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Les derniers travaux de l'Opéra Garnier furent un gigantesque programme de restauration, commencé  l'année 2000, par la façade principale dont les ors, les marbres et les pierres furent nettoyés, les statues colossales furent descendues puis restaurées, consolidées et redorées. Les deux façades latérales subirent elles aussi successivement de grands travaux de restauration.

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La restauration  intérieure fut également de grande ampleur comme le montre le grand foyer restitué en 2004 dans ses dispositions d'origine.  Les peintures et dorures furent rénovées ainsi que les peintures décoratives des voussures. Tentures, meubles et banquettes absentes depuis l'incendie de 1928 furent restitués ainsi que les candélabres et bras de cristal pour retrouver une physionomie et une utilisation conforme au projet initial.
Ces travaux extérieurs et intérieurs sont une célébration du génie de Charles Garnier. Ils nous font voir en détail la somptueuse prolifération de signe décoratif qui se liant les un aux autres provoque derrière l'accumulation trop vite perçue négativement par le néophyte, une ordonnance, une déclinaison qui ayant intégré un millénaire de culture et d'art créait un style propre où tout les éléments sont lisibles en vision générale comme en détail. L'opéra est un art total liant musique, chant, théâtre, peinture et costumes pour une féerie, un rêve éveillé qui est pour certain le précipité de la vraie poésie de l'existence qui nous élève vers un nirvana ou plutôt devrions-nous dire un Wahalla .

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Bache productive, esthétisme citadin comtemporain

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Le touriste comme le piéton parisien avait pu voir durant plus d'une année les grandes bâches publicitaires qui couvraient la façade latérale du Pavillon de l'Empereur. Cette grande rampe circulaire construite pour que Napoléon III puisse accéder en fiacre directement à l'Opéra, cet accueil triomphant où les aigles sur  deux colonnes rostrales en granite d'Aberdeen d'Henri Jacquemar rivalisent avec les cariatides de Louis Elias Robert ( le sculpteur du Palais de L'industrie évoqué dans un précédant article) encadrant la porte surplombée de l'aigle en bronze, symbole de l'Empire Français, travail remarquable du sculpteur animalier Pierre louis Rouillard.

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Ce pavillon de l'Empereur ne servit jamais car le désastre de Sedan mit fin à ce rêve, l'Opéra ne fut inauguré qu'en 1875 alors que Louis Napoléon Bonaparte en exil en Angleterre meurt en 1873 sans avoir pu voir la fin des travaux de son Opéra ni même de son avenue qui ne fut terminée qu'en 1879.
La défaite Française et la capitulation  provoquèrent l'arrêt brutal des travaux, notamment ceux concernant le pavillon de l'Empereur où  étaient visibles " plusieurs pierres d'appareillage non épannelées" comme nous l'indique plusieurs écrit concernant les façades.

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Ces pierres étaient très visibles avant les grandes bâches qui masquèrent les travaux de restauration. Il s'agissait des deux groupes d'angelot surmontant les fenêtres situées au centre et à droite au premier niveau de la rotonde, les pierres des chapiteaux des pilastres encadrant les fenêtres étaient également brutes. Il est à noter au vu des photographies que la fenêtre du centre était plus avancée, car les fleurs et feuilles d'acanthe du fronton en demi-ovale étaient terminées .

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Pendant longtemps je suis passé sous ces fenêtres, témoignage émouvant du savoir-faire du sculpteur de façade haussmanienne qui de la pierre brute avec son ciseau faisait émerger les formes classiques en taille directe digne héritage des techniques de Phidias ou Praxitèle. Les blocs informes allaient se transformer en chapiteaux corinthiens par la magie d'un anonyme sur balançoire. Sur cette façade didactique nous pouvions voir les deux étapes, l'avant et l'après, ce qui était un merveilleux moyen d'imaginer la somme de travail effectuée sur les façades parisiennes.

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Détail de la fenêtre de droite avec ses blocs non épannelés.


Il m'a cependant toujours paru très étrange qu'à l'annonce de la chute de l'Empire, il n'y ait eu que ces deux fenêtres inachevées. Que le sculpteur fut descendu de sa balancelle avec ses outils et sans terminer l'ouvrage fut rentré chez lui. Mais enfin cela était dit et écrit dans les descriptions des façades de l'Opéra et visible sur les murs pour qui savait regarder.
Les actuels travaux de rénovation prirent fin après plusieurs années de bâches et d'échafaudages. Quelle ne fut pas ma surprise constatant que le travail sur le pavillon de l'Empereur avait été terminé!

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Les poutis avaient leur jambes et leur avant-bras, les motifs floraux circonvolutionnaient, les chapiteaux avaient émergés! La fin de l'Empire, témoignage visible sur cette façade historique, était gommé, annulé, oublié…J'en étais déçu et attristé surtout lorsque en parlant autour de moi je m'aperçus que personne ne semblait avoir en mémoire ces blocs à sections rectangulaires sortant de la façade, tout en félicitant intérieurement le tailleur de pierre actuel ayant un savoir faire digne des "grands anciens". Il a su terminer l'ouvrage mais aussi transformer cette facade unique qui en sa version inachevée témoignait de l'Histoire jusqu'à nous... Cela "faisait partie de l'oeuvre" comme la déontologie de la restauration des oeuvres d'Art nous l'enseigne.

