PEINTURES BAUGEOISES
Baugé charmante petite ville de caractère cachée dans le Maine et Loire comme le marcassin dans sa bauge.
Nous sommes restés un mois au château de Baugé.
Le château de Baugé est un pavillon de chasse de superbe dimension .
Construit par celui que l'on appellera le Bon Roi René, il fut achevé en 1465 sur les ruines d'une forteresse plus ancienne appartenant à Foulques III Nerra , comte d'Anjou.
L'architecte Guillaume Robin en dessina les plans , la construction de moellons de calcaire et de grès dans une combinaison de style médiéval et renaissance donne à l'édifice une élégance de forme, une légèreté, un rythme de façade qui le font percevoir aujourd'hui comme un chef d'oeuvre architectural .
René d'Anjou, né à Angers en 1409 et mort à Aix en Provence en 1480, fut un personnage des plus étonnant . Roi de Naples, Comte de Guise, Duc de Bar, Duc d'Anjou et Comte de Provence, il fut pair de France et fondateur de l'ordre du Croissant. Il est inhumé dans la cathédrale Saint Maurice d'Angers.
Défenseur des arts et des lettres , il rédigea plusieurs ouvrages comme le "Traité de la forme et devis comme on fait les tournois" de 1452 , le "Mortifiement de vaine plaisance " en 1455 puis le célèbre " Livre du cœur d'amour épris" en 1457.
Le corps central du château est encadré par deux ailes ayant à charge de desservir les salles de réception et les appartements, L' escalier d'honneur, en pierre et à large dalles présentées en "vis", s'appuie sur une colonne centrale se terminant en palmier. Le voute à huit clefs est ornés de blasons et symboles encore très lisibles aujourd'hui.
La distribution primitive des salles et appartements n'existe plus . Les transformations successives , les périodes de délabrement alternant avec de nombreux propriétaires ont permis au château de survivre mais les traces du Roi René y sont malheureusement quasi inexistantes .Deux cheminées dont une dans les combles … l'oratoire et une salle d'étuve, petit réduit pour bain de vapeur, semblent seuls avoir connu René d'Anjou.
Au XIX° siècle, le château revient au Département qui y installe le siège de la Mairie ainsi que la gendarmerie . Des locaux de fonction sont aménagés, travestissant davantage les aménagements intérieurs. Puis au début du XX° siècle, le château accueille une salle de Justice, les gendarmes partent et les pompiers arrivent . Les travaux de restauration des façades redonnent aux ouvertures, meneaux et fioritures et le Musée du Baugeois s'y installe …
Le chateau lui même ne sera ouvert à la visite qu'en 2003 après avoir été entièrement repensé.
Le parcours scenographié, didactique, ludique , festif, convivial et moderne ( cf :le site du chateau ) participe aux aménagements en cours dans les réhabilitations de châteaux n'ayant plus de contenu à présenter aux visiteurs ..
Après le départ de la mairie, des juges et des pompiers…du théâtre de poche qui y avait trouvé refuge .. du Musée fermé aujourd'hui puis des locaux municipaux .L'intérieur vidé et nu laisse la place en 2003 à un "parcours découverte" comme cela à été fait au château de Suscinio sur la presqu'île de Rhuiz (site du Chateau de Suscinio) qui est l'exact antithèse du concept de restitution à la "Champ de Bataille" en Normandie.(site du Chateau du Champs de Bataille )
Alerté par la directrice du château , l'active et charmante Isabelle Coulon, La mairie de Baugé, consciente de son patrimoine, accepta d'améliorer le parcours de visite en réponse aux attentes des visiteurs, en lançant un appel d'offre pour la "Restitution de la chambre du Roi René".
L'Atelier Cambolas présenta son projet en temps et en heure et fut retenu.
Comment d'une salle d'exposition annexe , ancienne chambre de fonction réhabilitée avec faux plafond et placo-plâtre , faire une "chambre restituée" du quinzième siècle avec meubles tentures et décor ? Comment arriver à transfigurer l'espace et donner d'une manière crédible le sentiment d'une présence que même les murs ont du mal à évoquer ? Comment toucher même de façon minime, par la peinture et le mobilier, le concept exigeant d'une "demeure de l'esprit" si bien illustré par R.Camus. La scénographie didactique et festive ne procède pas de cet esprit …mais l'appel d'offre de la Mairie de Baugé, sous le haute patronage de la Conservation d'Anjou avec le conservateur principal en conseiller scientifique nous y amène et le cahier des charges fut remarquablement pensé.
La chambre qui ne comporte qu'une seule fenêtre décentrée est un passage de visite vers l'oratoire du roi René.
La petite chapelle avec ses vitraux du XIX°siècle.
le Projet avec force d'échantillons et maquettes fut élaboré par l'atelier d' Aline et d' Amaury de Cambolas. La réalisation en fut confiée au bon soin de peintres décorateurs talentueux, comme Murielle Delaet qui allie sens pratique, sens des couleurs et dextérité, Cyrille Laroche, le technicien pragmatique qui accumule une expérience que son entregent ne fera pas mentir ainsi qu' Amaury de Cambolas, votre serviteur.
Ils purent en quatre semaines, à partir des dégagements opérés par les services techniques dirigés par monsieur jacky Bellessor, laisser la place aux lit de chêne, cathèdre et somptueux lutrin de l'ébéniste Jean-luc Tancoigne , aux tentures du tapissier décorateur Bruno Moine, ….. au livres du relieur Marc Poupelin, aux calligraphies de Bruno Coulon ……. puis aux visiteurs émerveillés qui semblent rentrer dans l'intimité du maitre des lieux .
voici en images les phases de transformation. 
Etat initial.
la pièce avant intervention des services techniques
la pièce dégagée du faux plafond. Les poutres seront sablées.
La cheminée construite en BA15 et siporex par le service technique . Reprise d'enduit sur les murs pour enlever la planéité moderne par Cyrille Laroche
Réalisation d'un mortier traditionnel, sable et chaux, pour les entre-poutres.
Murielle Delaet sur pont roulant. Chaux teinté avec un filet rouge abrasé.
Peinture des murs avec de la chaux beige.
Traçage des champs en réserves.
Panneaux à la chaux bleue patinés pour recevoir les pochoirs fleurdelysés.
Réalisation d'un appreillage de faux tuffeau . Dessin du calepinage , enduit et sable puis patine à la chaux.

