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L'Hiver des Alpes

Ces atomes de feu qui sur la neige brillent,
ces étincelles d'or, d'azur et de cristal
dont l'hiver, au soleil, d'un lustre oriental
pare ses cheveux blancs que les vents éparpillent;

Ce beau coton du ciel de quoi les monts s'habillent,
ce pavé transparent fait du second métal,
et cet air net et sain, propre à l'esprit vital,
sont si doux à mes yeux que d'aise ils en pétillent

Cette saison me plait, j'en aime la froideur;
sa robe d'innocence et de pure candeur
couvre en quelque façon les crimes de la terre.

Aussi l'olympien la voit d'un front humain,
sa colère l'épargne, et jamais le tonnerre
pour désoler ses jours ne partit de sa main.

Saint Amand -1634

 

 

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Quittant le plat de la vallée de Sallanches, la route serpente vers Passy, village à flanc de montagne face au massif du Mont Blanc, point de départ pour le plateau d'Assy dominée par la chaîne des Fiz, comprenant l'Aiguille Rouge, l'Aiguille de Varen et la Pointe de Platé qui surplombe le désert du même nom.

Un plateau en Haute Savoie est une dénomination administrative d’un ensemble très en pente, contraire à la définition géographique de « plateau ».

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Le plateau d'Assy n'est pas seulement l'excursion par les chemins de traverses des curieux de la montagne mais était aussi la destination de nombreux curistes qui allaient respirer dans les Sanatoriums de l'entre deux guerres, l'air raréfié propice aux tuberculeux.

Les populations souffrantes dans leurs corps pouvaient aussi soigner leurs âmes grâce à l'installation en ces lieux d'une église remarquable.

Notre Dame de Toute Grâce du plateau d'Assy.

Le chanoine Deverny, aumonier des curistes, décida et surpervisa la construction qui s'étendit  de 1938 à 1946.

Cette église d'altitude fut consacrée en 1951, la décoration y fut achevée en 1961 puis classée Monument Historique en 2004 .

 

 

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le Père marie Couturier y fut désigné conseiller artistique.

 

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 L'architecte Maurice Novarina  édifiera une église que l'on pourrait qualifier de style savoyard car inspirée des rudes chalets de montagne; la façade triangulaire présente un auvent de cinq mètres de profondeur soutenu par six piliers de stature colossale.

Le grès vert de Taveyannaz du gros oeuvre accentue la rudesse du batiment qui majestueux et rugueux comme la roche environnante semble indestructible.

Seul le long campanile de vingt huit mètres de haut l'élève et nous rappelle l'Italie si proche.

Il est en restauration actuellement.

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Cette étonnante église rentre dans l'histoire de l'Art par plusieurs portes.

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Elle se situe dans le renouveau de l'art sacré du vingtième siècle et enseigne ce qu'il est coutume d'appeler maintenant la "Leçon d'Assy".

Le Père Dominicain Marie Alain Couturier, co-directeur avec le Père Pie Regamey de la célèbre revue Art Sacré ( 1954-1957) y appliqua sa vision nouvelle en rupture avec ses maitres des "Ateliers d'Art Sacré  "  animés par les figures charismatiques de Maurice Denis , Georges Desroullières et Georges Rouault.

Le renouveau d'Après guerre prend donc son origine dans une rupture avec les idées du renouveau d'Avant guerre.

Le renouveau des églises de l'entre deux guerres animé par ces célèbres Ateliers ( M. Denis,  G.Desrouillière) se proposait de rompre avec le style issu de Saint Sulpice qui décliné jusqu'à l'écoeurement ne correspondaient qu'à des redites sans âmes et sans esprit.

