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Il y a un plafond sous le plafond! Il y a une peinture derrière la cloison !
Voilà une étonnante découverte à Paris. Une grande peinture avec cavaliers, chiens et paysage étaient au secret derrière un banal contre-plaqué.


Le premier acte de cette aventure fut la dépose du faux plafond du premier étage de la future boutique Oscar de la Renta, rue de Marignan.
La démolition du plafond laissa apparaître des couleurs! Un plafond à caissons armorié.
Pas moins de vingt huit peintures héraldiques en très bon état constituées de blasons de grandes tailles, de rinceaux de couleurs vives peints sur toiles dont certaines à fond doré, étaient collées entre les moulures des caissons de staff peints en faux bois.
 C’était une surprise!  Les entrepreneurs et chefs de chantiers ne savaient pas exactement si cela avait de la valeur, si ce devait être conservé ou masqué….Le plafond armorié fuyant dans la pièce mitoyenne, le mur adjacent fut démoli et la pièce par ce décor révéla ses vraies dimensions.
Le faux bois et les grands blasons d’angle nous incitaient à imaginer que nous étions en présence d’une grande salle à manger plus que d’un grand salon. Le mur du fond, mur sans cheminée, sonnait creux. Une simple ouverture permit de voir qu’à dix centimètre du coffrage, il y avait non pas une boiserie, un lambris enfin, un reste de décoration allant de pair avec le plafond mais une peinture sombre avec des personnages. Deuxième découverte…et de taille.

Voilà tout le mur occupé par ce que l’on appellerait aujourd’hui un panoramique. Nouvelle concertation des entrepreneurs. Tout cela n’allait pas exactement dans la direction esthétique choisie pour une boutique de luxe. Une seule photographie envoyée à l’expert Eric Coatelem le décida à venir voir in situ cette drôle de découverte. Il apparaissait évident, malgré les salissures et la poussière, que les visages de cette peinture n’étaient absolument pas contemporains des rinceaux et armes du plafond. Première expertise qui ne sera suivi d’aucun effet car la chose était trop d’importance. Des gouges et un marteau du dix huitième siècle retrouvés dans la bourre d’une charpente, une pochette de tissu contenant un Napoléon dans un bras de fauteuil démantelé par un tapissier; il y a pléthore de découvertes étonnantes racontées par des artisans.

Découvertes qui alimentent le frisson de plaisir ressenti par la possibilité du trésor mis au jour par des mains insouciantes.

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Premier expert à voir la toile, Eric Coatelem n’a pas tergiversé, ses premiers mots ont été «  1660 1670 Français » Le frisson de la découverte était là.

 Le dôme du rocher au centre de la composition était facilement identifiable, C’était donc Jérusalem …pas la Jérusalem céleste mais la vraie, celle d'Omar. Mais de quelle bataille était-ce le témoignage ? Quel événement pouvait bien être représenté ? Quels en était les deux principaux protagonistes? Il n’y avait pas, à notre connaissance, dans les guerres du Grand Roi, une expédition guerrière en terre sainte!
Cette grande composition fuyait sous le parquet. Les pieds des cavaliers n’étaient pas visibles …Nous nous laissions à imaginer qu’un cartel ou du moins une indication de l’événement représenté pouvait être peinte au centre avec mention des personnages célébrés dans leurs poses avantageuses. Il fallait donc pour cela démonter une partie du plancher qui avait été surélevé.

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Le dôme du Rocher

Les côtés de la toile, à l’angle des murs, étaient intéressants. La toile très fine était marouflée directement sur les enduits du mur, une sorte de gaze assurait le maintien. Les traces de semences sur la partie non peinte de quelques centimètres indiquait une dépose de châssis. Cette toile de grande taille (approximativement six mètres de long sur trois mètres de haut) était arrivée dans cet appartement, roulée…La taille s’ajustant parfaitement avec le mur. Il avait été décidé, peut être au moment de la réalisation du plafond, de la coller sur ce mur où dans un modernisme d’avant garde, elle occuperait tout l’espace.
Eric Coatelem, en expert désintéressé, a très rapidement noté que la propriété de cette peinture devrait faire l’objet d’une discussion qui excédait les problèmes de décoration liés aux travaux de la boutique.

