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L’hôtel de la Païva des Champs Elysée sort de sa gangue de fumées, de goudrons, de suies noirâtres qui recouvraient les peintures décoratives d’une uniforme patine naturelle et protectrice.
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Pendant des années, les fumées des lampes à pétrole et au gaz, les pipes et cigares, les poussières grasses des émanations corporelles, des salissures naturelles emmenées par l’air chaud ont fait disparaître les couleurs et les motifs peints, des plafonds, des corniches puis, petit à petit des murs.
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Transformé en restaurant, en Cercle, en club de Messieurs, le décor ne subit que peu de transformation, les meubles furent dispersés, mais les peintures furent conservées. Les équipes de Marie-lys de Castelbajac, responsable de la restauration sont à l'oeuvre,et le décor réapparait.

Aujourd’hui siège du « Travellers club » cet ensemble de décors ne se visite pas facilement.
Journée du patrimoine ,visite guidée par Orsay et réservée à certaines associations, ou lors d’événement comme, la présentation en janvier dernier de la collection Hommes 2008/09 du bizarroïde Bernhard Willhem qui permit à beaucoup de découvrir cet endroit un peu oublié et largement insoupçonné aux foules des trottoirs des Champs Elysées.

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Une fois nettoyées, les peintures sont comme au premier jour, étincelant de rehauts d’or, d’ombres portées délicates, de volumes dans leurs moindres palmettes.
Il y a des peintures décoratives à peu près partout, sur les portes, les entre portes, les boiseries et lambris, les corniches et plafond à caissons, la magnificence de 1856 à quatre millions de francs or …

Construit sous la direction de Pierre Manguin (1815 1869) architecte d’église qui s’émancipe chez une dame de la haute bicherie !

Les Onyx du somptueux escalier ont repris leurs couleurs ainsi que les allégories du plafond. Un numéro de la revue « la Demeure Historique » lui est consacré .

Les équipes à l’ouvrage furent constituées d’un nombre impressionnant de talent .Des sculpteurs et ornementistes : Augé , Barrias, Dalou, Delaplanche, Legrain, Brisset, Carrier-Belleuse, Cugnot ainsi que le jeune Rodin âgé de tout juste 25 ans !
Les peintures ont été confiées en 1863 aux équipes de Paul Jacques Aimé Baudry, prix de Rome 1850 ex æquo avec Bouguereau .Baudry réalisa de nombreuses peintures de l’opéra Garnier , celle du palais Galléria ainsi qu’au château de Chantilly.

« Vous m'avez voulue, vous m'avez eue. Je voulais un nom, je l'ai, nous sommes quittes. " Thérèse devient marquise de Païva grâce au richissime Aranjo de Païva qui eut le bon goût de se tirer un coup de revolver dans la gorge une fois ruiné…D’une sensualité absolument stupéfiante, elle ravagea les cœurs des hommes qui la fréquentaient, grande courtisane au caractère fort, à l’aplomb et la perversité non-déguisée, son célèbre lit d’acajou massif finit dans un bordel de luxe rue des Moulins.
Mais ce n’est que grâce à la fortune colossale de son nouveau mari, le duc de Henckel von Donnersmarck qui lui acheta le château de Pontchartrain ainsi qu’un Hôtel particulier néo renaissance rue Saint Georges dans le IX° , qu’elle entreprit la construction de son Palais des Champs-Elysées.