Passage d'entrée avant le faux tuffeau puis avec appareillage de pierre.

Faux tuffeau: sable, enduit, lait de chaux. La couleur jaune des fenêtres sert de fond pour la peinture du faux chêne.

Huisseries en faux chêne réalisé par Cyrille Laroche.
Peinture aux pochoirs des fleurs de lys, légèrement dorées et abrasées .
Pochoirs de motifs croisés en plinthe.
Le mur est subdivisé en panneaux encadrés de rouge: ce sont les armes d'Anjou . Séparé par un filet brun, les fleurs de lys sont sans bordure au milieu du panneau mais avec un grand lambel rouge: ce sont les armes d'Anjou Sicile . Cette représentation se retrouve sur le mur du Tombeau de Louis II d'Anjou, père de René d'Anjou dans la cathédrale Saint Maurice .
La chambre est le témoignage de la puissance de la famille d'Anjou , les murs sont architecturés par des bannières verticales comportant les symboles et armoiries des possessions de René d'Anjou .
Elaboration des six bannières. peintes in situ.
Différentes étapes de réalisationdes bannières
L'équipe en pas de deux.
Les symboles du Roi René sont, pour sa vie heureuse avant le décès de Jeanne de Laval , la cassolette enflammées, ornée du phylactère "Dardent Désir" . Chaufferette que l'on retrouve sur les colonnes de son tombeau à Angers. Pour sa vie de veuf éploré, il s'agit du "bâton écôté", arbre sans sève auquel on a tranché les branches. Des restes de ces représentations peintes sont encore visibles sur plafond de bois d'une abside de l'Abbaye Saint Martin d'Angers.
Murielle Delaet & Amaury de Cambolas
Les écus suspendus aux arbres sont des représentations traditionnelles en Anjou. Pratique venant certainement des joutes équestres ..il semble que le chevalier ayant accroché son bouclier à une branche était défié par un touché de lance délicat fait par un tiers ce qui le voyait ainsi désigné comme adversaire . On trouve en Anjou des représentations peintes d'arbres avec blasons au manoir de Jeanne de Laval ainsi qu'au manoir de Belligan .
Les essences d'arbres comme le pin, le micocoulier et l'arbre d'Eden sont reconnaissables avec audace .
Bar et Aragon
Hongrie et Anjou Sicile
Anjou et Jérusalem
Les bannières sont peintes sur une toile de lin écru, elles présentes les différents blasons du roi René: Le duché de Hongrie, le duché d'Anjou, le duché de Sicile, le duché de Bar, le duché d'Aragon qui composés ensemble peuvent se lire comme suit:
Coupé, le chef tiercé en pal, en 1 fascé de gueules et d'argent, en 2 d'azur semé de lys d'or et au lambel de gueules, en 3 d'argent à la croix potencée d'or, cantonnée de quatre croisettes du même et la pointe partie d'azur semé de lys d'or et à la bordure de gueules, et d'azur semé de croisettes d'or et aux deux bars d'or. Sur le tout, d'or aux quatre pals de gueules.
les Armoiries complètes de 1432 se retrouvent sur le manteau de cheminée.
Casolette et motif en papier plié ( ornement décoratif fréquemment utilisé en bordure) .
Les bannières furent terminées à l'atelier par une experte en travaux de précision ..couture des galons et oeillets.
Camille Cerna à l'ouvrage.
La chambre du Roi restitué.
Le lit près du feu entouré des bannières à chauffrettes "Dardent désir".
Le lutrin et la cathèdre avec au fond le passage pour l'oratoire privé .
Jean-luc Tancoigne avec son estrade de dernière minute. L'aigle du lutrin inspiré de celui de l'abbaye de Solemne.
Le velours de Bruno Moine. les livres reliés par Marc Poupelin
La calligraphie d'une page du "coeur d'amour épris" par Bruno Coulon , enluminé par Béatrice Balloy.
De gauche à droite :M.Bruno Coulon, M.Marc Poupelin, Madame la directrice du château de Baugé Isabelle Coulon, Monsieur Philippe Chalopin maire de Baugé, M.Bruno Moine, M.Jean Luc Tancoigne, Monsieur Guy Massin Legoff conseiller scientifique, M.Cyrille Laroche, M. Amaury de Cambolas
L'INAUGURATION
L'ouverture de la chambre du Roi René fut célébrée avec faste par monsieur le Maire. De nombreuses personnalités angevines se sont jointes à la visite commentée par ses soins puis au cocktail rafraichissant donné sous un grand soleil dans le square Jean Renard devant le bouquetier ceinturant le chateau de son odeur de paradis.
Et en soupirant, je dis : « Ah, très doux Dieu du paradis, J'ai peur qu'Amour n' ait dérobé Mon coeur et ne l'ait emporté avec lui....
"Le Coeur d'amour épris" , 1457 Biblio Nat.



















































