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Les coordonnées du Global Positioning System de la Roche Bécherelle indique une Latitude de  47° 23' 46" North et une Longitude de 0° 37' 42" West.
Ce qui situe cette large saillie rocheuse sur la rive nord de la Loire à la jonction de la Maine dans le département éponyme du Maine et Loire.
Les rives de la Loire présentent de nombreux sites remarquables châteaux, abbayes, villages et paysages. La Roche Bécherelle ou « pierre Bécherelle » est une particularité naturelle unique qui fut classée et protégée par les arrêtés des 8 juillet 1912 et 13 juin 1921.


Pierre droite de quinze mètres de haut baignant sa base dans le fleuve l’hiver, école d’escalade l’été, la Pierre Bécherelle a toute les caractéristiques pour rentrer dans la catégorie des sites remarquables et détenir le label si joliment dénommé ZPPAUP, acronyme élégant pour Zone de Protection du Patrimoine Architectural Urbain et Paysage.

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Borne naturelle de roche mère sortie des coteaux, l’escarpement rocheux donne un point géographique identifiable par tous. Surprenante rupture dans la douceur des grèves, dans la monotonie des rives aux peupliers tremblants, la beauté du site est constant de quelques positions où l’on se trouve ; de la rive opposée, du centre du fleuve ou même du rocher arrière surplombant la « Pierre ».


Car la roche ou pierre Bécherelle ne dénomme pas uniquement cet éperon dressé comme un menhir « naturel » mais aussi la masse de rocher découpé par l’homme au début du dix neuvième siècle. La « pierre » désigne maintenant la pierre solitaire alors que la « roche » désignait l’ensemble.
Un cartulaire daté de 1009 appartenant au chapitre de l’église Saint Laud d’Angers fait mention de cette roche frontière.
Les fiefs de Saint Laud et du Ronceray comprenant les iles de Béhuard et Corbin, étaient dûment bornés par cette roche appelée aussi « moutaigne » dans deux manuscrits de 1377 et de 1436.


 Le commerce fluvial, la batellerie angevine très prospère au temps du Roi René connaissaient bien cet immanquable point de repère du mélange des eaux de la Maine au grand fleuve allant vers Nantes. La roche Bécherelle fut donc très tôt un péage, un poste de contrôle et d’observation . Les seigneurs de Serrant régissaient les droits de passages, dîmes et redevances. de ce poste avancé sur le fleuve ainsi que celui de La Roche aux Ducs appelé aujourd’hui la Roche aux Moines, distante de quelques centaines de mètres sur le bras de Loire devant l’ile de Béhuard si prisé par Louis XI .
Jean de la Haye, Seigneur de Serrant percevait sous la menace des armes les droits de passage et taxes sur les marchandises des bateaux de commerce navigant sur le fleuve. Les marchands de Nantes, les commerçants d’Angers, toute la batellerie à voile des villages environnants se voyaient une fois l’an astreint à l’impôt.
Jean de Brie son successeur, n’hésite pas à envoyer son capitaine Michel de Sens forcer des récalcitrants. Il est rapporté un abordage au lieu dit « la Pointe » entre des gens d’armes et des bateliers négociants qui remontant le fleuve s’étaient soustrait à la taxe. Ils furent arrêtés, blessés et leur argent prélevé sans autre forme de procès.
La pierre Bécherelle réapparait  aussi dans plusieurs actes de ventes ou de succession de domaine .
En 1764 est fait mention de la pierre Bécherelle lors de l’acquisition de la coulée de "Serrant" par monsieur Béguier de Chamboureau avocat au siège présidial d’Angers. Le château de Chamboureau existe toujours à Epiré, il a noter que le val, si connu pour son vin ,« coulant » vers la Loire a gardé son appellation ancienne.

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"Vue du Rocher ou Pierre Bécherèl et la maison de Mr Chevalier au dessus de la pointe

sur le bord de la Loire allant à Nantes" 1809

Les bords de Loire furent depuis longtemps une source de sujets poétiques pour les peintres . Les paysages les plus identifiables daté du premier quart du XIX eme siècle car annotés de façon descriptive comme des instantanés, sont conservés au Musée de la Marine de Loire de Chateauneuf sur Loire. Signés par Jean-Jacques Delusse, professeur de dessin à Angers, ayant eu comme élève le jeune David d'Angers, Delusse note, en 1809,  sur son lavis "Vue du Rocher ou pierre Bécherel...", puis repassant en 1823 "Vue du Rocher dit la pierre Bécherel…".

