années 60 70 ont écrasé les riantes créations ordonnées sous l’hubris des mégapoles ..

Port Saïd a aujourd’hui plus de cinq cent mille habitants et son patrimoine est très menacé.

Egypt's threatened heritage: Port Said's history breathes its last - Heritage - Ahram Online

 

 

La plus part des photographies présentées ici proviennent d'un excellent ouvrage de l'Institut Français d'Archéologie Orientale (IFAO)

intitulé " Port Saïd Architecture des XIX eme et XX eme siècle "

Texte de Marie Laure Crosnier Leconte , Gamal Ghitani et Naguib Amin.

Photographies de Raymond Collet  Armand de Boitesselin

que l'on pourra aisément se procurer  ICI

 

 

 

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08 septembre 2013

SONS LUMIERES

 

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La couleur est de la lumière.

La lumière est une onde avec un spectre et une amplitude.
Les sons sont des ondes avec aussi un spectre et une amplitude.
Elles ont un langage commun: ton, nuance, gamme, note, harmonie, rythme, valeur, chromatisme.
Nous utilisons pour parler de la couleur ou des sons un descriptif le plus souvent à connotation visuelle. Lorsque l’on parle de musique ou de peinture des mots semblables reviennent en un vocabulaire codifié pour décrire nos sentiments: sombre, vif, chatoyant, brillant, gai, triste, froid, chaud etc ..
Le rapport entre musique et couleur a été élaboré depuis bien longtemps non seulement par des peintres et des musiciens mais aussi par de nombreux chercheurs, physiciens et mathématiciens.

Les équivalences sont pour certains une évidence et les «correspondances» s’affichent sans retenues.

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Clavecin Oculaire 1730


Certains instruments de musique ont eu aussi pour fonction de faire apparaître de la couleur: comme ce clavecin oculaire de Louis Bertrand Castel fabriqué en 1730 avec ses fenêtres de verres colorés illuminées s’ouvrant en correspondance des notes jouées.

L’orgue à gaz ou Pyrophone de Frederick Kastner en 1869, le Chromola de 1915, le Sarabet de 1919, le Clavilux de 1922...on lira avec grand intérêt le parcours extraordinaire des chercheurs musiciens forçant la technique pour afficher les sons couleurs en une oeuvre inédite dans l’excellent mémoire Ensad de Gilles Chapalain  : « Les instruments de «musique des couleurs»» 2003

Cliquer ICI

Certains compositeurs n’ont besoin que de papier et de crayons, d’un clavier d’orgue à la rigueur..pour afficher des couleurs, pour voir des couleurs...
Olivier Messiaen est un peintre musicien qui  ne s'inspire pas des sons naturels ( cascades, vents, chants d'animaux) mais les annotent et les transcrits en partitions,  transformants ainsi en musique les chants d’oiseaux qui eux même savent allier couleurs et sons dans une gamme infinie.

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Il en va ainsi des couleurs des pierres millénaires des canyons américains au soleil levant. Les vallées de lumières de Bryce Canyon ou de Zion Park deviennent des notes de musiques colorées à l'extrême comme seul un synesthéte peut le faire.

 

Synesthesia


Il fut savoir que la synesthésie est une très particulière affectation du système nerveux, c’est sans que cela soit une explication exhaustive la proximité de certaine terminaisons nerveuses qui facilite une passerelle de connections lorsque les sens sont sollicités.
Le dictionnaire Robert donne de cet état la définition suivante: « trouble de la perception sensorielle caractérisé par la perception d’une sensation supplémentaire à celle perçue normalement, dans une autre région du corps ou concernant un autre domaine sensoriel.»
Il existe plusieurs types de synesthésie . La première et la plus courante est la synesthésie dite bimodale ou synopsie qui allie deux sens sans effet d’aller et retour, la musique provoquant des couleurs mais les couleurs ne renvoyant pas aux sons.
La synesthésie multimodale est beaucoup plus rare et complexe. Alliant sons, couleurs, formes , les interactions entre les sens sont symétriques et forme une chaîne ininterrompue de correspondances multidirectionnelles.

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Olivier Messiaen a tenté de cerner ce phénomène qu’une explication purement physiologique ne saurait réduire : « Sans être atteint de synesthésie physiologique, lorsque j’entends, ou lorsque je lis une partition en l’entendant intérieurement, je vois intellectuellement des couleurs correspondantes qui tournent, bougent, se mélangent. »

 Messiaen, Olivier, Technique de mon langage musical, Paris, Leduc, 1944

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Ce sont des sensations subjectives mais réelles qui si elles sont connus depuis assez longtemps ne sont étudiées que depuis peu. Encore mal expliquée, la synesthésie peut ainsi être facilitée par l’éducation de la prime enfance ou les sollicitudes sensitives seraient favorisées.
Messiaen est par sa synesthésie sensitive un révélateur des sons couleurs qui timidement se cachent à la plus part .


Chronochromie, création de 1960 où le temps, Kronos, est découpé par la couleur, Krôma. La pièce joue de trente deux effets d’orchestre qui se renouvellent en symétrie, permutent en superposition, système complexe qui suit les chant d’oiseaux et leur couleurs particulières.

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"Résurrection de morts "Sainte Chapelle Paris


La présentation en audition privé sous l’égide d’André Malraux d’" Et exspecto resurrectionem mortuorum " ( Et j'attends la Résurrection des morts) à la Sainte Chapelle le matin du 7 mai 1965 fut pour le public un voyage à la Timothy Leary ; une cascade de notes apotropaïques dans la lumière du soleil matinal éclaboussant les musiciens et le public de tâches de couleurs du treizième siècles.

 

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 La «Reprise par Intervertion» du premier "Livre d’Orgue" fonctionne ainsi comme une tentative de contact avec une entité inconnue, une part de nous même aussi inconnue que les visiteurs du troisième type, un méta langage non décrypté de sons couleurs semblant sortir du synthétiseur modulaire ARP 2500 utilisé par François Truffeau dans le film de Steven Spielberg «Close Encounters of the Third Kind» en 1977..

Code musical avec bande de couleur de cinq notes composé et joué par John Williams.

Sol (octave 4) La (octave 4) Fa (octave 4) Fa (octave 3) Do (octave 4)

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pour écouter le" wild signal ": cliquer ICI

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"close encounters "

Les couleurs deviennent aussi des sons ...les oiseaux, les rochers, les cieux impénétrables, la création toute entière devient musique. Messiaen compose entre 1971 et 1974 une pièce pour orchestre, piano, glockenspiel ( vibraphone en métal) et cors, devant les couleurs des canyons de l’Utha. Ce sera "Des canyons aux Etoiles"

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Les mouvements des trois parties musicales portent les noms des canyons, des lieux , des oiseaux qui ont inspiré le peintre musicien .

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Cedar Breaks


Bryce Canyon, Zion Park, Cedar Breaks, les orioles, la grive des bois, le moqueur polyglotte , Omao, Leiothrix...etc
la synesthésie devient un enseignement, les couleurs apparaissent sur les sons, le rythme passe en phase colorée et la gamme se nuance de tons qui s’échelonnent sur le prisme .... les oeuvres s'enchaînent et la lumière irradie l’oeuvre ...

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Bryce Canyon



« il y a la recherche du son-couleur, qui est la plus grande caractéristique de mon langage. »


 Messiaen, Olivier, Technique de mon langage musical, Paris, Leduc, 1944.

 

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Newton est le premier à tenter une corrélation entre les couleurs du prisme qu’il agence en cercle et la gamme dite Phrygienne ( mi, fa, sol, la, si, do, ré, mi)  extraordinaire tentative qui n’est motivée que par la recherche pure , l’idée fascinante d’établir des correspondances et donc de «déchiffrer» ce monde des perceptions physiques, optique et auditive.

Le savant jésuite du clavecin oculaire cité plus haut, Louis Bertrand Castel poursuivra ces recherches en 1725 dans son livre «l’Optique des couleurs» .

Gilles Chapalain dans son mémoire cite Castel en un passage éloquent 'qu'il en soit remercié ici)  :
« Il y a un son primitif et fondamental, appelé UT, qui donne le ton à tous les autres, par lequel ils commencent et finissent tous. Il y a une couleur mère et la base de toutes les autres: c’est le bleu ou le noir (....) d’où tout part."
"Le premier son en Ut en enfante deux autres, sol et mi, qui avec lui, forment l’essentiel de la musique, l’harmonie primitive et fondamentale, ut, mi, sol. Il y a de même trois couleurs primitives bleu, jaune et rouge."
"Il y a cinq toniques,ut, ré, mi, sol, la et deux semi-toniques naturelles, fa et si, formant tous ensemble la gamme diatonique, ut, ré, mi, sol, la, si, ut. Il ya de même cinq couleurs toniques et deux semi-toniques, formant la suite des couleurs, bleu, vert, jaune, aurore, rouge, violet, violant et beau."
"Enfin il ya douze demi-teintes de couleurs, douze degrés de coloris, formant une nuance suivie et un cercle parfait, bleu, céladon, vert, vert olive, jaune, etc. qu’on a traité de chromatiques c’est à dire de coloris, de nuances, depuis plus de deux mille ans avant que de connaître leur parallélisme analogique, avec lesdits douze degrés de couleurs.»

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Les archéologues amateurs avant la pierre de Rosette donne aussi à l’épigraphie égyptienne des alphabets très «cohérents» mais la lecture des temples était malgré tout impossible!
Plusieurs tentatives eurent lieu ainsi de faire correspondre les notes et les couleurs sans aller plus loin qu’une grille arbitraire qui servait avant tout à pouvoir élaborer des instruments de sons-lumières.

 


Il serait plus signicatif d’effectuer des rapprochements compositeurs peintres pour exciter notre synesthésie volontaire:
Par exemple?
Bach / Engherrand Quarton
Berlioz / Delacroix
Charpentier / Latour
Debussy / Monet
Webern / Klee
Malher / Caspart David Friedrich
Wagner  / Klimt
Beethoven / Courbet
Arvö Pärt  / Mark Rothko
Ligeti / Vasarely
Varèse / Rouault
Stockhausen  / Peter klasen
Falla / José Maria Sert
Ravel / Matisse
Schoenberg  /Soulage  /  Kandinsky  ( il a réalisé des effets de lumière sur la musique de Schoenberg!).
Zappa / Donald Roller  Wilson ou plutôt même Tanino Liberatore !
Rolling Stones / Robert Malaval

Reste à pourvoir Schumann, Mendelshonn, Schubert , Dutilleux ou  Rautavaara ...etc ....
Les commentaires sont ouverts pour compléter la liste.

 

 

 

 

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DAS CABINET

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Les chefs d'oeuvres se rient du temps. Les images tirées du film intitulé "Das Cabinet Des Dr Galigari" (le cabinet du docteur Galigari  ) réalisé en 1919 sont une par une, des tableaux uniques, de puissants objets suggestifs.

Ils sont la visualisation d'un concept artistique lié à la perception d'un monde prêt à se jeter dans le chaudron du chaos écrasé entre les mâchoires des grands orages de fer .

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L'histoire envoûtante d'une réincarnation volontaire perçue par Francis le narrateur, du maléfique Docteur Galigari, hypnotiseur, tueur par procuration utilisant son somnambule Césare. Demi mort, moitié vivant dans la seconde vie qu'est le rêve, il habite comme le Comte transylvanien , dans son cercueil.

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Robert Wiene met en scène les divagations d'un malade mental atteint de délire criminel exacerbé par l'amour.

Une allégorie de l'hypnose collective d'une nation à la veille d'adopter le nihilisme national socialisme.

Capture d’écran 2013-06-19 à 12Conrad Veidt : Cesare, le somnambule


Wiene nous emmène dans les visions d'un cerveau dérangé , cauchemars éveillés de visions panoptiques, établissant une sorte de paramnésie volontaire cher à Roger Gilbert Lecomte :


" J'eus ce matin une angoissante paramnésie à la salle de l'hôpital, salle blanche,vieux poêle, vieille table, tous type en calottes et longues blouses blanches; une étudiante coiffée comme une grand mère fait une causerie, flanquée d'un vieux docteur lunette, à droite un étudiant pâle à longue barbe blonde, un peu tête de christ et un peu tête de clown, dort, la figure ravagée par une nuit d'orgie; contre moi un profil perdu d'étonnante maigreur avec les cheveux noirs plaqués, un nègre sud américain dont l'expression date de la guerre de Sécession , et Secret, immense pontife, cheveux pâles en brosse, lunettes carrées, expression de mon Caligari de rêve"

( Lettres à René Daumal 1926)

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Réalisés par trois peintres  Herman Warm, Walter Röhrig et Walter Reinmann, membre de la revue berlinoise  Der Strum ( l'Orage), les décors sont un personnage à part entière du film, ils impriment par leurs présences une angoisse, une épouvante lié au monde souterrain des névroses ,des cabinets secrets des pulsions de mort.

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"Combien de temps vivrais je? "demande Alan au médium Cesare, utilisé comme attraction de foire par le docteur Galigari…"Tu mourras avant l'aube" s'entent-il répondre devant une assistance médusé.

 

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Le meurtre d'Alan , jeux d'ombre et action hors champs . Une expression cinématographique 

forte réutilisée de nombreuses fois après cette première de génie.

warm1 Herman Warm  Dessins préparatoires

Les décors sont réalisés en trois semaines d'après les dessins des "architecte peintres" comme aimaient à s'appeler Warm  Röhrig et Reinmann. Bâches peintes et constructions reprenant les formes anguleuses, les lignes brisés, les contrastes exacerbés d'une esthétique du biseau , du biscornu , la ville d ’Holstenwall ou est censé se dérouler la fête foraine est une ville qui cri et se tord comme chez Munch.

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 la ville en spirale hurlante

 

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Les ombres portées sont peintes sur le sol, les murs sont striés d'étranges trainées de coup de fouet, les huisseries sont distordues…les perspective tronquées, les tabourets des fonctionnaires sont d'étranges piédestaux donnant la pose correspondant à l'état d'esprit de la fonction.

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Manifeste expressionniste exacerbé, l'esthétique paradigmatique du film devient un genre spécifique  le "Galigarisme"   

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Les malades ne sont pas ceux que l'on croit, le récit n'est pas linéaire et la confusion des esprits nous donne à voir un retournement ou le narrateur n'est qu'un aliéné délirant , le docteur Galigari  que l'on interne n'est qu'un imposteur reprenant le rôle d'un ancien mystique utilisant l'hypnose pour controler les esprits . 

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Le directeur de l'asile se trouve avoir alors les traits du  docteur Galigari, tout n'était donc que mauvaise lecture d'un patient amoureux d'un spectre ... mais en est on certain  ? la dernière image du docteur en directeur d'asile  nous regardant  étrangement,  se retrouve par bien des côtés dans le visage du Docteur Mabuse à venir .

Capture d’écran 2013-06-19 à 12La dernière image:

Le docteur Galigari en directeur d'établissement  psychiatrique

regarde au loin dans un suspect jeu de miroir avec le

genie du mal de Fritz Lang

Capture d’écran 2013-06-19 à 12 Docteur Mabuse


Le cinéma s'en trouvera influencé longuement …Fritz Lang, Murnau ,Pabst…..jusqu'à Tim Burton ..les attitudes, les lumières, le sentiment de l'étrange, l'introduction d'une théâtralité qui permet au cinéma de nous plonger dans le monde particulier des limbes de nos terreurs primitives, les histoires du soir qui se terminent par le sommeil hanté des rêves incontrôlés.

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 Projection mentale sur décor ou les circonvolutions du fou.

 

 

 

 

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Lente progression de l'intrus dans la chambre de la jeune fille endormie; prémonition de Mina Harker dans le Nosfératu de Murnau de 1933

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 L'enlèvement , course éffrénée de César avec les villageois à ses trousses dans un paysage de sortilège

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Bientôt lachant sa proie

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 Il ne peut se rendre qu'aux cauchemards de la nuit.

Pour être en les mains du docteur Galigari

inquiétant savant

tronant sur son savoir comme un

vautour sur un crane.

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le film  VOST est à voir en entier

ici

 

 

 

 

 

 

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28 avril 2013

THE IRON DUKE

 

 

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Avril 2013,  mes pas m'amènent au hasard d'une marche digestive de Knightbridge à Coven Garden vers Hyde Park.

