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FLORIDUM MARE................................
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FLORIDUM MARE................................
27 août 2026

NOS DIMANCHES EN OREGON

 

 
Extraits du journal de travail Atelier Reese studio - Lake Oswego - Portland
 
 (.....)
Dimanche 21 juin 2026

Journée de repos.

9 h du matin, tout le monde semble encore dormir.

Enfin j’entends du mouvement, nous nous retrouvons dans la cuisine. Sébastien s’installe, Thierry fait du café. Jules et moi sortons du frigo tout ce qui se mange le matin.

Après un copieux petit-déjeuner, nous partons vers 10 h 30 en direction de la côte Pacifique.

Notre destination est Cannon Beach, une petite station balnéaire très connus pour ses rochers peuplés d'oiseaux, classés en réserves naturelles écologiques.  

Nous avons roulé pendant 1 h 30 dans un paysage qui ressemblait en beaucoup plus vaste, au Jura français… Nous roulons au travers de sapins géants (des pins Douglas, appelés de leur nom savant « Pseudotsuga menziesii ». Ils peuvent atteindre 100 mètres de haut !!).

 

 

Pendant des kilomètres, la route serpente dans la forêt. La route est large, belle et facile… Nous nous arrêtons pour faire le plein dans une étonnante station-service en plein milieu des bois, un vrai décor de série à la David Lynch, une large bâtisse en bois avec un petit supermarché extrêmement typique. Ici, on ne se sert pas soi-même, on attend que l’on vous fasse le plein et c’est une jeune fille qui sert… une cow-girl des forêts. Je quitte Sébastien qui manœuvre seul la voiture, pour aller avec Thierry et Jules dans la petite boutique attenante où l’on peut acheter tout ce qu'il faut pour « bûcheronner ». C’est extrêmement bien fourni, il semble y avoir de tout, nourriture, outils, vêtements, quincaillerie, etc. L’ambiance y est tamisée, il y a des victuailles à profusion. Au rayon des vêtements chauds, je remarque de beaux bonnets pour l’hiver qui doit être assez rude… mais pas le temps pour les achats préventifs, je vais plutôt me chercher au fin fond du magasin du Red Bull que j’espère sans sucre pour lutter contre une certaine torpeur que je sens me gagner. La route hypnotise…

La caissière est très amusée de notre accent. Nous achetons des friandises à grignoter et du Red Bull aussi pour Sébastien. La station semble tenue par des femmes, pas d’hommes en vue autres que les clients. Beaucoup de véhicules sont garés devant l’auvent de la boutique. J’y vois une population majoritairement blanche portant des chapeaux de cow-boy. Ils ressemblent à des bûcherons. Je ne vois pas de touristes. Il y a quelques sculptures pseudo-indiennes faites à la tronçonneuse dans de grosses bûches… des totems de cinéma.

Nous reprenons la route pendant plus d'une demi-heure jusqu'à ce que des panneaux nous indiquent une fontaine d'eau pure sortant de la forêt. Nous nous arrêtons et remplissons nos bouteilles. C'est une source canalisée avec un robinet qui coule continuellement. Il y a deux voitures garées avec notamment un Latino, un Mexicain très sympathique, qui remplit de très grosses bouteilles en plastique. Il nous laisse remplir nos minuscules fioles avec de grands sourires. L’eau est fraîche, pure et excellente, elle arrive des profondeurs…

Nous continuons jusqu'à la côte qui commence à se dessiner au loin lorsque la forêt s’éclaircit. La petite station balnéaire de Cannon Beach est très connue, assez touristique mais bien préservée. Après avoir garé la voiture sur un petit parking derrière le supermarché (gratuit ?) nous allons à pied vers la plage. L’air est vif, le vent iodé nous saisit les narines.

Au milieu de l’immense plage de sable jaune, il y a deux gros rochers, très visibles, plantés là avec une myriade d’oiseaux qui teintent les sommets de guano blanc.

 

 

Le plus gros rocher s’appelle le « Haystack Rock ». Sa forme caractéristique est visible de très loin. Il mesure 72 m de haut. Longtemps la proie des grimpeurs, il est inaccessible depuis 1990, étant devenu réserve naturelle pour sa faune marine : poissons, crabes et mollusques, ainsi que pour ses colonies d’oiseaux qui peuplent ses flancs.

C’est un spectacle fascinant, on ne peut que converger vers ces rochers qui, comme dans le désert, paraissent, par un effet d’optique toujours surprenant, plus grands de loin que de près.

