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Un appel puissant et secret convie les éléments les plus vifs de la matière à se former, pour s’y développer, autour d’un point désigné. Pleins d’amour, ils se composent et s’ordonnent dans la plus étroite union.
Cette étreinte ardente des éléments c’est la vie de toute forme généralement, soit qu’elle renferme un organisme, soit que, privée du mouvement intérieur, elle ait reçu une vie compacte insensible ou plutôt l’organisme indissoluble de l’immobilité.

Pages sans titre - Maurice de Guérin 1835


L’humidité d’un jour de pluie, les faibles rayons blanchis d’un soleil hivernal laisse découvrir le jardin dans le parc. L’arrière cour préservée des turbulences de la ville envahissant les espaces du parc aménagés est une possibilité de cheminement dans des allées remontant nos désirs de monde lointain.
L’attrait pour le pays merveilleux célébré par des affiches de couleurs est toujours à l’oeuvre, c’est l’oeuvre qui a changé aujourd’hui.
Le Jardin d’Agronomie tropicale René Dumont situé à l’arrière du Parc de Vincennes s’est implanté dans l’ancien jardin d’essai colonial qui fut aménagé en 1899, lequel jardin fut transformé et embelli pour recevoir l’Exposition Coloniale de 1907.

Le jardin d’essai est comme son nom le stipule une volonté d’organiser, d’élever, le plus souvent dans les  anciennes colonies mais aussi en métropole comme à Nogent sur Marne , des jardins botaniques regroupant de nombreuses plantes peu connues, pour y être étudiées et développées comme nous l‘explique le très instructif site internet sur les « Jardin d’Essai"

« Son organisation, en une demi-douzaine de services, lui permet de couvrir de multiples activités de recherche, d’information, de prestations de tous ordres, au bénéfice des établissements extérieurs : Le Service agronomique qui conduit des recherches sur les cotons et autres textiles et sur la sériciculture. Ses études portent également sur les productions fruitières, les essences à caoutchouc, les ricins, les tabacs. Il procède également à des expertises sur café, cacao, amidons, etc. Le Service des Cultures est chargé de recevoir, multiplier, diffuser les graines et plants destinées aux jardins d’essais et stations de l’outre-mer, de l’étranger et aux échanges. Le Service chimique dont les analyses portent sur les terres, les engrais, les matières premières, les échantillons de plantes, etc. Le Service d’essai de machines s’occupe de la mécanisation des opérations culturales et post-récolte. Le Service entomologique se préoccupe autant des maladies des plantes que de leurs insectes prédateurs. »

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L’Etude agronomique, la science naturaliste, la connaissance approfondie de la flore exotique qui nous semble aujourd’hui commune était un enjeu du siècle, les écoles relayaient les découvertes grâce à des boites scolaires fournie par le service des cultures pour les leçon de choses. Le site de l’exposition colonial de 1907 est donc restée entre ses murets et ses arbres jusqu’à aujourd’hui, presque préservé. La flore exotique en à en partie disparue. Il ne reste que des bosquets de bambou vert de belle taille et quelques plaqueminiers de Chine entourés d’arbres à latex autour d’un petit étang artificiel. Lequel serpente en canaux gorgés de plantes aquatiques. Le jardin sauvage est encore parsemé d’édifices aux origines géographiques aussi diverses que l’Empire.
La plus part des bâtiments purent arriver, sans dommages malgré les époques de troubles et le manque criant d’entretien, jusqu’à l’orée des années quatre vingt.
L’incurie et le délaissement provoquèrent les conditions d’une accélération des dégradations provoqués par le vandalisme, le vol et l’incendie volontaire.

 

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Le Pavillon du Congo  (1900 - 2004†)

Incendié en 2004.

 Le Pavillon est resté longtemps comme une grande carcasse isolé, il est maintenant

disparu à la vue de tous, aujourd’hui caché par les broussailles qui protègent sa ruine


La belle porte chinoise, digne guichet des Hutongs qui accueille magistralement le visiteur, fut présentée au Grand Palais en 1906 comme étant la « Porte d’Annam ». Lessivée par les pluies, érodée au soleil, son rouge passée va à l’unisson de ses frises disparues. Un remarquable ensemble de figurine de moines sautillants occupait la grande partie vide sous le toit principal.

