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La cathédrale Saint Maurice d'Angers située au sommet d'un rocher de schiste, domine la Maine de ses flèches de soixante quinze mètres. Construite au XIIe siècle, elle est connue pour cette particularité architecturale appelée ogive Pantagenêt ainsi que pour ses vitraux du maitre verrier André Robin, chef-d'oeuvre du XVe siècle.


En 1980, On y découvrit des peintures murales exceptionnelles.

 

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Travée 1 : sondages, peintures encore sous badigeon.

Travée 2 : sondages et travaux de dégagement commencés

Travées 3 & 4 &5: Cycle Saint Maurille

Travée 5 : Partie basse :Tombeau de Louis II d'anjou

Travée 6 ; Sacraire de René d'Anjou ( détruit)

Travée 7: Tombeau de René d'Anjou Reste de peinture


Datant du XIIIe et XVe siècle, "la mise au jour des peintures du choeur est un rameau supplémentaire porté au somptueux bouquet que la cathédrale apporte sur l'autel de l'histoire de l'art occidental ".

Une campagne de sondage stratigraphique fut entreprise et permis de retrouver non seulement les peintures restant du mausolée détruit de René d'Anjou mais aussi un ensemble très impressionnant devant encadrer le tombeau de Louis II dans le bas de la cinquième travée.

En 1984 les sondages révélèrent aussi de nombreuses peintures dans les parties hautes des murs, ces peintures sont connues aujourd'hui sous le nom de "Cycle peint de la cathédrale d'Angers" et mettent en scène des épisodes de la vie de Saint Maurille , évêque d'Angers, mort en 426.

Cet ensemble de peinture fut dégagé et consolidé lors de campagne d'étude en 1986 et 1991. Seule la première travée n'est pas encore dégagée et les sondages effectués montrent que les peintures y sont normalement présentes , c'est donc bien l'intégralité des murs du choeur qui était peint et cela sur une hauteur de près de trois mètres.

 

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Le choeur avec ses hautes boiseries coupant les travées.


Nous avons donc trois ensembles majeurs de peintures datant du XIIIe et du XVe siècle redécouverts .Cet ensemble d'une ampleur extraordinaire à été étudié très en détail par le Laboratoire de Recherche des Monuments Historique (LRMH).

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Relevé de Beauxin en 1783

Relevé du tombeau de René d'Anjou (seul la partie haute et les peintures sur les colonnes sont visibles aujourd'hui)

Les tombeaux de la famille d'Anjou étaient connus de longue date, tout particulièrement celui de René d'Anjou que les Angevins connaissent sous le nom du Roi René .
Le choeur de la cathédrale construit en 1274 fut remanié pour recevoir les sépultures de la famille d'Anjou, les tombeaux pour certains très modestes furent disposés dans les différentes travées du choeur les corps disposé dans des caveaux le long de la muraille. Ils s'y trouvent encore. Mais furent peu à peu négligés puis oubliés sauf le dernier d'entre eux, le mausolée du Roi René qui occupait la septième travée avec à ses cotés le sacraire .

Le mausolée dont de bonnes descriptions et relevés existe, sorte de chapelle sculptée à compartiments et en ogives présentant René d'Anjou couché auprès d'Isabelle de Lorraine ainsi que ses nombreuses sculptures annexes et peintures notamment celle monumentale du Roi mort sur son trône fut longtemps visible . Le Roi portant sceptre et couronne trône en cadavre décharné, représentation de la mort égalitaire terrestre, sorte de "vanité" didactique pour l'édification des chrétiens.Trois versions furent peintes sur toile: la première en 1472 renouvelé après un incendie en 1533 puis en 1783. La cathédrale fut saccagée par les Huguenots en 1562 , le tombeau du Roi René y subit les premiers outrages. ( "La ville et la cité furent prises par les Huguenots. Ils firent d'horrible ravage et profanèrent la cathédrale. Leurs chevaux y couchaient, ils y buvaient et y mangeaient eux mêmes et y avaient transporté de la paille et des couchettes pour y coucher; aussi ils y faisaient leurs ordures. Ils rompirent les figures du Roi René et de sa femme Isabelle de Lorraine…." Bibliothèque d'Angers manuscrit N°895 TII Note de M .Grille.

Les stalles du choeur nouvellement installées en 1699 masquait le reliquaire mais pas le tombeau du Roi René. La conscience et la perception d'une nécropole princière s'estompit. Seul le bon Roi René, figure de l'Anjou, eu son tombeau honoré.

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Entre les boiseries et le mur du choeur.


En 1779, il fut décidé de déplacer le mausolée sans toucher aux dépouilles, pour la construction du nouveau choeur à la "Romaine".

Le 10 janvier 1783, les travaux du choeur commencèrent, on détruisit les stalles anciennes, le jubé et l'on démonta le mausolée qui fut replacé à l'écart dans la nef , on détruisit par la même occasion sans remords, le sacraire .