 

La plage est très large, l’horizon très loin. Les vagues se succèdent les unes sur les autres en plateaux de mousse blanchâtre qui est la vision typique du Pacifique. Jules, nageur en Baltique, veut absolument aller se baigner !… rien ne l’arrête et le Pacifique de Cannon Beach est une expérience. Le vent et l’eau à 12° ne le dissuadent pas… Ce sont, je pense, les touristes en nombre, marchant près des vagues, qui lui font renoncer à cette entreprise. Il est sans doute aussi réticent à leur donner ce spectacle insolite… Les rouleaux et les courants peuvent être assez traîtres… il n’y a personne dans l’eau pour l’instant.

 

Cannon Beach - Sébastien Reese, Thierry Bourdonnais, Jules Oriol .

 

Le vent est constant, l’air assez frais et de nombreuses familles circulent en jogging, casquette et baskets, un dimanche en famille… Nous marchons longuement jusqu'aux rochers pour voir les colonies d’oiseaux. Il y a quelques surfeurs, assis en train de bavarder avec leur planche comme décor.

La vision rapprochée des rochers est quelque peu décevante, ce sont ces ridicules petites barrières avec des écriteaux rouges « Keep off the Rocks » qui donnent un aspect moins sauvage à l’ensemble… Je me demande si en Bretagne cela existe.

 

Nous remontons par une petite sente de la plage vers la ville pour trouver un restaurant. Saoulé par l’air marin, je suis affamé. Il est midi passé et l’ambiance est excellente sous le soleil, nous marchons longuement deux par deux en bavardant.

Nous nous fondons dans la petite ville et ses visiteurs dominicaux. Il y a pas mal de boutiques de fringues… C’est assez chic avec de véritables restaurants de fruits de mer, mais nous préférons aller déjeuner d’une salade avec un peu de saumon dans un petit restaurant rapide à l’angle d’une bicoque de bois blanc écaillé. Ce n'est pas terrible et assez bondé, les prix y sont abordables. Sébastien, qui a potassé le programme, nous explique que nous devons aller maintenant vers Crescent Beach, qui est la plage d’à côté.

 

Moins connue que la grande Cannon Beach, cette côte n’est accessible que par la forêt. Il y a, paraît-il, un point de vue exceptionnel sur la côte vue en enfilade… Le fameux Ecola State View Point dans le parc du même nom.

Nous roulons trois ou quatre kilomètres dans la forêt sur les hauteurs jusqu'à un parking en retrait de la côte qui nous amène au départ d’un circuit de randonnée pour aller sur Crescent Beach, accessible uniquement pour les marcheurs. Deux circuits de randonnée sont possibles : vers le sud le Crescent Trail ou l’Indian Trail vers le nord qui va vers l’Indian Beach… Nous allons vers Crescent Beach en prenant le Trail de 3,7 kilomètres qui descend vers la mer.

Pas d'autres marcheurs au départ avec nous, tous les touristes sont au bout de la longue aire de stationnement qui amène au fameux point de vue de l’Ecola Park que nous visiterons plus tard.

 

Sous les grands arbres, le spectacle est grandiose. La forêt elle-même et les perspectives qui se détachent entre les arbres nous rapetissent. Il y a un changement d’échelle que nous percevons instinctivement. La sensation de notre petite taille et de notre grande fragilité face à ces troncs massifs dans ces fougères géantes nous pénètre et suscite le silence… Nous suivons à pas étouffés, sur le molleton d’aiguilles de pin, le petit sentier qui se déroule sur les pentes escarpées hérissées de pins géants. L’air est frais, le calme de la forêt contraste avec le chuintement du vent et des vagues à l’extérieur. Là-bas, la forêt s’arrête en balcon au-dessus du sable.

Le Pacifique gronde en contrebas, les vagues viennent battre contre de multiples rochers plantés sur le rivage. Nous circulons, avalés par les fougères, entre ces pins géants ( Est ce des Douglas?) qui ne produisent, à ma grande surprise, que de ridicules petites pommes de pin éparpillées sur le sol… Après quelques bifurcations dues à l’intrépidité de Sébastien qui ouvre la marche, nous commençons à nous rapprocher du rivage. Nous nous arrêtons sur des brèches ouvertes vers le ciel, la vue est immense. La fin du sentier descend abruptement jusqu’à des escaliers de bois, car la pente est trop raide, nous arrivons vers la plage déserte. Elle est sublime. Je me rappelle la formule « pristine beach »…

Sébastien et Jules se mettent en maillot de bain et partent courir dans les vagues. Nous les voyons s’asperger les pieds dans l’eau… un footing marin.

