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Les officiels américains appelaient madame Nhu, la « Dragon Lady ». Les Sud-vietnamiens qui prenaient le risque de critiquer la conseillère du Président Ngo Dinh Diem, préféraient le terme de « Tiger Lady » car l’image du dragon est respecté en Asie.  
Le Xuan Nhu, épouse du frère du président, fut une personnalité internationale aussi fugace qu'impressionnante.

Ce fut un condensé de la tragédie vietnamienne. Jeune, belle, elle rivalisa sur les couvertures des magazines avec Jackie Kennedy dont elle est l’antithèse.
Elle est bien oubliée aujourd’hui comme commence à l’être la République du Sud-Vietnam qui s’efface petit à petit des mémoires.

Elle est morte en 2011.

Tran Lê Xuân fut donc une personnalité excentrique qui rentra dans le champs de la politique internationale au corps défendant des puissances concernées. Le vice président des Etats-Unis Lyndon B.Johnson comme Henry Cabot Lodge ( l'Ambassadeur américain au Vietnam) en seront abasourdi après avoir été confrontés au charme, à la spontanéité et l’irrationalité d’une première dame très particulière. Elle se montra avide, sensuelle, autoritaire, intolérante mais féministe et agissante dans un Sud-Vietnam qui fort de ses archaïsmes ne sera pas capable de réitérer l’exemple sud-Coréen, sauvé de la mainmise communiste grâce à l'intervention internationale portée par la puissance américaine.

Toute la stratégie de Kennedy, comme la position de la France liée au discours de Phnom-Pen du Général de Gaulle seront par la présence de cette jeune et jolie femme, battu en brèche. Les présidents Français et Américains seront trompés et acculés à des positionnements politiques intenables. La tragédie ne faisait que commencer.

Le Xuan qui signifie en vietnamien  « Printemps fleuri » fut l’épouse de Ngo Dinh Nhu, proche frère du président de la république du Sud-Vietnam.

Nhu dirigeait les services de sécurité de la République du Sud Vietnam de 1955 à 1963. C’est à dire qu’il était l’homme orchestre de ce que l’on appelait autrefois, la Police Secrète. Omniprésente et sans contre pouvoir, cette police fut une arme extrêmement puissante au service de la politique de son frère. Le président Ngo Dinh Diem
qui après avoir été appelé aux affaires par l’ex-empereur Bao Daï, fut élu à plus de 90% des voix en 1955 dans un référendum accepté par les américains mais truqué au delà de ce qu’ils avaient imaginés.
 La compréhension de la tragédie vietnamienne est à chercher dans cette petite partie d’Histoire qui est trop souvent éludée lorsque l’on évoque la fin de la "Guerre d’Indochine "(Dien Bien Phu et les accords de Genève en 1954) ou la "Guerre du Vietnam" dont le plus fort de l’engagement militaire américain se situe après 1963,  dans l'après  Kennedy 1964 - 1973 ( 1973 début du désengagement qui s’inscrit dans la présence américaine  qui va de 1954 à 1975 chute de Saigon). En effet, c’est l'ensemble de la politique américaine d’aide et de « containment » au Vietnam du Sud en 1955 qui constitue un très « mauvais départ » pour l'engagement US. Le coup d’état des généraux sud-vietnamiens de 1963 n'apporta aucune solution, bien au contraire, pour endiguer la fuite en avant et les dérives d'une situation inextricable dans le premier sens du terme pour les forces engagées dans la lutte anti-communiste de l'après guerre.
Le gouvernement autoritaire du président Diem, célibataire, vierge et chrétien, exilé longtemps aux États unis ( il n’en n'est revenu que par la volonté de l’ex-empereur Bao Daï ) repose entre les mains de son frère Ngo Dinh Nhu,  puissant chef de la sécurité et son plus proche conseiller politique.

 

 

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Il est lui même sous la domination de sa jeune épouse dont il est très amoureux. Il était dit dans les milieux français qu’elle « portait la culotte ». C’est donc tout naturellement que Le Xuan Nhu, appelée avec déférence  « Madame Nhu » devint la première conseillère puis une sorte de « first Lady » très visible, très médiatique. Elle porta elle même les réformes sur la famille, la place des femmes dans la société vietnamienne, la moralisation des comportements. Elle fut rapidement dénommée la « Toxic Lady » puis la « Dragon Lady ».

