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Avril 2013,  mes pas m'amènent au hasard d'une marche digestive de Knightbridge à Coven Garden vers Hyde Park.

Appelé très simplement le "number one London" Apsley House face à Hyde Park Corner, nous plonge dans le calme mélancolique d'une rêverie historique.

Voici l'un des trois témoignages londonien du célèbre architecte décorateur Robert Adam.

Cette modeste maison fut construite entre 1771 et 1778.

apssssLa maison Apsley de Robert Adam 

La campagne y avait  alors son empreinte , le Baron Apsley  qui lui donna son nom , ne reconnaitrait pas son bien . Pas plus que Sir Adam qui l'a conçu et la décora car les modifications de 1812 furent très importantes. 

La transformation de la maison fut complète, un agrandissement  latéral, une nouvelle facade , un nouveau revêtement de pierre .

L'architecte Benjamin Wyatt y laisse son empreinte, la maison est à la hauteur de son nouveau propriétaire Arthur Wellesley, 1er duc de Wellington surnommé en son temps "the Iron Duke".

aeereeeNouvelle façade de Wyatt

Il nous faut aussi évoquer comme changement d'environnement, la transformation radicale effectuée en 1962 par Ernest Marples en créant le grand sens giratoire autour de Marbles Arch et Hyde Park Corner ...

" Il transforma cette zone agréable en scène de dévastation "( in Johnson's life of London  2011 )  suivant les termes de Boris Johnson actuel maire de Londres .

Une série de maisons anciennes disparaissait  ainsi dans la tourmente, notamment la maison de Lionel Rothschild, lieu historique ou fut signé en 1875 l'accord entre le premier ministre Benjamin Disraeli et la banque Rothshild pour le paiement des avoirs du Khédive d'Egypte sur le canal de Suez

 

London, Hyde Park Corner1900 avec les anciennes maisons adjacentes

article-1320054-005F63B300000258-873_468x286Actuellement

 

Fuyant l'agitation de la circulation, quittant les groupes de piétons convergent vers le Corner si célèbre, l'entrée dans le hall d'Apsley House nous plonge dans le calme des pénombres aux senteurs d'encaustique.  La grande entrée se referme par de lourdes portes contenant le silence d'une maison  paisible.

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Les différents salons ( salons de dessins et la galerie Waterloo)  et la salle à manger  regorgent de tableaux importants (Le Corrège, Vélasquez, Murillo, Rubens, Vandyck donné par le Roi d'Espagne Ferdinand VII) et d'objets d'art ( l'extraordinaire milieu de table en argent  et vermeil offert par la Régence Portuguaise )  La "Wellington collection" est importante par la qualité de ses objets d'art.

La France et l'Empire s'y magnifient en adversaire miroir d'une Angleterre célébrant sa puissance.

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La Salle à manger où se déroulait les commémorations de Waterloo

Francophile et voyageur , Arthur Wellesley,  futur duc de Wellington  commença une brillante carrière d'officier en remportant d'éclatants succès  dans le Deccan lors des batailles contre les Marathes et le chef de guerre Dundiat Waghaux . Connu pour être le vainqueur de Napoléon à Waterloo, ses succès contre les Français au Portugual  en Espagne puis dans le sud de la France le font nommer ambassadeur du Royaume à Paris en 1814 . Il montrera lors du Congrès de Vienne sa francophilie en défendant avec énergie dans un français parfait ,la position de la France dans l'équilibre des puissances européennes.

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Warterloo voit son triomphe, le duc de Wellington devient inséparable de Napoléon , sa fascination pour l'Empereur est immense.

Apsley House en témoigne avec force. Il suffit pour cela de se tenir au pied du colossal marbre de Canova placé dans l'escalier.

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Commandé par Napoléon , Antonio Canova se lança le défi romain d'une statue héroique extrait d'un seul morceau de marbre en taille directe: Napoléon en Mars Pacificateur de 3,45 m de haut,  bloc de carrare monlythe  à l'exception du bras gauche qui est rapporté le vêtement cachant la liaison. . Un déhanchement gréco-romain rapproche cette statue par sa pose et ses attributs , la victoire et le sceptre , des fragments de statues colossales romaines ainsi que de la statue d'Auguste au Capitole , le torse athlétique se rapproche du David des Offices .

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La victoire ailée ( Niké dominant un Orbe)  semble avoir été modelé par Canova lui même mais fut réalisé en bronze par Francesco et Luigi Righetti.

Mars pacificateur et non pas "propugnator "car son glaive est posé sur le tronc d'arbre contre la jambe droite du Dieu. Pose souveraine avec la tête légèrement inclinée, le colosse Napoléon idéalisé et nu  déplu souverainement à l'Empereur qui relégua la statue sous une bâche dans la salle des Hommes Illustres au Louvre .