La journaliste Vanessa Friedman rédactrice en chef du service mode du New York Time, nous apprend dans son article du 21 janvier dernier, comment le « Chief exécutive » d’Oscar de la Renta, Alex Bolen, fut prévenu par son architecte en charge des travaux, Nathalie Ryan, qu’une découverte avait été faite. Découverte qui l’amena à prendre un avion et venir de New York voir la chose sur place. L’immeuble de type « Haussmanien » construit en 1910 appartient toujours à la même famille dont les descendants habitent encore aujourd’hui les étages supérieurs. Le rez-de-chaussée gauche est depuis longtemps loué en pas-de-porte ( Il y avait ici l’ancienne boutique Reed Krakoff avant les travaux actuels). Le premier étage, qui d’un appartement bourgeois de grande dimension fut transformé en bureau fonctionnel de courtier en assurance, s’est vu relié au rez-de-chaussé par un escalier, ce qui transforma la future boutique en duplex. L’agencement et la décoration sont signés Jeang Kim and Will Kim of Oro Studio. L’inauguration sera, à n’en pas douter, un événement du chic parisien…

Mais l’arrivée de cette grande toile extraordinaire, pouvant être considérée comme un bien immeuble, amena les propriétaires à être contactés et à intervenir.
De qui était cette peinture?
D’ou venait-elle?  Pourquoi était-elle cachée derrière un panneau ?  Que fallait-il en faire? De quelles armes le plafond s'ornait-il?
 Un expert fut choisi : Stéphane Pinta du Cabinet Turquin.
 Il put identifier cette scène atypique. La venue d’un Ambassadeur du Roi Soleil à Jérusalem!
Le tableau est décrit dans l’ouvrage d’Albert Vandal paru en 1900 « L’odyssée d’un Ambassadeur;  Les voyages du marquis de Nointel  1670-1680 » une reproduction du tableau y est même montrée page 112 avec la mention « L’arrivée devant Jérusalem - Tableau appartenant à la Mme la Marquise de Chasseloup-Laubat »

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L’ouvrage extrêmement bien documenté, nous détaille l'histoire de Charles François Ollier, marquis de Nointel qui fut un personnage extraordinaire. Ambassadeur de 1670 à 1679, il oeuvra pour Louis XIV auprès de la sublime Porte et visita les Echelles du Levant ( les villes de l’Empire  Ottoman ayant des marchands français qui dépendaient d'un consul sous l'autorité de l'ambassadeur.)
Ses voyages ou ce qu’on appellerait aujourd’hui ses tournées d’inspection, lui permirent d’aller d’Athènes à Jérusalem en passant par Constantinople et Alep .
Ceux-ci furent l’occasion d’une grande expédition religieuse, scientifique et culturelle, car le dépensier marquis avait de la curiosité et de l’intérêt pour l’Antiquité et les oeuvres d’art ainsi que les études de moeurs exotiques. Il voyagea accompagné d’orientalistes et de peintres, qui sur son ordre collectaient de nombreux manuscrits, réalisaient des relevés archéologiques et esquissaient de futurs tableaux événements commémorant les moments importants.

On lui doit notamment les seules descriptions du Parthénon avant sa destruction lors de l’explosion de septembre 1786  (Ce qui permit aux Anglais de justifier leurs prélèvements ) Sa vie se termina malheureusement dans la disgrâce et l’oubli. Il mourut à Paris dans la misère près de l’église Saint Roch ayant dispersé toutes ses collections.
Albert Vandal recense quatre grands tableaux réalisés à Constantinople et ramenés à Paris en 1780; qui se retrouvèrent dans un grand vestibule sur jardin au Château de Bercy dont les propriétaires étaient apparentés au marquis de Nointel.

Une "Vue d’Athènes" perdue, oubliée pendant de nombreuses années après la dispersion qui précéda la démolition du château. Puis finalement réapparue chez un brocanteur, M. Rozier, rue d'Arcole, à Paris, où il avait été repéré par M. Duplessis, conservateur des Estampes à la Bibliothèque Nationale, en 1882 ( source G.Meyer cf Infra). Le Musée de Chartres en fit l’acquisition. Elle est actuellement, et cela semble assez cohérent, présentée au Musée de la Ville d'Athènes qui la possède en dépôt. Les trois autres tableaux ont pour sujets: " Le renouvellement des Capitulations"  (Audience du Grand Vizir ) "La cérémonie du feu sacré" ( le vendredi saint orthodoxe) et " L’arrivée devant Jérusalem" (vue de Jérusalem en arrière plan du marquis; Composition comparable à la vue d'Athènes.)