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Les décorations faîtières sont aussi manquantes. L’aspect général premier donnait une luxuriance décorative qui n'existe plus maintenant. .

Sa polychromie de rouge, de noir et d’or montrait une cohérence décorative parfaite forgée par un millénaire d’entrainement. Les restaurations ont été multiples depuis sa présentation du Grand Palais mais les dégradations sont malheureusement récurentes.

Il y manque la plus part de ses ornementations et claustras ouvragés. Les dorures sont un lointain souvenir....

 

                                Porte d'Annam

Plus la végétation grandit plus les bâtiments disparaissent, les allées décident de la marche indolente jusqu’au Pavillon du Souvenir Indochinois, en passant par le large pont aux Nâgas de Phnom Penh qui enjambe un filet d’eau courant dans les bambous. La tempête de 1999 a couché un gros arbre en travers du ruisseau en parallèle des groupes sculptés de नाग , le dieu serpent multi-face protecteur de l’eau et gardien de la fertilité.

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Nâgas Khmers


Le Pavillon du Souvenir Indochinois n’est plus. Seule la cour et les accompagnements avec brûles parfums et torchères de maçonnerie subsistent et arrivent malgré tout à donner cette atmosphère particulière lié à nos projections fantasques d’Orient indéchiffrable. Le grand Pavillon du Souvenir Indochinois fut cambriolé et volontairement incendié en fin d’après midi du samedi 21 avril 1984.
Ce large bâtiment occupait toute l’esplanade devant le large escalier aux rampes en dragons de pierre. Aujourd’hui, une petite pagode rouge y a été construite grace aux fonds de l’ANAI, l’Association Nationale des Anciens et des Amis de l’Indochine et du Souvenir Indochinois. Initiative heureuse, inauguré le 4 avril 1992 en présence de l’Empereur Bao Daï.

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Nouveau temple


Mais malheureusement la petite pagode n’a pas la beauté de la grande maison indochinoise aux panneaux sculptés de fine décorations ouvragées. Reproduction d’un DINH traditionnel, grande maison de bois orné et peint qui dans les villages avait un role civil et religieux. Maison de gouvernement et d’administration mais aussi lieu de culte des génies protecteurs et des rituelles cérémonies des fêtes villageoises.
Durant la première guerre mondiale, le jardin colonial servit d’annexe à l’hôpital militaire de Nogent. A la fin de la guerre, une association fut créer pour célébrer le culte funéraire des soldats et supplétifs morts au service de la France. L’ association du Souvenir Indochinois par le biais du Gouvernement générale de l’Indochine eu à sa disposition cette grande maison traditionnelle. L’association la rénova, l’embellit des constructions adjacentes qui sont ornés de la spirale signifiant les dualités des principes masculin-féminin ainsi que des symboles des huit éléments vitaux des forces naturelles. Le centre de la cour est pourvu d’une gigantesque urne dynastique qui est la reproduction de celle du Palais Impérial de Hué. Elle symbolise l’Empereur Gialong.

 

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Cour du Souvenir

Le 26 eme jour du 2me mois de la 4 eme année du règne de S. M. l’Empereur Khai Dinh, la maison du souvenir indochinois fut dédié au culte par un rescrit impérial .. Son statut de DINH fut donc transformé en DÊN, c’est à dire un temple national élevé pour la célébration de la mémoire d’un Roi ou d’un Génie tutélaire. Une cérémonie eu lieu en 1920 en présence du ministre des colonies Albert Sarraut et du Maréchal Joffre avec le délégué de l’Empereur Khai Dhin accompagnant le rescrit dûment encadré et exposé.
Le sanctuaire fut pourvu d’un riche mobilier laqué incrusté de nacre et d’objets votifs de bronze. Candélabres et brule-encens entouraient ainsi que des parasols en tissus brodées, le trône en demi lune ouvragée qui était visible de la cour lorsque les panneaux coulissants de bois sculptés étaient ouverts. Le temple se dévoilait ainsi à la vue de tous

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9 juin 1920 . Cérémonie dedicatoire et d'inauguration du temple commemoratif du souvenir.