Leurs réflexions critiques portaient sur ce "lourd sentimentalisme"  des églises de leur temps que Paul Claudel en 1919 considerait comme une décadence " Pour qui ose les regarder, les églises modernes ont l'interêt et le pathétique d'une confession chargée. Leur laideur, c'est l'ostension à l'extérieur de tous nos péchés et tous nos défauts"

(lettre à Alexandre Cingria sur les causes de la décadence de l'art sacré1919 in "La decadence de l'art sacré" A. Cingria Paris Al'Art CAtholique 1930)

 

Les églises Saint-Nicaise de Reims 1923Saint louis de Vincennes( 1914 -1927) sont d'excellents exemples d'une réussite alliant renouveau de la forme  dans une continuité ravivée par les possibilités des nouveaux materiaux comme le béton armé, les charpentes métalliques. l'iconographie fut pensée et crée dans une volonté aussi bien décorative que catéchétique.

 

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Reims et Paris

 

Céramiques, peintures et sculptures sont réalisés par des maitres affirmant leurs croyances religieuses.

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Que l'on songe à la religiosité animant la construction de  l'église du Saint Esprit , avenue Daumesnil à Paris avec sa coupole de 33 mètres de haut et 22 mètres de diamètre, construite en pierre et en béton armé, grandement inspirée de la coupole de Sainte Sophie à Istanbul.

Les peintures sont omniprésentes sur les piliers, chapelles et coupoles , les techniques utilisées par Maurice Denis ou Jean Dupas sont innovantes comme l'utilisation intensive et avant gardiste du Stic B pour avoir un aspect "a fresco" sur le béton lisse. Le Stic B est une peinture brevetée utilisée initialement pour le traitement de surface et non pour la décoration.

 

  L'iconographie déployée  sans rupture brutale, en se dégageant de la cosse primitive des formes usuelles,  créer un langage autonome d'une modernité forte . Malheureusement ce procédé ne peut perdurer car il est très difficile sinon impossible à décliner de façon intensive sans s'abâtardir. Les artistes des Ateliers d'Art Sacré comme les architectes de l'entre deux guerre se gardèrent d'entrer trop avant dans les méandres mystérieux de l'Abstraction naissante. 

Les interrogations et discussions allant bon train concernant l'introduction de l'art moderne dans les édifices religieux, la question posée était :

Est-ce une intégration ou une profanation?

 

 Après la guerre, le Père Marie Couturier  et le Père Regamey (ancien attaché au département des peintures du musée du Louvre, artiste et dominicain) répondent à cette question, ils proposent un renouvellement esthétique radical en élaborant une nouvelle vision de l'art d'église. le Père Marie Couturier, théoricien de l'Art, s'inscrit dans un champ nouveau du dialogue entre les oeuvres inspirées et les fidèles. Le père Pie Regamey considèrant que tout art peut incarner le sacré, fait sienne cette opinion de Jacques Maritain :

"Il serait vain de chercher une technique ou un style ou un système de règles ou un mode d'opérer qui seraient ceux de l'art chrétien. L'art qui germe et qui grandit dans une humanité chrétienne peut en admettre une infinité"

(Jacques Maritain " Art et scolastique" 1920)


C'est ainsi qu'ils prennent le "pari du Génie " et déclarent que tout artiste vrai est un "inspiré". Il n'est donc nul besoin d'être "croyant" pour réaliser des oeuvres "inspirées" appartenant au champ de l'art sacré.

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En 1950, dans un article retentissant de la revue Art Sacré intitulé "Aux grands hommes, les grandes oeuvres" Le Père Couturier  amorce ce deuxième renouveau qui amenera non seulement une dynamique forte mais aussi une controverse importante que Rome devra trancher dans son concile.

L'église Notre Dame de toute Grâce du plateau d'Assy en fut le point de départ et la figure emblématique.

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La décoration y fut donc confiée à des artistes modernes qui un à un rassemblés dans cette entreprise transforme cette église de montagne en une sorte de manifeste.

F. Leger, J Bazaine, M. Chagall, H.Matisse, G Braque, P. Bonnard, G Rouault, G Richier, J Lurcat, M. Brianchon, A. Hebert Stevens, P. Bercot ainsi que le Père Marie Couturier lui même qui réalisa des vitraux d'après ses propres peintures.