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Vue d'Athenes ( Musée de la ville d'Athènes )

Albert Vandal écrit:
«  A Bercy, les tableaux étaient vraiment à leur place, en de haut appartements dorés, près des jardins dessinés par Lenôtre, dans un merveilleux ensemble décoratif. Au siècle dernier, on les citait encore parmi les curiosités du château. Survinrent les révolutions, les vicissitudes publiques et privées; le château de Bercy fut négligé par ses propriétaires, laissé à l’abandon; finalement, en 1861, la spéculation l’acquit et détruisit cette merveille. On mit le mobilier l’encan; les tableaux reparurent alors noircis, détériorés, lamentables. Un enduit de poussière et de moisissure les recouvrait; les toiles gondolées se fendillaient ; la peinture s’écaillait et tombait par endroits. Un marchand de Paris acheta ces restes et les fit réparer; un riche amateur, M.Moselmann les acquit plus tard. Depuis le hasard des héritages et des convenances particulières amena leur dispersion. »
Vandal fit des recherches approfondies et réussi à les localiser, les étudier et à les photographier ( cela semble plutôt des héliogravures d'après dessin...(?) )

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Le renouvellement des Capitulations ou l'audience du Grand Vizir. Vandal / Photographie de G.Meyer.

Le" Renouvellement des Capitulations" ( les Capitulations sont des traités de commerce qui accordaient aux signataires étrangers ce qu'on appelle la clause de la nation la plus favorisée : droits de douane réduits, plus quelques autres avantages..). Ce grand tableau "exotique" montrant le marquis face au grand vizir, lui même entouré de dignitaires ayant de très larges turbans dignes des "mamamouchis" de Molière, fût au château d'Aramont dans l'Oise, propriété de monsieur de Maindreville.

La "cérémonie du feu sacré" qui exalta la curiosité du marquis par ses scènes bachiques d'orgies religieuses, montre le miracle de la flamme surnaturelle apparaissant à la Pâques Orthodoxe dans le Saint Sépulcre. La flamme surnaturelle, gardée par un prêtre, est transmise de cierge en cierge dans un délire de transe mystique donnant lieu comme le dit Vandal, d'après une lettre du marquis, à " des scènes d' hideuse bestialité". Ce tableau fût au château de Sassy en Normandie propriété du duc d'Audiffret-Pasquier.

Concernant celui qui nous occupe, Vandal écrit en 1900 « le tableau représentant l’arrivée devant Jérusalem était resté en plein Paris, dans une maison particulière; mais on en ignorait absolument le sujet et la provenance. » Il précise dans une note en bas de page «  Au numéro 4 de la rue de Marignan, dans une maison appartenant à la marquise de Chasseloup-Laubat » Nous y voilà, car nous sommes bien au 4 rue de Marignan!

Guy Meyer, Docteur en Histoire et spécialiste du monde gréco-romain, nous donne encore plus de précisions concernant le cheminement des tableaux de Bercy. Dans son étude "A la Recherche d'un portrait d'Antoine Galland" dans les "Actes du colloque Antoine Galland et l'Orient des savants" Paris 2017, publié par l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Il nous renseigne sur le 4 rue de Marignan . C'était la propriété, l'Hôtel particulier, de monsieur Mosselman, l'acheteur des tableaux! Hyppolite-léopold Mosselman ( 1816- 1873) banquier à Bruxelles était collectionneur. Apparenté aux Casimir-Perier, il était aussi le propriétaire du château d'Aramont à Verberie sur Oise, Château qu'il fit pratiquement reconstruire vers 1840. Il y installa "le renouvellement des capitulations" dit "l'audience du grand vizir". Le tableau fût vendu ou légué avec le château à monsieur de Maindreville . Il serait intéressant de savoir si la mairie de Verberie, actuelle propriétaire, l'a encore. La " cérémonie du feu sacré" fut donnée par Mosselmann à sa nièce, la duchesse d'Audiffret-Pasquier qui l'amena au château de Sassy en Normandie, ancienne propriété du Chancelier Pasquier.