Pour Antonio Canova qui s'était lancé dans la "sculpture la plus parfaite du siècle"  aux dires de François Cacault ambassadeur à Rome, la déception fut grande.

Exécuté entre 1802 et 1806 , la statue n'arriva à Paris qu'en 1811.  L'image de l'Empereur n'était plus l'Impérator divinisé mais plutôt celle du Législateur , l'année 1811 étant l'année de l'entrée en vigueur du Code pénal et du Code d'instruction criminelle.  Vivan Denon qui avait visité l' atelier romain et louait auprès de Napoléon la grandeur de l'oeuvre ne pu rien y changer.

La statue fut achetée par le gouvernement Anglais en 1816  et le Prince Régent , le futur George IV , l'offrit au duc de Wellington pour services rendus. En 1811, une copie en bronze a été fondue par les frères Righetti.

Depuis 1859, elle est dans la cour du Palais de l'Académie , La Pinacothèque de Brera à Milan.

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Milan

La statue de marbre fut installée à la place qu'elle occupe aujourd'hui au pied de l'escalier. d'Apsley House. Pesant plusieurs tonnes, il fut construit sous le sol du palier une colonne de soutien en briques et pierres.  L'hommage colossal à l'ennemi défait ne se comprend que par cette fascination militaire qu'exerçait Napoléon parmi les experts en art de la tactique et de la stratégie.

Deux beaux portraits de Napoléon et de Joséphine, copies de Gérard exécuté par Robert Lefevre, sont aussi beaucoup  plus que des trophées de guerre à l'instar des drapeaux français qui silencieusement ornent les galeries comme à l'interieur de Saint louis des Invalides.

L'ambassadeur Wellington fut à Paris en charmante compagnie car mal marié ( ancien mariage de convenance et d'honneur avec Lady Catherine Pakenham avec qui il n'avait rien en commun ) il ne désirait de ses campagnes militaireou ses postes diplomatiques que vivre en célibataire courtisé.

Les françaises lui firent un excellent accueil et l'on parlait de lui comme de "la nouvelle religion "( en anglais dans le texte) .

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Harriet Arbuthnot and the Duchess of Wellington

Est ce sa fascination pour l'Empereur ? ou la séduction militaire exercé sur les jolies femmes ?

Mademoiselle_Georgemedium_VIGEE-LEBRUN Elisabeth-Louise---Portrait de Giuseppina Grassini (1803)

Mlle George et Giuseppina Grassini par Elisabeth Vigier Lebrun

Arthur Wellesley accompagna publiquement l'ancienne maitresse du Premier Consul, la superbe chanteuse d'Opéra Giuseppina Grassini avec qui il eut une relation passionnée. Ainsi que  l'actrice Mlle George , aussi ancienne maitresse de Napoléon qui eu ,dit-on, ce mot fameux

"le duc était de loin le plus vigoureux !"

 

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Wellington fut moqué de ces succès féminins car il était de notoriété publique qu'il eut des admiratrices très dévouées: Lady Jersey, lady Shelley, Harriet Arbuthnot ; bien que la relation entre Madame Arbuthnot et Wellington semble une "calomnie" de l'écrivain Charles Greville qui voulait se venger de Wellington qui avait été en 1820 l'amant de sa mère, Lady Charlotte Greville!

Mais sa plus grande admiration de coeur et d'âme fut pour sa belle fille Lady Douro dont le portrait fut bien mis en évidence dans un salon d' Apsley House.

Wellington bien qu'ayant eu une vie sentimentale riche et mouvementée aurait souvent dit au soir de sa vie : "aucune femme ne m'a  jamais aimé, pas une pendant toute ma vie".  Il y eu une véritable "Wellingtonmania" lors de sa seconde carrière diplomatique et politique jusqu'à sa mort en 1852 . Il fut peint, sculpté et honoré  mais se plaignait néanmoins " Mon destin fut de passer mon jeune âge à acquérir une notoriété et ma vieillesse à poser pour des sculpteurs et peintres qui vont pouvoir en tirer avantages "

Il gardait sur son bureau des gravures de lui même à envoyer à ses admirateurs qui lui écrivaient des centaines de lettres, il y eu de nombreux colifichets ou "produits dérivés" à son image , comme pour l'Empereur en France.

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Apsley House fut transformée pour sa partie d'apparat en musée et ouvert au public en 1952 pour le centenaire  de la mort du premier duc de Wellington. Elle appartient toujours à la famille Wellesley. Le huitième duc de Wellington et sa famille occupent encore occasionnellement les appartements privés du dernier étage.

Apsley House est aujourd'hui sous la responsabilité de l'English Héritage  qui entretient et restaure ce joyaux calme et peu visité par les touristes plus nombreux devant le Hard Rock café ouvert à proximité.

 

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File d'attente pour rentrer au Hard Rock café Avril 2013