Appelé très simplement le "number one London" Apsley House face à Hyde Park Corner, nous plonge dans le calme mélancolique d'une rêverie historique.

Voici l'un des trois témoignages londonien du célèbre architecte décorateur Robert Adam.

Cette modeste maison fut construite entre 1771 et 1778.

apssssLa maison Apsley de Robert Adam 

La campagne y avait  alors son empreinte , le Baron Apsley  qui lui donna son nom , ne reconnaitrait pas son bien . Pas plus que Sir Adam qui l'a conçu et la décora car les modifications de 1812 furent très importantes. 

La transformation de la maison fut complète, un agrandissement  latéral, une nouvelle facade , un nouveau revêtement de pierre .

L'architecte Benjamin Wyatt y laisse son empreinte, la maison est à la hauteur de son nouveau propriétaire Arthur Wellesley, 1er duc de Wellington surnommé en son temps "the Iron Duke".

aeereeeNouvelle façade de Wyatt

Il nous faut aussi évoquer comme changement d'environnement, la transformation radicale effectuée en 1962 par Ernest Marples en créant le grand sens giratoire autour de Marbles Arch et Hyde Park Corner ...

" Il transforma cette zone agréable en scène de dévastation "( in Johnson's life of London  2011 )  suivant les termes de Boris Johnson actuel maire de Londres .

Une série de maisons anciennes disparaissait  ainsi dans la tourmente, notamment la maison de Lionel Rothschild, lieu historique ou fut signé en 1875 l'accord entre le premier ministre Benjamin Disraeli et la banque Rothshild pour le paiement des avoirs du Khédive d'Egypte sur le canal de Suez

 

London, Hyde Park Corner1900 avec les anciennes maisons adjacentes

article-1320054-005F63B300000258-873_468x286Actuellement

 

Fuyant l'agitation de la circulation, quittant les groupes de piétons convergent vers le Corner si célèbre, l'entrée dans le hall d'Apsley House nous plonge dans le calme des pénombres aux senteurs d'encaustique.  La grande entrée se referme par de lourdes portes contenant le silence d'une maison  paisible.

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Les différents salons ( salons de dessins et la galerie Waterloo)  et la salle à manger  regorgent de tableaux importants (Le Corrège, Vélasquez, Murillo, Rubens, Vandyck donné par le Roi d'Espagne Ferdinand VII) et d'objets d'art ( l'extraordinaire milieu de table en argent  et vermeil offert par la Régence Portuguaise )  La "Wellington collection" est importante par la qualité de ses objets d'art.

La France et l'Empire s'y magnifient en adversaire miroir d'une Angleterre célébrant sa puissance.

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La Salle à manger où se déroulait les commémorations de Waterloo

Francophile et voyageur , Arthur Wellesley,  futur duc de Wellington  commença une brillante carrière d'officier en remportant d'éclatants succès  dans le Deccan lors des batailles contre les Marathes et le chef de guerre Dundiat Waghaux . Connu pour être le vainqueur de Napoléon à Waterloo, ses succès contre les Français au Portugual  en Espagne puis dans le sud de la France le font nommer ambassadeur du Royaume à Paris en 1814 . Il montrera lors du Congrès de Vienne sa francophilie en défendant avec énergie dans un français parfait ,la position de la France dans l'équilibre des puissances européennes.

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Warterloo voit son triomphe, le duc de Wellington devient inséparable de Napoléon , sa fascination pour l'Empereur est immense.

Apsley House en témoigne avec force. Il suffit pour cela de se tenir au pied du colossal marbre de Canova placé dans l'escalier.

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Commandé par Napoléon , Antonio Canova se lança le défi romain d'une statue héroique extrait d'un seul morceau de marbre en taille directe: Napoléon en Mars Pacificateur de 3,45 m de haut,  bloc de carrare monlythe  à l'exception du bras gauche qui est rapporté le vêtement cachant la liaison. . Un déhanchement gréco-romain rapproche cette statue par sa pose et ses attributs , la victoire et le sceptre , des fragments de statues colossales romaines ainsi que de la statue d'Auguste au Capitole , le torse athlétique se rapproche du David des Offices .

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La victoire ailée ( Niké dominant un Orbe)  semble avoir été modelé par Canova lui même mais fut réalisé en bronze par Francesco et Luigi Righetti.

Mars pacificateur et non pas "propugnator "car son glaive est posé sur le tronc d'arbre contre la jambe droite du Dieu. Pose souveraine avec la tête légèrement inclinée, le colosse Napoléon idéalisé et nu  déplu souverainement à l'Empereur qui relégua la statue sous une bâche dans la salle des Hommes Illustres au Louvre .

Pour Antonio Canova qui s'était lancé dans la "sculpture la plus parfaite du siècle"  aux dires de François Cacault ambassadeur à Rome, la déception fut grande.

Exécuté entre 1802 et 1806 , la statue n'arriva à Paris qu'en 1811.  L'image de l'Empereur n'était plus l'Impérator divinisé mais plutôt celle du Législateur , l'année 1811 étant l'année de l'entrée en vigueur du Code pénal et du Code d'instruction criminelle.  Vivan Denon qui avait visité l' atelier romain et louait auprès de Napoléon la grandeur de l'oeuvre ne pu rien y changer.

La statue fut achetée par le gouvernement Anglais en 1816  et le Prince Régent , le futur George IV , l'offrit au duc de Wellington pour services rendus. En 1811, une copie en bronze a été fondue par les frères Righetti.

Depuis 1859, elle est dans la cour du Palais de l'Académie , La Pinacothèque de Brera à Milan.

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Milan

La statue de marbre fut installée à la place qu'elle occupe aujourd'hui au pied de l'escalier. d'Apsley House. Pesant plusieurs tonnes, il fut construit sous le sol du palier une colonne de soutien en briques et pierres.  L'hommage colossal à l'ennemi défait ne se comprend que par cette fascination militaire qu'exerçait Napoléon parmi les experts en art de la tactique et de la stratégie.

Deux beaux portraits de Napoléon et de Joséphine, copies de Gérard exécuté par Robert Lefevre, sont aussi beaucoup  plus que des trophées de guerre à l'instar des drapeaux français qui silencieusement ornent les galeries comme à l'interieur de Saint louis des Invalides.

L'ambassadeur Wellington fut à Paris en charmante compagnie car mal marié ( ancien mariage de convenance et d'honneur avec Lady Catherine Pakenham avec qui il n'avait rien en commun ) il ne désirait de ses campagnes militaireou ses postes diplomatiques que vivre en célibataire courtisé.

Les françaises lui firent un excellent accueil et l'on parlait de lui comme de "la nouvelle religion "( en anglais dans le texte) .

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Harriet Arbuthnot and the Duchess of Wellington

Est ce sa fascination pour l'Empereur ? ou la séduction militaire exercé sur les jolies femmes ?

Mademoiselle_Georgemedium_VIGEE-LEBRUN Elisabeth-Louise---Portrait de Giuseppina Grassini (1803)

Mlle George et Giuseppina Grassini par Elisabeth Vigier Lebrun

Arthur Wellesley accompagna publiquement l'ancienne maitresse du Premier Consul, la superbe chanteuse d'Opéra Giuseppina Grassini avec qui il eut une relation passionnée. Ainsi que  l'actrice Mlle George , aussi ancienne maitresse de Napoléon qui eu ,dit-on, ce mot fameux

"le duc était de loin le plus vigoureux !"

 

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Wellington fut moqué de ces succès féminins car il était de notoriété publique qu'il eut des admiratrices très dévouées: Lady Jersey, lady Shelley, Harriet Arbuthnot ; bien que la relation entre Madame Arbuthnot et Wellington semble une "calomnie" de l'écrivain Charles Greville qui voulait se venger de Wellington qui avait été en 1820 l'amant de sa mère, Lady Charlotte Greville!

Mais sa plus grande admiration de coeur et d'âme fut pour sa belle fille Lady Douro dont le portrait fut bien mis en évidence dans un salon d' Apsley House.

Wellington bien qu'ayant eu une vie sentimentale riche et mouvementée aurait souvent dit au soir de sa vie : "aucune femme ne m'a  jamais aimé, pas une pendant toute ma vie".  Il y eu une véritable "Wellingtonmania" lors de sa seconde carrière diplomatique et politique jusqu'à sa mort en 1852 . Il fut peint, sculpté et honoré  mais se plaignait néanmoins " Mon destin fut de passer mon jeune âge à acquérir une notoriété et ma vieillesse à poser pour des sculpteurs et peintres qui vont pouvoir en tirer avantages "

Il gardait sur son bureau des gravures de lui même à envoyer à ses admirateurs qui lui écrivaient des centaines de lettres, il y eu de nombreux colifichets ou "produits dérivés" à son image , comme pour l'Empereur en France.

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Apsley House fut transformée pour sa partie d'apparat en musée et ouvert au public en 1952 pour le centenaire  de la mort du premier duc de Wellington. Elle appartient toujours à la famille Wellesley. Le huitième duc de Wellington et sa famille occupent encore occasionnellement les appartements privés du dernier étage.

Apsley House est aujourd'hui sous la responsabilité de l'English Héritage  qui entretient et restaure ce joyaux calme et peu visité par les touristes plus nombreux devant le Hard Rock café ouvert à proximité.

 

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File d'attente pour rentrer au Hard Rock café Avril 2013

 

 

 

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24 février 2013

SARGEANT

 

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Signé en bas à droite , des l'entrée, le nom s'affiche en rouge: Bruce Sargeant.

L'extraordinaire volume des peintures décorant l'immense vaisseau Abercrombie and Fitch au 26 avenue des Champs Elysée est un defi à la peinture décorative .

Sur un fond de sombre verdure neutre , un nombre impressionnant de personnages occupe l'espace volontairement sans perspective, sans ouverture, créant un franc vis à vis avec le spectateur pour augmenter le choc frontal avec la peinture.

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Peinture à l'huile, grasse, violente et brutale dans sa touche et sa matière, sa couleur et son sujet. Des gymnastes , des sportifs , des travailleurs, des hommes , jeunes, musculeux secs et durs, aux carnations de cendre ou le sang n'afflue qu'aux articulations et pommettes, le front bas , le regard pesant,  exhibant leurs deltoïdes, pectoraux , abdominaux et autres bourrelets inguinaux très découpés. Scènes sombres accentuant le contraste avec ces corps qui semblent écorchés par le pinceau.

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La décoration est essentiellement composée de toiles peintes marouflées sur toutes les surfaces planes visibles, bandeaux, murs , limon et plafond des cages d'escalier ;  New York ,Londres, Paris, Milan ,Bruxelles sont du même modèle. 

Réalisée par Bruce Sargeant, peintre qui d'après sa biographie est mort d'un étrange accident de catch en 1938.

Il serait l'oncle du peintre américain Mark Beard .

Un ouvrage est  consacré à son oeuvre : " Bruce Sargeant et son cercle"  

 Les vies entremêlées du peintre avec ses ancêtres et mentors , oncle et amis  sont une source très riche d'informations dans une très audacieuse biographie fourmillant de détails, photos, reproductions de tableaux comme de coupures de presse.On peut y lire ce bref portrait:

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'In his short but productive life, Sargeant clung to his faith in the figure, and exalted the body.' His paintings, many of which revel in the musculature of athletes, are suffused with the Homeric romanticism that fueled the work of such contemporaries as novelist D.H. Lawrence and composer Benjamin Britten. They are resolutely masculine, shirtless or in undershirts, with nary a woman to interrupt his reverie -- or ours."

( Dans sa courte mais prolifique vie, Sargeant s'accrochait à sa foi dans la figure humaine et exaltait le corps. Ses peintures, dont beaucoup se délectent de la musculature des athlètes, sont imprégnées du romantisme homérique qui a alimenté le travail de ses contemporains tels que le romancier DH Lawrence et  le compositeur Benjamin Britten. Ils sont résolument masculins, torse nu ou en maillot de corps, avec parfois une femme pour interrompre sa rêverie ou la nôtre.)

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La légende de cette photographie nous "renseigne":

"Bruce Sargeant dans son atelier avec un modèle non identifié , circa 1930"

 

Bruce Sargeant n'existe en réalité qu'en avatar de Mark Beard . Il travaille dans son atelier de Hell's Kitchen à New york, un style et des sujets très figuratifs qui sont une déclinaison de la peinture de l'Amérique heureuse des années trente. D'Howard Pyle à Norman Rockwell mélangé avec le réalisme de l'Ash Can School ou du groupe des huit, la touche de Bruce Sargeant nette et forte fait des incursions dans un traitement pictural plutôt contemporain pour ses carnations qui n'aurait pas été renié par Lucian Freud.

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Mark Beard de conclure son étude sur cet oncle fictif par une confession: "I come from this artist family, there's a whole mess of them that runs through everything, so I decided we needed a gay one.'

«Je viens de cette famille d'artistes , il y a un tel mélange désordonné entre toutes ces influences que j'ai décidé que nous avions besoin d'un peintre gay".


La particularité de Mark Beard est d'accèder à la peinture via les mêmes subterfuges qu'un Pessoa en littérature,  par le jeu des masques et des pseudonymes . Il crée des identités fictives correspondant à ses styles de peinture , il applique à la lettre la reconnaissance demandée par les galeristes et critiques d'Art: un homme, un style . Picasso disait que le style est un moule, lorsque vous le tenez, vous pouvez sortir des gauffres toutes votre vie.....

Mark Beard décline sa palette en un groupe de peintres ayant des styles différents mais des connexions biographiques...l'un est le professeur de l'autre,  l'autre est l'ami ou le rival de l'un, leurs nationalités diffèrent mais les influences convergent. Voici donc pour les monographies à pourvoir, les actuels masques de Mark Beard:

Bruce Sargeant (1898–1938)
Hippolyte-Alexandre Michallon (1849–1930),
Edith Thayer Cromwell (1893–1962),
Brechtholdt Streeruwitz (1890–1973),
Peter Coulter (1948)

 

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Les photos travaillées pour les biographies imaginées font disparaitre le peintre Mark Beard qui n'a aucun visage. Anonyme dans sa foule de clones masqués il disparait aussi pour Abercrombie and Fitch qui n'utiliseront  maintenant que des reproductions photographiques pour la décoration des nouvelles boutiques dans le monde.

Des chemises blanches immaculées aux foulards dans les cheveux des jeunes filles, la peinture de Bruce Sargeant pour l'enseigne de la cinquième avenue à New York était claire et lumineuse, les couples s'adonnaient aux exercices de plein air, tennis ,vélo, course à pied dans un  élan de bonne santé et d'air pur. Le plafond des gymnastes , avec ses raccourcis, est une brillante réussite d'impact décoratif comme d'adéquation avec l'image des vêtements vendus par Fitch.

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A Paris, il en est tout autrement. la peinture est beaucoup plus violente dans sa touche comme dans ses tons, les jeunes filles ont disparu pour laisser place à un aéropage de mâles entre eux , préfigurant une lutte sodomite violente dans l'arêne plus que d'un art de vivre avec des vêtements en coton.

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Paris

 

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New York

 

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Les photographies à l'intérieur des magasins Abercrombie étant interdites par une étrange politique de management, les illustrations sont rares. Il est bien regrettable de ne pas pouvoir montrer ici les peintures  des Champs Elysées représentant une lutte beaucoup plus grecque que romaine avec comme élément démonstratif aussi bien que décoratif, une ligne rouge vermillon entourant les corps, tranchant sur le fond comme les scarifications de peinture rouge sur les visages d'argile d'Olivier de Sagazan.

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 Etude de lutte : les versions parisiennes sont plus sombres avec une ligne rouge plus forte sur un fond très sombre.

 

Les peintres:

Le dessin de Mark Beard est classique dans sa technique et très empreint des années trente dans ses hachures comme dans la ligne de forme. Voici dans ses déclinaisons de styles avec signatures d'avatars toutesla palette d'inspiration comme l'humour de l'art contemporain. La grande visibilité des décors commandés par la marque Abercrombie ne saurait faire oublier l'éclectisme du personnage qui, de la sculpture au dessin s'affirme comme un peintre prolixe au talent affirmé.

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Peinture et dessins de femme signé Mark Beard

 

 

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Hippolyte-Alexandre Michallon peintre à fort relent animalier français ...alias Mark Beard.

