Les peintres et doreurs d’Ekatérinbourg
Bien que consacré le 17 juillet 2003, l’église sur le Sang Versé n’était pas terminée l’année dernière. Nous avons assisté à la fin des peintures et dorures du grand plafond de l'église basse. Dans un silence recueilli et une quasi pénombre, un peintre et deux doreuses travaillaient sur des sortes d’escaliers de bois construit pour la circonstance .
Le temps n’est pas compté, la peinture religieuse est une oraison .
Doreuse au travail 2008
Les travaux du plafond de l'église basse 2008
Le plafond terminé ( 2009)
Les doreuses découpaient avec des ciseaux des feuilles d’or collés qu’elles ajustaient sur les tracés d’auréole , pour n’avoir aucune perte … elles traçaient les contours à découper en prenant des repères avec de petits mètres de métal. …patience infinie.
Le peintre dans un sérieux absolu peignait chaque visage d’anges suivant une technique éprouvée , les visages tous semblables formaient une armée de jumeaux célestes.
Cet ensemble architectural a été conçu par les architectes Morozov et Mazaïev dans un style russo-byzantin . D'une hauteur de 60 mètres, occupant une surface au sol de 3 000 m2, l'édifice comporte 5 larges coupoles dorées très visibles dans la ville.
Cette construction regroupe plusieurs éléments : une église basse, avec l’endroit du martyr symbolisé par une croix orthodoxe de bois brut, un petit musée consacré au souvenir des Romanov ainsi qu’une salle de spectacle. La majestueuse église haute , dédiée à Tous les Saints est pourvue d’ une iconostase (cloison couverte d’icônes séparant les fidèles de l’officiant) en marbre blanc de 30 mètres de long sur 13 de haut richement décorés.
Pendant 3 ans, de 2000 à 2003, les travaux ont mobilisé jusqu'à 300 ouvriers par jour. Plus de 1 000 spécialistes de 50 entreprises des régions de Sverdlovsk, de Tchéliabinsk et de Perm ont contribué à l'élaboration de ce grandiose projet dont la facture s'éleva à 328 millions de roubles en grande partie payée par des mécènes locaux (parmi lesquels les sociétés Evraz-Holding, Loukhoïl-Perm et Ouralelektromed).
L'église fut construite sur le site de la maison Ipatiev, démolie en 1977, où furent exécutés le tsar Nicolas II et sa famille le 17 juillet 1918. Sur sa gauche se dresse la résidence du patriarche et de l’ église Saint Nicolas aux petits bulbes dorés. Il existe 2 autres églises-sur-le-sang-versé en Russie : à St-Pétersbourg, là où fut assassiné Alexandre II (1881), et à Ouglitch où fut assassiné le tsarévitch Dimitri (1591).
Eglise Saint Nicolas et le Patriarcat
L’église de la Sainte Trinité est encore aujourd'hui encombré d’échafaudages de grande hauteur. Les peintres fresquistes sont à l’œuvre.
L’intégralité du décor était à refaire,les travaux durent depuis 1996.

L'église de la Sainte Trinité
Bâtie de 1818 à 1839 grâce aux fonds d’un riche marchand, Iakim Riazanov, membre directeur de la Confrérie des Vieux-croyants. L’église est de style classique avec une immense coupole et de majestueux portiques à colonnes ioniques, elle fut consacrée en 1852 après le ralliement des fidèles de Riazanov à l'église orthodoxe officielle..
L’église sera fermée dans les campagnes anti-religieuses des années 1930, le dôme et le clocher détruits, les bâtiments occupés par le cinéma de propagande « Rot-Front » puis, après la guerre, comme siège de la maison de la culture des automobilistes !
Rendue à l’église orthodoxe en 1990, elle fut pratiquement reconstruite, en 1996, tant les destructions furent importantes. De nouveaux clochetons ,un grand dôme ainsi qu’un nouveau clocher furent nécessaire pour lui rendre son aspect originel.
L’intérieur fut entièrement repeint, les fresquistes travaillent actuellement au dessus du balcon d’entrée 9 ans après sa consécratrion.
Les peintures sont faite « a fresco » patient travail reprenant les techniques traditionnelle du 16° siècle, couleurs très douces dans un décor d’entrelacs, les scènes majeures de la vie du Christ sont peintes en un évangile illustré pour la contemplation des fidèles .
Mars 2009
La « journée » du fresquiste est visible (les ailes des anges ) c’est à dire le travail prévu pour une journée sur de l’enduit humide qui absorbera les couleurs naturelles de pigment broyé mélangé d’eau. Fixé par « carbonatation » c’est à dire par la fixation du gaz carbonique contenu dans l’acide carbonique formé dans l’enduit par l’évaporation lente de l’eau qui s’y trouve.
Le dessin est reporté au stylet sur l’enduit frais grâce à l’application des grands papiers blancs contenant les traçés, qui sont punaisés en dessous.
Intérieur de la coupole entièrement peinte a fresco
En 1917 Ekaterinbourg comptait 40 églises en activités.