Le grand temple occupait toute l'esplanade devant les escaliers aux dragons couchés

Les autels, les gongs et les bannières en profusion donnaient une magnificence unique, inégalé en Europe. Pendant plus de 78 ans, il fut le plus authentique des joyaux de l’art annamite. Mais il fut pillé et brulé. Rien n’en resta.  Cela ne s’est pas déroulé avant guerre ou dans les périodes de bouleversement propices au désintérêt lié à la conservation, non! C’était en 1984, c’est à dire hier, sous François Mitterand! La perte est irréparable et l’oubli généralisé. On lira avec profit le compte rendu détaillé d’ André Angladette, ingénieur agronome spécialiste de l’Indochine, intitulé « Le temple du souvenir Indochinois au Jardin colonial » à lire ici.


L’association du Souvenir Indochinois fit construire un monument dédié aux combattants vietnamiens catholique . Situé près de la cour du temple, il est de facture beaucoup moins intéressant que l’élégant Stûpa érigé pour l’âme des morts Cambodgiens et Laotiens. Il domine de ses angles acérés une clairière dans la futaie où les oiseaux siffleurs sont plus fréquent que les visiteurs silencieux.

 

 

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Stûpa



L’exposition coloniale est un souvenir peu entretenu. l’Empire Français n’a pas bonne presse car toute la colonisation se trouve relégué dans le chapitre de la repentance. Une lecture actuelle discrédite le passé sans permettre une distance inhérente à la compréhension de l’époque. Le succès de cette exposition, qui est loin d’être une exposition majeure par rapport aux expositions Universelles car son sujet était restreint aux uniques possessions française, fut considérable. 1,8 millions de visiteurs s’y pressèrent entre le 8 juin et le 30 octobre 1907.  Ce qui est d’un autre ordre de grandeur que la première exposition d’"Agriculture Coloniale" organisé en ce même lieu en 1905.

 

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La société d’Agriculture coloniale qui entretenait un travail considérable de présentation des cultures et avancement des recherches d’exploitation de la flore très méconnue des tropiques, organisa des concours dont les résultats furent publiés par le Ministère des Colonies.
La lecture de ce document nous révèle la complexité des classifications et la prolixité des entreprises. Les productions végétales des Colonies étaient un enjeu aussi scientifique que commerciale.

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Entrée de l'Exposition de 1907


 Mais il est aisément compréhensible que le sujet austère des naturalistes à herbier n’est pas la cause du succès populaire. Ce fut l’attrait des tableaux vivants proposés. C’est à dire une ethnographie à l’envers, faire venir les tropiques à Paris. Attraction s’il en fut, lorsque devant les yeux incrédules des visiteurs se déroulait des scènes de la vie quotidienne des autochtones. Rassemblés en famille recomposée dans leur habitat traditionnel également recomposé. Le parisien spectateur ébahi prenait une grande bouffée d’exotisme .
Voilà aujourd’hui ce que l'on appelle un « zoo humain » et c’était évidement une énorme attraction. Du « jamais vu ». Il ne s’agit que de s’imaginer ce qu’était la fréquence des voyages en 1907.  Les récits des colonies ont d’autre part beaucoup suscité la curiosité d’un public abreuvé d’histoires fantastiques par une presse à feuilleton.

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Visiteurs des villages Africains. L'expédition sans risques. L'attrait de la mixité.

Mais l’importance de cette exposition était les récompenses décernées par les différents jury concernant les productions multiples organisées dans les différentes colonies d’Afrique et d’Asie.
Le caoutchouc produit d’avenir, le thé, les épices comme les poivres blancs et noirs puis le Cacao dont l’Europe fera son profit pendant le siècle naissant. L’énorme travail d’étude était présentés dans les serres des différents pavillons aux architectures soignés.

 

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L'afrique, le Maghreb, Madagascar et la Réunion avaient leurs pavillons. Ils sont tous présents encore aujourd'hui à l'exception du
pavillon du Congo qui était une réplique des grandes maisons de commerce et de vente entre les producteurs locaux et acheteurs coloniaux. Comme évoqué précédent, cette grande maison aux auvents larges et accueillants à disparue dans un incendie suspect en février 2004. Ses restes calcinés sont toujours présents dans les broussailles. Le Pavillon Tunisien d’une architecture élégante en plan cruciforme allongé avec de grandes baies vitrés servit longtemps pour les étudiant en agronomie tropicale, il est aujourd’hui désaffecté et lentement mais surement va rejoindre le pavillon du Maroc qui s’effondre dans les sous bois. Le pavillon de la Réunion lui n’est plus que l’ombre de lui même …