Le tableau a donc été, dès son acquisition par Mosselman, dans son Hôtel particulier du 4 rue de Marignan. Rue qui ne fut ouverte qu' en 1853. L’immeuble actuel au sis 4 rue de Marignan lui, fut construit en 1910 donc dix ans après la publication de l’ouvrage de Vandal.
 Aussi extraordinaire que cela puisse paraître la toile fut donc là avant l’immeuble. L'itinéraire Mosselmann Chasseloup-Laubat ne nous est pas connu. L'hôtel fut-il vendu (?) légué(?) aux La Rochefoucauld, actuel propriétaire ? La transformation complète du quartier vit l'ensemble de ses hôtels Particuliers disparaître.L'hôtel fut donc démoli pour construire un immeuble de rapport.
 Mais la toile a été conservée…déposée de son châssis et collée sur le mur du premier étage vers ...1910 ? Étonnant non?
Le goût ayant changé, la destination de l’appartement aussi, passant d'habitation à local commercial. La décoration grand siècle entreprise dans un immeuble du vingtième siècle laissa la place à quelques visions plus « contemporaine» et l’on masqua ces décors lus comme vieillots. Il nous semble plus probable que le souci de modernisation décida de la restructuration de l'appartement. Cela put se produire très tôt, vers 1930 (?)  L’hypothèse d’une « cache » de la seconde guerre mondiale pour soustraire un chef d’oeuvre aux réquisitions parait vraiment peu crédible.
Voilà le sujet du tableau trouvé, l’historique ébauché. Mais les questions n’en sont pas pour autant épuisées.

 

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Quel est le nom du peintre? Car si Albert Vandall nous renseigne par une description, une photographie et un début d’historique, il ne nous dévoile pas le nom de l'artiste.
 Le marquis de Nointel s’entoura de peintres et notamment d’un peintre installé à Constantinople, Rombaud Faidherbe. Celui-ci est secondé par un jeune peintre dont le nom n'apparaît pas et qui est désigné par Vandal comme le « peintre flamand ».
Faidherbe meurt pendant le voyage entrepris jusqu’à Jérusalem en 1673. Seul son second dit «le  peintre Flamand »  reste auprès du marquis lors du retour à Constantinople en 1674. La tache de collecte et de mise en forme des tableaux d'après les esquisses étant énorme, le marquis s'attacha les services d'un peintre supplémentaire en la personne de Jacques Carrey, ancien élève de Lebrun, envoyé à Constantinople pour collecter des motifs décoratifs. C’est à ce dernier que toutes les attributions revinrent par la suite, notamment les relevés du Parthénon. Mais Vandal prouve dans son ouvrage que cela est une erreur grossière et attribut au  « peintre flamand » anonyme, les tableaux et relevés du Pathénon. Jacques Carrey n’a pas participé au voyage à Jérusalem, mais il a néanmoins dû « collaborer » à la réalisation des grandes toiles déjà esquissées par Rombaud Faidherbe et son ami inconnu.

Qui était ce peintre flamand?
 Vandal écrit de lui:

«  C'est l’oeuvre d’un jeune peintre flamand qui travailla sous la direction de Nointel, sous ses yeux, et dont le nom ne nous est pas parvenu » (appendice III)


Ce peintre anonyme flamand pourrait bien être Arnould de Vuez pense Stéphane Pinta, en s'appuyant sur les écrits de Jean Pierre De Rycke "Arnould de Vuez auteur des dessins du Parthénon attribués à Carrey" ( Bulletin de correspondance helléniques 131/2007)  Ce jeune peintre fit une belle et longue carrière en Flandre. Il fit le voyage à Rome, copia Raphaël et rencontra Lebrun, fut reçu à l’académie royale de peinture en décembre 1861. Il est dit dans sa notice biographique rédigée par un de ses descendants (Ici) qu’il dû fuir à Constantinople après un duel d’honneur. Il partit dit-il dans la suite du marquis. Mais Vandal nous renseigne sur le fait que le marquis "partit  en 1670 et ne fut alors accompagné d’aucun peintre" et lorsqu’il eu la nécessité de faire réaliser des portraits, il trouva un peintre « établi sur les lieux » :  Rombaud Faidherbe. Arnould de Vuez était-il son aide et ami ? Etant son compatriote, il est très probable, en effet, qu’ils se soient retrouvés et qu’ils aient collaborés aux travaux demandé par Nointel. Mais la biographie de Vuez semble un obstacle à cette possibilité comme l'indique très justement Guy Meyer dans ses travaux ( opus cité ) et cela a de l'importance car s'il semble établi que"l'anonyme de Nointel" n'est pas Carrey, cela ne semble pas être Arnould de Vuez non plus. L'enjeu est de taille car outre les quatre tableaux, il y a l'attribution des dessins du parthénon en jeu.
Il existe de nombreuses peintures de Vuez dans les églises et couvents de Lille, Cambrai, Douai. Ainsi que dans les musées; le Louvre possède une toile, les musées de Dijon Rouen, Cambrai, Montpellier et le musée des Beaux Arts de Lille en ont également dans leurs collections. Une étude stylistique poussée serait la bienvenue. Meyer montre dans son étude, page 298 et suivantes, que la biographie de Vuez cadre plus avec le successeur de Nointel: Guilleragues. C'est très intéressant car la démonstration de Meyer très documentée, éclairante, lui fait dire que le dossier Arnould de Vuez est "presque vide".