Les visites chez Poughéon ou Ducos de la Haille sont sensibles dans le traitement comme dans la symbolique.

 

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Pose et traitement d'influence année Trente par Edith Thayer Cromwell (ETC)  ...alias Mark beard

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Pointillisme et couleurs franches.

 

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"Funeral" Etude 1  et "Funeral procession".

 

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"Lobster " et "Horse Skull" " Phantom" expressioniste  par Brechtholdt Streeruwitz.....alias Mark Beard

 

 

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"Ghost of King Leopolds" et "15 minutes of shame ", incursion dans l'humour de l'art contemporain par Peter Coulder .....alias Mark Beard

 

 

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Scupltures et peintures signé Bruce Sargeant ........alias MB.

 

 ****

 

 

 

 Abercrombie & Fitch

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"Les passions consuméristes font de l'acquisition d'un vêtement une nouvelle identité qui revèle au jour ce que l'on désire être dans la panoplie des sous modèles représentés. Au delà des indications d'époque et de géographie, le vêtement dans un sens large est un outil de langage , son utilisation symbolique en montre une complexité de syntaxe et de grammaire que la mode joue à conjuguer."

 

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Les vêtements constituent une forme d'expression. Une expression qui doit être libre comme la parole peut l'être, doit ou devrait être. Une limitation , une restriction de cette liberté de parole est une restriction de ce que l'on peut penser. Une restriction de l'expression personnelle que la mode apporte, est perçue comme une restriction de ce qu'on peut être.

Le code social donne des directives fortes, la bourgeoisie a ses codes, le prolétariat, la contre culture et les délocalisés aussi et cela peut être transnational comme international. L'uniforme militaire, scolaire, religieux ou bureaucratique est perçu comme un asservissement volontaire ou non et donc une restriction de la personnalité, de son unicité, l'uniforme est aussi un uniforme de la pensée, une pensée venue de la hiérarchie. c'est donc renoncer à son droit à la pensée que d'accepter cette uniformisation vestimentaire .

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L'uniforme scolaire disparait à peu près partout en Europe et aux Etat Unis dans les années 68-75 car il symbolisait plus que tout autre le contrôle de la pensée et l'étouffement de la créativité, de la personnalité. Une recherche effrénée de marqueurs sociaux s'en suivit. La position centrale d'une sorte de rébellion contre-culturelle aux codes petits bourgeois calqués sur la recherche de personnalité, d'émancipation provoque chez  une grande partie de la population en devenir, jeune et perméable aux sollicitations,  une consommation de vêtement qui ne s'accélère qu'au rythme de l'offre qui se renouvelle sans cesse dans une nouveauté toujours obsolète.

De l'uniforme scolaire puis militaire puis technocratique l'homme était dans une sous consommation , un complet ,une chemise une cravate. La femme était mieux à même d'égayer sa toilette mais suivant le code de l'âge qui lui faisait franchir des étapes des possibles et des interdits vestimentaires. Les grandes tendances de la mode se surexposent, s'accumulent dans la forte direction d'une "libération" fictive mais vécue intensément. L'industrie du vêtement s'emballe vers des hauteurs jamais atteintes.

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Abercrombie Paris

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Gap, Zara, H&N, Ralph Lauren, Abercrombie and Fitch proposent chaque année des collections que les populations achètent pour se démarquer de l'année précédente. L'uniforme revient par la marque qui procède à une collectivisation de l'apparence en donnant l'illusion de la personnalité. Le sigle, le logo-type  doit être vu et reconnu, sa taille, sa place son importance ne cesse de grandir pour devenir l'essentiel du polo de Ralph Lauren par exemple, dévoré par son sigle comme un homme sandwich.

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L'Appolon londonien comme acéphalité.

De la vénus de Milo aux Kouros comme objet de désirs.

"L'économie contemporaine du luxe et ses sous produits de masse cible une jeunesse engagée dans une consommation concurrentielle exacerbée par un marketing très persuasif. Jeune, cool, libre et sympa, la "rébellion" contre le système étant devenu le système lui même, il n'y a plus qu'a être à la mode pour se "démarquer" en affichant ses marques."

Contre & Sous Culture(s)  par O.B.Dulax

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Une marque va plus loin, plus fort en innovant dans le marketing "polysensoriel". Les produits ne sont que la partie accessible, matérielle, le sésame d'une entrée dans une "communauté". Communauté créée de toute pièce par un marketing "tribal" qui se divise en autant de "gay-marketing" que de d"'éros-marketing" en sexualisant le rapport à l'objet acheté, en exacerbant les sens du consommateur par une "look policy" dévastatrice.

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Abercrombie and Fitch (marque de vêtement américaine qui en 2011, affichait une capitalisation boursière supérieure à 6 milliards de dollars) révolutionne le magasin de vêtement . Un magasin sans vitine, sans lumière, avec une musique électro à fort volume, un grand nombre de vendeurs, vendeuses jeunes et beaux et dansants, un service d'ordre extérieur pour gérer les flux. "Un voyage sensoriel"  un rêve éveillé , un film comme le décrit Michael S. Jeffries,  PDG de la compagnie .

 

Des jeunes filles qui se déhanchent en vous souriant malicieucement, de grands garçons au torse nu, sculpté comme des kouros, visage franc et souriant prèt à vous enlacer sur demande pour une photo. Une musique sans parole rythmée en "loop" hypnothiques. (plus forte à New York qu'à Paris !)  Des plafonniers directionnels de lumière tamisée créant des clairières lumineuses dans un environnement sombre et foisonnant de présentoirs, plantes vertes et statues d'homme nus, c'est le concept de la boite de nuit,  entre monde de bruits, de lumières, de désirs.

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Les foules se pressent, les adolescentes rêvent devant les vendeurs demi nus qui sollicitent les consommateurs gay. Les jeunes filles fraiches à la beauté naturelle , peu maquillées par contrat , dansent et chaloupent en des postures de perverses Lolita ingénues, par contrat toujours.

Le parfum de la maison  A&F ( lilas frais) est vaporisé toutes les heures, la musique et les sourires vous consolent de deux heures de file d'attente... l'érotisation de l'ambiance est une stratégie qui fonctione au regard de la circulation incessante de groupes de jeunes surexcités, frôlements, déhanchements, photos interdites.

L'achat compulsif et iraisonné prend le pas sur toute réflexion.

 

Savile Row rebellion . avril 2012

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Des messieurs impeccablement vêtus accompagnés de dames  élégantes se sont réunis devant le magasin phare Abercrombie & Fitch à Londres pour protester contre  l'ouverture d'un magasin sur Savile Row, la rue commerçante de Londres qui a longtemps été le centre de la grande couture britannique. Les manifestants portaient des pancartes où l' on pouvait lire "Give Three Piece A Chance." Jeu de mot typiquement anglais en référence aux injonctions des années Lennon.

 La manifestation était organisée par The Chap, un magazine de haute tenue....vestimentaire.

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 La manifestation était organisée par The Chap, un magazine de haute tenue....vestimentaire.

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Manifeste de Temple et Darkwood , riche en enseignements sur l'art de lutter contre les standards de la sous-culture américano-sportive du laisser faire cool.

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Un petit livre qui concentre et rationnalise les composantes de la lutte du civilisé élégant.

Pour ceux qui n'aurait pas les moyens de cette fuite en avant il y a la régression naturiste avec le mouvement "No Shirt"

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:

Les rebellions contre l'incroyable puissance developpée par le marketing efficace d'Abercrombie se teinte ici d'humour parodique avec l'invasion d'une centaine d'hommes torses nus dans la boutique de la cinquième avenue ...les vendeurs sont demi nus mais pas l'acheteur qui lui doit porter une chemise...

d'où le dialogue ..."Monsieur, mettez une chemise vous ne pouvez pas être torse nu ici!

"Bien je comprends , vous vendez des chemises, je voudrais donc en acheter une."

"Non monsieur, pour acheter ici vous devez vous habiller!

"Mais oui je comprends , comme je n'ai pas de chemise je voudrais en acheter une pour pouvoir donc rester ici faire des achats ..."

"Non, monsieur je vous dis....."

visionnez la vidéo ici

et ici

 

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Grande composition décorative  .

 

Bruce Sargeant existe.

 

 

 

 

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23 janvier 2013

VIE ENCLOSE

 

 

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Ici toute une vie invisible est enclose
Qui n’a laissé voir d’elle et d’un muet tourment
Que ce que laisse voir une eau d’aspect dormant
Où la lune mélancoliquement se pose.
L’eau songe ; elle miroite ; et l’on dirait un ciel,
Tant elle s’orne d’étoiles silencieuses.

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Ô leurre de ce miroir artificiel !
Apparence ! Sérénités fallacieuses !

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Sous la blanche surface immobile, cette eau
Souffre ; d’anciens chagrins la font glacée et noire ;
Qu’on imagine, sous de l’herbe, un vieux tombeau
De qui le mort, mal mort, garderait la mémoire.

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Ô mémoire, par qui même les clairs instants
Sont douloureux et comme assombris d’une vase ;
L’eau se dore de ciel ; le chœur des roseaux jase ;


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Mais le manque de joie a duré trop longtemps.
Et cette eau qu’est mon âme, en vain pacifiée,
Frémit d’une douleur qu’on dirait un secret,
Voix suprême d’une race qui disparaît,
Et plainte, au fond de l’eau, d’une cloche noyée !


Les vies encloses , Epilogue 1896 . Georges Rodenbach


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            Les besoins de la vie en ce lieu sans ressource  
          De mon esprit errant avait borné la course
              Quand par des secours généreux
               Dont nul des vôtres n'est avare
           Vous avez ,dans l'ombre , comme eux
                   Ranimé ce pauvre Lazare
                   Objet de vos bontés , Marquis, je vais encore
                   Vers le Pinde une fois reprendre mon essor
               Y cueillir des roses nouvelles
               Dignes des bouquets de Parny
                Vous offrir la première et les autres aux belles
                   dont vous êtes le favori .

                  Olympe Bénazet ( 1802-1879)

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Le soir descend ; il est imminent ; il approche,
Emblème de la mort que trop on oubliait ;
– On était trop vaillant, on était trop quiet ! –
Mais le soir doucement nous en fait le reproche
Car il est comme le précurseur de la mort !

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Ah ! comment s’en sauver, quel moyen qu’on l’élude,
Et qu’on s’illusionne et qu’on le croie en tort
Et qu’on échappe à ce qu’il a de certitude,
Le temps de se reprendre au leurre du miroir :
Fenêtre où s’envoler, tournant le dos au soir !

 

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Le temps de se reprendre au mensonge des lampes.
L’ombre s’aggrave ; tout s’oriente déjà
Vers la nuit ; seul un lis plus longtemps émergea ;
Mais, là, tous ces drapeaux qui meurent à nos hampes !

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Tous ces cygnes que l’ombre incorpore ! Ces ors
Se dédorant sur les lambris et sur les plinthes
À mesure que les ténèbres du dehors
Couvrent de crêpe un vieux portrait aux lèvres peintes !

 

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Les bibelots pensifs abdiquent sans effort
(Tristes un peu de se sentir des urnes closes)
À l’ombre qui leur fait une petite mort,
Et mon âme s’incline à l’exemple des choses.

 

Les vies encloses ,  VI Le soir dans les vitres  1896  Georges Rodenbach

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Promenade en Mayenne. Décembre 2012

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25 novembre 2012

LA LEÇON D'ASSY

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L'Hiver des Alpes

Ces atomes de feu qui sur la neige brillent,
ces étincelles d'or, d'azur et de cristal
dont l'hiver, au soleil, d'un lustre oriental
pare ses cheveux blancs que les vents éparpillent;

Ce beau coton du ciel de quoi les monts s'habillent,
ce pavé transparent fait du second métal,
et cet air net et sain, propre à l'esprit vital,
sont si doux à mes yeux que d'aise ils en pétillent

Cette saison me plait, j'en aime la froideur;
sa robe d'innocence et de pure candeur
couvre en quelque façon les crimes de la terre.

Aussi l'olympien la voit d'un front humain,
sa colère l'épargne, et jamais le tonnerre
pour désoler ses jours ne partit de sa main.

Saint Amand -1634

 

 

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Quittant le plat de la vallée de Sallanches, la route serpente vers Passy, village à flanc de montagne face au massif du Mont Blanc, point de départ pour le plateau d'Assy dominée par la chaîne des Fiz, comprenant l'Aiguille Rouge, l'Aiguille de Varen et la Pointe de Platé qui surplombe le désert du même nom.

Un plateau en Haute Savoie est une dénomination administrative d’un ensemble très en pente, contraire à la définition géographique de « plateau ».

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Le plateau d'Assy n'est pas seulement l'excursion par les chemins de traverses des curieux de la montagne mais était aussi la destination de nombreux curistes qui allaient respirer dans les Sanatoriums de l'entre deux guerres, l'air raréfié propice aux tuberculeux.

Les populations souffrantes dans leurs corps pouvaient aussi soigner leurs âmes grâce à l'installation en ces lieux d'une église remarquable.

Notre Dame de Toute Grâce du plateau d'Assy.

Le chanoine Deverny, aumonier des curistes, décida et surpervisa la construction qui s'étendit  de 1938 à 1946.

Cette église d'altitude fut consacrée en 1951, la décoration y fut achevée en 1961 puis classée Monument Historique en 2004 .

 

 

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le Père marie Couturier y fut désigné conseiller artistique.

 

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 L'architecte Maurice Novarina  édifiera une église que l'on pourrait qualifier de style savoyard car inspirée des rudes chalets de montagne; la façade triangulaire présente un auvent de cinq mètres de profondeur soutenu par six piliers de stature colossale.

Le grès vert de Taveyannaz du gros oeuvre accentue la rudesse du batiment qui majestueux et rugueux comme la roche environnante semble indestructible.

Seul le long campanile de vingt huit mètres de haut l'élève et nous rappelle l'Italie si proche.

Il est en restauration actuellement.

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Cette étonnante église rentre dans l'histoire de l'Art par plusieurs portes.

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Elle se situe dans le renouveau de l'art sacré du vingtième siècle et enseigne ce qu'il est coutume d'appeler maintenant la "Leçon d'Assy".

Le Père Dominicain Marie Alain Couturier, co-directeur avec le Père Pie Regamey de la célèbre revue Art Sacré ( 1954-1957) y appliqua sa vision nouvelle en rupture avec ses maitres des "Ateliers d'Art Sacré  "  animés par les figures charismatiques de Maurice Denis , Georges Desroullières et Georges Rouault.

Le renouveau d'Après guerre prend donc son origine dans une rupture avec les idées du renouveau d'Avant guerre.

Le renouveau des églises de l'entre deux guerres animé par ces célèbres Ateliers ( M. Denis,  G.Desrouillière) se proposait de rompre avec le style issu de Saint Sulpice qui décliné jusqu'à l'écoeurement ne correspondaient qu'à des redites sans âmes et sans esprit.

Leurs réflexions critiques portaient sur ce "lourd sentimentalisme"  des églises de leur temps que Paul Claudel en 1919 considerait comme une décadence " Pour qui ose les regarder, les églises modernes ont l'interêt et le pathétique d'une confession chargée. Leur laideur, c'est l'ostension à l'extérieur de tous nos péchés et tous nos défauts"

(lettre à Alexandre Cingria sur les causes de la décadence de l'art sacré1919 in "La decadence de l'art sacré" A. Cingria Paris Al'Art CAtholique 1930)

 

Les églises Saint-Nicaise de Reims 1923Saint louis de Vincennes( 1914 -1927) sont d'excellents exemples d'une réussite alliant renouveau de la forme  dans une continuité ravivée par les possibilités des nouveaux materiaux comme le béton armé, les charpentes métalliques. l'iconographie fut pensée et crée dans une volonté aussi bien décorative que catéchétique.

 

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Reims et Paris

 

Céramiques, peintures et sculptures sont réalisés par des maitres affirmant leurs croyances religieuses.

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Que l'on songe à la religiosité animant la construction de  l'église du Saint Esprit , avenue Daumesnil à Paris avec sa coupole de 33 mètres de haut et 22 mètres de diamètre, construite en pierre et en béton armé, grandement inspirée de la coupole de Sainte Sophie à Istanbul.