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 Il faut retracer le parcours de sa vie pour évaluer la force et la détermination de celle qui survécut à des événement qui auraient dû l’emporter comme son entourage.
Issue d’une famille de riches propriétaires, son père Tran Van Chuong était un familier de la cour de l’Empereur. Il fut ministre des affaires étrangères durant le gouvernement BaoDaï après le coup de force des Japonais lors de l’effondrement français en 1939.  Mais madame Nhu fut par son mariage propulsée dans le clan des Ngo.
Le clan Ngo est un roman à lui tout seul. Nous ne l’évoquerons que brièvement. Famille de mandarins convertie au catholicisme, la génération qui nous occupe est très brillante dans un certain sens.

 Les six frères Ngo sont:

L’ainé, Ngo Dinh Khoi, gouverneur de la province Quant Nam. Après la chute des japonais, il est arrêté par le Vietminh, avec son fils Ngo Dinh Kha, sur de vagues soupçons,. Ils sont torturés et enterrés vivants en 1945.  Ceci semble être une des raisons de l’anti-communisme de ses frères.

Le frère Président Ngo Dinh Diem fit d’excellentes études au lycée français de Hué. Francophile, Catholique, abstème, chaste et à jamais célibataire, il travailla pour l’administration coloniale dès les années trente ( il fut gouverneur de la province Binh Thuan) puis ses orientations nationalistes le font entrer en politique mais dilemme, s’il est anti-français (contre le système colonial)  il est aussi anti-communiste ( anti Viet-Minh)…Il créa d’abord le « Daï Viet Phu Hung Hoï » une association pour la restauration du grand Vietnam puis aidé par son frère Nhu, il fonde le parti  "Can Lo " que l’on pourrait qualifier d’indépendantiste ( anti-Français), d’ anti-communiste (refus de la politique d’Ho Chi Minh ), de nationaliste et d’obédience néo «"Personnalisme" inspiré de la doctrine catholique d’Emmanuel Mounier.

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Le Président Ngo Dinh Diem

Il revient de son exil au Etats-unis pour être premier ministre ..puis Président de la nouvelle République du Sud Vietnam.  Il fut exécuté au poignard et achevé au pistolet par les généraux putschistes en 1963.

 

 

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Ngo Dinh Nhu Le Xuan Le Chuong


 Ngo Dinh Nhu, très proche de son frère politiquement est tout aussi francophile mais indépendantiste. Il fait l’école des Chartres en France. Travaille à la bibliothèque d’Hanoï comme archiviste paléographe. puis rentre en politique dans le sillage de son frère. Il dirige la sécurité intérieure, la police et l’armée avec une main de fer. Impitoyable et cultivé, il est un mélange de Torquemada et de Machiavel selon Jean Lartéguy. Il fait un mariage d’amour avec Le Xuan de la famille Le Chuong, celle qui nous occupe :Madame Nhu née Le Chuong. Comme son frère, il fut exécuté par les généraux putschistes en 1963.

Pierre Martin Ngo Dinh Thuc, prêtre, est lui, devenu archevêque de Hué en 1960. Il jouera un rôle politique durant la présidence de son frère mais sera deux fois excommunié pour avoir consacré des évêques sans l’accord du Saint Siège.. Il mène une politique très anti bouddhiste,. Au moment de l’assassinat de ses deux frères, il se trouve à Rome, exilé in extremis grâce au concile auquel il avait été convié en 1962. Il ne reviendra jamais au Vietnam. Il vit en exile entre la France , l’Espagne et l’Italie . C’est lui qui ordonne et consacre Clemente Dominguez y Gomez, le fondateur de l'Église Chrétienne palmarienne des Carmélites de la Sainte Face qui se proclame après une vision dit-il, nouveau Pape, à la mort de Paul VI …Il est évidement immédiatement excommunié lui aussi!..Dinh Thuc fait amende honorable..il est réintégré ..concélèbre des messes avec Monseigneur Barthe, évêque de Toulon mais continue à ordonner des prêtres dans son appartement ..et est évidemment de nouveau excommunié…Il meurt dans un Monastère d’une congrégation vietnamo-américaine dans le Missouri en 1984. Il a été un souci constant pour la Congrégation de la doctrine de la foi siégeant à Rome sous la direction de Monseigneur Ratzinger .