Ce renouveau des années cinquante est illustré parfaitement par des églises comme la chapelle de dominicains de Vence datant de 1951, décoré par Matisse qui déclara " malgrès toutes ses imperfections, je la considère comme mon chef d'oeuvre"

L'église du Sacré Coeur d'Audincourt de 1951 près de Montbelliard  fut décoré par Fernand Léger et J Bazaine. Comme le souligne son marchand, Kahnweiler, en parlant à Brassaï : " La plus belle chose que Léger ait jamais faite est certainement les vitraux d'Audincourt. Je trouve assez extraordinaire que cette œuvre religieuse, d'un peintre communiste et athée, ne choque point le sentiment religieux ".

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Père M.A. Couturier et Le Corbusier

Notre Dame du Haut de Ronchamp construite par Le Corbusier se situe dans cette même mouvance. C'est par ce choix d'architecte que la modernité s'exprime en s'affranchissant des directions incarnés par Dom Bellot architecte batisseur d'église, Moine bénédictin de la congrégation de Solesmes, qui "innovait dans la tradition" comme le montre avec élégance ses nombreuses réalisations internationales.

 

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En 1948-1950,  la question de l’intégration de l’abstraction s’est posée dans le Doubs, avec les premiers vitraux abstraits créés par Alfred Manessier pour l’église Saint-Michel des Bréseux.

 

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Mais c’est en 1950, à l’occasion de l’exposition"Libri e oggetti d’arte religiosi," organisée à Rome par le père Régamey, que l’opposition très vive se cristallise car il s'agit d'une initiative française face à la grande exposition d'art Sacré organisée pour l'Année Sainte par la "Pontificia Insigne Accademia di Belle Arti e Letteratura dei Virtuosi al Pantheon" (Académie des Virtuoses du Panthéon)Académie qui se donne comme but de promouvoir le potentiel spirituel des arts.

Présentant des lithographies sur le thème de Pâques, Manessier y est accusé d'hérésie totale, son travail est rejetté par les instances vaticanes, le Père Regamey s'emploi à le défendre dans une série d'articles ou la question de l'oeuvre d'art "religieux" ou "sacré" quelque soit l'imprécision des définitions, ne doit pas s'en tenir au "sujet" mais au "thème" qui lui est spirituel. Il retourne l'argument des détracteurs de l'abstrait en se servant de la même encyclique "Mediator Dei" qui affirmait ,en rejetant également le "réalisme" et le "symbolisme", que l'oeuvre d'art sacré ne devait pas avoir besoin d'explication verbale ou écrite.

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Vitraux de Manessier

Le père Regamey expliqua que certaines scènes religieuses peintes pouvaient apparaitre pour les fidèles comme de vrais rébus difficile à déchiffrer, alors que les peintures abstaites ou "non figuratives" permettaient une approche du sacré plus immédiate grâce à l'interaction de l'inspiration du peintre et de la sensibilité du spectateur.

Un long questionnement concernant l'intégration de l'art comptenporain dans l'Art d'église fut mené avec au coeur du problème l' interrogation profonde d'avoir la  nécéssité d'utiliser des praticiens croyants pour réaliser à l'instar des icônes, non pas des oeuvres mais des actes de foi, des "prières" peintes ou sculptées.

  Interrogations sur l'oeuvre et sa destination, sa fonction dans le bâtiment église qui représente la matérialisation d'une foi et d'une espérance donnée et reçue par l'ensemble des fidèles. Ce qui est la fonction catéchisé du" monde des formes" de la représentation du monde par l'Homme.

 

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Tract d'Angers

La controverse ne commencait qu'à peine, car vint le "tract d'Angers" qui polarisa la bataille sur Notre Dame de Toute Grâce d'Assy.

Lors d'une conférence donné en 1951 à Angers dans le Maine & Loire,  le chanoine Devemy, fondateur du projet d'Assy et baptisseur d'église se voit attaqué très violement par un tract distribué  par un groupe de catholique animée par le Docteur Pierre Lemaire. L'église d'Assy y est stipendié et particulièrement la sculpture du christ en croix qui pour ces catholiques est un outrage.