 

 

 

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Le Pavillon du Maroc et le Pavillon de la Réunion  2016


 Le Pavillon de la Guinée semble légèrement préservé malgré son aspect misérable. Une antenne de police ou de sécurité l’utilise comme local, ce qui lui permet de survivre aux intempéries.
Lorsque nous sortons des sous bois en franchissant le joli pont indochinois qui résiste vaillamment, une grande étendue ouverte sur le ciel s’offre à nous. Des cultures entourent le grand Pavillon Indochinois qui fut le centre des collections présentés au public. L’ensemble des études avec herbiers et photographies des jardins d’essai expliquaient aux néophytes toute la diversité des tropiques.
Les tubercules féculants comme les ignames, les Marantas ou ArrowRoot, les sagoutiers et autre Canna Edulis.  Puis le mil et le sorgho qui nourrissait l’Afrique avec les haricots poix, les doliques, le Combo ..etc
Les productions d’Asie très prisées des connaisseurs ne faisait que commencer leurs diffusions : Courge du Siam ou de Malabar, poivre, vanille muscade, cannelle.
L’arbre à latex y était expliqué. Toute la science d’extraction du caoutchouc y fut détaillé pour ce produit promis à bel avenir.

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La Pavillon d'Indo-Chine


 Ce large pavillon de style légèrement mauresque avec sa grande coupole en arc écrasé fut sauvé de la ruine et du délabrement qui le menaçait sérieusement. Il abrite aujourd’hui derrière ses façades de briques blanchies, parfaitement restaurées dans leur alternance de couleur, le CIRAD, le centre de Coopération Internationale de Recherches Agronomique pour le Développement .
Cette restauration récente donne beaucoup d’espoir, même peut être un peu trop, quant à la possible réhabilitation des autres constructions.


 Tout proche et mis en confrontation se trouve la très intéressante Serre du Dahomey qui jouxte le Pavillon de l’Indo-Chine selon l’orthographe de la façade.

 

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Serre du Dahomey 1907 -  2016


La Serre est une sorte d’architecture néo-soudanaise avec de gros pignons assez courts encadrant les maçonneries basses soutenant les verrières. L’ensemble était entouré de poteaux aux fétiches donnant à cette « petit maison mystérieuse » un cachet indéniable. Le mariage de la culture Africaine et Occidentale dans un but prophylactique par les plantes. Les poteaux sont dit-on conservés dans des réserves mais la serre souffre un peu plus à chaque hiver pour aller vers sa fin.... qui n’est que de renaitre, nous l’espérons.



Mais les précédant sont multiples. Un incendie, une impossibilité de recours juridique, la décision de démolir ne peut plus être contré. L’amnésie collective fait le reste. Qui se souvient des phares et balises derrière le conseil économique et social ? Où même du Palais du Bardo ? Un incendie que personne n’explique dans un bâtiment désaffecté qui était promis soit disant à une restauration prochaine …et voilà la démolition programmé . Il n'en reste qu’une pelouse bien entretenue au Parc Montsouris.

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Le Palais du Bardo Paris 14°
Fruit de l’exposition Universelle de 1867, cet réplique du palais du Bey de Tunis fut remonté dans le grand parc du quatorzième arrondissement de Paris. Il servit d’observatoire météorologique en 1876 puis comme laboratoire des pollutions bactériologique et chimique de l’air en 1893.  Après la guerre, il fut progressivement désaffecté puis fermé pour être vendu d’une manière symbolique au gouvernement Tunisien en 1974.

Le 5 mars 1991 vers 18h, un incendie ravagea le bâtiment qui ne pu être sauvé. Inscrit à l’Inventaire des monuments Historiques, la Mairie de Paris,vota des crédit pour sa rénovation. Que s’est il passé entre 1974 et 1991 ? On ne le saura pas. Aucune photographie du bâtiment pendant et après l’incendie n’est disponible…



***




Si la honte le fait se retourner la nuit,
Chercher le sommeil pour cacher son visage
C’est qu’il voit avec ses yeux de la conscience
Celui qu’on disait un garçon intraitable
Revenir juger l’homme qui l’a trahi.
Plutôt plaider coupable qu’en guise de défense
Se prévaloir d’une sagesse acquise.

In Poème de Samuel Wood
Louis-René Des Forêts 1987