Crescent Beach

 

Le sage Thierry et moi-même, nous restons sagement à l'abri du vent derrière un rocher. Nous assistons au ballet aérien d'un grand aigle royal à tête blanche, entouré de deux gros goélands qui semblent défendre leurs nichées contre ce prédateur trop proche. L'aigle ne fait aucun mouvement, il circule dans l’azur alors que les goélands battent des ailes en virevoltant. C'est un spectacle assez étonnant, tout en hauteur, au-dessus de la cime des arbres qui bordent la longue plage déserte. Je pense aux premiers voyageurs arrivés au terme d’un long périple qui, sortant la tête de la forêt, ont constaté avec certainement un naturel effroi la fin de la terre, le but ultime,.… en face, l’océan énorme et infini.

 Jules et Sébastien sont maintenant dans l'eau, ils plongent alors que l'eau n'arrive qu'à leurs genoux, ils n’y restent que quelques secondes car elle semble vraiment assez froide… Entre 10 et 12°, paraît-il. Leur baignade se termine par un footing dans les vagues mourantes sur le rivage, ils disparaissent au loin.

 

Retour vers 18 heures, nous reprenons le petit sentier de forêt tout aussi exceptionnel, avec beaucoup plus de chants d'oiseaux… Notre descente s’est effectuée dans une forêt silencieuse. Maintenant, elle semble s’animer avec la tombée du jour… Les oiseaux chantent. Nous croisons quelques marcheurs.

Au bout de l’aire de stationnement. Je pensais que le point de vue de l'Ecola Park était le fameux « Clark's Point of View », du nom de William Clark, explorateur venu de Virginie qui, en 1805, a décrit l’endroit et en a dressé les premières cartes… J’imagine encore l’émerveillement des premiers explorateurs découvrant le fascinant paysage. Les forêts étaient alors peuplées par les Indiens Tillamook… L’Encyclopédie nous renseigne :

« The Tillamook people traditionally lived in an area ranging from Tillamook Head in the north, to Cape Foulweather and extending to the summit of the Coast Range mountains. The first documented encounter of Europeans with the Tillamook was in 1788 by Robert Haswell, second mate on Robert Gray's ship. A second encounter was in late 1805 by the American Lewis and Clark Expedition, who were wintering at Fort Clatsop. They had reached the Pacific Coast while exploring beyond the extent of the newly acquired Louisiana Purchase for President Thomas Jefferson. Lewis and Clark estimated that the population was about 2200 when they encountered them »

(Le peuple Tillamook vivait traditionnellement dans une zone s'étendant de Tillamook Head au nord jusqu'au cap Foulweather, et atteignant les sommets de la chaîne côtière (Coast Range). La première rencontre documentée entre Européens et Tillamooks eut lieu en 1788, par l'intermédiaire de Robert Haswell, second lieutenant sur le navire de Robert Gray. Une seconde rencontre survint à la fin de l'année 1805 avec l'expédition américaine de Lewis et Clark, alors que celle-ci hivernait au fort Clatsop. Ils avaient atteint la côte du Pacifique en explorant des territoires situés au-delà des limites de la Louisiane, récemment acquise pour le président Thomas Jefferson. Lewis et Clark estimèrent la population à environ 2 200 personnes au moment de leur rencontre.)

 

Ecola Park

 

Mais malheureusement, nous n’étions pas sur le fameux point d’observation de William Clark, point de vue historique qui se situe d'après mes récentes lectures quelque part plus au nord sur la côte, beaucoup plus haut sur les falaises… Ici, nous n’étions que sur l’« Ecola Viewpoint », sublime malgré tout, qui donne à voir en enfilade les rochers de la côte jusqu’à Cannon Beach. C’est un point de vue très célèbre et qui le mérite amplement. La somptuosité du site est à couper le souffle.

Ecola point of view

 

Le fameux « Clark's Point of View » est un promontoire mythique dont le lieu n’est pas formellement identifié. C’est de ce point de vue que le lieutenant William Clark est resté à regarder le Pacifique. Il le raconte et s’en émerveille, il a dressé de visu la première carte de la côte en 1806. Pour certains, ce promontoire se situerait plus au nord, sur un éperon rocheux presque inaccessible appelé le Bird Point !

Le Seattle Times relate en juillet 1999 une expédition vers le Bird Point, censé être le « Clark's Point of View ». Le journaliste T. Richard écrit :

« Le dernier quart de mile de progression hors sentier s'est avéré si éprouvant et la végétation si dense que seule la moitié des membres de l'expédition de Glen Kirkpatrick a réussi à atteindre la falaise surplombant le Pacifique.

