grenelle

Rue de Grenelle à l’angle de la rue Saint Guillaume, derrière d’imposantes grilles donnant sur la rue ,très discrètement travaille un peintre décorateur.

Les soirs d’automne, une lumière jaune éclaire l’interstice de lourds rideaux bleu nuit, il n’est pas rare de voir certain passant regarder au travers des fenêtres, le front collé aux grilles…certaines japonaises ont ramenée de savoureux clichés d’un intérieur typique d’atelier parisien . La cour de l’immeuble qui a gardé ses anciennes écuries se voit paysagé par un beau figuier et de multiples plantes en pot débordant d’un jardin d’hiver au toit en verrière. Ce petit coin de verdure pourrait figurer dans les ouvrages sur le « Paris insolite » ou autre « Lieux enchanteurs de la capitale »…

Vianney Brintet commença à s’occuper de décoration peu après avoir brièvement enseigné l’Histoire et l’économie politique. Les choix d’une orientation mature sont plus dictés par les goûts et attirances que par les strictes finalités d’un cursus universitaire.

Il s’approche de la décoration intérieure via le cinéma ou la chance lui fait intégrer les équipes de tournage de Luchino Visconti. Dès lors tout s’enchaîne très vite grâce à Jean Claude Brialy pour lequel il réalise certains décors de film .

La Princesse Marie Gabrielle de Savoie lui commande de nombreux décors pour sa somptueuse maison de Suisse en 1972 . Les portes du Gotha lui sont ouvertes. Sa compréhension d’un certain style de vie, d’une élégance, d’un raffinement propre aux intérieurs d’un certain milieu font merveille, il collabore à de nombreux chantiers de décoration avec Renzo Mongiardino,  réalise à l’Hôtel Lambert en 1976 des décors pour les Rothschild,  conçoit des harmonies de couleurs et matières pouvant intégrer différents médium, jouant sur les volumes et l’éclairage .

pochoirs

Vianney Brintet dont le goût subtil se trouve épaulé par un œil sans faille trouve sa place dans ce Paris d’esthètes qui dépensent sans compter pour de sublimes appartements comme celui de Feryal de Jordanie, rue du Cirque, où il réalise en 1980, une étonnante pergola rectangulaire dans une circulation magnifiée à l’extrème, ainsi qu’une salle à manger, pur joyau de chinoiserie XVIII°.

Il fréquente Andy Warhol qui habitait rue du Cherche Midi, lui emprunte des livres d’art qu’il a toujours, prend le thé chez Madeleine Castaing, fui Jacques Chazot qui le prend pour le Baptiste des Enfants du Paradis réincarné.

Ami de Lila de Nobilis, il se passionne pour les tissus anciens, crée des décors de cashmeres pyrogravés et dorés à l’or fin pour la comtesse Chritiana Brandolini, née Agnelli.

Il facilite la vie parisienne d’un jeune talent de chez Poiret, Christian Lacroix, qui lui fera réaliser plus tard, les décors de son appartement ainsi que certaines de ses boutiques les plus emblématiques, notamment celle du Nord Pinus.

vianney

Les années 80/ 90 sont une continuité de ce travail discret, efficace où passant de la décoration pure, il devient véritablement « peintre » ayant appris dès 1982 auprès du maître bruxellois Vander Kellen ,les techniques traditionnelles de la peinture décorative. Il travaille sans relâche à Paris ainsi qu’à l’étranger : New York, Londres, Genève…avec Geoffrey Benison, JL Riccardi, J.Robin, PH.Wallbaum, Ch. Liaigre, N.Reese ou Jacques Garcia qui lui confie la bibliothèque du Champ de Bataille…

Il réalise de nombreux appartements prestigieux comme le show-room de Yukio Ashida place François Ier, l’appartement de la Princesse de Broglie, conception audacieuse de panneaux composés mur par mur, de motifs peints aux pochoirs sur des rythmes verticaux créés par le support….de toile à matelas !

pleinsud

Il crée pour Faycal Amor la déclinaison de ses boutiques Plein Sud de Tel Aviv jusqu’à Hong Kong,dessine des cuirs de Cordoue pour l’Artisan Parfumeur, décore l’appartement de Fanny Ardant dont il devient l’ami, participe à l’aventure du Prince Jardinier ,Louis Albert de Broglie…Réalise un décor néo-indien dans la paradisiaque maison de la dernière des Fournier dans l’île de Porquerolles, villa achetée des ponts d’or par le président du groupe Energie.

vianneyp

Bien connu du petit milieu des peintres parisiens comme des architectes d’intérieurs, Vianney Brintet continue d’oeuvrer sans bruit ni emphase dans un milieu feutré de connaisseurs qui préfèrent la discrétion aux tapages médiatiques.

On l’a vu récemment chez Deyrolle, rue du Bac, créer d’étonnants collages à partir de planches de sciences naturelles partiellement brûlées …qui ont fait l’admiration de P. Alechinsky venu lui rendre visite.