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Vendredi 26 Juillet 2019



Le mois de juillet a été très chaud. La canicule était dans toutes les conversations.  Des records de chaleur ont été atteints en France, dans le sud bien évidemment, mais lorsque le thermomètre passa les 41°6 à Paris, ce fut un événement . L’Anjou n’échappa pas à cette extraordinaire vague de chaleur.
J’étais avec mes filles Marie et Pauline (7ans) à la Grande Bécherelle; accompagné de Laurence.
 Georges, mon frère, était arrivé la veille, seul, sans sa famille. Son épouse Béa s’annonçait pour Samedi, Ils avaient prévus d’aller retrouver leurs deux filles adolescentes dimanche à Bordeaux puis Arcachon.
Le jeudi soir, après une journée étouffante, la pluie se mit à tomber.
Vers 23h, nous étions les fenêtres ouvertes, heureux de cette fraicheur. La pluie recommença très tôt à l’aurore ..l’air était plus respirable ce vendredi . Durant cette journée, venteuse, nuageuse nous sommes restés dans la maison et dans ses abords immédiats. Vers 17H, je décidais mes filles à faire une promenade vers la Loire …Pauline s’arrêta aux balançoires et ne voulu pas nous suivre..Je partis donc avec Marie faire un tour au « Rocher » en passant par le banc de la « grotte » (qui n’en est pas une mais plutôt un promontoire donnant sur la Loire, les vignes et le « rocher » cette falaise sur le fleuve) Il faisait beau mais beaucoup moins chaud ..les quarante degrés de la veille étant descendus à 27 / 28°…la promenade était possible.
Après un tour dans les vignes, nous sommes remontés vers les deux cèdres au milieu de la prairie. Puis après avoir arraché quelques lierres sur les troncs, je descendis vers les Wellingtonia ( nom donné au Séquoia géant par le botaniste anglais Lindley qui dédia cet arbre énorme au Duc de Wellington . L’orthographe a été francisé depuis en Velintonia ..mais nous, nous prononçons par tradition familiale « wellingtonia »..On ne sait plus pourquoi …)


 Sous la pénombre des deux wellingtonia dont la base est encore obscurcie par un énorme buis, grand comme un arbre , ce qu’il est en définitive; J’ai vu deux petits sacs à dos de couleur vive (bande blanche et bleu) au pied du séquoia de gauche lorsque l’on regarde les arbres de la maison. J’ai également vu une sorte de serviette en tissu de couleur accroché à une branche du grand buis. Marie ne me suivait pas encore sous les arbres , elle était encore dans la prairie au soleil.
Ces sacs m’ont tout de suite fait l’effet d’une sorte de bivouac. Il y avait une bouteille d’eau en plastique et ces sacs posés au pied de l’arbre. Je me suis rapproché des sacs et ai ouvert le premier ..en pensant à des effets laissés là en prévision de la nuit …comme certains sans-abris le font à Paris . Dans le sac ..il n’y avait rien d’autre qu’une hachette avec un manche gainé de plastique ..Elle m’est apparue toute neuve …Ce n’était pas des outils de bucheron..trop neuve et trop seule..Il y avait à côté, une boite de médicaments.  Perplexe j’ouvre le deuxième sac qui lui avait un rabat ..Deux baskets noires étaient posées sur le dessus ..elles tombèrent sur le côté. Prêt à ouvrir le sac, mon regard circulaire fut attiré par une sorte de veste matelassée noire posée dans les feuilles non loin de là ..vers la serviette accrochée aux branches.
Je m’approche et me penche ..je vois des baskets blanches mais ne réagis pas puis je vois le long de cette veste, une tête émaciée ..je vois mais il se passe un temps de stupeur dont je me rappelle parfaitement. une sorte de césure dans la conscience du présent ..je vois, je comprends mais ne réagis pas ….
C’est un corps couché sur le flanc, légèrement en chien de fusil ..la tête sectionnée du tronc repose près de l’épaule ..le corps est plat ..la veste matelassée est épaisse ..la tête est nécrosée, noire et putréfiée..les mains sont sèches et ressembles à des mains de grands brûlés…les jambes sont toutes plates dans le pantalon en jean’s ..les baskets sont blanches et sales … Je vois ..je comprends en une seconde ( qui semble longue) que oui …c’est un corps dont l’odeur me saisit …et il y a Marie derrière qui va va arriver dans l’ombre des séquoias …Je rebrousse donc chemin pour l’intercepter en douceur et l’amène sans trop de difficultés vers mon frère qui jardine dans la cour à cinquante mètre de là…il gratte les mauvaises herbes qui nous envahissent …Je me souviens d’avoir parlé avec Marie avec un détachement qui m’amuse à postériori….je l’envoie vers les balançoires ..et demande à mon frère de me suivre car j’ai à lui parler.
Sa réaction est l’incrédulité. Incrédule, qui ne le serait quand il entend «  Nous allons avoir des problèmes ..il y a un corps sous les wellingtonia ..! » « Tu déconnes? » ….  « Non, il y a un cadavre couché dans l’ombre des wellingtonia …viens voir »
Nous sommes donc retournés vers le séquoia ( nous marchions vers la maison ..) et à l’approche des frondaisons du massif, Marie revient vers nous en courant heureuse de voir la promenade reprise !
Je l’arrête dans son élan et la ramène vers les balançoires désertées malheureusement par Pauline qui est remontée dans la maison, je suppose.
Nous allons près du corps ….mon frère voit le cadavre, les sacs ….il se passe quelques secondes ..une minute tout au plus, avant que nous agissions ..lui va prévenir notre mère et moi j’appelle la gendarmerie ….
La conversation au téléphone avec la gendarmerie de Saint Georges se déroule en deux temps ..un temps routinier …avec une certaine nonchalance  lorsque ayant dit mon nom.mon adresse etc…que je raconte que j’ai trouvé des sacs à dos  …puis un intérêt très vif ..après l’énoncé que l’on me demande de répéter«  il y a un corps sous les arbres chez moi… »
Pardon? ..je vous dis « il y a un corps » La gendarmerie est arrivée au bout d’une demi heure … Deux gendarmes jeunes et harnachés …je les accompagne vers les séquoia en leur demandant de laisser leur véhicule près de la haie dans le chemin pour ne pas éveiller la curiosité de mes filles….Ils s’approchent des arbres mais je suis surpris de ne pas les voir rentrer davantage dans l’ombre et se pencher sur le cadavre comme je l’ai fait ….pour eux cela suffisait à distance, les vérifications étaient faites ..ils ont appelés leurs supérieurs …