Toutefois, les douze passionnés d’histoire qui ont suivi cet historien amateur jusqu'au bout de son périple ont reçu la plus belle des récompenses : la chance d'admirer une vue magnifique sur l'océan, depuis ce qui était peut-être le même promontoire méconnu où William Clark s'était tenu près de deux siècles plus tôt.

Carte manuscrite -  William Clark  1806

 

L’explorateur avait décrit ce panorama dans son journal de bord comme le plus beau qu'il ait jamais vu. Tillamook Head, ce promontoire boisé séparant Seaside de Cannon Beach, est jonché d'épicéas de Sitka atteignant 30 mètres de haut, abattus par les violentes tempêtes côtières et éparpillés au sol tel un jeu de mikado géant. Des fougères-épées, assez hautes pour dissimuler entièrement un randonneur, confèrent au paysage des allures de jungle. Ayant déjà traversé cette forêt à quatre reprises, Kirkpatrick savait exactement où il voulait déboucher du sous-bois, sur la partie de la falaise reliée aux hauteurs. Il étudiait les cartes et les journaux de l'expédition depuis cinq ans et était convaincu d'avoir identifié l'endroit précis où Clark s'était arrêté pour dessiner trois cartes. Il ne s'agissait pas d'une falaise ordinaire. Kirkpatrick pense qu'il s'agit du poste d'observation qu'occupait Clark il y a 193 ans, lorsque l'explorateur a décrit ce qui fut peut-être le site le plus spectaculaire de toute l'expédition Lewis et Clark, laquelle a duré trois ans. « C'est forcément ici : le point de vue de Clark », a déclaré Kirkpatrick, 49 ans, employé de la division ferroviaire du département des Transports de l'Oregon et originaire de Newberg. « C'est le seul endroit offrant une vue aussi étendue vers le nord et vers le sud.. » 

 

L’expédition de Lewis et Clark est une incroyable aventure à travers les régions méconnues du grand Ouest. La personnalité des deux militaires explorateurs naturalistes, géographes commissionnés par le président Thomas Jefferson, est tout aussi extraordinaire que l’énigmatique Indienne Sacagawea qui les accompagnait. Personnalité féminine aussi forte et étonnante que la « Malinche », la doña Marina du grand Cortez.

                                    Sacagawea   ( portrait psychologique plausible)

 

Cette Indienne très jeune, entre 17 et 18 ans, servit d’interprète, de guide contact avec les populations indiennes aussi différentes que les Sioux, les « Nez-Percés », les Shoshones présents dans les territoires vierges traversés par l’expédition. Il faut lire sa courte biographie et laisser l’imagination vagabonder sur le déroulement si aventureux de cette formidable expédition qui fut non seulement un succès, mais aussi une entreprise très pacifique envers les populations amérindiennes.

Il n’y eut qu’un seul mort en trois ans, un lieutenant terrassé par une péritonite. Les dangers furent pourtant bien réels et nombreux : nature difficile, franchissement de montagnes, navigation sur les rapides, marches harassantes dans la grande forêt, attaques d’ours, orages et vivres manquants face à des tribus d’Indiens hostiles.

Cf. in Wiki French : "Elle (Sacagawea) sauve au moins par deux fois l'expédition d'un échec : lorsqu'elle évite la perte de vivres et de documents dans des rapides et lorsqu'elle contribue à communiquer avec les Shoshones quand l'expédition entre en contact avec eux en août 1805, tribu au départ hostile à leur passage dont le chef n'est autre que son frère Cameahwait. Alors qu'elle aurait pu rester avec lui et son peuple, elle décide de continuer avec l’expédition."

Enlevée à sa famille shoshone lorsqu’elle était enfant lors d’un raid d’Indiens Hidatsas, elle était mariée à un trappeur français qui, soi-disant, l’avait gagnée au jeu !

Haut en couleur, portant le nom de Toussaint Charbonneau (la grande Louisiane venait d’être vendue au gouvernement américain), c’était un « coureur des bois », c’est-à-dire un trappeur libre vivant dans les forêts, connaissant très bien les mœurs indiennes. Il est dit polyglotte bien qu’analphabète. Il eut pendant l’expédition deux enfants avec la jeune, jolie et certainement intelligente, Sacagawea : un garçon élevé en partie par William Clark qui le surnomme avec affection « Pompy », et une fille, Lisette, dont Clark s’occupera également.