Après la soutane, le sabre …Le cinquième frère; Ngo Dinh Can lui n’a pas fait d’étude et ne maîtrisa que très peu le français. Ce fut un chef de guerre qui régna sur le centre du pays, il n’a jamais quitté Hué, la capitale impériale.
Par la force et la menace, souvent mise à exécution, il accapare un grand nombre de terre et devient un seigneur féodal.
Il n’hésite pas à tuer de ses propres mains ses opposants. Puis s’engage dans la lutte anti-communiste avec férocité. Il s’implique violemment contre les ennemis intérieurs que sont devenus les moines bouddhistes qui sont en rébellion contre le pouvoir autocratique de Saigon. On le soupçonne d’avoir fait du marché noir de riz avec le Nord Vietnam comme d’avoir organisé des filières d’opium via le Laos.
Il fut arrêté après la chute de son frère.  Emprisonné et jugé en 1964, très diabétique, il dut être amené en civière pour être fusillé devant 200 personnes. Il légua sa fortune à des institutions de charités catholiques.

Ngo Dinh Luyen, le dernier frère, échappa à la malédiction du clan. Il fut ambassadeur au Royaume Uni. Bien que nommé par son frère Diem, il survécu à la tourmente en devenant plus secret et discret qu’un diplomate puisse être. Il est mort dans l’anonymat en 1990.

 

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Voilà ce que fut la famille d’accueil de la jeune Le Xuan qui rencontra son mari à quinze ans alors qu’il en avait trente.

Tran Le Xuan est née dans une famille de mandarin éduqués, très lié avec la France. Son grand père Tran Van Thong était un estimé gouverneur d’une province du Tonkin.
Son père Chuong marié très jeune ( à quatorze ans) parti poursuivre ses études entre Alger, Montpellier et Paris. Il fut le premier vietnamien à devenir, en 1922, docteur en Droit.
 Sa mère Chuong qui endura la difficile condition des femmes vietnamiennes de haut rang, qui étant dans l’obligation de donner un fils à la famille, se trouvait dans la servitude terrible de la position de jeune épouse, véritable servante de sa belle mère. Elle eu le malheur d’avoir deux filles avant la naissance du garçon tant désiré. La femme vietnamienne passait sa vie sous la coupe de son père d’abord puis sous celle de son mari puis enfin sous la domination de son fils aîné. Pour Le Xuan être la deuxième fille la reléguait dans une position totalement subalterne. Sa jeunesse fut assez difficile et douloureuse. Elle fut largement utilisée par son père pour le service de sa grand mère paternelle. Elle n’était pas considérée dans le protocole de ces maisons comportant nombre de domestiques et abritant la première épouse qui régnait sur les deux ou trois suivantes plus jeunes. Les enfants et la vie domestique occupaient toutes les tâches. Les hommes ne s’occupaient absolument pas des affaires domestiques, c’était un monde de femme, régit par les femmes où Le Xuan n’était rien ..Même les domestiques ne la considéraient pas car elle n’avait aucune influence. L’organisation de vie dans les petites villes de campagne étaient très traditionnelle, issue de mille ans d'occupation chinoise. Mais par bonheur pour elle, sa mère ayant goutée au progressisme occidental à Hanoï, fut très favorable à l’idée de donner une bonne instruction pour compléter l’éducation de ses deux filles: Le Chi et Le Xuan. Elles firent donc de solides études d’abord dans une école primaire de Saigon puis dans la capitale du Nord, Hanoï.

La famille Le Chuong vivait dans un mélange de tradition vietnamienne et de vie « à la française ». Le français était la langue couramment parlée dans la famille. Toute sa scolarité, se fit dans le lycée français d'Hanoï qui mélangeait les enfants des colons avec les enfants de la bourgeoisie vietnamienne éduquée. Le Xuan fut une très bonne élève. Sa mère Madame Chuong gagna en influence et son rôle social fut renforcé grâce à ses causeries du mardi où toute la bonne société influente se rassemblait dans ses salons. Il y avait donc un mélange de vietnamien et de français, de diplomates et même lorsqu’ils seront présent à Hanoï, de Japonais. Elle était très belle et intrigante …comme le sera sa fille.  C’est dans ce salon recherché que le jeune Ngo Dinh Nhu, venant d’une excellente famille de Hué comme nous l’avons vu, âgé de trente ans et ayant passé dix ans à Paris d’où il revint couronné du prestigieux diplôme de l’école des Chartres, rencontra Tran Le Xuan.