Les peintures sont omniprésentes sur les piliers, chapelles et coupoles , les techniques utilisées par Maurice Denis ou Jean Dupas sont innovantes comme l'utilisation intensive et avant gardiste du Stic B pour avoir un aspect "a fresco" sur le béton lisse. Le Stic B est une peinture brevetée utilisée initialement pour le traitement de surface et non pour la décoration.

 

  L'iconographie déployée  sans rupture brutale, en se dégageant de la cosse primitive des formes usuelles,  créer un langage autonome d'une modernité forte . Malheureusement ce procédé ne peut perdurer car il est très difficile sinon impossible à décliner de façon intensive sans s'abâtardir. Les artistes des Ateliers d'Art Sacré comme les architectes de l'entre deux guerre se gardèrent d'entrer trop avant dans les méandres mystérieux de l'Abstraction naissante. 

Les interrogations et discussions allant bon train concernant l'introduction de l'art moderne dans les édifices religieux, la question posée était :

Est-ce une intégration ou une profanation?

 

 Après la guerre, le Père Marie Couturier  et le Père Regamey (ancien attaché au département des peintures du musée du Louvre, artiste et dominicain) répondent à cette question, ils proposent un renouvellement esthétique radical en élaborant une nouvelle vision de l'art d'église. le Père Marie Couturier, théoricien de l'Art, s'inscrit dans un champ nouveau du dialogue entre les oeuvres inspirées et les fidèles. Le père Pie Regamey considèrant que tout art peut incarner le sacré, fait sienne cette opinion de Jacques Maritain :

"Il serait vain de chercher une technique ou un style ou un système de règles ou un mode d'opérer qui seraient ceux de l'art chrétien. L'art qui germe et qui grandit dans une humanité chrétienne peut en admettre une infinité"

(Jacques Maritain " Art et scolastique" 1920)


C'est ainsi qu'ils prennent le "pari du Génie " et déclarent que tout artiste vrai est un "inspiré". Il n'est donc nul besoin d'être "croyant" pour réaliser des oeuvres "inspirées" appartenant au champ de l'art sacré.

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En 1950, dans un article retentissant de la revue Art Sacré intitulé "Aux grands hommes, les grandes oeuvres" Le Père Couturier  amorce ce deuxième renouveau qui amenera non seulement une dynamique forte mais aussi une controverse importante que Rome devra trancher dans son concile.

L'église Notre Dame de toute Grâce du plateau d'Assy en fut le point de départ et la figure emblématique.

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La décoration y fut donc confiée à des artistes modernes qui un à un rassemblés dans cette entreprise transforme cette église de montagne en une sorte de manifeste.

F. Leger, J Bazaine, M. Chagall, H.Matisse, G Braque, P. Bonnard, G Rouault, G Richier, J Lurcat, M. Brianchon, A. Hebert Stevens, P. Bercot ainsi que le Père Marie Couturier lui même qui réalisa des vitraux d'après ses propres peintures.

Ce renouveau des années cinquante est illustré parfaitement par des églises comme la chapelle de dominicains de Vence datant de 1951, décoré par Matisse qui déclara " malgrès toutes ses imperfections, je la considère comme mon chef d'oeuvre"

L'église du Sacré Coeur d'Audincourt de 1951 près de Montbelliard  fut décoré par Fernand Léger et J Bazaine. Comme le souligne son marchand, Kahnweiler, en parlant à Brassaï : " La plus belle chose que Léger ait jamais faite est certainement les vitraux d'Audincourt. Je trouve assez extraordinaire que cette œuvre religieuse, d'un peintre communiste et athée, ne choque point le sentiment religieux ".

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Père M.A. Couturier et Le Corbusier

Notre Dame du Haut de Ronchamp construite par Le Corbusier se situe dans cette même mouvance. C'est par ce choix d'architecte que la modernité s'exprime en s'affranchissant des directions incarnés par Dom Bellot architecte batisseur d'église, Moine bénédictin de la congrégation de Solesmes, qui "innovait dans la tradition" comme le montre avec élégance ses nombreuses réalisations internationales.

 

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En 1948-1950,  la question de l’intégration de l’abstraction s’est posée dans le Doubs, avec les premiers vitraux abstraits créés par Alfred Manessier pour l’église Saint-Michel des Bréseux.

 

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Mais c’est en 1950, à l’occasion de l’exposition"Libri e oggetti d’arte religiosi," organisée à Rome par le père Régamey, que l’opposition très vive se cristallise car il s'agit d'une initiative française face à la grande exposition d'art Sacré organisée pour l'Année Sainte par la "Pontificia Insigne Accademia di Belle Arti e Letteratura dei Virtuosi al Pantheon" (Académie des Virtuoses du Panthéon)Académie qui se donne comme but de promouvoir le potentiel spirituel des arts.

Présentant des lithographies sur le thème de Pâques, Manessier y est accusé d'hérésie totale, son travail est rejetté par les instances vaticanes, le Père Regamey s'emploi à le défendre dans une série d'articles ou la question de l'oeuvre d'art "religieux" ou "sacré" quelque soit l'imprécision des définitions, ne doit pas s'en tenir au "sujet" mais au "thème" qui lui est spirituel. Il retourne l'argument des détracteurs de l'abstrait en se servant de la même encyclique "Mediator Dei" qui affirmait ,en rejetant également le "réalisme" et le "symbolisme", que l'oeuvre d'art sacré ne devait pas avoir besoin d'explication verbale ou écrite.

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Vitraux de Manessier

Le père Regamey expliqua que certaines scènes religieuses peintes pouvaient apparaitre pour les fidèles comme de vrais rébus difficile à déchiffrer, alors que les peintures abstaites ou "non figuratives" permettaient une approche du sacré plus immédiate grâce à l'interaction de l'inspiration du peintre et de la sensibilité du spectateur.

Un long questionnement concernant l'intégration de l'art comptenporain dans l'Art d'église fut mené avec au coeur du problème l' interrogation profonde d'avoir la  nécéssité d'utiliser des praticiens croyants pour réaliser à l'instar des icônes, non pas des oeuvres mais des actes de foi, des "prières" peintes ou sculptées.

  Interrogations sur l'oeuvre et sa destination, sa fonction dans le bâtiment église qui représente la matérialisation d'une foi et d'une espérance donnée et reçue par l'ensemble des fidèles. Ce qui est la fonction catéchisé du" monde des formes" de la représentation du monde par l'Homme.

 

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Tract d'Angers

La controverse ne commencait qu'à peine, car vint le "tract d'Angers" qui polarisa la bataille sur Notre Dame de Toute Grâce d'Assy.

Lors d'une conférence donné en 1951 à Angers dans le Maine & Loire,  le chanoine Devemy, fondateur du projet d'Assy et baptisseur d'église se voit attaqué très violement par un tract distribué  par un groupe de catholique animée par le Docteur Pierre Lemaire. L'église d'Assy y est stipendié et particulièrement la sculpture du christ en croix qui pour ces catholiques est un outrage.

Laissant de coté la porte en bronze du tabernacle de Braque, les carreaux blanc peint au trait de Matisse, le flou du baptistère de Chagall, le visage de la vierge en mosaique de Fernand Leger ou même les tapisseries si peu religieuses de jean Lurcat, la polémique se focalise sur la figure du christ de Germaine Richier, seul représenté sur le tract.

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Tapisserie de Jean Lurcat dans le choeur.

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Chapelle des fonts baptismaux " la traversée de la mer Rouge" céramique de M. Chagall

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Saint François de Sales par  P. Bonnard

 

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Saint Dominique céramique de H. Matisse, tabernacle G.Braque.

Vous trouverez de bien meilleures et complètes reproductions grâce à ICI. canablog

 

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Le christ de Germaine Richier

 

Germaine Richier, élève de Bourdelle aux ateliers de la Grande Chaumière avait comme collègue Alberto Giacometti. Elle présente avec celui-ci un travail ayant de nombreuses convergences d'esprit, aussi fortes et profondes que leurs divergences de notoriété actuelle.

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La controverse s'enflamme lorsque Monseigneur Cesbron l'évèque d'Annecy décide de retirer le christ scandale en avril 1951. Placé initialement dans le chœur derrière l'autel central, il fut relegué pendant dix huit ans au purgatoire.

Le CCIF (comité catholique des intellectuels français) y accorda un intérêt certain : un premier article de Stanislas Fumet montre le bien fondé de la décision épiscopale d'Annecy de retirer le christ, bien que le travail de Germaine Richier lui semble digne d'interêt. Quelque temps après, un second article infirme le précédent en soulignant que ‘"Le Christ d’Assy est un Christ d’Église"’  La mise au point de Rome peu de temps après (par l’instruction du Saint-Office du 30 juin 1952) tranche et marque une fois encore la difficulté du temps entre l’Église et les beaux-arts .

Paul-Louis Rinuy, maître de conférences à l'université Paris X- Nanterre nous explique dans sa conférence sur "Le renouveau de l'art sacré dans les années 1945-1960 et la " querelle de l'art sacré " 'in "L'enseignement du fait religieux les 5,6 et 7 novembre 2002")

Que ce christ en croix, présenté comme un simple " moignon sculpté " est  écrit par Gabriel Marcel comme " un rameau rachitique et couvert d'une espèce de moisissure " qui n'est que " le fruit mort d'une cérébralité desséchée ".

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Que Madeleine Ochsé, quelques années plus tard, ironise sur ce qui est à ses yeux " une simple ébauche ", " un tronçon pourri qui a renoncé à sa forme humaine et ouvert pour nous ses grands bras déchiquetés ". Une formule qu'on trouve dans un article de Mgr Costantini, secrétaire de la Congrégation De propaganda fide, paru le 10 juin 1951 dans L'Osservatore Romano, condense l'ensemble de ces critiques : " Ce Christ est une image caricaturale qu'on veut faire passer pour un crucifix, une insulte à la majesté de Dieu, un scandale pour la piété des fidèles ".

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En revanche Bernard Dorival, conservateur du Musée d'art moderne, dans son article  " L'Église d'Assy ou la résurrection de l'art sacré ", fait l'éloge du Christ de Germaine Richier, " douloureux et grandiose, dont les bras, démesurément ouverts, inspirent confiance et respect, et dont l'expressionnisme pathétique se double d'une noble plasticité. "  il affirme son propos sans exagération en concluant " Il est sans doute la première image pas trop indigne de son objet que la sculpture nous ait donnée depuis la fin du Moyen-Âge " " La véritable expression de ce crucifix [...] ne saurait être perçue qu'à la faveur d'une suffisante compréhension du langage plastique employé par l'artiste ", écrit, par exemple, Léon Degand. Et le Père Régamey de conclure : " Faute de comprendre ce (nouveau) langage plastique, on n'y voit qu'une déformation sacrilège ".

 

La réalité est qu'aujourd'hui, le christ revenu dans l'église en 1969 est encore puissamment révulsif par sa forme et sa matière et cela malgrès notre apprentissage de l'oeil dû à la proximité des oeuvres très médiatisés d'A. Giacometti dont la parenté est évidente.

 Michel Durand dans un article publié dans : Art "Accueillir ce que dit l'artiste." 2008 (cf enmanquedeglise.com/article-20946038.html) ose un parrallèle éclairant avec le triptyque de Grünwald, on y voit le Christ couvert de pustules vertes : c'est le mal des ardents.

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"Les malades atteints de cette maladie étaient soignés par les Antonins,  commanditaires de ce retable installé dans la chapelle des malades qui venaient prier un Christ, atteint de la même maladie qu'eux. De même, après la guerre, pour Germaine Richier, il n'est plus possible de représenter le Christ avec un visage d'homme et elle représente le corps du Christ comme une véritable écorce d'un tronc noueux, manifestant les souffrances. Résumant les passages d'Isaïe 52 -53 qu'on relit pendant la semaine sainte : « Il n'avait même plus visage humain, personne, rien de beau pour attirer notre regard, rejeté de tous ».

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Et Michel Durand de conclure par ce beau  passage " Maurice Zundel dans La Passion de Dunkerque, en 1988, à l'occasion d'une exposition consacrée à des artistes contemporains auteurs d'œuvres sur le thème de La Passion, estime que dans le problème du mal, il faut penser que Dieu ne peut intervenir, mais qu'il en est la première victime ; s'il n'y avait pas dans l'homme une valeur infinie, le problème du mal ne se poserait pas. Cette valeur c'est la présence silencieuse de Dieu. Dieu ne peut rien perdre de son intégrité. Le mal qui frappe l'homme l'atteint lui-même. On peut dire que s'il y a une agonie, Dieu agonise en elle, s'il y a une solitude déchirée, Dieu souffre en elle, s'il y a un crime, Dieu en est ensanglanté. Le Mal n'a une telle dimension que parce que Dieu en est le premier frappé." ((cf enmanquedeglise.com/article-20946038.html

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Cette controverse s'alimentant de contestation plus profonde de la part des coureurs de fond de la fuite en avant, on vit même une interrogation sur la place et la forme des églises dans la ville ...la querelle prenant une tournure plus "politique" à l'aube des grands boulversements de Vatican II. La liturgie comme l'architecture devant être transformées, adaptées, passant ainsi sans transition pour certain du Ab æterno (depuis l'éternité) à l'Ab agendo ( hors d'état hors d'usage)  pour correspondre à une époque emportée par le tourbillon d'une "modernité " née de la fin guerre.

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Notre Dame du Haut 1955 Le Corbusier

Dans sa thèse universitaire l'historien  Pierre Lebrun  travaille sur la remise en cause du modèle paroissial et de l’église monumentale dans le cadre du mouvement oecuménique et conciliaire. L’église-monument-oeuvre d’art allant vers l’asile de silence et de recueillement.

"Au milieu des années 60, dans un numéro spécialement consacré à l’architecture religieuse, L’Architecture Française revient sur la nécessité de conférer aux églises en cours d’édification dans les cités en construction, des formes architecturales qui répondent aux conditions nouvelles de l’urbanisme. Le père François Russo, dans un article consacré à la construction des églises en France, estime qu’une architecture religieuse fonctionnelle est en cours d’élaboration. Selon lui, celle-ci se caractérise par son austérité et sa capacité à s’émanciper de toute imitation de l’ancien.

Ses dimensions sont modestes puisque l’on estime alors qu’au-delà d’un rayon de 600 mètres un lieu de culte est inefficace et qu’il est nécessaire de limiter la capacité des églises à 600 ou 800 places afin de permettre une participation active des fidèles au culte"

 

 

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Sachez retrouver  la "maison d'église" Notre Dame de Pentecôte sur l'esplanade de la Défense....

"Au milieu des années soixante, sous l’influence de l’esprit de réforme et d’ouverture qui souffle lors de Vatican II, le clergé se sent maintenant encouragé à chercher des pistes nouvelles en matière de conception d’églises. Il semble désormais acquis que les lieux de culte à édifier dans les cités nouvelles et les grands ensembles doivent bannir toute recherche de monumentalité."

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Exposition Dhimmitude à la Paroisse.la Défense 2012

 

L'esprit d'une époque maniant la volonté d'aller vers un renouveau qui serai un jalon vers un futur paré de toutes les vertus d'un modernisme salvateur provoque des cul de sac . La restauration nécéssaire de Notre Dame Saint Lô dans la Manche en est un exemple.La vision moderniste du père Regamey, présent sur tous les fronts, amena a des choix qui aujourd'hui nous paraisse des occasions ratées de retrouver le chemin vers l'avenir déroulé sous nos pieds par notre passé fortement identitaire.

 

 

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Après les combats de la Libération en 1944,  la Manche voyait l'église de sa préfecture détruit à plus de 50 % , la nef a ciel ouvert  découverte de sa couverture , ses voûtes et la façade effondrée suite au bombardement de la tour nord par l'artillerie allemande. Seuls la tour sud sans sa flèche, ainsi que le chœur et les bas côtés, restaient à peu près intacts. Il fut entreprit une restauration de grande ampleur :

"La restauration de l'église (1944-1974) fut longue et difficile en raison d'un changement radical dans le parti pris de restauration au cours du chantier. Après les premiers travaux d'urgence, l'architecte des Monuments historiques Louis Barbier prépare un projet de reconstruction à l'identique de la façade ouest en récupérant la plus grande partie des pierres taillées d'origine. Mais en 1947, sur proposition du révérend père Régamey, alors directeur de l'influente revue Art sacré, il est remplacé par Yves-Marie Froidevaux, qui propose en 1953 le principe de garder la ruine de la façade ouest et d'en faire un mémorial contre la guerre. Mais ce projet fut combattu localement: le conseil municipal ne donna jamais son accord et ne participa pas financièrement à la restauration imposée.