 

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dessiné sur le lieu 1823 par Delusse  "Vu du Rocher dit la pierre Bécherel  a 1 quart de lieu de la Pointe bord de la Loire 2 lieues d'Angers"


Des vues charmantes avec petits personnages et bateaux à voile montre une « roche Bécherel » dans son état naturel, initial, inchangé depuis plus de mille ans.
 Le dessin montre deux choses, l’inexistence d’un chemin de halage, ce qui donne à la masse de rocher un aspect de muraille et donc bien de frontière. On peut y apercevoir dans la découpe des ravinements dû à l’érosion, la forme caractéristique de la « pierre » actuelle encore solidaire de la masse schisteuse. La découpe de sa partie supérieure semble bien donc naturelle, découpe en pierre levée très visible à l’avant du corps de rocher.
 La configuration du site actuel est, par contre, le résultat de la transformation effectuée au milieu du XIXeme siècle.  Une aquarelle de Joseph Mallord William Turner conservé à la Tate Britain porte la mention « pierre Bécherelle near épiré » Cette aquarelle fait partie du cycle « scene on Loire » daté de 1826 /1828 et est  répertoriée par Ruskin dans ses cahiers . La série fut présentée à l’exposition « Turner on the Loire » de la Tate Gallery en 1997  ( catalogue Ian Warrell ,Tate Gallery London , page 221 N°76)

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La vue de Turner est pour le moins surprenante par rapport aux vues de JJ. Delusse. Il est indéniable que le paysage ressemble à tout sauf à la Pierre Bécherelle ou alors c’est une projection mentale faite en atelier mais sans croquis in situ.  Car les montagnes, les contreforts et la position de ce qui pourrait être pris pour une ruine romantique en haut d’un mamelon ne ressemble en rien à la Loire de Delasse ni à celle existant aujourd'hui.

La prospérité économique du second Empire voit l’émergence de nouveaux besoins, la barrière naturelle de la roche Bécherelle est un handicap pour la batellerie, un chemin de halage est nécessaire pour remonter la Loire dont le courant et l’exiguïté limite la marine à voile.Les gros chevaux de trait ont besoin de passages et les berges sont aménagées en conséquence.

Le site est répertorié comme une carrière de rivage ce qui limite les manutentions et augmente la rentabilité. La Pierre Bécherelle est donc attaquée et dépecée en pierre de construction ou de voirie par les entrepreneurs de Montjean sur Loire qui charge les materiaux directement dans les péniches. Mais la disparition programmée de la Pierre si connue et admirée suscite de vives protestations dont la presse s’empare.

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Le journal « Le Maine et Loire »  émeut l’opinion avec deux articles du 4 et 5 septembre 1843

«  La nature à ses monuments comme les cités. Ils sont consacrés par une espèce de vénération à laquelle il n’est pas permis de porter atteinte. Au confluent de la Loire et de la Maine, il existe un rocher, plutôt une pierre, aux gigantesques dimensions, qu’elle semble s’avancer pour jouir, plus à son aise, de ce beau spectacle auquel elle prête l’honneur de son assistance. C’est la Pierre Bécherelle.En vertu de quel arrêt, veut-on la jeter, par lambeaux, à la voirie?  N’y a-t-il donc pas d’autres pierres dans le pays! C’est bien la dernière à prendre…. »


«  de nos jours, il faut bien l’avouer, pareilles destructions sont considérées par ceux qui les ordonnent, comme sans conséquences funestes. Cependant, il est nécessaire que la cause de l’artiste, la cause de celui qui, loin des administrations, professant un culte pour la nature et ses délicieux aspects, ne soit pas sacrifiée au détriment de l’industrialisation…Faut il que l’an 1843, le besoin et la nécessité en matériaux viennent motiver une si fâcheuse destruction »


La Pierre monolithique fut sauvée in extremis grâce aux recours devant les autorités compétentes. Des mètres cubes de pierres furent prélevées,  le chemin tracé et fort heureusement la partie la plus emblématique du Rocher fut conservée et respectée.

 

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Le nouveau chemin de fer dont le tracé longe les bords de Loire vers Nantes fut une nouvelle atteinte à la muraille Bécherelle …le rocher fut entaillé d’un passage qui aurait pu être tunnel s’il avait été plus haut. Les dynamitages successifs ébranlèrent la Pierre Bécherelle qui perdit un gros bloc dans la Loire …cette pierre tombée est visible l’été près de la rive à gauche.
La première ligne de chemin de fer Paris Orléans Nantes fut inaugurée en 1851 ….