Il est beau et silencieux …… Certaines rumeurs disent qu’il aura été "testé" comme amant par la sa futur belle mère avant d’être "donné" à sa fille, qui s’empressa d’accepter pour sortir de cette famille étouffante. La condition des femmes dans la haute société étaient assez éprouvante. Elles étaient de véritables servantes des hommes. Elles passaient  comme nous l'avons dit, leur vie sous la coupe de leur géniteur avant d'être sous celle de leur mari pour finir assujetties à leur fils qui avait très vite autorité sur elle.  Le luxe apparent de leur existence cachait une position très difficile à vivre.

Le caractère de la jeune Le Xuan ne se prêtait pas à cette soumission. Elle déclarera n’avoir jamais été aimé de ses parents et donc profita de l’occasion qui lui a été donné de sortir de sa famille …Ses parents Tran an Chuong  et Tran Thi Nam Tran eurent un étrange destin. Après une vie brillante et luxueuse au Vietnam et à Washington où monsieur Chuong fut diplomate, ils se retirèrent de la vie public pour ne plus faire parler d’eux jusqu’à l’été 1986 où ils furent sauvagement assassinés chez eux par leur seul fils Tran Van Khiêm.  L’histoire est éprouvante ..ce fils adulé, ce play boy, bavard et instable qui bénéficia de toutes les facilités lors de la présidence Diem fut laissé pour compte lors du putsch de 1963. Il resta seul à Saigon. Ses parents étant aux États Unis, sa soeur adoré , Le Xuan en Europe, la protection du clan Ngo disparue, il fut emprisonné par le nouveau régime.
 Sa mère ne put rien pour lui malgré ses tentatives auprès des américains. Il resta emprisonné et fut détruit psychologiquement par les mauvais traitements infligés. Oublié par tous, il fut relégué aux travaux forcés dans l’Ile de Poulo Condor de sinistre mémoire. Là son corps fut autant ravagé que son esprit. Âgé de seulement quarante ans, il était une épave échouée chez ses parents à sa libération.
Recueilli au début avec émotion chez eux à Washington, leur relation se détériora jusqu’à la rupture …Il fut mis dehors par ses parents et découvrit par là même qu‘il était déshérité, c'est alors qu'il les assassinat avec brutalité en les étouffant avec un oreiller. Il fut interné à l’hôpital psychiatrique Saint Elisabeth de Washington pendant sept ans pendant lesquels il suivi de nombreux traitements sans amélioration notable. Il fut expulsé en France en 1993 où depuis sa trace se perd. Madame Nhu n’en dira rien, bien qu’elle fut en France également.

 

 


La personnalité de Madame Nhu se montre dans ce court extrait d’interview où elle sidère les observateurs en commentant la crise des moines qui vont en martyr s’immoler par le feu dans les rues de Saigon.  
Ces images terrifiantes qui stupéfient, donnent à la réplique de madame Nhu lors du premier « auto da fé » ( sens premier) la mesure de la violence des engagements qui façonnent cette période de l’Histoire.

« The only things they have done, they have barbecued one of their monks whom they have intoxicate whom they have abuse their confidente and even this barbecuing was done not even with self sufficient means because they used imported gasoline … »

 