 

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 Le consul de Seyde


Il est indéniable que « L’arrivée à Jérusalem » est de très belle facture. Le cheval de face, le visage du consul sont absolument remarquables. Le visage du marquis est plus ingrat. Était-il si laid? Il ressemble beaucoup au portrait vu sur "l'Audience du grand vizir". L’ensemble est bien construit avec une élégante farandole de piétons exotiques autour des cavaliers. Les arrières plans reçoivent traditionnellement un traitement plus secondaire mais le dôme du Rocher avec la ville fortifiée, situé au centre de la composition classique est comme un phylactère explicatif.  Dans une lettre au roi daté du 10 avril 1674, le marquis de Noindel raconte l'échange de monture qui eu lieu à son arrivée devant la ville sainte "Un cheval richement harnaché que l'on m'amena pour changer le mien un peu fatigué" Contrairement à ce que pense Vandal, l'échange n'a pas encore eu lieu. La scène montre l'arrivée du cheval amené par les turcs. A gauche du tableau, devant le consul, il y a un cheval "arabe" dont la tête tournée vers nous est de remarquable facture. Il n'a pas de cavalier, son harnachement de poitrail est beaucoup plus riche que celui du cheval du marquis. Sa couverture de selle ressemble à un caftan brodé d'or. Voilà sans doute la nouvelle monture. 

La reproduction en noir et blanc présentée page 112 dans l'ouvrage de Vandal, ainsi que la photographie prise par G.Meyer sur son édition du Vandal, laisse paraître une différence importante avec ce qui semble bien être l'original découvert ici. Il n'y a pas sur les reproductions, les deux personnages qui se tiennent derrière le marquis de Nointel. Un grand vide apparaît dans l'illustration avec un cavalier dans le lointain, alors que sur le tableau, il y a deux éminents personnages surmontant deux têtes de chevaux admirablement traités.  La copie pour l'héliogravure a-t elle été interprétée car le tableau était trop sale pour que les deux cavaliers et têtes de montures soient visibles ?  Difficile de le croire.

 

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Ilustrations Vandal et photographie Marignan:  Les cavaliers derrière le marquis de Nointel

 
La grande toile est actuellement entre les mains de Benoit Janson, restaurateur parisien éclectique et sympathique, qui redécouvre les couleurs derrière un gros vernis polymérisé. Les travaux de nettoyage se termineront au printemps. Il n’y avait pas de lacunes trop importante, de soulèvements trop visibles, de rupture d’accroche de la couche picturale; mais bien de nombreux repeints. Le marouflage a été très réussi, sans cloques, ni point de tension de colle apparent. La surface est sale bien sûr, très sale et très jaune; mais l’ensemble ne donne pas une impression de décrépitude et de fragilité.. Le vernis et les repeints otés, le travail de restauration proprement dit reste à faire.

La toile semble d’après Vanessa Friedman, destinée à rester sur le mur. Il est dit qu’une transposition avec rentoilage n’est pas envisageable car trop fragile (à vérifier auprès du restaurateur...). L’oeuvre sera visible pendant les dix ans que courre le bail.
Les conservateurs du Louvre et de Versailles vont sans doute se pencher sur le sujet car comme nous l'apprend Eric Bietry Rivierre du Figaro, une grande rétrospective Arnould de Vuez est en prévision pour septembre 2019 à l'Hôtel Sandelin de Saint Omer; sa ville natale ....dont la cathédrale Notre Dame conserve la « Prédication  de Saint Paul » considérée comme une de ses plus belles oeuvres.

Mais n'est-il pas le peintre trop commode de cette extraordinaire découverte?

Qui est donc le peintre Flamand "L'anonyme de Nointel"?

Celui des tableaux de Bercy, celui des relevés du Parthénon?

Celui de la rue Marignan?

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 Le nouvel équipage du marquis.

 

 

Les photographies ont été réalisées avant nettoyage et restauration.