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Pour certains d’entre nous qui fréquentons les bureaux d’ARTAGA rue de l’étoile, la nouvelle façade de l’Empire, avenue de Wagram, nous est déjà connue.
Grande vague molle, cette ondulation de verre n’est pas sans rappeler le prodigieux effet d’image de synthèse de la façade ondulante sous l’impact d’un hélicoptère dans le Matrix des frères Wachowski!
Tout de courbes et de reflets, le commentaire sous jacent à « l’ idée première » , c’est-à-dire au concept préalable, l’esprit, le signifié, est clairement identifiable comme il en est de même pour la façade tombante du nouveau drugstore des Champs Elysée.
Cette grande façade de verres bombés en décalage d’un étage sur l’autre , réécriture du bow window si utilisé jusque dans les années trente n’en constitue pas moins un choc visuel.
La modernité de l’ensemble est assez élégante, mais à du mal à s’intégrer dans l’avenue tant les ruptures de lignes sont importantes.
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Le théâtre de l’Empire était une institution, le bal Dourlans de 1812, l’Etoile Palace en 1897 le théâtre de l’Empire, qui fut entièrement reconstruit en 1924 puis modernisé en 1962.

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L'Empire en 1910

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L'Empire en 1942

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L'Empire en 1980

Il n’en resta rien après la forte explosion de février 2005 qui éventra son hideuse façade vitrée que personne ne regrette vraiment. Un ballon d’eau chaude défectueux et voilà l’historique endroit réduit à néant !
Heureusement la salle Wagram, située derrière, fut préservée, enchâssée dans le pâté de maisons entre l’avenue et la rue Montenotte. Marcel Cerdan y a combattu en 1937, Sidney Bechet enflamma le parterre en 1958, la Callas y interpréta une inoubliable Carmen.

Voici ce que dit Jacques Salles auteur de L’histoire de la Salle Wagram et du Théâtre de l’Empire:
« A descendre aujourd’hui l’avenue de Wagram de l’Étoile
aux Ternes, on a quelque peine à imaginer qu’elle fut, il y a un
siècle, un des hauts-lieux du spectacle parisien.
En effet, au début du XXe siècle, le trottoir des numéros
impairs offrait au passant deux cinémas d’exclusivité (le Royal
et le Lutétia), un théâtre (le théâtre de l’Étoile), une salle de bals
et de réunions (la salle Wagram), un music-hall (l’Empire), et
un café-concert (le Concert de l’Univers).»

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les escaliers

De la boxe (Carpentier) du catch (l’ange blanc des Batignolles) de la musique (Offenbach) du music-hall (Maurice Chevalier) on y vit même le premier tirage du loto en 1976 !
Jacques Martin, chaque dimanche pendant vingt-deux ans, y anima son émission musicale.

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Réalisé par le cabinet Ch. de Porzemparc, cette façade en décalage avec son environnement abrite l’hôtel Renaissance Paris arc de Triomphe du groupe Marriott, qui ouvrira dans quelques jours….

Ce Palace de 118 chambres est exactement en face du somptueux petit Céramic Hôtel construit en 1904 par Jules Lavirotte, célébré par les surréalistes qui voyaient dans ses façades hallucinées de grès flammés du célèbre Alexandre Bigot ,un voyage initiaque dans le monde sensuel des extra lucides !

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le Céramic Hôtel

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Ce petit bijou de modernisme architectural hébergea dans ce qui est devenu la « suite de l’architecte » de grand noms amoureux de l’endroit : Gottfried Böhm, David Bernham, Walter Gropius, Auguste Perret, Charles Moore, Eero Saarinen, Albert Speer, Frank Lloyd Wright, Ludwig van der Rohe, Rafael Moneo. !

Si les services départementaux de l’architecture et du patrimoine de Paris n’ont rien trouvé à redire de cette implantation de forme molle dans l’avenue (à côté du plus austère bâtiment Bauhaus néo stalinien dont Habitat loue le rez-de-chaussée). L’on peut se consoler en appréciant le porche de 6 mètres de haut qui permet de l’avenue, d’accéder à la salle Wagram , entièrement restauré par les monuments historiques et les affaires culturelles.

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L’incendie, dû à l’explosion de 2005, a mis au jour des peintures murales d’inspiration gréco-egyptienne peintes en 1913 qui étaient cachés par de grossiers badigeons. La salle de 1865 avec ses trente colonnes en faux bois et leurs chapiteaux corinthiens ainsi que ses étonnantes loggias en trompe l’œil a été admirablement restituée.

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Diner de gala

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Syndicat des boulangers en grève salle Wagram 1956