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Cinq autres moines s’immoleront par le feu ..
Les premières images de Malcom Browne, correspondant à l’Associated Press font un scandale aux États-Unis. Le pouvoir autoritaire de Diem flanche, la répression contre les fêtes bouddhistes et leurs manifestations suspectées d’être utilisées par les communistes n’est plus tenable.
Les interdictions de parades publiques avec drapeaux et symboles pour les pagodes de Hué qui fêtaient la naissances de Bouddha sont avec du recul assez futiles et mesquines. Il s’agirait d’une vengeance organisée par l’archevêque Ngo Dinh Thuc ( frère aîné du président ) qui aurait été mortifié de ne pas avoir reçu de présent de la part du « vénérable" Thich Dinh Kiet président de l’association des Bouddhiste du Vietnam . Le vénérable résidait lui aussi dans l’ancienne capitale impériale où Monseigneur Thuc donna une immense et fastueuse fête pour son jubilé sacerdotal. Les manifestations catholiques étaient très encouragées par le régime qui tenant en suspicion les moines et ne pratiquait pas les parts égales entre les communautés. Outre l’interdiction de manifestations publiques, le gouverneur refuse aussi aux pagodes toute intervention radiophonique lors de cet anniversaire.
La foule se rassemble, les moines accompagnés du Vénérable vont chez le gouverneur pour contester et faire annuler cette interdiction.
 La foule grossit et s’enfle de …vingt mille personnes dit-on. Elle se masse devant l’immeuble de la radio ..la répression ne se fait pas attendre . Après quelques sommations, l’armée, commandé par un catholique ( le commandant Dang Sy) tire sur la foule, tue des enfants et blesse beaucoup de manifestant…Il y aura neuf morts dont six enfants. L’année 1963 est un tournant. Le monde découvre la lutte des moines contre le pouvoir du Sud-Vietnam.
Ces moines pacifistes ne sont pas comparables à la secte politico religieuse des Binh Xuyen que les français avaient utilisés fors de leur milices para-militaires aux méthodes mafieuses. Contestant le pouvoir de Diem, les Français avaient essayé de mettre le général Nguyen Van Dinh au pouvoir. Mais face à ce danger, le président Diem n’avait pas tergiversé et sans attendre un quelconque feu vert des conseillers américains, il s’engagea dans une répression terrible qui transforma Saigon en champ de bataille en avril 1955. La chute des Binh Xuyen déclencha le départ définitif des français du Vietnam après plus de cent ans de présence. La secte, bien que se livrant à des activités illégales bien profitables ( extorsions de fond, contrebande et prostitution) reçu du ministre des colonies, George Mandel, un statut officiel en 1938 !
L'histoire des sectes vietnamiennes très particulières est à faire.


Madame Nhu fit donc sensation par sa désinvolture face à ce qui sidérait l’opinion internationale. La guerre du Vietnam avait déjà ses travers de brutalité inouï rapportés par la presse ..le contraste entre la beauté du pays et l’horreur des combats comme le carnage d’Ap Bac à une cinquantaine de kilomètre de Saïgon ne pouvait qu'enchaîner l’opinion mondiale dans un jeu de répulsion; fascination . Ap Bac fut en 1963 la première victoire de petits Viet-cong contre les modernes troupes héliportés vietnamiennes encadrées par des conseillers américains. La défaite est cuisante et de nombreux américains seront tués au combat.  L’opinion américaine découvre avec effarement que le Viet-cong, très habile, resta sur place après la bataille et anéanti une colonne de secours terrestre de l’ARVN ( l’Armée de la république du Vietnam) qui venait sur ordre récupérer les corps des conseillers américains. Le ratio entre les morts américains et sud vietnamiens sacrifiés fut aussi un motif d’indignation. L’année 1963 sera l’année de la fronde des généraux, ce fut donc la dernière année du règne de madame Nhu.

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 Harangue de Madame Nhu face à l'ARVN 1962


Son implication politique, son féministe actif qui s’exprimait d’une manière assez singulière par des lois répressives mais « moralisantes » comme le statut de la femme dans la famille couplé avec l’interdiction du divorce, fut très mal accepté par la société traditionnelle vietnamienne. Elle se lança dans des croisades pour la place et la dignité de la femme qui alla de l’interdiction de la prostitution à l’interdiction des concours de beauté et des danses lascives !! Elle lutta farouchement contre les fumeries d’Opium si prisées des français. Considéré comme intrigante et rusée, son pouvoir sur son beau-frère fut un obstacle aux tentatives des Américains pour sortir de cette crise religieuse. Le sud Vietnam gonflé des réfugiés catholiques du nord trop choyés par la présidence Diem, s’enfonça pour son malheur dans une lutte contre les moines.bouddhistes qui surent trouver une méthode d’Agit-Pro  incroyablement spectaculaire que les communistes n’eurent qu’à utiliser pour transformer l’engagement américain en une abomination immorale.