LES TROIS MARIS DE LA PAÏVA

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... En 1836, Thérèse Lachmann, fille d'un pauvre tisseur juif polonais, vivait à Moscou dans une affreuse misère. Elle avait seize ans, une sensuelle et dangereuse beauté. Elle se vendait par nécessité, mais repoussait les hommes vieux et mal bâtis: toujours, elle affirmait que la beauté et la santé sont contagieuses! François Villoing, tailleur établi à Moscou à la sortie du ghetto, l'épouse. Mais la vie mesquine qu'il pouvait lui offrir rebutait la jeune femme. Elle s'enfuit, un an après son mariage, lui laissant son enfant, et gagna la France, dévorée d'ambition.
À Paris, elle jeta son dévolu sur Henri Hertz, pianiste de talent, riche, charmant, rêveur et prodigue. Chez lui, elle connut tous les artistes et écrivains du temps, et acheva de devenir une "mondaine" accomplie. Elle continuait d'ailleurs à être infidèle, par plaisir ou par intérêt. Son mari accourut de Russie pour la prendre. Il se vit repousser avec dédain et mourut peu après, désespéré. Libre, Thérèse se sentit invincible. Jeune, belle, avertie et sensuelle, prête à tout, rien ne pouvait lui résister. Elle disait crûment: "Si les alouettes ne tombent pas toutes rôties, les pigeons tous plumés tombent dans mon lit."
Mais, en 1848, ruiné, Hertz partit faire une tournée aux ÉtatsUnis, et Thérèse, sans le sou, tomba très malade, dans un pauvre hôtel. Elle appela Théophile Gauthier, et c'est alors qu'elle lui dit avec une volonté farouche: "Si j'en reviens, je veux avoir aux Champs-Élysées, le plus bel hôtel de Paris. Rappelle-toi de ça," Guérie, "Mannequin" mondain d'une couturière perspicace qui lui ouvrit un large crédit (sûre de son avenir), elle séduisit à Londres l'opulent Lord Stanley; à Paris, le duc de Guiche, le duc de Gramont, etc. Et enfin, le marquis Aranjo de Paiva, noble Portugais. Il était fou d'amour...
Elle avait besoin d'un nom: Paiva sonnait bien. Elle sut si habilement attiser son désir, l'affoler sans le satisfaire, qu'elle l'amena à l'épouser pour l'avoir à lui. Mais elle lui déclare après la nuit de noces: "Vous m'avez voulue, vous m'avez eue. Je voulais un nom, je l'ai, nous sommes quittes." Et elle lui signifia son congé. Il y eut
séparation de corps et de biens; le marquis retourna au Portugal, puis revint à Paris, toujours aussi joueur et viveur. On le disait toujours riche : il était totalement ruiné. Si bien qu'il finit par se suicider d'un coup de revolver dans la bouche.
Thérèse, veuve, gravit encore un échelon. Le destin mit alors sur sa route le comte, puis duc de Hencket de Donnersmark, richissime noble Silésien. Avec lui aussi, envoûté dès le premier regard, elle joua le tout pour le tout, le repoussa d'abord, le laissa quitter la France, mais le rejoignit à Berlin, y reprit son jeu de coquetterie implacable et céda enfin quand il lui eut promit deux millions par an!... Elle était déjà mûre, lui plus jeune qu'elle de plusieurs années et fort bel homme. Elle avait un passé terrible, mais elle avait pour lui un charme qui le retint enchanté jusqu'à sa mort.
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Le château de Pontchartrin
Il l'épousa, lui acheta le château de Pontchartrain, un hôtel rue St-Georges, pendant qu'elle faisait enfin bâtir aux Champs-Élysées celui dont elle rêvait. D'une richesse folle, d'un goût incertain, il coûta trois à quatre millions-or. Tous les artistes de l'époque y travaillèrent. L'escalier était d'onyx, le lit lui coûta cent mille francs-or. "Je veux un lit propre" avait-elle déclaré. La comtesse Hencket reçut là tous les hommes célèbres d'alors: Arsène Houssaye, Théophile Gauthier, Paul de Saint-Victor, Eugène Delacroix, E. de Girardin, etc... Mais aucune vraie grande dame ne consentit à franchir son seuil...
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l'un des lits attribués à la Païva

Les réunions, à sa table magnifique, étaient brillantes. Sous les serres chaudes de Pontchartrain, il y avait en toutes saisons des fruits mûrs. Artistes et gens de lettres se régalaient et faisaient assaut d'esprit. Parfois, Mme de Hencket évoquait les étranges souvenirs de sa vie, orgueilleuse de sa fabuleuse ascension. Devenue cousine du prince de Bismarck, elle servait et renseignait celui-ci de son mieux, car on approchait de 1870 et il s'agissait d'endormir la vigilance du gouvernement français. Rentrée en Allemagne durant la guerre, elle revint si tôt après la défaite et rouvrit son hôtel...

Mais elle ne trouva plus sa vogue de naguère. Bismarck rêvait d'une entente avec la France et désirait une entrevue avec Gambetta. La comtesse (qui, maintenant, nourrissait des ambitions politiques) tâcha de convaincre le tribun, usa de tous ses charmes. Il promit, puis décommanda le voyage à Berlin. Et le gouvernement, moins séduit que le naïf Gambetta, pria la dame de repasser la frontière, car ses agissements inquiétaient. Le roman de Thérèse Lachmann, devenue princesse, alliée à la famille impériale allemande, s'acheva sans bruit dans un château de Silésie, en 1884... Et son mari l'aima au-delà de la mort.