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Etat actuel 2012

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Qui en avait pris la décision? qui avait été consulté? qui avait effectué l'ouvrage? …autant de questions sans réponses.
Les travaux de l'Opéra furent effectivement arrêtés après la capitulation de 70, notamment les intérieurs comme la rotonde du Glacier et la galerie du Fumoir mais l'incendie de la salle de l'Opéra de la rue Le Pelletier en octobre 1873 relança les travaux pour terminer les parties inachevées avec une enveloppe de six millions neuf cent mille francs. Il y eut donc deux inaugurations la première en 1867 pour la façade principale la seconde en 1875 pour enfin l'ensemble du joyau.
Les deux angelots de façade sur la rotonde de l'Empereur furent ils oubliés?

En 1903 fut inauguré à la base de la rotonde un monument à la gloire de Charles Garnier mort en 1898.

Il existe une photographie antérieure à ce petit monument comportant le buste de Garnier par Carpeaux et allégories. Les grilles sont absentes, l'espace bien dégagé donne une impression de vide et de calme. La façade nous montre les trois fenêtres avec leurs décorations …achevés!

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Avant 1903 (cliquez pour agrandir)

Les anges et les chapiteaux sont sculptés. Une autre photographie montre sans nul doute possible, les façades achevées avec le monument de 1903 ainsi que la barrière fermant l'ensemble. Cette façade fut donc terminée et les blocs visibles encore il y a peu n'étaient certes pas un témoignage de la terrible année 1870.
Les pierres furent-elles si dégradées qu'on entreprit de les changer..avant-guerre? après-guerre?  Puisqu'on ne les sculpta pas, que l'appareillage brut fut laissé, sans qu'aucun ne juge bon de finir la taille?

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1905 ?

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Carte postale colorisée  1905/1910 ?

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Agrandissement de la carte postale


Le mystère est à élucider et j'invite toute personne ayant des informations sur ce sujet à les laisser en commentaires. Des informations concernant aussi bien les anges et les chapiteaux inachevés que les lampadaires des rampes intérieures qui ont bien besoin des ces luminaires pour se dérouler et finir en majesté comme leurs dessins les y engagent. Ils sont visibles sur certaines photos, cruellement manquant sur d'autres. Aujourd'hui ils ne toujours pas revenus, ce qui laisse les rampes vides et inachevées. Aussi bien les rampes extérieures que les intérieures qui se terminent par des arrondis de pierre incompréhensible sans leurs candélabres à branches et globes.

(addenda Printemps 2014 : Les luminaires sont revenus ...les courbes sont habillées..tout est rentré dans l'ordre)

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Digression:
Etoile du matin, Etoile du soir. Le rythme des vingt deux femmes dénudées porteuses de lumières vous regardant de leurs piedestals dans un contraposto lascif qui accentue leur formes pleines, leur bustes volontaires, a de quoi troubler encore le passant.

Etoile du soir avec une lune dans les cheveux, Etoile du matin avec son soleil, les sculptures de Louis Ferdinand Chabaud déclenchèrent un scandale, une "procession pornographique" de statues de femmes nues toutes semblables réalisées par galvanoplastie sur deux modèles de l'artiste.

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Jean Marc Héry cite dans sa conférence "Chabaud Garnier Histoire d'une amitié" la réponse de Charles Garnier à ses détracteurs, publiée dans son ouvrage "Notre Opéra". Garnier se justifie du procédé répétitif dicté par des soucis d'économie ainsi que de l'accusation d'outrage à la moralité:

« C’est parce que ces éléments sont pour ainsi dire inertes et qu’il n’y a aucune raison pour qu’ils soient diversifiés. Une succession de colonnes, de pilastres, de candélabres et même de sphynx peut fort bien se produire sans que l’on éprouve le désir d’en voir changer les formes particulières. Tant que ces éléments ont la même destination et concourent au même but, rien ne milite en faveur de leur diversité […] La répétition ne peut être admise que lorsque les objets répétés ne peuvent changer de nature et d’aspect ; elle doit être rejetée toutes les fois que les objets répétés ne peuvent être identiques sans violer les lois naturelles. Et bien lorsque l’on met à la queue-leu-leu une vingtaine de statues toutes semblables, on viole ces lois ; quel que soit l’office que ces statues aient à remplir, elles devront le remplir régulièrement comme but, mais diversement comme moyen, sous peine de ressembler à une rangée de soldats faisant l’exercice […] J’aurais donc dû, pour agir suivant la logique, la vérité et le bon goût, au lieu de mettre partout sur la balustrade les deux figures de Chabaud, toutes se répétant à l’infini, placer des statues de même allure générale, mais de tournures différentes. J’aurais dû en somme, au lieu de faire faire deux modèles dissemblables, en commander vingt-deux, c’est-à-dire autant qu’il y a de piédestaux. »
« quant à l’inconvenance de ces figures, inconvenance qui leur a été reprochée par bien des gens qui peut-être ont plus de pudeur pour les statues que pour les personnes, il y a eu au fond quelque chose de vrai dans l’accusation ; mais cela ne tenait aucunement à l’immodestie des sculptures en elles-mêmes, qui sont fort chastes dans leur nudité ; mais seulement et encore à la répétition de ces sculptures. Une femme toute nue peut fort bien, si elle est traitée avec délicatesse et retenue, représenter la virginité tout aussi bien qu’une statue couverte de voiles ; mais il faut que cette statue soit, pour ainsi dire, isolée, et dans un entourage virginal. »


Effectivement le trouble de la procession fonctionne toujours car même en accélérant le pas, la farandole érotique des nombrils cyclopéens vous regardent comme un oeil pinéal.

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Etoile du Matin vers 1870