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La pierre tombée


Paru dans la Revue des Deux Mondes en 1861 «  La Fauvette Bleue, récit des Bords de Loire » de Théodore Pavie nous parle amoureusement de la  Loire au bas du village d’Epiré. Les affres et tourments de la pierre ne semble pas lui être connu précisément .

« I. — La Pierre-Bécherelle
« Un peu au-dessous du confluent de la Maine et de la Loire, sur la rive droite de ce fleuve, on voyait se dresser, il y a peu d’années encore, un rocher à pic, d’un aspect pittoresque : on le nommait la Pierre-Bécherelle. Les chemins de fer sont venus ; la Pierre-Bécherelle se trouvant devant eux, ils ont jeté bas le rocher qui lui servait de base et lui ont passé sur le corps. Il ne reste plus qu’une pointe écornée, que l’on prendrait de loin pour un menhir. Ces voies ferrées en ont fait bien d’autres !… Combien de collines éventrées, d’horizons masqués, de paysages balafrés, sans parler des jardins gracieux détruits pour toujours, sans compter les parcs mystérieux coupés en deux morceaux, et dont les allées, pareilles aux tronçons du serpent, cherchent vainement à se rejoindre ! Mais tout est au mieux dans le meilleur des mondes ; la locomotive siffle et se rit de vos regrets, le train vole sur les rails, et la vapeur triomphe. C’est égal, la Pierre-Bécherelle méritait un autre sort. Située au point où la Loire, enrichie par tous ses gros affluens, se développe dans sa plus grande largeur, ce rocher, facilement abordable du côté de la terre, formait comme un observatoire du haut duquel tout homme épris des beautés de la nature, peintre, poète ou rêveur, pouvait contempler à l’aise le magnifique panorama d’un fleuve de premier ordre roulant à travers des îles verdoyantes et des grèves jaunes ses flots majestueux. Chère aux éperviers, qui aimaient à nicher dans les trous de la roche tapissée de lierre jusqu’à sa cime, la Pierre-Bécherelle servit parfois de station aux aigles qui, égarés par les brouillards de l’hiver, descendent des montagnes du centre de la France, et, s’abattant sur nos provinces de l’ouest, les traversent d’un vol inquiet, comme des âmes en peine.
Au sommet de ce rocher mutilé, dont on ne voit plus aujourd’hui que les ruines, se tenait assis, par une belle matinée du mois de mai, un homme maigre, chauve, vêtu d’une longue redingote. Depuis dix ans qu’il habitait le pays, le docteur Christian, — c’était son nom, — venait chaque matin faire une station sur la Pierre-Bécherelle. Après avoir servi longtemps dans la marine, il avait fait élection de domicile sur les bords de la Loire. Les gens qui ont beaucoup voyagé savent mieux que les autres apprécier les sites pittoresques, et lorsqu’ils renoncent à la vie active, ce n’est point au hasard qu’ils choisissent les lieux où ils espèrent passer en paix les années de leur vieillesse »
Théodore Pavie - 1861

L’étymologie du nom Bécherelle reste assez mystérieuse. Une famille Bécherelle est attesté avec plusieurs orthographes Bé-cherelle ou Be-cherelle.. mais il n'y a aucune mention de possession ou d’’installation d’une famille Bécherelle dans les communes de Savennières ou de la Pointe.
Andre Rochard Jansen dans son livre « Nous étions six amis » paru en 2005 aux éditions Cheminements, nous donne sa version qui à l’avantage de la vraisemblance à défaut d’être incontestable .

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Les côteaux argilo schisteux sont plantés de vignes qui descendent vers la Loire de part en part de la Pierre Bécherelle.

Le chenin Blanc donne un excellent vin blanc sec , le Savennières.

 

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Une promenade dans les Savennières est une expérience ..Vous pouvez visitez ces vignes en coteaux sur le merveilleux site internet

Merveilleux Anjou

et découvrir le merveilleux "Clos de la Pierre Becherelle" d'Eric Morgat

à ne pas confondre avec le becherelle voisin de Nicolas Joly de la Roche aux Moines...

évidemment

merveilleux!

 

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***

 

Tous mes remerciements à l'Abbé Charon, curé d'Epiré et à son journal paroissial de 1973

 

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