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Un mur pignon aveugle « cicatrisant » en schiste vert du Nord-Cotentin fut construit en retrait de la façade disparue et les pierres de l'ancienne façade furent dispersées dans divers dépôts lapidaires quand elles ne servirent pas aux remblais nécessaires à la reconstruction de la ville... Confronté à des difficultés techniques imprévues (la taille de la pierre) et à des difficultés financières récurrentes, Yves-Marie Froidevaux n'achèvera son œuvre qu'en 1972 avec l'installation de trois portes historiées en bronze atténuant ainsi la sévérité de l'ensemble qui fait regretter la disparition de la façade historique."( source Wikimanche)

 

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En 1994, à l'occasion du 50e anniversaire, l'artiste peintre Bruno Dufour-Coppolani, dressa une toile peinte provisoire représentant l'élévation de la façade disparue devant la béance voulue par l'architecte restaurateur...

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Où en sommes nous de l'art Sacré aujourd'hui ?  Quelles interrogations et controverses animent encore cette question?

L'oecuménisme extra chrétien et la volonté de d'effacement pour acceuillir "l'autre" laissent la puissance des images à la Publicité, fille naturelle de la Propagande ou à l'iconographie éxogène .

L'art catholique romain est un convalescent fragile, laissant aux maigres budgets des parroisses de maigres possibilitées de briller.

L'église Notre Dame de Toute Grâce du plateau d'Assy témoigne d'une incursion inouïe par les grands noms de l'art de la fin du vingtième siècle, dans la représentation sacrée occidentale.

Une bréche ouvrant un futur qui se cherche encore dans sa propre interrogation.

La célébrité des uns assurant la pérénnité d'un lieux déserté par les curistes,  les bons pères ont glissés l'art profane dans les habits de l'art sacré, espérant peut être  en un rituel animé de la formule dites lors de sacrifices et ex-voto antiques

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" Je donne pour que tu donnes"

 

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06 septembre 2012

LES AMOURS DE L'EMPEREUR

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Les derniers travaux de l'Opéra Garnier furent un gigantesque programme de restauration, commencé  l'année 2000, par la façade principale dont les ors, les marbres et les pierres furent nettoyés, les statues colossales furent descendues puis restaurées, consolidées et redorées. Les deux façades latérales subirent elles aussi successivement de grands travaux de restauration.

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La restauration  intérieure fut également de grande ampleur comme le montre le grand foyer restitué en 2004 dans ses dispositions d'origine.  Les peintures et dorures furent rénovées ainsi que les peintures décoratives des voussures. Tentures, meubles et banquettes absentes depuis l'incendie de 1928 furent restitués ainsi que les candélabres et bras de cristal pour retrouver une physionomie et une utilisation conforme au projet initial.
Ces travaux extérieurs et intérieurs sont une célébration du génie de Charles Garnier. Ils nous font voir en détail la somptueuse prolifération de signe décoratif qui se liant les un aux autres provoque derrière l'accumulation trop vite perçue négativement par le néophyte, une ordonnance, une déclinaison qui ayant intégré un millénaire de culture et d'art créait un style propre où tout les éléments sont lisibles en vision générale comme en détail. L'opéra est un art total liant musique, chant, théâtre, peinture et costumes pour une féerie, un rêve éveillé qui est pour certain le précipité de la vraie poésie de l'existence qui nous élève vers un nirvana ou plutôt devrions-nous dire un Wahalla .

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Le touriste comme le piéton parisien avait pu voir durant plus d'une année les grandes bâches publicitaires qui couvraient la façade latérale du Pavillon de l'Empereur. Cette grande rampe circulaire construite pour que Napoléon III puisse accéder en fiacre directement à l'Opéra, cet accueil triomphant où les aigles sur  deux colonnes rostrales en granite d'Aberdeen d'Henri Jacquemar rivalisent avec les cariatides de Louis Elias Robert ( le sculpteur du Palais de L'industrie évoqué dans un précédant article) encadrant la porte surplombée de l'aigle en bronze, symbole de l'Empire Français, travail remarquable du sculpteur animalier Pierre louis Rouillard.

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Ce pavillon de l'Empereur ne servit jamais car le désastre de Sedan mit fin à ce rêve, l'Opéra ne fut inauguré qu'en 1875 alors que Louis Napoléon Bonaparte en exil en Angleterre meurt en 1873 sans avoir pu voir la fin des travaux de son Opéra ni même de son avenue qui ne fut terminée qu'en 1879.
La défaite Française et la capitulation  provoquèrent l'arrêt brutal des travaux, notamment ceux concernant le pavillon de l'Empereur où  étaient visibles " plusieurs pierres d'appareillage non épannelées" comme nous l'indique plusieurs écrit concernant les façades.

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Ces pierres étaient très visibles avant les grandes bâches qui masquèrent les travaux de restauration. Il s'agissait des deux groupes d'angelot surmontant les fenêtres situées au centre et à droite au premier niveau de la rotonde, les pierres des chapiteaux des pilastres encadrant les fenêtres étaient également brutes. Il est à noter au vu des photographies que la fenêtre du centre était plus avancée, car les fleurs et feuilles d'acanthe du fronton en demi-ovale étaient terminées .

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Pendant longtemps je suis passé sous ces fenêtres, témoignage émouvant du savoir-faire du sculpteur de façade haussmanienne qui de la pierre brute avec son ciseau faisait émerger les formes classiques en taille directe digne héritage des techniques de Phidias ou Praxitèle. Les blocs informes allaient se transformer en chapiteaux corinthiens par la magie d'un anonyme sur balançoire. Sur cette façade didactique nous pouvions voir les deux étapes, l'avant et l'après, ce qui était un merveilleux moyen d'imaginer la somme de travail effectuée sur les façades parisiennes.

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Détail de la fenêtre de droite avec ses blocs non épannelés.


Il m'a cependant toujours paru très étrange qu'à l'annonce de la chute de l'Empire, il n'y ait eu que ces deux fenêtres inachevées. Que le sculpteur fut descendu de sa balancelle avec ses outils et sans terminer l'ouvrage fut rentré chez lui. Mais enfin cela était dit et écrit dans les descriptions des façades de l'Opéra et visible sur les murs pour qui savait regarder.
Les actuels travaux de rénovation prirent fin après plusieurs années de bâches et d'échafaudages. Quelle ne fut pas ma surprise constatant que le travail sur le pavillon de l'Empereur avait été terminé!

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Les poutis avaient leur jambes et leur avant-bras, les motifs floraux circonvolutionnaient, les chapiteaux avaient émergés! La fin de l'Empire, témoignage visible sur cette façade historique, était gommé, annulé, oublié…J'en étais déçu et attristé surtout lorsque en parlant autour de moi je m'aperçus que personne ne semblait avoir en mémoire ces blocs à sections rectangulaires sortant de la façade, tout en félicitant intérieurement le tailleur de pierre actuel ayant un savoir faire digne des "grands anciens". Il a su terminer l'ouvrage mais aussi transformer cette facade unique qui en sa version inachevée témoignait de l'Histoire jusqu'à nous... Cela "faisait partie de l'oeuvre" comme la déontologie de la restauration des oeuvres d'Art nous l'enseigne.

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Etat actuel 2012

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Qui en avait pris la décision? qui avait été consulté? qui avait effectué l'ouvrage? …autant de questions sans réponses.
Les travaux de l'Opéra furent effectivement arrêtés après la capitulation de 70, notamment les intérieurs comme la rotonde du Glacier et la galerie du Fumoir mais l'incendie de la salle de l'Opéra de la rue Le Pelletier en octobre 1873 relança les travaux pour terminer les parties inachevées avec une enveloppe de six millions neuf cent mille francs. Il y eut donc deux inaugurations la première en 1867 pour la façade principale la seconde en 1875 pour enfin l'ensemble du joyau.
Les deux angelots de façade sur la rotonde de l'Empereur furent ils oubliés?

En 1903 fut inauguré à la base de la rotonde un monument à la gloire de Charles Garnier mort en 1898.

Il existe une photographie antérieure à ce petit monument comportant le buste de Garnier par Carpeaux et allégories. Les grilles sont absentes, l'espace bien dégagé donne une impression de vide et de calme. La façade nous montre les trois fenêtres avec leurs décorations …achevés!

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Avant 1903 (cliquez pour agrandir)

Les anges et les chapiteaux sont sculptés. Une autre photographie montre sans nul doute possible, les façades achevées avec le monument de 1903 ainsi que la barrière fermant l'ensemble. Cette façade fut donc terminée et les blocs visibles encore il y a peu n'étaient certes pas un témoignage de la terrible année 1870.
Les pierres furent-elles si dégradées qu'on entreprit de les changer..avant-guerre? après-guerre?  Puisqu'on ne les sculpta pas, que l'appareillage brut fut laissé, sans qu'aucun ne juge bon de finir la taille?

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Carte postale colorisée  1905/1910 ?

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Agrandissement de la carte postale


Le mystère est à élucider et j'invite toute personne ayant des informations sur ce sujet à les laisser en commentaires. Des informations concernant aussi bien les anges et les chapiteaux inachevés que les lampadaires des rampes intérieures qui ont bien besoin des ces luminaires pour se dérouler et finir en majesté comme leurs dessins les y engagent. Ils sont visibles sur certaines photos, cruellement manquant sur d'autres. Aujourd'hui ils ne toujours pas revenus, ce qui laisse les rampes vides et inachevées. Aussi bien les rampes extérieures que les intérieures qui se terminent par des arrondis de pierre incompréhensible sans leurs candélabres à branches et globes.

(addenda Printemps 2014 : Les luminaires sont revenus ...les courbes sont habillées..tout est rentré dans l'ordre)

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Digression:
Etoile du matin, Etoile du soir. Le rythme des vingt deux femmes dénudées porteuses de lumières vous regardant de leurs piedestals dans un contraposto lascif qui accentue leur formes pleines, leur bustes volontaires, a de quoi troubler encore le passant.

Etoile du soir avec une lune dans les cheveux, Etoile du matin avec son soleil, les sculptures de Louis Ferdinand Chabaud déclenchèrent un scandale, une "procession pornographique" de statues de femmes nues toutes semblables réalisées par galvanoplastie sur deux modèles de l'artiste.

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Jean Marc Héry cite dans sa conférence "Chabaud Garnier Histoire d'une amitié" la réponse de Charles Garnier à ses détracteurs, publiée dans son ouvrage "Notre Opéra". Garnier se justifie du procédé répétitif dicté par des soucis d'économie ainsi que de l'accusation d'outrage à la moralité:

« C’est parce que ces éléments sont pour ainsi dire inertes et qu’il n’y a aucune raison pour qu’ils soient diversifiés. Une succession de colonnes, de pilastres, de candélabres et même de sphynx peut fort bien se produire sans que l’on éprouve le désir d’en voir changer les formes particulières. Tant que ces éléments ont la même destination et concourent au même but, rien ne milite en faveur de leur diversité […] La répétition ne peut être admise que lorsque les objets répétés ne peuvent changer de nature et d’aspect ; elle doit être rejetée toutes les fois que les objets répétés ne peuvent être identiques sans violer les lois naturelles. Et bien lorsque l’on met à la queue-leu-leu une vingtaine de statues toutes semblables, on viole ces lois ; quel que soit l’office que ces statues aient à remplir, elles devront le remplir régulièrement comme but, mais diversement comme moyen, sous peine de ressembler à une rangée de soldats faisant l’exercice […] J’aurais donc dû, pour agir suivant la logique, la vérité et le bon goût, au lieu de mettre partout sur la balustrade les deux figures de Chabaud, toutes se répétant à l’infini, placer des statues de même allure générale, mais de tournures différentes. J’aurais dû en somme, au lieu de faire faire deux modèles dissemblables, en commander vingt-deux, c’est-à-dire autant qu’il y a de piédestaux. »
« quant à l’inconvenance de ces figures, inconvenance qui leur a été reprochée par bien des gens qui peut-être ont plus de pudeur pour les statues que pour les personnes, il y a eu au fond quelque chose de vrai dans l’accusation ; mais cela ne tenait aucunement à l’immodestie des sculptures en elles-mêmes, qui sont fort chastes dans leur nudité ; mais seulement et encore à la répétition de ces sculptures. Une femme toute nue peut fort bien, si elle est traitée avec délicatesse et retenue, représenter la virginité tout aussi bien qu’une statue couverte de voiles ; mais il faut que cette statue soit, pour ainsi dire, isolée, et dans un entourage virginal. »


Effectivement le trouble de la procession fonctionne toujours car même en accélérant le pas, la farandole érotique des nombrils cyclopéens vous regardent comme un oeil pinéal.

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Etoile du Matin vers 1870           

 

 

 

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22 juillet 2012

DRAMATEN

 

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Le théâtre dramatique Royal ( Kungliga Dramatiska Teatern ou Dramaten) est un joyau Art Nouveau situé à Nybroplan au centre de Stockholm.
Construit en 1908 par  le célèbre Fredrik Lilljekvist,  cette étonnante construction située sur le front de mer, éclate de tout ses ors au soleil couchant de la Baltique.

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Le Théatre Royal eu la chance d'avoir des directeurs de légende comme les frères Olof et Gustaf Molander, Alf Stöberg , Ingmar Bergmann ainsi que son ami Erland Josephson, tout deux mort récemment ( 2007 et 2012).

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Ingmar Bergmann, Liv Ullman, Erland Josephson.


La réalisation de ce théâtre assez spectaculaire déchaîna des controverses. Par son coût exorbitant et la magnificence des ses décorations, Lilljevkist fut l'objet de critiques acerbes notamment de la part de son confrère ayant une vision pour le moins antagoniste; Carl Westman promoteur du style Romantique national suédois qui puisent ses sources au mouvement Art & Craft anglais.

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Le Théatre Royal fut d'abord par son plan un édifice de type Néo Baroque mais la profusion ornementale de motifs végétaux ainsi que les nombreuses sculptures sont par leurs factures très audacieusement Art Nouveau.
 Carl Milles, ancien élève de Rodin qui eu une carrière américaine, a réalisé nombre des sculptures extérieurs ainsi que les statues intérieures.

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La taille du théâtre est très modeste comparée au travail de Charles Garnier mais la sensation de luxe et préciosité des matériaux est la même lorsque que l'on pénètre dans la salle d'entrée . Le bois et le cuivre doré sont alliés aux marbres de couleurs et granits sourds.; de grandes frises de lyres ligaturées de fleurs en bandeaux se détachent sur un fond blanc.

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Le plafond très travaillé est un marbre ciselé d'une légèreté que les luminaires tombants compensent. les kiosques d'Acajou sombres reprennent très subtilement en rythme les doubles portes intérieures des trois entrées.
La configuration intérieure de l'entrée donne sur un mur plein n'offrant aucune perspective, les spectateurs devant se répartir sur les deux escaliers latéraux. Pour pallier à cet inconvenient de taille, il a été commandé au peintre Oscar Björck une grande vue de jardin ouvrant l'espace .

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Oscar Gustaf Björck (1860–1929)


Björck réalisa une remarquable composition en évanescence de feuillage et lumière dorée qui se décomposent en plans successifs alliant les tons de vert très élaborés avec des ombres finement bleutées . La délicatesse de la touche donne à ce travail de peinture décorative une douceur de lointain que les lumières tamisent encore, laissant les bronzes dorés prendre le pas sur les taches de lumières peintes. 

 

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Oscar Björck fut l'ami du grand peintre Danois P S Krøyer  qui anima la communauté de Skagens, presqu'île des confins qui l'été baigne la mer d'une lumière que les peintres ont recherchés avec ivresse. Les peintres suèdois ont voyagés en France et en Italie, ils ont enrichie leurs connaissances tout en conservant le génie propre de leur école baigné de lumière.

P S Krøyer et Joaquim Batista Sorolla se sont-ils rencontrés ? Les techniques et gestes incisifs pour capter le soleil sur les tissus blancs emportés par le vent sont troublant de similitude.