 

 

L’arrivée de l'expédition en vue de la mer après tous les déboires du voyage sur terre et le long de la Columbia River, si large et si sauvage, est extrêmement romanesque. Lewis et Clark fondent le fort Clatsop, qui se visite aujourd’hui (Hum, est-ce bien le fort authentique ?). Le site Wayback Internet Archive nous renseigne :

« En novembre 1805, les membres de l'expédition Lewis et Clark ainsi que Sacagawea établirent un camp d'hiver au sud du fleuve Columbia. Les explorateurs choisirent un site offrant une protection contre les intempéries, une abondance de wapitis pour la nourriture et l'habillement, ainsi qu'une grande proximité avec la côte pour la production de sel. Ils construisirent le fort Clatsop, une enceinte en rondins comprenant sept cabanes, située à environ 5,6 kilomètres (3,5 miles) à l'est de l'océan Pacifique. Le 3 janvier 1806, un groupe d'Amérindiens Clatsops apporta aux explorateurs du lard de baleine frais en cadeau. Clark écrivit : « … près de l'un de leurs villages, une baleine avait récemment péri. Les Indiens consomment ce lard et le considèrent comme un aliment excellent. Notre groupe a été contraint, par nécessité, de se nourrir de chiens pendant un certain temps… » Déterminés à trouver la baleine échouée, William Clark, Sacagawea et un groupe d'explorateurs quittèrent le fort Clatsop le 6 janvier à la recherche du « poisson monstrueux » échoué au sud d'un promontoire montagneux élevé. Guidés par un autochtone, les explorateurs gravirent la face nord de Tillamook Head, que Clark décrivit comme « la montagne la plus raide, la plus difficile et la plus haute que j'aie jamais gravie… » Parc d’État d’Ecola, sentier Clatsop Loop. Après avoir descendu le versant sud, le groupe traversa le ruisseau Ecola, que Clark nomma ainsi d'après le mot chinook désignant la baleine (ekkoli, prononcé ee-koll-i). Au sud du ruisseau, ils découvrirent le squelette dépouillé de la baleine, longue de 32 mètres (105 pieds). Selon Clark, les villageois locaux de la tribu Tillamook étaient « occupés à faire bouillir le lard » pour en extraire l'huile. Bien que les villageois fussent réticents à s'en séparer, Clark parvint à obtenir, par voie d'échange, 136 kilogrammes (300 livres) de lard et quelques gallons d'huile. L'expédition regagna le fort Clatsop le 10 janvier. Le 8 janvier 1806, Clark écrivit à propos de cette prise : « Si modeste que soit cette réserve, je lui accorde une grande valeur ; je remercie la Providence d'avoir guidé la baleine jusqu'à nous et je la trouve bien plus bienveillante envers nous qu'elle ne le fut envers Jonas, puisqu'elle a envoyé ce monstre pour que nous le dévorions, au lieu de nous faire dévorer par lui comme ce fut le cas pour Jonas. » Le 23 mars 1806, Lewis et Clark remirent le fort à Coboway, un chef Clatsop, et entamèrent le voyage de retour vers St. Louis. »

Extrait du journal de W. Clark  épisode de Jonas

 

 

Des considérations sur la flore et la géologie particulières de la côte sont aussi très instructives :

Un paysage changeant façonné par les forces de la nature. À bien des égards, la forêt qui vous entoure ressemble remarquablement à celle qu'ont traversée Clark et son expédition. Pourtant, elle est aussi très différente. Cette forêt est dominée par l'épicéa de Sitka, la pruche de l'Ouest, le sapin de Douglas, le thuya géant et l'aulne rouge, qui prospèrent grâce à ces conditions de croissance idéales. Les glissements de terrain, les vents côtiers puissants, les tempêtes violentes, les séismes et les incendies ont façonné les « forêts en mutation » du parc d'État d'Ecola. Des couches de bois enfouies profondément dans le sol forestier suggèrent qu'au moins trois forêts distinctes se sont succédé ici au cours des 123 000 dernières années.

Les fortes précipitations, les pentes abruptes et la présence d'argile glissante sous les arbres ont provoqué de fréquents glissements de terrain. Historiquement, ces glissements se sont produits après presque chaque tempête, emportant souvent tout sur leur passage jusqu'à la roche mère basaltique. Le parc d'État d'Ecola, tout comme l'ensemble de la côte de l'Oregon, se situe dans la zone de l'épicéa de Sitka, l’une des zones de végétation les plus productives d'Amérique du Nord.