Laissant de coté la porte en bronze du tabernacle de Braque, les carreaux blanc peint au trait de Matisse, le flou du baptistère de Chagall, le visage de la vierge en mosaique de Fernand Leger ou même les tapisseries si peu religieuses de jean Lurcat, la polémique se focalise sur la figure du christ de Germaine Richier, seul représenté sur le tract.

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Tapisserie de Jean Lurcat dans le choeur.

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Chapelle des fonts baptismaux " la traversée de la mer Rouge" céramique de M. Chagall

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Saint François de Sales par  P. Bonnard

 

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Saint Dominique céramique de H. Matisse, tabernacle G.Braque.

Vous trouverez de bien meilleures et complètes reproductions grâce à ICI. canablog

 

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Le christ de Germaine Richier

 

Germaine Richier, élève de Bourdelle aux ateliers de la Grande Chaumière avait comme collègue Alberto Giacometti. Elle présente avec celui-ci un travail ayant de nombreuses convergences d'esprit, aussi fortes et profondes que leurs divergences de notoriété actuelle.

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La controverse s'enflamme lorsque Monseigneur Cesbron l'évèque d'Annecy décide de retirer le christ scandale en avril 1951. Placé initialement dans le chœur derrière l'autel central, il fut relegué pendant dix huit ans au purgatoire.

Le CCIF (comité catholique des intellectuels français) y accorda un intérêt certain : un premier article de Stanislas Fumet montre le bien fondé de la décision épiscopale d'Annecy de retirer le christ, bien que le travail de Germaine Richier lui semble digne d'interêt. Quelque temps après, un second article infirme le précédent en soulignant que ‘"Le Christ d’Assy est un Christ d’Église"’  La mise au point de Rome peu de temps après (par l’instruction du Saint-Office du 30 juin 1952) tranche et marque une fois encore la difficulté du temps entre l’Église et les beaux-arts .

Paul-Louis Rinuy, maître de conférences à l'université Paris X- Nanterre nous explique dans sa conférence sur "Le renouveau de l'art sacré dans les années 1945-1960 et la " querelle de l'art sacré " 'in "L'enseignement du fait religieux les 5,6 et 7 novembre 2002")

Que ce christ en croix, présenté comme un simple " moignon sculpté " est  écrit par Gabriel Marcel comme " un rameau rachitique et couvert d'une espèce de moisissure " qui n'est que " le fruit mort d'une cérébralité desséchée ".

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Que Madeleine Ochsé, quelques années plus tard, ironise sur ce qui est à ses yeux " une simple ébauche ", " un tronçon pourri qui a renoncé à sa forme humaine et ouvert pour nous ses grands bras déchiquetés ". Une formule qu'on trouve dans un article de Mgr Costantini, secrétaire de la Congrégation De propaganda fide, paru le 10 juin 1951 dans L'Osservatore Romano, condense l'ensemble de ces critiques : " Ce Christ est une image caricaturale qu'on veut faire passer pour un crucifix, une insulte à la majesté de Dieu, un scandale pour la piété des fidèles ".

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En revanche Bernard Dorival, conservateur du Musée d'art moderne, dans son article  " L'Église d'Assy ou la résurrection de l'art sacré ", fait l'éloge du Christ de Germaine Richier, " douloureux et grandiose, dont les bras, démesurément ouverts, inspirent confiance et respect, et dont l'expressionnisme pathétique se double d'une noble plasticité. "  il affirme son propos sans exagération en concluant " Il est sans doute la première image pas trop indigne de son objet que la sculpture nous ait donnée depuis la fin du Moyen-Âge " " La véritable expression de ce crucifix [...] ne saurait être perçue qu'à la faveur d'une suffisante compréhension du langage plastique employé par l'artiste ", écrit, par exemple, Léon Degand. Et le Père Régamey de conclure : " Faute de comprendre ce (nouveau) langage plastique, on n'y voit qu'une déformation sacrilège ".