Le grand Salon d'entre-acte à l'étage offre un espace insoupçonné. Lorsque les spectateurs émergeant des étroits couloirs desservant la salle de spectacle, redressent la tête, l'oeil est aspiré par un volume de grande ampleur. Un appareillage de brèche grise orné de bronze architecture le salon en ouvertures multiples avec coursives et balcons. Très habilement conçu, cette "salle de bal" ne doit pas être meublée. Les aménagements actuels le prouve.

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 Le grand salon d'entre acte avec le portrait du Roi Gustav III

Deux grands paysages très audacieux en couleurs, l'un au soleil du crépuscule l'autre à l'aube, se font face à l'étage. Réalisé par deux peintres injustement méconnu en France , Alfred Bergström et Gottfrid Kallstenius, membres éminents de l'Académie royale des arts de Suède appelée en suédois" Kungliga Akademien för de fria konsterna "ou plus simplement Konstakademien, sont absolument sidérant de technique et maestria, ils explosent de fraîcheur et de chaleur en créant un cycle solaire que le plafond de Carl Larsson fige dans une vision onirique de songe éveillé.

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Alfred Bergström (1869 1930)

 

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Gottfrid Kallstenius  (1861 1943)

Carl Larsson qui ne doit pas être réduit à ses merveilleuses aquarelles toutes de finesse et de poésie, est un incroyable peintre qui touche au symbolisme synthétique dans la lignée de Gauguin.

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Carl Larsson  (1853 1919)


Le plafond central ne lasse pas de surprendre. Dans un ciel étoilé, une déesse nue aux voiles transparents se fait couronner de laurier en plein vol par un guerrier également nu. Enchevêtrement de corps en suspension, couples d'Adam et Eve enlacés et lutte d'hommes aux couteaux sous le regard de deux personnages aux costumes anachroniques. Un centurion romain face à un gentilhomme à tricorne montrant du doigt quelque chose (? ) Aucune explications et sujet très ésotérique.

La toile qui s'intitule "Dramats Födelse" contraste avec le classicisme de la représentation du Roi Gustav III , par Gustaf Cederstöm, peintre de sujets historiques et militaires.

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Les peintures intérieures de la salle de spectacle ont été réalisés par le Prince Eugène, Duc de Närke, qui a la particularité d'être le dernier fils du Roi Oscar II descendant d'Eugène de Beauharnais, fils de notre Joséphine.

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 Prince Eugen Napoleon Nicolaus de Sweden et Norway, Duke of Närke (1865 1947)

Le Prince fut un peintre reconnu, ayant étudié à Paris, collectionneur et mécène, en 1903 il fit construire sa résidence  Waldemarsudde sur l'ile de Djurgaden au centre de Stockholm. Il y fut inhumé près du rivage devant la maison qui est devenu musée national.

On peut y decouvrir ses grandes collections d'art scandinave de 1880 à 1940.  Le musée possède de très beaux jardins au bord de mer.

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20 mars 2012

LES PIERRES DE TOURNOËL

 

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Il y a des phoenix qui existent par la volonté des hommes.

Ceux qui malgré eux, arrivés par de secrets ressorts se trouvent choisis par des lieux dont il semble que le destin ne soit pas ce auquel tout semble les conduire, c’est à dire à une mort programmée, ils vont vers une éclatante renaissance.

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Érigé sur un éperon au coeur du Puy-de-Dôme, le château de Tournoël domine la Limagne.
Jaillissant des rochers, l’eau pure de Volvic irrigue les terres boisées qui l’entourent tandis que le vent sifflant dans les courtines entre les chenaux abrase les pierres du donjon carré des Comtes d’Auvergne.
Le château fut pris par Philippe Auguste en 1213 et réuni au domaine royal.
Alphonse de Poitier, frère de Saint Louis, y fit bâtir un donjon circulaire pourvu de deux chemins de ronde superposés avec des défenses annexes. Ce n’est qu’au XIVéme siècle  que les deux donjons furent réunis par une muraille. Dans la cour ainsi créée, Antoine de la Roche éleva dans la seconde moitié du XVeme siècle, des bâtiments d’habitation de style flamboyant.

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Le château continua sont expansion grâce à Jean d’Albon ( 1509 1540) qui ériga le grand portail et la tour des «  miches » ouvrage avancé qui doit son nom aux bossages arrondis en lave.

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Les Apchons succédèrent aux Albon en 1575. Jean d’Apchon combattant pour la cause royale, fut tué en 1590 par les ligueurs qui occupèrent le château,  qui fut repris par Henri IV peu après.
 Gaston d’Orléans lors de sa tentative armée contre Richelieu, repris le château en 1632.

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Fracas des batailles et utilité des constructions défensives, Tournoël n’est pas un aimable lieu de villégiature pour noble oisif, il porte dans sa chair de pierre les tourments et les idéaux des hommes habillés de fer qui ont construit la France.

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La grande salle à ciel ouvert, avec sa cheminée éteinte.

Au XIXeme siècle, il est livré aux écorcheurs qui arrachent ses pierres pour construire en contrebas les faubourg de Volvic.
Les toits ruissellent, le vent fait son oeuvre, en 1840 le toit de la grande salle s’effondre ainsi que celui des chambres.
Tournoël devient un vaisseau fantôme que ne renierait pas le Hollandais volant.

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En 1920, voulant arrêter sa dispersion, un gardien y est installé par la famille Chabrol propriétaire de cette majestueuse ruine que les cicatrices et esquarres défigurent de plantes parasites.

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Claude Aguttes


Folie d’un homme touché par l’esprit des lieux, le château de Tournoël revient au Monde en la personne de Monsieur Aguttes qui depuis le début des années 2000 entreprend une restauration de grande ampleur.

Commissaire priseur prestigieux, il y engage des moyens considérables.
En témoigne cette énumération des travaux à lire sur le site du  Château:

« 2001 : réfection de l’enduit du donjon carré, remise en état d’origine des pièces qui avaient été transformées en logement de gardien. Dallage de la chambre du Châtelain et de la chapelle des vassaux.


2002 : Enduit des courtines de la première cour, dallage de la grande salle du donjon carré. Installation des premières portes (toutes celles d'origine avaient été volées)


2003 : Pavage de la première cour.

En 2003 et 2004 Début des travaux de couverture de la grande salle et de la chambre de la châtelaine, reprise et couverture de la Tour Nord. Restauration des peintures de l’oratoire. Nouvelles portes à plis de serviettes reprenant exactement le décor de celui de la porte de la chapelle.
2004 : Fin des travaux commencés en 2003. Réfection du chemin de ronde (isolation, dallage), Installation du plafond de la chambre du Châtelain et de la « chambre du côté de bise », dallage de la cour d’honneur. Début de la création d’un jardin dans la première cour.


Les travaux importants ont été effectués avec l’aide de la DRAC d’Auvergne (Ministère de la Culture), du département du Puy de Dôme, de l’Europe (projet FEDER)


2005 Les projets : actuellement sont dressés les plans de toutes les fenêtres et la remise en place des celles-ci est prévue fin 2005 et début 2006. Les bâtis seront conformes à l’époque de la fenêtre sur laquelle il sera posé. Dans l’ensemble cela correspondra au XVéme siècle. Les fenêtres seront garnies de vitraux.. Un plafond est posé au premier étage au dessus de la chambre du Châtelain et un sol de tomettes est installé. Réfection de la partie haute de la tour d'escalier de la cour d'honneur ; maçonnerie, charpente et toiture. En octobre plantation d’un verger composé d’espèces disparues dans la partie basse de l’enceinte. »

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Depuis cinq ans les travaux de décoration intérieur réchauffe le grand squelette d’un sang neuf vivifiant ..
Le château n’est pas habité mais est à nouveau habitable ...Il se visite et il y a chaque année plus de choses à voir et à sentir .. L’esprit du lieux « le Genius loci » se renforce au son de la grande girouette de fer qui tourne comme une crémaillère pour faire sortir le passé glorieux des limbes du Léthé dans lequel il baignait.

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Monsieur Aguttes, à qui la chance a sourit en une deuxième rencontre qui se rapproche du mariage du ciel et de l’enfer, de la belle et la bête, lance une jeune femme longiligne et gracieuse à l’assaut de ces mètres carrés nus dans le ventre de cette énorme masse de lave blessée.

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 Murielle Delaet, Décoratrice et peintre, accepta une aventure que son parcours ne laissait pas présager. De la Caraïbe au Quebec, elle travaille maintenant à Paris dans un raffinement de décoration intérieure très urbain.

Mais Tournoël lui parle et les vents du Puy de Dôme lui murmurant peut être les mêmes refrains envoûtants que ceux de la pointe du Vauclin, elle y excelle pour le plus grand bonheur de Claude Aguttes.


Elle conçoit et réalise en parfaite concordance de vue avec son commanditaire, les peintures décoratives qui dans un respect historique scrupuleux retrouvent leurs fonctions premières, l’habillage des surfaces intérieures, la douce nacre étant la réponse naturelle aux rugositées de la coquille d’Huitre .

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Certaines de ces peinture ne sont là que pour n’être pas vues, d’autres se doivent d’être lue comme un livre d’enluminure. Tout le paradoxe vient de la subtile insertion du décor dans l’architecture pour que ne se voit plus l’un sans l’autre, faisant disparaitre le second dans le premier pour les lier dans leur perception.
De l’humble appareillage de pierres  jusqu’au grand décor héraldique, Murielle Delaet avec ses équipes réalise la vision du maitre d’ouvrage qui face aux difficultés et interrogations  réagit vite et fait confiance, ce qui libère les forces créatrices propre à braver le froid, la neige qui transformaient certain séjour en voyage dans le temps, car seuls devant la plaine enneigée les peintres décorateurs devaient peindre en mitaine, chapeautés, emmitouflés dans une élégante mise moyenâgeuse.

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Cyrille Laroche digne de ses grands ancêtres.                 Murielle Delaet et sa capeline.

Outre de nombreuses réalisations dans différentes partie du château, il en est à remarquer deux  particulièrement réussies:

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La grande Salle fut l’enjeux d’un grand parti pris décoratif qui lance le grand plafond de solives et poutres peintes comme un déroulé de tapisserie. Les murs sont scandés de piles en lave grise sur lesquels des tringles forgées retiennent des voilages légers faisant reculer les murs.

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La grande salle

Le bestiaire fantastique n’a pas de redite, l’oeil se retourne dans les circonvolutions de la frise qui découvre sa fantaisie. La grande cheminée brûle d’un feu digne des « Visiteurs du Soir »  attisé par la main de Jules Berry.

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                       Le plafond de la grande salle et sa cheminée.

                                                

La chambre Héraldique est architecturée de panneaux bleus vibrant d’un semi aux armes de Tournoël,  le faisceau de carreaux d’arbalète. Les poutres taillées dans des grumes centenaires sont ornées de blasons gigantesques chantant les noms des valeureux occupants:  Bertrant de Tournoël, Les Comtes d’Auvergne , la famille de Dampierre, la famille de Maulmont , la Maison Laroche ....

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La frise reprend les blasons des collatéraux et alliances . Grand décor didactique à lire la tête levée .Grands signes qui vous regardent depuis les siècles inscrit dans la pierre, ils sont les dieux tutélaires de notre frémissant sentiment épique qui s’attache aux temps chevaleresques.

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Murs de semi et livre héraldique

 

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Murielle Delaet et son équipe                                                    Cyrille Laroche

 

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 Franck Wambre                                        Amaury de Cambolas

 


 Comme le bon docteur Carvalho rencontra Villandry, L’énigmatique Baron Osiris la Malmaison, L’alchimique Jacques Garcia le Champs de Bataille.  N’ayant plus de soleil à offusquer, il est heureux que le prométhéen Claude Aguttes  fut choisit par Tournoël  comme sa verve l’explique sans détour. ICI

 

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 L’entreprise est colossale à la mesure de l’énergie nécessaire mais le but est si haut qu’il excède la finalité affichée par les entrepreneurs tant le bénéfice moral dépasse notre condition.
Comme le manque de l’être aimé est un vide si fort que sa présence ne peut combler, les phoenix architecturaux sont la matérialisation d’une disparition qui nous fait nous sentir orphelin dans un monde ouvert à tout les possibles.

 

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08 février 2012

LA CATHÉDRALE MÉTROPOLITAINE

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¡¡¡ DESNUDARON A CATEDRAL !!! "

La nouvelle fut ressentie avec un choc immense ..
La cathédrale de San Salvador, capitale d'El Salvador avait habitué ses fidèles comme  tous les salvadoriens ainsi que les touristes du monde entier à sa nouvelle physionomie ..

Depuis vingt quatre ans que les azulejos colorés décoraient sa façade monumentale, beaucoup avaient oublié ou même n' imaginaient pas quel vaisseau de béton elle avait pu être pendant vingt ans  …. Masse non terminée, d'une structure anguleuse et rébarbative qui rappelait le sang des dix huit manifestants ruisselant sur les marches du porche d'entrée  le 9 mai  1979, le sang de Monseigneur Oscar Romero, Évèque de San Salvador assassiné en pleine messe le 24 mars 1980  … La cathédrale ne fut terminée qu'en 1999 puis consacrée en 2001.

Jean Paul II y est venu deux fois, en 1983 et 1996... Barack Obama plus récemment .

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En 1997, la façade monumentale fut décorée de 2700 azulejos de 25 cm de côté, représentant une grande scène très colorée appelée "La armoria de mi pueblo". Élaborée pendant un an par Fernando Llort, artiste salvadorien de renommée internationale, la composition  très vive et imagée encadre le gigantesque arc en plein cintre qui constitue avec le portail monumental la seule ouverture de la façade au deux tours aveugles.

 

La cathédrale devint l'attraction du centre historique de San Salvador. L'essentiel des publications touristiques montre ainsi sa façade colorée ayant dans son aspect de mosaïque narrative établit le lien entre la décoration salvadorienne à forte connotation indienne et l'art chrétien traditionnel.
Mais soudain en décembre 2011... sans concertations, sans explications, un grand voile blanc obstrua la façade et la destruction commença …
Consternation et supplications .. Les tentatives de récupération des "tesselles" géantes pour les réutiliser furent vaines malgré les bonnes paroles.. tout fut détruit …

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Certains blogs évoquent Bamyan ….les "Indignés" de cette destruction se rassemblèrent sur Face Book ..Fernando Llort , sa famille ses proches manifestèrent bruyamment ...la population aussi..

 

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Mais les échaffaudages résonnèrent des coups de burin et marteaux et sans état d'âme particulier derrière leur bache blanche, ils travaillèrent. La composition monumentale fut détruite comme un vulgaire carrelage de salle de bain.

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La seule explication fut donnée par Tatiana Molina architecte de la Molina Real Estates Service, l'agence qui s'occupait de la rénovation de la cathédrale. Les carreaux vernissés selon elle, seraient endommagés et pourraient tomber, la colle n'étant plus assez forte pour les tenir ….Mais personne ne nous dit  combien de carreaux serait tombés et si effectivement il y avait une fragilité.

Ceci n'explique pourtant pas la décision de les enlever dans leur totalité et de les détruire …

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L'évèque de San Salvador , Monseigneur José Luis Escobar Alas présenta ses excuses à l'artiste et à sa famille mais ne fournit pas plus d'explications…"Nous pensions en parler à la famille de l'artiste avant la rénovation..Mais nous ne l'avons pas fait .."

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Juan Pablo Llort déclara que leur peine était très grande et que personne ne les avait consulté ou même prévenu…Les architectes ainsi que l'évêché reconnaissent n'avoir pas demandé de permission au Ministre de la Culture ni au Maire , une violation de procédure qui pourrait faire l'objet de poursuites… Le secretériat à la Culture condamne ainsi que le gouvernement cet acte de vandalisme à l'encontre du pays .."Esta acción viola la ‘Ley Especial de Protección de Patrimonio Cultural"

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Pour finir dans l'outrage et le dénigrement, William Recinos, Curé de la cathédrale, explique que la mosaïque a été enlevée car elle allait jurer avec la statue du Divin sauveur réalisé par Camilo Bonilla. Statue qui allait être installée sur le toit de la cathédrale ..une explication qui n'en est pas une , de plus contestée par l'évêque.