« La côte, dans les environs... glisse sous l'effet des éboulements des hautes collines, par masses énormes ; cinquante ou cent acres s'effondrent d'un seul coup... »
Journal de William Clark, 8 janvier 1806

 

 


 

Nous roulons en silence vers la ville. C'est malheureusement le dernier jour pour Sébastien, il doit prendre son avion demain…

Il nous reste deux semaines pour finir le chantier.

(.......)

 

 

Dimanche 28 juin 2026

Levés vers 7 h 30… tout le monde dort… Non, Thierry est déjà levé car le café est fait… il fait sa gymnastique comme chaque matin au sous-sol.

Petit-déjeuner avec œufs / bacon de dinde et café torréfié (toujours le mix roasted, très bon !).

Nous partons en voiture vers les chutes de Multnomah… le long de la Columbia River. Il pleut, il fait plutôt froid… je regarde par la fenêtre de notre petite maison, il y a du brouillard dans les pins.

Rapidement, nous quittons la ville en prenant la route qui longe le fleuve. La Columbia River est très large et majestueuse, plus large que nos fleuves européens. L’autoroute longe le fleuve comme une rocade, elle dessert les quelques villes qui bordent le fleuve du côté Oregon ; l'autre rive, c'est l'État de Washington, des forêts impénétrables très vallonnées, le décor de Twin Peaks.

Nous nous arrêtons après quelques kilomètres sur le côté de l’autoroute… Une sortie nous indique le parking dédié aux chutes de Multnomah, qui se voient dans les arbres, assez proches de la route.

Multmonah Fall

La chute d'eau qui tombe d'une assez grande hauteur semble assez fine vue de loin… Pour nous, elle semble sans grand intérêt. Il y a pourtant beaucoup de monde alors que la pluie redouble. On se croirait un jour gris de novembre.

Au bout du parking, une jeune blonde à la casquette devant une chaîne tirée en travers, barre le passage vers la chute d'eau. Elle nous explique que tout est, non seulement payant (parking et visite des chutes d’eau !), mais complet jusqu’à 16 h ! et donc qu’il faut impérativement quitter ce parking, les places libres étant « réservées ». C’est un « spot touristique » trop connu. Nous sommes dimanche, il y a étonnamment beaucoup de monde même s'il fait gris et froid. Nous partons sous la pluie sans regret… laissant une petite foule agglutinée avec parapluies et K-Way…

La petite bourgade de Cascade Locks, comptant mille âmes déclarées, est traversée par la Wa Na Pa Street, qui n’est que le nom local pour la US 30 Route, qui longe le grand fleuve en parallèle de l’autoroute qui va jusqu’au Montana voisin.

Le village est tout petit avec une station-service face à un vieux supermarché assez authentique. Il y a quelques voitures arrêtées sur le bord de la route devant un petit fast-food en bois blanc. Nous avons faim. Après avoir garé la voiture, nous marchons plutôt vers la taverne de l’angle qui attire le client avec une enseigne reprenant le design Jack Daniel's, c’est une auberge familiale : la « Whiskey Flats Tavern ».

 

 

L’ambiance est aux habitués, nous sommes dimanche. Il y a quatre personnes qui discutent et picolent, juchées sur des tabourets devant le bar en bois jaune. La jeune fille de la maison, qui pèse son poids, nous prend la commande derrière sa caisse enregistreuse d’un autre âge. La taverne, tout en bois local j'imagine, est décorée de bric et de broc avec néons et souvenirs punaisés un peu partout. Un panneau lumineux « Be nice or leave » surplombe le bar. Il fait bon, l’ambiance est chaleureuse. Les hommes et les femmes sont en shorts avec T-shirts et casquettes. Les tatouages sont unisexes, l’apparence aussi. Nous sommes regardés avec curiosité mais, après les saluts d’usage, nous redevenons invisibles. C’est très « bon enfant ». Nous avalons des hamburgers maison et des bières. C’est plutôt bon sans être exceptionnel… Je photographie Jules qui revient des toilettes, il est tout sourire, décoiffé et heureux… « Voilà un endroit typique qui aurait plu à Seb », me dit-il.

Nous sortons prendre un café juste à côté dans une sorte de salon de thé pour petits-déjeuners. Drôle d’endroit, un peu romantique, décrépi. Deux pièces avec tables et jeux de société. Deux jeunes filles font un puzzle dans un coin. Nous prenons deux larges cafés et un horrible gâteau à la cannelle que je n’arriverai pas à manger. Jules et Thierry discutent longuement assis face à la fenêtre qui donne sur la Wa Na Pa Street. Je fume un cigare dehors, assis sur une balancelle de ferraille, comme un papy local avec une casquette sur la tête, je regarde le peu d’animation de la bourgade. La route est calme. Peu de mouvement, quelques piétons. Un dimanche au bout du monde.