 

La réalité est qu'aujourd'hui, le christ revenu dans l'église en 1969 est encore puissamment révulsif par sa forme et sa matière et cela malgrès notre apprentissage de l'oeil dû à la proximité des oeuvres très médiatisés d'A. Giacometti dont la parenté est évidente.

 Michel Durand dans un article publié dans : Art "Accueillir ce que dit l'artiste." 2008 (cf enmanquedeglise.com/article-20946038.html) ose un parrallèle éclairant avec le triptyque de Grünwald, on y voit le Christ couvert de pustules vertes : c'est le mal des ardents.

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"Les malades atteints de cette maladie étaient soignés par les Antonins,  commanditaires de ce retable installé dans la chapelle des malades qui venaient prier un Christ, atteint de la même maladie qu'eux. De même, après la guerre, pour Germaine Richier, il n'est plus possible de représenter le Christ avec un visage d'homme et elle représente le corps du Christ comme une véritable écorce d'un tronc noueux, manifestant les souffrances. Résumant les passages d'Isaïe 52 -53 qu'on relit pendant la semaine sainte : « Il n'avait même plus visage humain, personne, rien de beau pour attirer notre regard, rejeté de tous ».

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Et Michel Durand de conclure par ce beau  passage " Maurice Zundel dans La Passion de Dunkerque, en 1988, à l'occasion d'une exposition consacrée à des artistes contemporains auteurs d'œuvres sur le thème de La Passion, estime que dans le problème du mal, il faut penser que Dieu ne peut intervenir, mais qu'il en est la première victime ; s'il n'y avait pas dans l'homme une valeur infinie, le problème du mal ne se poserait pas. Cette valeur c'est la présence silencieuse de Dieu. Dieu ne peut rien perdre de son intégrité. Le mal qui frappe l'homme l'atteint lui-même. On peut dire que s'il y a une agonie, Dieu agonise en elle, s'il y a une solitude déchirée, Dieu souffre en elle, s'il y a un crime, Dieu en est ensanglanté. Le Mal n'a une telle dimension que parce que Dieu en est le premier frappé." ((cf enmanquedeglise.com/article-20946038.html

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Cette controverse s'alimentant de contestation plus profonde de la part des coureurs de fond de la fuite en avant, on vit même une interrogation sur la place et la forme des églises dans la ville ...la querelle prenant une tournure plus "politique" à l'aube des grands boulversements de Vatican II. La liturgie comme l'architecture devant être transformées, adaptées, passant ainsi sans transition pour certain du Ab æterno (depuis l'éternité) à l'Ab agendo ( hors d'état hors d'usage)  pour correspondre à une époque emportée par le tourbillon d'une "modernité " née de la fin guerre.

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Notre Dame du Haut 1955 Le Corbusier

Dans sa thèse universitaire l'historien  Pierre Lebrun  travaille sur la remise en cause du modèle paroissial et de l’église monumentale dans le cadre du mouvement oecuménique et conciliaire. L’église-monument-oeuvre d’art allant vers l’asile de silence et de recueillement.

"Au milieu des années 60, dans un numéro spécialement consacré à l’architecture religieuse, L’Architecture Française revient sur la nécessité de conférer aux églises en cours d’édification dans les cités en construction, des formes architecturales qui répondent aux conditions nouvelles de l’urbanisme. Le père François Russo, dans un article consacré à la construction des églises en France, estime qu’une architecture religieuse fonctionnelle est en cours d’élaboration. Selon lui, celle-ci se caractérise par son austérité et sa capacité à s’émanciper de toute imitation de l’ancien.

Ses dimensions sont modestes puisque l’on estime alors qu’au-delà d’un rayon de 600 mètres un lieu de culte est inefficace et qu’il est nécessaire de limiter la capacité des églises à 600 ou 800 places afin de permettre une participation active des fidèles au culte"

 

 

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Sachez retrouver  la "maison d'église" Notre Dame de Pentecôte sur l'esplanade de la Défense....