Les boiseries dessinées en 1757 par Jacques Gaultier, sculpteur de Mayenne, furent construites par les menuisiers M.Fouqué et J.Duforest.
Formidable charpente tenue par des madriers à un mètre de la muraille, elles encerclent les nouvelles stalles richement décorées, le trône épiscopal, les portes du trésor et de la sacristie.
Les sculptures, trophées et crédences furent terminés par le sculpteur Louis David en 1785 .
Deuxième outrage pour le tombeau du roi René dont on ne voit plus que le haut des peintures sur voussure au-dessus de la corniche imposantes des nouvelles boiseries.
Le troisième outrage eu lieu en 1793 pendant la Révolution ou le mausolée de la nef fut saccagé à la masse , les statues et gisants de marbre furent brisés puis revendus pour en faire des piétements de cheminées.
Inhumés dans les caveaux du choeur, les dépouilles princières de
Louis Ier d'Anjou mort en 1384
Henri de Blois † 1400
Charles prince de Tarente † 1404
Marie de Blois † 1404
Louis II duc d'Anjou † 1417
Louis III duc d'Anjou † 1434
Yolande d'Aragon † 1442
Isabelle de Lorraine † 1453
René d'Anjou † 1480
Marguerite d'Anjou Reine d'Angleterre †1482
René second fils de René d'Anjou et d'Isabelle de Lorraine †
Jeanne de Laval seconde épouse de René d'Anjou † 1498
furent oubliés.
Mais pas le mausolée du Roi René .

Dans une lettre écrite à Victor Pavie le 2 janvier 1840, le sculpteur David d'Angers écrivait qu'il serait très heureux de refaire les statues de René d'Anjou et d'Isabelle de Lorraine, qu'il offrait son temps et son travail s'il l'on pouvait subvenir aux matériaux.Il réitéra son offre en 1842 et 1845 mais il ne fut pas possible de réunir l'argent et il mourut sans voir son voeux exaucé.


L'existence des tombes de la septième travée étaient toujours connu. Des travaux entreprit en 1895 en confirma l'emplacement. Les sépultures furent découvertes par des ouvriers travaillant dans le choeur. Elles furent ouvertes, les dépouilles étudiées avant d'être à nouveau inhumées avec cérémonie .

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Les très intéressants opuscules de Louis de Farcy "les Sépultures princières à la Cathédrale d'Angers " comme " Ouverture à la cathédrale d'Angers des sépultures René d’Anjou, d’Isabelle de Lorraine et de l’évêque d’Ulger, les 15, 16 et 17 juin. Angers : Lachèse, 1897" témoigne d'un véritable interêt et d'un suspense archéologique.

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Emblème du Roi René : la chauffrette enflammée avec le phylactère " Dardant Désir".

 

Les dernières études effectuées derrière les boiseries en 1980 sur les restes du mausolée de René d'Anjou ouvre donc un nouveau chapitre archéologique :

Les peintures du tombeau de Jules II et le "Cycle Peint "ne sont pas visibles du public. L'espace entre le murs et l'arrière des boiseries est exiguë et peu éclairé, les risques de frottement des visiteurs sur la couche picturale trop importants.

Une porte monumentale cachée derrière l'autel secondaire du choeur permet de passer derrière la boiserie . Sur la gauche dans ce qui correspond à la cinquième travée du plan de Louis de Farcy se trouve les restes des peintures datées de 1417 qui encadraient le tombeau de Jules II.

Tombeau modeste comme le décrit Peirsec "...Au derrière du grand autel sont les tombeaux de Louys le second et Yolande d'Aragon sans aucune figure et statue, n'y ayant que deux grandes chasses de bois costé contre muraille, enfermées d'une barrière de boys. Il n'y a autre chose à remarquer sinon qu'au bout de ces chasses est despeint sur la muraille un gendarme, revestu d'une cotte armoyée des armes de Beauveu tenant en ses main un guidon où sont dépeintes les armes de Louis II et de Yolande sa femme et tient icelluy un genou à terre...." Bibliothèque de Carpentras MS N°782 page 496

La septième et sixième travée correspondant au tombeau et sacraire (Reliquaire) de René d'Anjou construit de 1444 à 1472. Ne sont visible que quelques traces du semis fleurdelysés sur fond bleu. Sur les colonnes, certaine chaufferettes enflammées sont encore conservées, les blasons peints du roi René ainsi que des restes du décor de fleur de lys sur le haut des arcades sont visibles au dessus des stalles .

Le cycle de peinture du treizième siècle illustrant la vie de Saint Maurille courre à mi hauteur des murs, de la première à la cinquième travée au dessus du tombeau de Louis II. Il faut, à l'aide d'une échelle, accéder à une coursive de fortune installée pour les travaux et l'étude des peintures. L'impression est saisissante, les peintures semblent en parfait état.

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Porte du choeur et vue des parties hautes extérieures et intérieures.