Le coût de la mosaïque fut prit en charge par une souscription privée venant des paroissiens, elle appartenait donc aux fidèles …La décision de la détruire fut non seulement une insulte à l'artiste Fernando Llort mais aussi une agression sans nom pour les fidèles…La façade de la cathédrale était pour beaucoup la cathédrale elle même ..elle appartenait au patrimoine Salvadorien et sa disparition est une perte irréparable que Fernando Llort a proposé de réparer ..une coalition pour la reconstruction voit le jour.

Fernando Llort a toutes les épreuves et dessins préparatoires et peut au prix coutant, comme José Maria Sert pour la cathédrale de Vic, reprendre son ouvrage et faire renaitre l'oeuvre disparue.

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Fernando Llort devant sa maquette.

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Plan de montage ...

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1997 préparation au sol pour l'élaboration du rangement pour le montage du décor.

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Calage des carreaux

 

Ci dessous le mur de la cathédrale actuellement ...réminiscence du béton des années de guerre ...

Un Tapiès de douleur pour un peuple dèjà éprouvé...

Pourquoi ont ils fait ça?

 

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L'archevèque José Escobar Alas s'expliquera en janvier dernier dans une conférence de presse où préssé de questions, il expliquera les raisons qui ont amené cette destruction si controversée.

Une campagne de restauration et rénovation fut décidée pour l'intérieur et l'extérieur de la cathédrale. Lorsqu'il fut temps de nettoyer la mosaique extérieur, il est apparu, selon ses dires, que les carreaux n'étaient plus solidaires du murs et tombaient facilement. Les couleurs et la surface des carreaux étaient abimés par les intempéries et le soleil.

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Il semblait difficile d'après les architectes de remplacer les carreaux car les couleurs étant passées, les nouveaux carreaux seraient par trop visibles. Les ingénieurs et architectes arrivèrent à le convaincre qu'une restauration était impossible ... Il prit la décision malheureuse de la "démonter" c'est à dire dans les faits de la détruire ..outre ses excuses à la famille et à l'artiste, l'archevèque proposa à Fernando Llort un mur intérieur pour créer une réplique de son oeuvre ....  Llort pour une alcôve alors qu'il créa pour la façade!

Maladresse et incompréhension, naïveté et précipitation:

Maladresse de ses déclarations, de ses propositions.

Imcompréhension de l'art "populaire" de Fernando Llort et de l'impact affectif sur la population.

Naïveté face aux architectes et ingénieurs choisissant la solution facile et rentable .

Précipitation car pas de concertation et d'avis extérieur.

 

Apoyando en silencio...

 

Manlio Argenta

Photo de manlio Argenta

 

 

 

 

 

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17 septembre 2011

MADELEINE & IRÉNE

 

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Le succès fut foudroyant. A l'ouverture fin août de la première boutique Ladurée au 864 Madison Avenue à New York , la foule se pressait sur les trottoirs comme à un vernissage .

A 9 heure du matin, les regards interloqués des vendeurs travaillant dans les boutiques adjacentes en disait long sur le phénomène.

Madeleine Castaing qui régnait sur le bon gout, au coin de la rue Jacob et de la rue Bonaparte, ne s'imaginait pas que l'univers intime de sa chambre, allié au "jeté décoré" de sa boutique fait, dit on de ses propres mains (qu'elle avait d'ailleurs fort belles) allait devenir une grammaire décorative pour la vente à emporter des magasins Ladurée.

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L'histoire apocryphe raconte qu'en un week-end aidé de bénévoles et de sa vendeuse qui avait l'âge d'avoir été sa nourrice, Madeleine Castaing créa un décor de perles et de denticules à main levée, rythmé par des panneaux vert tendre à champs gris que l'on retrouve aussi dans sa chambre, avec ses médaillons de plâtre donnant une réminiscence d'un Wedgwood revisité.

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Madeleine's bedroom, photograph by Rene Stoeltie, copyright 2007

Elle traça parait-il elle même,  avec un bambou muni d'une craie, les ellipses de perles du plafond. La maison Ladurée en 2002 eu le bon gout de conserver ce décor, en le restituant d'après un relevé fidèle, pour l'espace de vente à emporter.  La solution la plus sage pour éviter de rentrer dans le concert de critique concernant la disparition d'un certain esprit Saint Germain . L'écume des pages, la célèbre librairie était à ce moment là menacée par un marchand de chemise et voilà l'antre de la dame au ruban qui disparait ! mais l'esprit y demeura, dû moins dans l'intention.


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C'est ainsi qu'une partie du décor des boutiques Ladurée emmène la touche "Madeleine Castaing " dans le monde entier, de Dublin à Tokyo de Zurich à Istanbul , la voici aujourd'hui dans l'Upper East Side .

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Mardi 30 Août 2011 à 10 heure du matin.


La diva y fut bien accueillie mais sa venue devait en croiser une autre qui bien que bruyamment annoncée ne fut pas au rendez vous . Irène dont la planète entière suivait la croissance depuis les eaux caraïbes était attendue à Manhattan.

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Les commerces de proximité fermés pour l'occasion

Le principe de précaution ne laissant aucune autorité au repos, les commerçants se lancèrent dans une surenchère de protections devant l'ouragan qui devait déferler le week-end tel Gloria de sinistre mémoire quelques années plus tôt.

 

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Mesures préventives...

Irène ne vint pas, préférant laisser le voile de sa traine inonder de pluies tropicales l'ile de Manhattan, pour concentrer ses vents sur le New Jersey. La ville fut néanmoins vidée des ses promeneurs et la circulation disparut ..les métro et les bus arrêtés, les commerces et restaurants furent fermés (même l'enseigne Mac Donald de Time Square) par manque de personnel. La ville silencieuse entra en parenthèse. Nous fumes des rares à travailler ce jour là. Ce qui fut exceptionnel, ce dimanche c'était de voir la ville se transformer en sous préfecture de province vide et calme avec de rares passants se regardant à peine, pour ne pas à avoir se saluer.

 

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La décoration Madeleine Castaing fut donc au rendez-vous et la pluie son baptême. La société Tulip SA animée par Désirée Engelen est actuellement la seule à détenir le secret du vert poudré, des ocres grises aux patines sophistiquées, des colliers de perles surplombants les marbres des meubles vente..

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Désirée Engelen CO Tulip Deco SA

D'autres s'y sont essayés, mais les nuances colorées sur les fonds mat de calcites talqués n'y chatoyaient pas autant avec les conditionnements précieux des pâtisseries fines.

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L'équipe Tulipdeco américaine s'est enrichie de nouveaux membres: Alan Carrol peintre de Brooklyn et Sabina Guerrero, senlisienne d'adoption, encadrés par l'excellence du Studio Boum-design  Inc de New York, bien connu sur Madison Ave.

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Alan carrol, Amaury de Cambolas, Sabina Guerrero . NYC Aout 2011


Le New York Time célèbre l'évènement avec un portrait d'Elisabeth Holder, gérante et" partner of the company".

cliquez sur l'image pour lire l'article

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12 août 2011

PEINTURES BAUGEOISES

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Baugé charmante petite ville de caractère cachée dans le Maine et Loire comme le marcassin dans sa bauge.

Nous sommes restés un mois au château de Baugé.

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Le château de Baugé est un pavillon de chasse de superbe dimension .

Construit par celui que l'on appellera le Bon Roi René, il fut achevé en 1465 sur les ruines d'une forteresse plus ancienne appartenant à Foulques III Nerra , comte d'Anjou.

L'architecte Guillaume Robin en dessina les plans , la construction de moellons de calcaire et de grès dans une combinaison de style médiéval et renaissance donne à l'édifice une élégance de forme, une légèreté, un rythme de façade qui le font percevoir aujourd'hui comme un chef d'oeuvre architectural .


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René d'Anjou,  né à Angers en 1409 et mort à Aix en Provence en 1480, fut un personnage des plus étonnant . Roi de Naples, Comte de Guise, Duc de Bar, Duc d'Anjou et Comte de Provence, il fut pair de France et fondateur de l'ordre du Croissant. Il est inhumé dans la cathédrale Saint Maurice d'Angers.

 

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Défenseur des arts et des lettres , il rédigea plusieurs ouvrages comme le "Traité de la forme et devis comme on fait les tournois" de 1452 , le "Mortifiement de vaine plaisance " en 1455  puis le célèbre " Livre du cœur d'amour épris"  en 1457.

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Le corps central du château est encadré par deux ailes ayant à charge de desservir les salles de réception et les appartements, L' escalier d'honneur, en pierre et à large dalles présentées en "vis",  s'appuie sur une colonne centrale se terminant en palmier. Le voute à huit clefs  est ornés de blasons et symboles encore très lisibles aujourd'hui.

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La distribution primitive des salles et appartements n'existe plus . Les transformations successives , les périodes de délabrement alternant avec de nombreux propriétaires ont permis au château de survivre mais les traces du Roi René y sont malheureusement quasi inexistantes .Deux cheminées dont une dans les combles … l'oratoire et une salle d'étuve, petit réduit pour bain de vapeur, semblent  seuls avoir connu René d'Anjou.
Au XIX° siècle, le château revient au Département qui y installe le siège de la Mairie ainsi que la gendarmerie . Des locaux de fonction sont aménagés, travestissant davantage les aménagements intérieurs. Puis au début du XX° siècle, le château accueille une salle de Justice, les gendarmes partent et les pompiers arrivent . Les travaux de restauration des façades redonnent aux ouvertures, meneaux et fioritures  et le Musée du Baugeois s'y installe …

Le chateau lui même ne sera ouvert à la visite qu'en 2003 après avoir été entièrement repensé.

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Le parcours scenographié, didactique, ludique , festif, convivial et moderne ( cf :le site du chateau )  participe aux aménagements en cours dans les réhabilitations de châteaux n'ayant plus de contenu à présenter aux visiteurs ..

Après le départ de la mairie, des juges et des pompiers…du théâtre de poche qui y avait trouvé refuge .. du Musée fermé aujourd'hui  puis des locaux municipaux .L'intérieur vidé et nu laisse la place en 2003 à un "parcours découverte" comme cela  à été fait au château de Suscinio  sur la presqu'île de Rhuiz  (site du Chateau de Suscinio) qui est  l'exact antithèse du concept  de restitution à la "Champ de Bataille" en Normandie.(site du Chateau du Champs de Bataille )


Alerté par la directrice du château , l'active et charmante Isabelle Coulon, La mairie de Baugé, consciente de son patrimoine, accepta d'améliorer le parcours de visite en réponse aux attentes des visiteurs, en lançant un appel d'offre pour la "Restitution de la chambre du Roi René".
 L'Atelier Cambolas présenta son projet en temps et en heure et fut retenu.


Comment d'une salle d'exposition annexe , ancienne chambre de fonction réhabilitée avec faux plafond et placo-plâtre , faire une "chambre restituée" du quinzième siècle avec meubles tentures et décor ? Comment arriver à transfigurer l'espace et donner d'une manière crédible le sentiment d'une présence que même les murs ont du mal à évoquer ? Comment toucher même de façon minime, par la peinture et le mobilier, le concept exigeant d'une "demeure de l'esprit" si bien illustré par R.Camus. La scénographie didactique et festive ne procède pas de cet esprit …mais l'appel d'offre de la Mairie de Baugé, sous le haute patronage de la Conservation d'Anjou avec le conservateur principal en conseiller scientifique nous y amène et le cahier des charges fut remarquablement pensé.

La chambre qui ne comporte qu'une seule fenêtre décentrée est un passage de visite vers l'oratoire du roi René.

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La petite chapelle avec ses vitraux du XIX°siècle.

le Projet avec force d'échantillons et maquettes fut élaboré par l'atelier d' Aline et d' Amaury de Cambolas. La réalisation en fut confiée au bon soin de peintres décorateurs talentueux, comme  Murielle Delaet qui allie sens pratique, sens des couleurs et dextérité,  Cyrille Laroche, le technicien pragmatique qui accumule une expérience que son entregent ne fera pas mentir ainsi qu' Amaury de Cambolas, votre serviteur.

Ils purent  en quatre semaines, à partir des dégagements opérés par les services techniques dirigés par monsieur jacky Bellessor, laisser la place aux  lit  de chêne, cathèdre et somptueux lutrin de l'ébéniste Jean-luc Tancoigne , aux tentures du tapissier décorateur Bruno Moine,  ….. au livres du relieur Marc Poupelin, aux calligraphies de Bruno Coulon  ……. puis aux visiteurs émerveillés qui semblent rentrer dans l'intimité du maitre des lieux .

voici en images les phases de transformation.

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 Etat initial.

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la pièce avant intervention des services techniques

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la pièce dégagée du faux plafond. Les poutres seront sablées.

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La cheminée construite en BA15 et siporex par le service technique . Reprise d'enduit sur les murs pour enlever la planéité moderne par Cyrille Laroche

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Réalisation d'un mortier traditionnel, sable et chaux, pour les entre-poutres.

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Murielle Delaet sur pont roulant.    Chaux teinté avec un filet rouge abrasé.

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Peinture des murs avec de la chaux beige.

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Traçage des champs en réserves.

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Panneaux à la chaux bleue  patinés pour recevoir les pochoirs fleurdelysés.

 

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 Réalisation d'un appreillage de faux tuffeau . Dessin du calepinage , enduit et sable puis patine à la chaux.

 

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Passage d'entrée avant le faux tuffeau puis avec appareillage de pierre.

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Faux tuffeau: sable, enduit, lait de chaux. La couleur jaune des fenêtres sert de fond pour la peinture du faux chêne.

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Huisseries en faux chêne réalisé par Cyrille Laroche.

 

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 Peinture aux pochoirs des fleurs de lys, légèrement dorées et abrasées .

 

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 Pochoirs de motifs croisés en plinthe.

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Le mur est subdivisé en panneaux encadrés de rouge: ce sont les armes d'Anjou . Séparé par un filet brun, les fleurs de lys sont sans bordure au milieu du panneau mais avec un grand lambel rouge:  ce sont les armes d'Anjou Sicile . Cette représentation se retrouve sur le mur du Tombeau de Louis II d'Anjou, père de René d'Anjou dans la cathédrale Saint Maurice .

La chambre est le témoignage de la puissance de la famille d'Anjou , les murs sont architecturés par des bannières verticales comportant les symboles et armoiries des possessions de René d'Anjou .

 

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 Elaboration des six bannières. peintes in situ.

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 Différentes étapes de réalisationdes bannières

 

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 L'équipe en pas de deux.

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 Les symboles du Roi René sont, pour sa vie heureuse avant le décès de Jeanne de Laval , la cassolette enflammées,  ornée du phylactère "Dardent Désir" . Chaufferette que l'on retrouve sur les colonnes de son tombeau à Angers. Pour sa vie de veuf éploré, il s'agit du  "bâton écôté", arbre sans sève auquel on a tranché les branches. Des restes de ces  représentations peintes sont encore visibles sur plafond de bois d'une abside de l'Abbaye Saint Martin d'Angers.

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Murielle Delaet    &   Amaury de Cambolas

 

Les écus suspendus aux arbres sont des représentations traditionnelles en Anjou. Pratique venant certainement des joutes équestres ..il semble que le chevalier ayant accroché son bouclier à une branche était défié par un touché de lance délicat fait par un tiers ce qui le voyait ainsi désigné comme adversaire . On trouve en Anjou  des représentations  peintes d'arbres avec blasons au manoir de Jeanne de Laval ainsi qu'au manoir de Belligan .
Les essences d'arbres comme le pin, le micocoulier et l'arbre d'Eden sont reconnaissables avec audace .

 

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 Bar et Aragon

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Hongrie et Anjou Sicile

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Anjou et Jérusalem

Les bannières sont peintes sur une toile de lin écru,  elles présentes les différents blasons du roi René:  Le duché de Hongrie, le duché d'Anjou, le duché de Sicile, le duché de Bar, le duché d'Aragon qui composés ensemble peuvent se lire comme suit:
 Coupé, le chef tiercé en pal, en 1 fascé de gueules et d'argent, en 2 d'azur semé de lys d'or et au lambel de gueules, en 3 d'argent à la croix potencée d'or, cantonnée de quatre croisettes du même et la pointe partie d'azur semé de lys d'or et à la bordure de gueules, et d'azur semé de croisettes d'or et aux deux bars d'or. Sur le tout, d'or aux quatre pals de gueules.

les Armoiries complètes de 1432 se retrouvent sur le manteau de cheminée.