Il était 18h:18h30 , les gendarmes, l’identification criminelle arrivent puis le médecin légiste et la morgue sont venus …Le médecin légiste s’est fait longuement attendre à tel point que Georges voyant les gendarmes désoeuvrés sous une petite pluie  insistante, les fit entrer dans la grande salle à manger …Cinq gendarmes dont un capitaine d’Angers qui était très sympathique et nous disait être amis avec les locataires actuels de la Maison du docteur Reboul ..Ils n’ont comme à leur habitude, rien voulu accepter, même pas un verre d’eau .
Ma soeur Anne, loin des événements puisque dans les Alpes, fit, une fois mise au courant de l’affaire par mes soins , des recherches sur internet concernant les disparitions signalées à Angers …Je montrais les résultats de sa recherche aux gendarmes ..Ils furent très étonnés et intéressés .. » Ah ça c’est une info! » me dit l’adjudant. Ils notèrent le nom et les références de l’article du Courrier de l’ouest qui faisait mention de la disparition d’un jeune homme installé avec sa famille dans le quartier de la Roseraie depuis 5 ans, il serait parti avec un sac et quelques affaires le 16 Juin . Cela semble concorder avec ce que nous avons vu. Mais un migrant anonyme passant dans la région en remontant vers le nord n’est pas exclu.
Pour les gendarmes, il n’y a pas de doute ..le jeune homme s’est suicidé par pendaison à un drap noué sur le buis ..La serviette aperçue est un drap imprimé, de couleur vive…Il est monté sur la branche et s’est jeté ..le cou cassé il est resté pendu assez longtemps pour que la tête se détache du tronc…soit quelques semaines.  un mois ? Nous n’avons rien vu .


Ma soeur est restée plusieurs semaines avec ses trois fils et sa fille ..elle et un de ses frères étant avec leur famille ..trois enfants chacun…Personne n’a vu le pendu ..à 80 mètres de la maison …Nous passons devant les wellingtonia chaque fois que nous prenons l’allée …à pied pour descendre sur les bords de Loire …ou en voiture …La base des arbres est bien sombre peut être, mais ..cela semble incroyable que personne n’ai aperçu une forme ..un sac, une tache de couleur ….Les enfants jouaient dans la cour …les parents dinaient dehors …ma mère regardait les arbres de sa chambre ou de la cuisine …rien… personne n’a remarqué quoique se soit  .
Pourtant ma nièce Anna, se rappelle avoir vu en juillet ( la date serait à préciser ) quelqu’un devant la grille d’entrée au bout de l’allée, un jeune garçon noir, assez sale qui avait un drôle de regard ..elle s’est dit que quelque chose n’allait pas avec cette personne …mais comme il y a une famille de réfugiés africains logés par la famille Tauraud derrière le mur de la maison à l’orée du village comme nous ....on fait le lien  évidemment…et ça s’arrête là.
Personne d’autre n’a vu ou…. ne se rappelle de quoique que se soit. C’est incroyable.
Pourtant.

L’enquête est confiée à la police judiciaire d’Angers.