De la seconde moitié des années 30 jusqu'à la fin des années 80, il n’y avait qu’une seule paroisse existante,:
l’église Saint Jean le Précurseur…
Le petit guide des églises de la ville comporte 35 lieux de culte à visiter, dont de nombreuses églises neuves, construitent après 1989, comme l’église en "l’Honneur de la naissance du Christ" (1996) ou l’église de saint Xenia (2005)
Eglise en construction (2008)
« L’électricité remplacera Dieu, laissez le paysan prier l’électricité, il ressentira le pouvoir des autorités plus que celui du ciel » disait Lénine (1918).
Les Soviets écrasèrent progressivement l’église Orthodoxe. Il y eu trois grandes campagnes anti-religieuses :
En 1918 séparation de l'église et de l'état; Nationalisation des terres; 1922 mise au pas des paroisses et confiscation des objets précieux; 1929- 1930 restriction des activités religieuses et saisie des cloches .
« Le son des cloches enfreint le droit au repos des larges masses athées des villes et des campagnes »
Les déportations et relégation firent passer le nombre de Popes de 70 000 en 1928 à seulement 17 800 en 1936 ...c'est aujourd'hui une renaissance.
L’église bleue de l’Ascension, situé derrière la cathédrale sur le Sang Versé, fut fermée en 1926 et ses bulbes démolis.
Les soviets en firent une école, un musée puis un entrepôt, elle ne rouvrit ses portes qu'en 1990 .
Mais malheureusement, seule l’église basse est accessible parce que restaurée. Les murs et le dôme de l’église haute furent peints dans un style académique européen au XIX° siècles .Les peintures sont très dégradées, comme l'extérieur qui nécessite d'urgente réparations.
L'église de l'Ascension vue de coté.
La cathédrale Bogojavlensky (de l’Epiphanie) fut détruite en 1930 .
Elle avait 55 mètres de long sur 26 de large et fut construite en 1771 .
Pouvant accueillir 4500 fidèles, cette superbe église, qui ressemblait par sa forme et structure à la cathédrale Saint Pierre Saint Paul de Saint-Petersbourg, fut remplacée par une grosse tribune de granit destinée à recevoir les officiels des instances du Parti lors des défilés militaires. Tribune surplombée d’un colossal Lénine de 6 mètres de haut et qui est étonnement toujours en place aujourd'hui.
Place de la Cathédrale de l'Epiphanie avec en arrière plan l'église Sainte Catherine . Sur la droite l'on peut voir le bâtiment néo-gothique des marchands Korobkov qui existe toujours.
La place Lénine aujourd'hui
Le Lénine de bronze sur sa tribune de granit
La cathédrale St Catherine fut la première église d’Ekatérinbourg.
Le 1er octobre 1723 eu lieu la première bénédiction de la ville par le prêtre Ivan Efimov.
L’église de bois brûla en 1747, elle fut reconstruite en pierre dans un style Baroque russe en 1758, puis modifié en 1830. Elle était pourvu d’un carillon culminant à 60 mètres de haut….
L’église fut profanée et saccagée par les bolcheviks dès les années 1920 : reliques ouvertes, objets religieux en or et en argent emportés, cloches fondues....Elle fut fermée durant dix ans et fut finalement détruite à l’explosif en 1930.
A sa place comme une larme symbolisant la perte du joyau, se trouve la chapelle Sainte Catherine, de plus modeste proportion.
Chapelle Sainte Catherine construite en 1998
Nous attendons les photos et commentaires de notre ami Cyrille Laroche qui a été le seul à visiter
la cathédrale Alexandre-Nevsky du couvent de Novo Tikhvinsky d’ Ekatérinbourg
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Construite de 1814 à 1852 sur un projet des architectes de Saint Petersbourg, Charleman et Visconti, en collaboration avec le grand architecte M.P. Malakhov. Elle fut dédiée aux héros de la guerre patriotique de 1812 menée contre les français.
Fermée en 1930, cette cathédrale servit d'entrepôt d'armes et abrita, à partir de 1961, une partie du musée régional. Elle fut divisée en cinq étages par des constructions parasites qui dénaturèrent les dispositions intérieures. Il n'existe plus aucun décor d'origine. Son état est très dégradé.
Elle fut rendue à l'église orthodoxe russe en 1991, trois ans avant la renaissance du couvent.
Vue du monastère avec la cathédrale.
Ce n'est qu'en 2005 que le musée régional quitta définitivement le bâtiment, abandonné dans un état lamentable .
Les travaux de restauration devraient redonner à l'édifice sa splendeur passée.
La cathédrale en 1910
La cathédrale avant restauration
Les deux joyaux disparus d’Ekatérinbourg, l'église de l'Epiphanie et la cathédrale Sainte Catherine, dont les photos sépia sont lentement diffusées, symbolisent la mauvaise conscience d’un peuple trop croyant pour ne pas s’absoudre d’un remord qu’il cache dans ses nouvelles églises fraîchement construites.
