De la route, la vue sur la Columbia River est envoûtante… les berges sauvages, le lit très large ; sa surface noire hérissée de vaguelettes semble un Styx… Il y a du vent, le fleuve moutonne.

Nous nous arrêtons un peu au hasard en prenant une petite route bifurquant vers le fleuve. Nous découvrons l’écluse de Cascade Locks…

Photographie venant du site à consulter pour un historique complet : Ainsworth 

 

 

Endroit très intéressant et curieusement vide !… Nous voilà devant une immense structure de maçonnerie comme un dock sans port, berge d’un canal parallèle au fleuve visible sous le lourd ciel gris.

Un petit musée historique charmant dans une minuscule maison de bois peint en blanc semble posé là, solitaire et oublié. La bicoque fait face à un grand parking vide donnant sur un petit pont reliant le quai à une longue île boisée.

La vue sur la Columbia River en amont et en aval est magnifique. Nous nous garons sur le grand quai où seul stationne un van de pêcheurs.

Les eaux tumultueuses grondent dans le canal aux murs lisses. Deux types en casquette pêchent à quelques distances. Au bout du quai, nous sommes, grâce à la courbe du fleuve, face à un grand pont métallique qui, dans le lointain, relie les deux rives. La structure en résille de métal est impressionnante.

 

 

J’apprends que c’est le « Bridge of Gods », une construction de type cantilever (porte-à-faux) datant de 1926. C’est le passage entre deux États… il est aussi emprunté par les marcheurs du PCT, le fameux « Pacific Crest Trail », circuit de grande randonnée et d’équitation qui va du Mexique au Canada.

Pourquoi le pont de Dieu ? Son nom viendrait du fait qu’un barrage naturel de pierre permettait autrefois de passer le fleuve l’été… Avant le grand pont de 1925, il n’y avait pendant très longtemps que des bacs de fret qui transportaient les hommes et les marchandises.

Le temps couvert, le vent et l’immense nature donnent au panorama quelque chose de violent et de sauvage alors que nous ne sommes qu’à une soixantaine de kilomètres de Portland. Ce sont déjà les grands espaces qui nous saisissent de leur fascination propre à nos regards d’Européens.

Nous allons nous promener sur l’île qui frémit dans le vent de ses grands arbres. Nous sommes seuls tous les trois, il n’y a personne d’autre sur le site que les deux mutiques pêcheurs, tout à leurs affaires. Le contraste avec les grappes de touristes de Multnomah, tant vantée par les guides, est saisissant. Ici, on respire, ici nous sommes loin…

Cet énorme quai, ce canal découpant une partie de la berge pour en faire une île ne cesse de me surprendre. Je lis avec attention le panneau explicatif illustré de vieilles photographies sépias qui détaillent les colossaux travaux effectués ici à la fin du XIXe siècle. Ils furent entrepris pour franchir les dangereux rapides du fleuve, qui était non navigable sur une distance de deux kilomètres, car il plongeait avec treize mètres de dénivelé, avec des eaux furieuses.

« Le besoin d'améliorer la navigation sur le fleuve Columbia est apparu avec le flux d'immigrants se dirigeant vers l'ouest et s'est accentué à mesure que ce mouvement se transformait en un véritable raz-de-marée commercial. Le franchissement des rapides demeurait le défi majeur.

En 1876, le Congrès alloua 90 000 dollars au Corps du génie de l'armée américaine (US Army Corps of Engineers) pour étudier la construction d'un canal au niveau des Cascades. Durant les vingt années qui suivirent, jusqu'à l'ouverture du canal en 1896, ingénieurs militaires et entrepreneurs privés luttèrent contre les éléments pour mener à bien ce projet monumental.

À l'origine, le canal devait mesurer huit pieds de profondeur (2 m 50), cinquante pieds de largeur (15 m 50) et 7 200 pieds de longueur en période d’étiage (2 kilomètres 100), et comporter deux écluses. Le coût du projet fut fixé à 1,2 million de dollars.

À peine les travaux avaient-ils débuté, en novembre 1878, que des vents violents, la pluie et des glaces dérivantes interrompirent la navigation fluviale et isolèrent les équipes sur le chantier de Cascade Locks. La nature faisait comprendre que le prix à payer pour cette transformation serait élevé.