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Casolette et motif en papier plié ( ornement décoratif fréquemment utilisé en bordure) .

Les bannières furent terminées à l'atelier par une experte en travaux de précision ..couture des galons et oeillets.

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Camille Cerna à l'ouvrage.

 

 

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 La chambre du Roi restitué.

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Le lit  près du feu entouré des bannières à chauffrettes "Dardent désir".

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 Le lutrin et la cathèdre avec au fond le passage pour l'oratoire privé .

 

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Jean-luc Tancoigne avec son estrade de dernière minute.          L'aigle du lutrin inspiré de celui de l'abbaye de Solemne.

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 Le velours de Bruno Moine. les livres reliés par Marc Poupelin

 

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La calligraphie d'une page du "coeur d'amour épris" par Bruno Coulon , enluminé par Béatrice Balloy.

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De gauche à droite :M.Bruno Coulon, M.Marc Poupelin, Madame la directrice du château de Baugé Isabelle Coulon, Monsieur Philippe Chalopin maire de Baugé, M.Bruno Moine, M.Jean Luc Tancoigne, Monsieur Guy Massin Legoff conseiller scientifique, M.Cyrille Laroche, M. Amaury de Cambolas

L'INAUGURATION

L'ouverture de la chambre du Roi René fut célébrée avec faste par monsieur le Maire. De nombreuses personnalités angevines se sont jointes à la visite commentée par ses soins puis au cocktail rafraichissant donné sous un grand soleil dans le square Jean Renard devant le bouquetier ceinturant le chateau de son odeur de paradis.

Et en soupirant, je dis : « Ah, très doux Dieu du paradis, J'ai peur qu'Amour n' ait dérobé Mon coeur et ne l'ait emporté avec lui....

"Le Coeur d'amour épris" , 1457 Biblio Nat.

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18 juin 2011

PEINTURES ANGEVINES

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La cathédrale Saint Maurice d'Angers située au sommet d'un rocher de schiste, domine la Maine de ses flèches de soixante quinze mètres. Construite au XIIe siècle, elle est connue pour cette particularité architecturale appelée ogive Pantagenêt ainsi que pour ses vitraux du maitre verrier André Robin, chef-d'oeuvre du XVe siècle.


En 1980, On y découvrit des peintures murales exceptionnelles.

 

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Travée 1 : sondages, peintures encore sous badigeon.

Travée 2 : sondages et travaux de dégagement commencés

Travées 3 & 4 &5: Cycle Saint Maurille

Travée 5 : Partie basse :Tombeau de Louis II d'anjou

Travée 6 ; Sacraire de René d'Anjou ( détruit)

Travée 7: Tombeau de René d'Anjou Reste de peinture


Datant du XIIIe et XVe siècle, "la mise au jour des peintures du choeur est un rameau supplémentaire porté au somptueux bouquet que la cathédrale apporte sur l'autel de l'histoire de l'art occidental ".

Une campagne de sondage stratigraphique fut entreprise et permis de retrouver non seulement les peintures restant du mausolée détruit de René d'Anjou mais aussi un ensemble très impressionnant devant encadrer le tombeau de Louis II dans le bas de la cinquième travée.

En 1984 les sondages révélèrent aussi de nombreuses peintures dans les parties hautes des murs, ces peintures sont connues aujourd'hui sous le nom de "Cycle peint de la cathédrale d'Angers" et mettent en scène des épisodes de la vie de Saint Maurille , évêque d'Angers, mort en 426.

Cet ensemble de peinture fut dégagé et consolidé lors de campagne d'étude en 1986 et 1991. Seule la première travée n'est pas encore dégagée et les sondages effectués montrent que les peintures y sont normalement présentes , c'est donc bien l'intégralité des murs du choeur qui était peint et cela sur une hauteur de près de trois mètres.

 

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Le choeur avec ses hautes boiseries coupant les travées.


Nous avons donc trois ensembles majeurs de peintures datant du XIIIe et du XVe siècle redécouverts .Cet ensemble d'une ampleur extraordinaire à été étudié très en détail par le Laboratoire de Recherche des Monuments Historique (LRMH).

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Relevé de Beauxin en 1783

Relevé du tombeau de René d'Anjou (seul la partie haute et les peintures sur les colonnes sont visibles aujourd'hui)

Les tombeaux de la famille d'Anjou étaient connus de longue date, tout particulièrement celui de René d'Anjou que les Angevins connaissent sous le nom du Roi René .
Le choeur de la cathédrale construit en 1274 fut remanié pour recevoir les sépultures de la famille d'Anjou, les tombeaux pour certains très modestes furent disposés dans les différentes travées du choeur les corps disposé dans des caveaux le long de la muraille. Ils s'y trouvent encore. Mais furent peu à peu négligés puis oubliés sauf le dernier d'entre eux, le mausolée du Roi René qui occupait la septième travée avec à ses cotés le sacraire .

Le mausolée dont de bonnes descriptions et relevés existe, sorte de chapelle sculptée à compartiments et en ogives présentant René d'Anjou couché auprès d'Isabelle de Lorraine ainsi que ses nombreuses sculptures annexes et peintures notamment celle monumentale du Roi mort sur son trône fut longtemps visible . Le Roi portant sceptre et couronne trône en cadavre décharné, représentation de la mort égalitaire terrestre, sorte de "vanité" didactique pour l'édification des chrétiens.Trois versions furent peintes sur toile: la première en 1472 renouvelé après un incendie en 1533 puis en 1783. La cathédrale fut saccagée par les Huguenots en 1562 , le tombeau du Roi René y subit les premiers outrages. ( "La ville et la cité furent prises par les Huguenots. Ils firent d'horrible ravage et profanèrent la cathédrale. Leurs chevaux y couchaient, ils y buvaient et y mangeaient eux mêmes et y avaient transporté de la paille et des couchettes pour y coucher; aussi ils y faisaient leurs ordures. Ils rompirent les figures du Roi René et de sa femme Isabelle de Lorraine…." Bibliothèque d'Angers manuscrit N°895 TII Note de M .Grille.

Les stalles du choeur nouvellement installées en 1699 masquait le reliquaire mais pas le tombeau du Roi René. La conscience et la perception d'une nécropole princière s'estompit. Seul le bon Roi René, figure de l'Anjou, eu son tombeau honoré.

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Entre les boiseries et le mur du choeur.


En 1779, il fut décidé de déplacer le mausolée sans toucher aux dépouilles, pour la construction du nouveau choeur à la "Romaine".

Le 10 janvier 1783, les travaux du choeur commencèrent, on détruisit les stalles anciennes, le jubé et l'on démonta le mausolée qui fut replacé à l'écart dans la nef , on détruisit par la même occasion sans remords, le sacraire .

Les boiseries dessinées en 1757 par Jacques Gaultier, sculpteur de Mayenne, furent construites par les menuisiers M.Fouqué et J.Duforest.
Formidable charpente tenue par des madriers à un mètre de la muraille, elles encerclent les nouvelles stalles richement décorées, le trône épiscopal, les portes du trésor et de la sacristie.
Les sculptures, trophées et crédences furent terminés par le sculpteur Louis David en 1785 .
Deuxième outrage pour le tombeau du roi René dont on ne voit plus que le haut des peintures sur voussure au-dessus de la corniche imposantes des nouvelles boiseries.
Le troisième outrage eu lieu en 1793 pendant la Révolution ou le mausolée de la nef fut saccagé à la masse , les statues et gisants de marbre furent brisés puis revendus pour en faire des piétements de cheminées.
Inhumés dans les caveaux du choeur, les dépouilles princières de
Louis Ier d'Anjou mort en 1384
Henri de Blois † 1400
Charles prince de Tarente † 1404
Marie de Blois † 1404
Louis II duc d'Anjou † 1417
Louis III duc d'Anjou † 1434
Yolande d'Aragon † 1442
Isabelle de Lorraine † 1453
René d'Anjou † 1480
Marguerite d'Anjou Reine d'Angleterre †1482
René second fils de René d'Anjou et d'Isabelle de Lorraine †
Jeanne de Laval seconde épouse de René d'Anjou † 1498
furent oubliés.
Mais pas le mausolée du Roi René .

Dans une lettre écrite à Victor Pavie le 2 janvier 1840, le sculpteur David d'Angers écrivait qu'il serait très heureux de refaire les statues de René d'Anjou et d'Isabelle de Lorraine, qu'il offrait son temps et son travail s'il l'on pouvait subvenir aux matériaux.Il réitéra son offre en 1842 et 1845 mais il ne fut pas possible de réunir l'argent et il mourut sans voir son voeux exaucé.


L'existence des tombes de la septième travée étaient toujours connu. Des travaux entreprit en 1895 en confirma l'emplacement. Les sépultures furent découvertes par des ouvriers travaillant dans le choeur. Elles furent ouvertes, les dépouilles étudiées avant d'être à nouveau inhumées avec cérémonie .

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Les très intéressants opuscules de Louis de Farcy "les Sépultures princières à la Cathédrale d'Angers " comme " Ouverture à la cathédrale d'Angers des sépultures René d’Anjou, d’Isabelle de Lorraine et de l’évêque d’Ulger, les 15, 16 et 17 juin. Angers : Lachèse, 1897" témoigne d'un véritable interêt et d'un suspense archéologique.

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Emblème du Roi René : la chauffrette enflammée avec le phylactère " Dardant Désir".

 

Les dernières études effectuées derrière les boiseries en 1980 sur les restes du mausolée de René d'Anjou ouvre donc un nouveau chapitre archéologique :

Les peintures du tombeau de Jules II et le "Cycle Peint "ne sont pas visibles du public. L'espace entre le murs et l'arrière des boiseries est exiguë et peu éclairé, les risques de frottement des visiteurs sur la couche picturale trop importants.

Une porte monumentale cachée derrière l'autel secondaire du choeur permet de passer derrière la boiserie . Sur la gauche dans ce qui correspond à la cinquième travée du plan de Louis de Farcy se trouve les restes des peintures datées de 1417 qui encadraient le tombeau de Jules II.

Tombeau modeste comme le décrit Peirsec "...Au derrière du grand autel sont les tombeaux de Louys le second et Yolande d'Aragon sans aucune figure et statue, n'y ayant que deux grandes chasses de bois costé contre muraille, enfermées d'une barrière de boys. Il n'y a autre chose à remarquer sinon qu'au bout de ces chasses est despeint sur la muraille un gendarme, revestu d'une cotte armoyée des armes de Beauveu tenant en ses main un guidon où sont dépeintes les armes de Louis II et de Yolande sa femme et tient icelluy un genou à terre...." Bibliothèque de Carpentras MS N°782 page 496

La septième et sixième travée correspondant au tombeau et sacraire (Reliquaire) de René d'Anjou construit de 1444 à 1472. Ne sont visible que quelques traces du semis fleurdelysés sur fond bleu. Sur les colonnes, certaine chaufferettes enflammées sont encore conservées, les blasons peints du roi René ainsi que des restes du décor de fleur de lys sur le haut des arcades sont visibles au dessus des stalles .

Le cycle de peinture du treizième siècle illustrant la vie de Saint Maurille courre à mi hauteur des murs, de la première à la cinquième travée au dessus du tombeau de Louis II. Il faut, à l'aide d'une échelle, accéder à une coursive de fortune installée pour les travaux et l'étude des peintures. L'impression est saisissante, les peintures semblent en parfait état.

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Porte du choeur et vue des parties hautes extérieures et intérieures.

Les peintures encadrant le monument de Louis II d'Anjou sont un plaidoyer pour la puissance de la famille d'Anjou. Deux chevaliers genou à terre sont peint, l'un avec bannière l'autre avec épée. Ils encadrent un espace couvert de représentation héraldique de grand format : La croix de Jérusalem ,les fleurs de lys d'Anjou sur fond azur entourées d'une bordure de gueule, les fleurs de lys avec lambel des armes Anjou Sicile.

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Chevalier à l'épée et quartier de Louis II

Les chevaliers identifiés par leur armes appartiennent à la famille de Beauvau. Les visages sont peints sur de petites plaques de métal fixés au mur, ce qui leur donnent beaucoup de lisibilité par rapport à l'ensemble assez dégradé. Le semis de fleur de lys réalisé au pochoir est finement élaboré.

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Les fleurs de lys présentent de nombreuses traces d'or ce qui nous montre la qualité du mausolée disparu.


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Passage entre la boiserie et les murs peints sur la coursive.

Les peintures réalisées sur la partie supérieur des murs, à trois mètres de hauteur, sont datées des années 1270-1280, elles sont exécutées directement sur les pierres dont la trame et les irrégularités sont visibles sous la couche picturale. Il ne s'agit pas de fresques et même pas de peintures sur badigeon, il n'y a pas d'enduit ou de préparation, si ce n'est une mince couche de blanc de plomb mêlé à quelques particules de minium révélées par les coupes stratigraphiques .

Ce procédé inhabituel n'est pas unique, on le retrouve à Toulouse dans la chapelle des Jacobins , à la Saint Chapelle ou encore sur les restes de la chapelle Saint-Etienne de l'abbaye de Westminster datant de 1300. Le blanc de plomb est connu dans les anciens traités de Peinture comme pouvant servir de liant et de siccatif pour les préparations à l'huile .

Les pigments se superposent en plusieurs couches. L'étude des prélèvement de la couche picturale par le LRMH (analyse par chromatographie gazeuse couplée à la spectrométrie de masse ) a montré des composés relativement plus élaborés que ceux observés dans les époques antérieures. La présence de vert au cuivre, de minium, de vermillon, de résinate de cuivre, d'ocre jaune et de noir de charbon ainsi que des laques rouges est attestés. Le liant est ici à base d'huile de lin.

Pour une approche plus poussée concernant l'état des connaissances techniques résultant de l'étude du LRMH, l'on se doit de lire le passionnant article de Marie-Pasquine Subes-Picot paru dans la Revue de l'art N°97 daté de 1992 " Peinture sur pierre: note sur la technique des peintures du XIIIe siècles découvertes à la cathédrale d'Angers" .

Au cours du quatorzième siècle, la peinture à l'huile remplace peu à peu la "Tempura" ou tempera , technique ayant l'oeuf comme liant.

Dans le cas de peintures murales gothique, la peinture à l'huile cohabite avec la fresque qui était le mode d'exécution privilégié du monde Romain et Roman.

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Nous avons donc ici à Saint Maurice, un des exemples les plus anciens et les plus conséquent (soixante mètre carré) de peinture murale peinte à l'huile . La peinture à l'huile va connaitre un grand essor pour la peinture de chevalet, en Europe du nord grâce à Jan Van Eyck en 1430 .

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Saint Maurille en Evèque .

Les peintures des cinq premières travées du choeur représentent en une vingtaine de scène, la vie du saint évêque Maurille. Prêcheur brisant les idoles païennes du temple Prisciacus à Challonnes sur Loire, prodiguant soins et guérisons ( miracle de la Possonnière) affirmant fortement foi et piété en Anjou. Maurille acquière ainsi une renommé de sainteté. Ayant échoué à guérir un enfant malade, le bon évêque parti pour l'Angleterre comme simple moine ; il fut ramené par les habitants d'Angers qui ne pouvaient se passer de leur illustre Saint, il ressuscita donc l'enfant mort cause de ses remords et tourments....

(lire ici la vie mouvementé de Saint Maurille).

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Réssurection de l'enfant mort "re-né" , cinquième travée.

Les couleurs sont d'une extrordinaire fraicheur, les détails et motifs ornementaux d'une grande habilité. L'alternance des fonds rouge clair et vert sombre donne un rythme, une dynamique ponctuée par de subtiles tonalités de mauve, de bleu et d'orangé. Les visages sont stylisés avec grâce et finement rehaussés de rose aux joues. L'impression de légèreté est étonnante pour une composition monumentale. Les différentes scènes présentées dans une suite d'arcatures architecturées de couleurs vives, sont circonscrites par de larges frises de palmettes et de grecques .

Ce fut une joie sans pareille de pouvoir découvrir ce trésor caché grâce à la gentillesse et l'entregent de monsieur Etienne Vaquet, conservateur des antiquités et objets d'art du Maine-et-Loire.

Qu'il en soit vivement remercié ici.

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Septième travée: sur les pierres, les marques d'outils de taille sont bien visibles .

 

 

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