Les peintures encadrant le monument de Louis II d'Anjou sont un plaidoyer pour la puissance de la famille d'Anjou. Deux chevaliers genou à terre sont peint, l'un avec bannière l'autre avec épée. Ils encadrent un espace couvert de représentation héraldique de grand format : La croix de Jérusalem ,les fleurs de lys d'Anjou sur fond azur entourées d'une bordure de gueule, les fleurs de lys avec lambel des armes Anjou Sicile.

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Chevalier à l'épée et quartier de Louis II

Les chevaliers identifiés par leur armes appartiennent à la famille de Beauvau. Les visages sont peints sur de petites plaques de métal fixés au mur, ce qui leur donnent beaucoup de lisibilité par rapport à l'ensemble assez dégradé. Le semis de fleur de lys réalisé au pochoir est finement élaboré.

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Les fleurs de lys présentent de nombreuses traces d'or ce qui nous montre la qualité du mausolée disparu.


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Passage entre la boiserie et les murs peints sur la coursive.

Les peintures réalisées sur la partie supérieur des murs, à trois mètres de hauteur, sont datées des années 1270-1280, elles sont exécutées directement sur les pierres dont la trame et les irrégularités sont visibles sous la couche picturale. Il ne s'agit pas de fresques et même pas de peintures sur badigeon, il n'y a pas d'enduit ou de préparation, si ce n'est une mince couche de blanc de plomb mêlé à quelques particules de minium révélées par les coupes stratigraphiques .

Ce procédé inhabituel n'est pas unique, on le retrouve à Toulouse dans la chapelle des Jacobins , à la Saint Chapelle ou encore sur les restes de la chapelle Saint-Etienne de l'abbaye de Westminster datant de 1300. Le blanc de plomb est connu dans les anciens traités de Peinture comme pouvant servir de liant et de siccatif pour les préparations à l'huile .

Les pigments se superposent en plusieurs couches. L'étude des prélèvement de la couche picturale par le LRMH (analyse par chromatographie gazeuse couplée à la spectrométrie de masse ) a montré des composés relativement plus élaborés que ceux observés dans les époques antérieures. La présence de vert au cuivre, de minium, de vermillon, de résinate de cuivre, d'ocre jaune et de noir de charbon ainsi que des laques rouges est attestés. Le liant est ici à base d'huile de lin.

Pour une approche plus poussée concernant l'état des connaissances techniques résultant de l'étude du LRMH, l'on se doit de lire le passionnant article de Marie-Pasquine Subes-Picot paru dans la Revue de l'art N°97 daté de 1992 " Peinture sur pierre: note sur la technique des peintures du XIIIe siècles découvertes à la cathédrale d'Angers" .

Au cours du quatorzième siècle, la peinture à l'huile remplace peu à peu la "Tempura" ou tempera , technique ayant l'oeuf comme liant.

Dans le cas de peintures murales gothique, la peinture à l'huile cohabite avec la fresque qui était le mode d'exécution privilégié du monde Romain et Roman.

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Nous avons donc ici à Saint Maurice, un des exemples les plus anciens et les plus conséquent (soixante mètre carré) de peinture murale peinte à l'huile . La peinture à l'huile va connaitre un grand essor pour la peinture de chevalet, en Europe du nord grâce à Jan Van Eyck en 1430 .

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Saint Maurille en Evèque .

Les peintures des cinq premières travées du choeur représentent en une vingtaine de scène, la vie du saint évêque Maurille. Prêcheur brisant les idoles païennes du temple Prisciacus à Challonnes sur Loire, prodiguant soins et guérisons ( miracle de la Possonnière) affirmant fortement foi et piété en Anjou. Maurille acquière ainsi une renommé de sainteté. Ayant échoué à guérir un enfant malade, le bon évêque parti pour l'Angleterre comme simple moine ; il fut ramené par les habitants d'Angers qui ne pouvaient se passer de leur illustre Saint, il ressuscita donc l'enfant mort cause de ses remords et tourments....

(lire ici la vie mouvementé de Saint Maurille).

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Réssurection de l'enfant mort "re-né" , cinquième travée.

Les couleurs sont d'une extrordinaire fraicheur, les détails et motifs ornementaux d'une grande habilité. L'alternance des fonds rouge clair et vert sombre donne un rythme, une dynamique ponctuée par de subtiles tonalités de mauve, de bleu et d'orangé. Les visages sont stylisés avec grâce et finement rehaussés de rose aux joues. L'impression de légèreté est étonnante pour une composition monumentale. Les différentes scènes présentées dans une suite d'arcatures architecturées de couleurs vives, sont circonscrites par de larges frises de palmettes et de grecques .

Ce fut une joie sans pareille de pouvoir découvrir ce trésor caché grâce à la gentillesse et l'entregent de monsieur Etienne Vaquet, conservateur des antiquités et objets d'art du Maine-et-Loire.

Qu'il en soit vivement remercié ici.

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Septième travée: sur les pierres, les marques d'outils de taille sont bien visibles .