 

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L'attitude provocante devant les micros et caméras comme le programme de moralisation de la société: répression de l'adultère, interdiction du divorce, bannissement de l'avortement ne pouvaient être acceptés par les Américains qui se voyaient enchaînés au président Diem qui intraitable résistait à toutes leurs pressions pour qu'il se sépare de Madame Nhu et de son mari. Le remplacement brutal du président Diem fut finalement décidé par Kennedy après une tournée de Madame Nhu aux Etats-Unis où elle fit des déclarations incendiaires que la presse qui commençait à monter en puissance contre l'engagement militaire, jugeait scandaleuses et indéfendables; les bouddhistes seraient exploités et contrôlés par les communistes, les immolations seraient des manoeuvres organisés avec de pauvres moines bourrés d'opium....

La prise de conscience après la défaite d'Ap Bac donne à penser aux Historiens que Kennedy voulait le désengagement dès ce moment là. La décision fut prise en d'envoyer une nouvelle mission d'étude au vietnam le 23 septembre 1963. Le général Maxwell et Robert Mac Namara devaient étudier en sous mains les "solutions de remplacement" . MacNamara réitéra l'exigence américaine conditionnant la normalisation des aides à l'acceptation des demandes formulées par les bouddhistes et à l'interdiction de parole de Madame Nhu. Le président Diem refusa une fois de plus. Le manque de clairvoyance du président Diem est stupéfiant car en pleine crise militaire, il devenait un obstacle au travail de l'administration américaine qui voulait faire de l'ARVN une force autonome et suffisante contre le Nord, ce qui devrait dans leurs esprits amener au désengagement américain durant l'année 1964.

Le 1er novembre, le gouvernement fut renversé. Diem et Nhu furent exécutés le soir même alors que Madame Nhu était en voyage. Kennedy fut tué le 22 novembre soit 20 jours plus tard. L'escalade commençait.

Madame Nhu échappa donc au coup d'état de novembre. Son mari et le président furent sauvagement exécutés au couteau dans un véhicule de transport de troupe ( APC Armed Personnal Carrier), cela sidéra Kennedy qui n'imaginait pas qu'ils puissent finir de si horrible façon. La haine entretenue par l'image de la "Tiger Lady" lui aurait certainement valu une exécution au moins aussi barbare. Robert Mac Namara, secrétaire de la Défense, la considérait comme une "twisted witch" diabolique et retorse comme il l'écrit dans ses mémoires. John F. Kennedy lui, l'appelait en privé "That goddam bitch".."That bitch stuck her nose in and boiled up the whole situation there" dit-il.

Disparue dans la tourmente des événements, elle retourna dans l'anonymat... donc on l'oublia.

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Une jeune américaine, Monique Brinson Demery partit à sa recherche en 2005. Madame Nhu disparue, exilée depuis 45 ans n'avait pas d'adresse connue et se tenait très éloignée de la presse depuis sa timide réapparition dans les journaux américains lors du meurtre de ses parents par son frère Khiêm en 1986. Elle vivait disait-on en Europe où personne ne la connaissait. Elle refusa tout contact avec un journaliste du New York Times qui la retrouva et tenta de l'approcher en Italie. Elle habitait dit-il à ce moment là, dans une villa quelque part dans la banlieue de Rome. Depuis, plus rien, plus de nouvelles, personne ne savait si elle était toujours vivante.

Voilà pourquoi l'enquête de Madame Brinson Demery devient si interéssante. Elle le raconte dans son livre "Finding the Dragon Lady" paru en 2014  ( BBS PublicAffairs NY)...Pourvue d'un Master en études asiatiques, Monique B. Demery qui parle le vietnamien, se focalisa sur Madame Nhu comme sujet d'étude ..Comment une si jeune femme qui n'avait pas quarante ans ..petite de taille malgré ses haut talons et toujours impeccablement habillée dans de jolies robes cintrées,  pu avoir ce pouvoir extraordinaire de peser sur la politique internationale et d'emmener en 1963 la machine de guerre américaine dans une spirale infernale?  Qui était la Dragon Lady? Il fallait la retrouver pour savoir.

Monique B. Demery arriva à Paris avec de forts indices de l'y trouver.

Les forts indices n'étaient qu'une simple phrase d'un article paru sur un site vietnamien en 2002  Madame Nhu aurait reçu ce compatriote journaliste dans son appartement parisien et il décrit la vue de sa fenêtre du 11eme étage donnant sur la tour Eiffel. Voilà le début de l'enquête qui l'amène après bien des péripéties à retrouver et rentrer en contact avec la mystérieuse Madame Nhu qui n'a jamais publiée ses mémoires.