En 1880-1881, il fut décidé de modifier les spécifications techniques en raison d'une erreur de calcul concernant le niveau des basses eaux. Les plans furent révisés pour ne prévoir qu'une seule écluse, large de 90 pieds et longue de 462 pieds, avec un dénivelé de 24 pieds (porté ultérieurement à 36 pieds).

Les travaux du canal reprirent en 1886. Des tailleurs de pierre qualifiés façonnèrent les blocs destinés aux parois de l'ouvrage.

Des blocs de basalte de trois pieds d'épaisseur, posés à sec (sans mortier), furent installés au-dessus de la ligne des hautes eaux.

Le dispositif comprenait désormais quatre jeux de portes d'écluse. Les portes de garde, situées à l'extrémité amont du canal, étaient les plus grandes jamais construites à l'époque : elles mesuraient 55 pieds sur 52,6 pieds et pesaient 325 353 livres. Comme la crue de la rivière atteignait son apogée chaque année au début du mois de juin, aucun travail ne pouvait être effectué durant les mois secs de l'été. Chaque année, au début de la saison des crues, tout le matériel devait être retiré, puis remis en place une fois la crue passée. Les travaux reprenaient à l'automne, mais étaient entravés par de fortes pluies et des chutes de neige fréquentes. Les ouvriers portaient des manteaux en toile cirée encombrants et des bottes peu pratiques, ce qui ralentissait considérablement leur cadence.

Les fonds tardaient à arriver et, en 1888, le commandant Handbury fit remarquer qu'« une génération entière naîtra et s'éteindra entre le début et l'achèvement de (cette) entreprise ».

Enfin, après la réparation des dégâts causés par la crue de 1894, le canal fut inauguré en 1896. La somme de 3,8 millions de dollars avait été dépensée, mais le coût en labeur humain dépassait de loin toute valeur monétaire. Compte tenu de l'isolement et des conditions extrêmes du site, les statistiques du projet — par ailleurs banales — sont saisissantes. »

 

 

Maintenant, de grands bateaux blancs à multiples cabines avec une roue arrière à pales circulent sur le fleuve. Nous regardons passer un magnifique exemplaire que l’on imaginerait bien sur le Mississippi. Le grand barrage de Bonneville avec ses écluses a transformé la navigation fluviale et les eaux sont maintenant régulées.

Nous continuons notre route…

 

 

La forêt brûle sur la rive d’en face. Le feu a ravagé la moitié d'une colline, les grandes herbes jaunes couchées par le vent sont dévorées par des flammes rouges que l’on aperçoit de la route. Nous assistons au ballet des Canadair… Les énormes fumées brouillent le ciel qui s’est éclairci. Le paysage change, la forêt diminue. Nous arrivons à la petite ville de The Dalles.

Il me semble que nous avons changé d’État, changé de climat, changé de paysage, changé de film. Il fait chaud, il y a du soleil, les collines arides sont couvertes d’herbes jaunes qui semblent brûler facilement, il y a un fort dégagement de fumée et les avions tournent dans le ciel.

La petite ville écrasée de chaleur est constamment survolée par des sortes de Canadair. Nous allons prendre un café dans le seul établissement ouvert. Un genre de café alternatif avec des vieilles banquettes, un comptoir assez vide et des plantes vertes en mauvais état. Nous restons vautrés dans les fauteuils à discuter. L'employé fait son ménage et nous informe mollement qu'il va fermer. L'ambiance de la ville est inexistante, une ville quasi morte mais sympathique d'aspect. Le dimanche, il ne se passe rien. Le petit musée est aussi fermé.

 

Dalles 2026

 

Après avoir déambulé dans les rues adjacentes, nous nous perdons dans une grande boutique de fripes odorantes, toutes plus moches les unes que les autres. Derrière son comptoir en verre, la vendeuse enfile des perles en plastique sur de longs colliers. Sans grâce, petite et grosse, elle tient la boutique dans une ville déserte. Nous avons changé d’ambiance. La forêt et les montagnes sont loin. La ville est plate et sans trop de verdure. Le fleuve est inaccessible car la ligne de chemin de fer fait une frontière. The Dalles est cinématographique pour nous, mais certainement assez morose à habiter.

Nous retrouvons la voiture sagement garée à l’ombre, puis nous rentrons d’une traite.dans notre petit gîte de Beaverton, direction Lizzie Road à Portland.

 

Thierry Bourdonnais, Jules Oriol, Amaury de Cambolas

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