"Au milieu des années soixante, sous l’influence de l’esprit de réforme et d’ouverture qui souffle lors de Vatican II, le clergé se sent maintenant encouragé à chercher des pistes nouvelles en matière de conception d’églises. Il semble désormais acquis que les lieux de culte à édifier dans les cités nouvelles et les grands ensembles doivent bannir toute recherche de monumentalité."

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Exposition Dhimmitude à la Paroisse.la Défense 2012

 

L'esprit d'une époque maniant la volonté d'aller vers un renouveau qui serai un jalon vers un futur paré de toutes les vertus d'un modernisme salvateur provoque des cul de sac . La restauration nécéssaire de Notre Dame Saint Lô dans la Manche en est un exemple.La vision moderniste du père Regamey, présent sur tous les fronts, amena a des choix qui aujourd'hui nous paraisse des occasions ratées de retrouver le chemin vers l'avenir déroulé sous nos pieds par notre passé fortement identitaire.

 

 

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Après les combats de la Libération en 1944,  la Manche voyait l'église de sa préfecture détruit à plus de 50 % , la nef a ciel ouvert  découverte de sa couverture , ses voûtes et la façade effondrée suite au bombardement de la tour nord par l'artillerie allemande. Seuls la tour sud sans sa flèche, ainsi que le chœur et les bas côtés, restaient à peu près intacts. Il fut entreprit une restauration de grande ampleur :

"La restauration de l'église (1944-1974) fut longue et difficile en raison d'un changement radical dans le parti pris de restauration au cours du chantier. Après les premiers travaux d'urgence, l'architecte des Monuments historiques Louis Barbier prépare un projet de reconstruction à l'identique de la façade ouest en récupérant la plus grande partie des pierres taillées d'origine. Mais en 1947, sur proposition du révérend père Régamey, alors directeur de l'influente revue Art sacré, il est remplacé par Yves-Marie Froidevaux, qui propose en 1953 le principe de garder la ruine de la façade ouest et d'en faire un mémorial contre la guerre. Mais ce projet fut combattu localement: le conseil municipal ne donna jamais son accord et ne participa pas financièrement à la restauration imposée.

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Un mur pignon aveugle « cicatrisant » en schiste vert du Nord-Cotentin fut construit en retrait de la façade disparue et les pierres de l'ancienne façade furent dispersées dans divers dépôts lapidaires quand elles ne servirent pas aux remblais nécessaires à la reconstruction de la ville... Confronté à des difficultés techniques imprévues (la taille de la pierre) et à des difficultés financières récurrentes, Yves-Marie Froidevaux n'achèvera son œuvre qu'en 1972 avec l'installation de trois portes historiées en bronze atténuant ainsi la sévérité de l'ensemble qui fait regretter la disparition de la façade historique."( source Wikimanche)

 

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En 1994, à l'occasion du 50e anniversaire, l'artiste peintre Bruno Dufour-Coppolani, dressa une toile peinte provisoire représentant l'élévation de la façade disparue devant la béance voulue par l'architecte restaurateur...

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Où en sommes nous de l'art Sacré aujourd'hui ?  Quelles interrogations et controverses animent encore cette question?

L'oecuménisme extra chrétien et la volonté de d'effacement pour acceuillir "l'autre" laissent la puissance des images à la Publicité, fille naturelle de la Propagande ou à l'iconographie éxogène .

L'art catholique romain est un convalescent fragile, laissant aux maigres budgets des parroisses de maigres possibilitées de briller.

L'église Notre Dame de Toute Grâce du plateau d'Assy témoigne d'une incursion inouïe par les grands noms de l'art de la fin du vingtième siècle, dans la représentation sacrée occidentale.

Une bréche ouvrant un futur qui se cherche encore dans sa propre interrogation.

La célébrité des uns assurant la pérénnité d'un lieux déserté par les curistes,  les bons pères ont glissés l'art profane dans les habits de l'art sacré, espérant peut être  en un rituel animé de la formule dites lors de sacrifices et ex-voto antiques

"Do ut des "

" Je donne pour que tu donnes"

 

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