Le style est direct. Les descriptions des approches effectuées pour amadouer madame Nhu sont décrites comme dans un roman. Puis se déroule la biographie de cette toute jeune mère qui échappa aux communistes en courant seule sous la pluie en 1946, traversant un pont sous les balles avec son bébé plaqué contre elle. Cette femme dont le monde s'écroule lorsqu'elle devient mère, à connue la vie très réglementée de la haute bourgeoisie traditionnelle, l'aisance coloniale française, l'occupation japonaise, les représailles communistes, elle est gardé trois mois dans un camp de travail (elle est remarqué par un commandant Vietminh éduqué  qui la libère) elle se cache à Phat Diem chez un prêtre catholique. Puis assiste à la chute du Tonkin et donc de l'Indochine Française pendant que désargentée, elle vivait une simple vie de famille à Dalat avec ses quatre jeunes enfants:  Le Thuy, Trac, Quynh et Le Quyen

Son mari y fonde le "Can Lo"  comme nous l'avons évoqué précédemment, son parti nationaliste anti-communiste mais surtout "Personnaliste" bien qu'anti français ( Le Personnaliste, la troisième voie humaniste entre le capitaliste libéral et le communiste dictatorial théorisé par Emmanuel Mounier !)

Nous n'evoquerons ici que très superficiellement la vie de Le Xuan Nhu car il faut lire le livre de Monique Brinson Demery

Madame Nhu retrouve l'aisance matérielle de sa jeunesse en liant sa destinée à la politique de son mari et de son beau frère Diem, le futur Président qui devient le premier ministre de l'Empereur Bao Daï . L'histoire est incroyable, compliquée et mélangeant la politique vietnamienne à celle de la politique mondiale dite de "La guerre froide" pour dix ans de guerre chaude. Madame Nhu par son énergie et son caractère, fascina les médias du monde. Son courage physique est indéniable : face aux balles en 1946 s'échappant d'une probable exécution sommaire parmi des rangées de cadavres sous la pluie; face aux troupes des Binh Xuyen devant le palais de l'Indépendance en 1955 armée uniquement de son "Ao Daï" ( longue robe traditionnelle moulante)  Elle tient tête et s'entête, dérange les Français contrecarre les Américains et devient cette "Dragon Lady" dont Monique Brinson Demmery nous déroule l'histoire extraordinaire. Madame Nhu dans la tourmente de sa vie est cernée par les disparitions brutales: son mari et beau frère assasinés en 1963, ses parents assassinées en 1986, ses deux filles qui se tueront l'une et l'autre dans des accidents de la route. A Longjumeau en 1967, sa fille adorée Le Thuy meurt dans sa voiture percutée par deux camions. En 2012, Quyen, avocate à la commission romaine de l'immigration est tuée en scooter par un bus. Madame Nhu sera préservée de cette dernière douleur, car elle meurt un an auparavant, à Rome en 2011, âgée de quatre vingt six ans.

Le New york Times lui consacrera un article après plus de quarante ans d'absence.

 

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L'interêt porté à sa destinée, n'est pas séparable de la fascination visuelle liée aux photographies et films vues dans l'enfance. La guerre du Vietnam, l'Opération "Rolling thunder" les herbes couchées par le souffle des pales du Huey de la first Cav sont les images quotidiennes des journeaux télévisées comme "Télé soir" en 1965-67-68-70..Les tailleurs et chignon à la Wonk kar vai d ' "In the mood for love" ont dû aussi imprégner la rétine du jeune spectateur que j'étais.

 

"Do you really think woman are like you? I had to cross oceans to find you."

Anonymous H .     (in Madame Nhu's diary)

 

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Pour plus de compréhension concernant la guerre du Vietnam, avec le recul nécessaire:

 

The Vietnam War

Contents Vietnamese independence and the First Indochina War The Geneva Agreements of 1954 The creation of South Vietnam Repression and revolution in South Vietnam The expansion of U.S. involvement under Kennedy Lyndon Johnson and the Gulf of Tonkin Resolution Johnson takes the nation to war "Pacification" The Phoenix program Search and destroy: The ground war Technological rampage: The air war An inhuman fate: The U.S.

http://peacehistory-usfp.org